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(r) Aujourd’hui pair de France,
« Il nous a paru convenable de faire appeler à « la préfecture le colonel commandant la légion « de gendarmerie. »
« Nous l’avons invité à réunir au chef-lieu un « plus grand nombre de gendarmes. Il en a donné l’ordre sur-le-champ. Je connais depuis fort longtemps la plupart de ses hommes, et j'ai « éprouvé leur zèle dans les derniers événements, « et je m’en suis toujours servi très-utilement « pour réprimer les dispositions de quelques « mauvais sujets qui se montraient opposés au « gouvernement du roi. »
« Les colonels des régiments en garnison à « Grenoble seront prévenus cette nuit; j’ai lieu de compter entièrement sur les principaux « chefs du régiment d'Angoulême, le cinquième, « et ils ont la confiance des soldats; les autres co- « lonels ont annoncé jusqu'ici des dispositions « estimables. J'ai cherché depuis quelque temps à multiplier mes relations avec eux et j’en ai tou- « jours été satisfait. La garde nationale se com- « portera bien et suivra notre impulsion. Il y a « parmi les habitants de cette ville et dans les « campagnes des hommes imbus de sentiments « politiques déraisonnables, mais ils ne sont « point pour cela partisans de Bonaparte. J'ai lé « pressentiment ou plutôt j'ai la plus vive con- « fiance que la crise qui se prépare aura une issue « honorable et digne des cœurs français. »
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« Je n’ai point été satisfait de mon premier « entretien avec le colonel de la gendarmerie ; « cet officier m’a paru manquer de tête ou de « bonnes intentions ; entre autres observations « qu'il m’a faites, il m'a dit savoir que la Pro- « vence est dévouée à Bonaparte et qu’on ne peut « se le dissimuler; j'ai tâché de le persuader du « contraire; la fin de la conversation a été très- « bonne, et il a pris sans aucun retard les dispo- « sitions convenables. »
« J’envoie cette nuit un courrier dans les Hau- « tes-Alpes, et j'annonce que nous avons pris ici « des dispositions efficaces; que toutes les auto- « rités sont d'accord; que toutes les troupes « sont dans les meilleurs sentiments, que les ha- « bitants se prononcent hautement et qu'il est « absolument impossible aux rebelles et aux pil- « lards d’espérer aucun succès. Je pense qu’il est « trés-utile qu’on ait dans le département des « Hautes-Alpes cette opinion de ce qui se passe à « Grenoble. »
« J'écris par le même courrier aux autorités « civiles de Lyon, en leur annonçant que la ville « de Grenoble et les garnisons de nos places font « éclater les meilleurs sentiments, et que tout est « réuni au nom du roi contre l'ennemi commun. « Je désire que cette annonce puisse contribuer « en quelque chose à la conduite que va tenir la « ville de Lyon. Je ne ferai dans ce premier rap-
« port aucune mention des dispositions militaires « que pourra prendre M. le lieutenant général « Marchand, je rappellerai cet objet dans mes « rapports subséquents. »
« Je vais faire imprimer dans la matinée une « proclamation dont j'aurai l'honneur de vous « rendre compte. »
« Je prie votre Excellence de me transmettre « les instructions qu'elle jugera convenables et « d’être assurée que Je les exécuterai avec zèle et « fidélité; aucun motif de crainte ne me détour- « nera de mon devoir envers le roi et la patrie. Je connais personnellement l’ennemi audacieux « qui nous menace, et je ne doute point qu’avant « bien peu de temps il ne nous envoie des émis- « saires. »
« J'ai l'honneur d'être avec respect, etc. »
« Signé : FOURIER. »
« Terminée, le 5 mars, à sept heures du matin.»
Voilà l’exposé fidèle de ce qui se passait à la préfecture de Grenoble; il doit servir à rectifier les relations nombreuses de ces mêmes événements déjà publiées par les historiens même de la vie de Fourier, infideles pour la plupart, quoique bien intentionnés.
D’autres dépêches se succédérent; le temps s’écoulait et hätait le dénoüment de ce grand drame qui devait ramener sur la scène l’Europe entiere toute en armes contre la France toute seule,
Lettre du préfet des Basses-Alpes au préfet de l'Isère. « Digne, le & mars 1815, cinq heures du matin. »
« Je m’empresse de vous donner avis que je « reçois à l’instant la confirmation de la nou- « velle que m’a adressée le préfet du Var, du « débarquement de l’empereur Napoléon à Can- « nes, le 1° de ce mois vers le soir; il est arrivé « le 2 à Séranon, le 3 à midi à Castellane, et le « lendemain à huit heures du matin à Barrême. « Il va arriver probablement à Digne ce matin. « Il est précédé par un ordre de fournir cinq « mille rations de pain, de viande et de vin. Ne « pouvant opposer de résistance dans cette cir- « constance aussi imprévue, nous ne pouvons « que nous occuper de mettre les caisses publi- « ques en süreté et de placer en lieu de süreté et « hors du passage les forces militaires dont nous « pouvons disposer. »
Leitre du préfet des Hautes-Alpes.
« Gap, le # mars 1815, sept heures trois quarts du soir. » « Le préfet des Hautes-Alpes au préfet de l'Isère. » « Monsieur et cher collègue,
« Nous avons reçu ce matin un premier avis.
x Le général commandant le département fait ses « diligences pour la défense des places; il s'y
« est rendu; je vais y diriger ce que je pourrai
a réunir de gens de. bonne volonté parmi les « gardes nationales, en attendant les renforts « que nous avons demandés à Grenoble et à Va- « lence. Hätez, je vous prie, l’arrivée de ces ren- « forts et ne perdez pas un moment ; car demain « matin vraisemblablement Bonaparte sera ici. »
« On ignore s’il a des projets sur Grenoble.
« Cest à vous à pourvoir, selon les avis que vous « recevrez, à la sûreté de vos caisses, etc. Peut- « être ne pourrai-je plus vous en adréssér; mais « la voix publique et les fonctionnaires libres « encore me remplaceront. »
« Agréez, monsieur et cher collègue, l’assu- « rance de mes sentiments distingués. »
« Le préfet des Hautes-Alpes. »
« Signé : HARMAND. »
Fourier continue, le 5 mars à midi, son rapport au gouvernement, avec cet intitulé :
« P.S.Ce post-scriptum a été commencé à midi. » « Le paquet est clos à huit heures et demie du soir. »
Après y avoir mentionné les deux dépêches qu’on vient delire, Fourier ajoutait :
« Le lieutenant général Marchand est instruit « de tous ces détails. Je lui ai communiqué les « lettres que j'ai reçues; et depuis la réception « de la nouvelle, j'insiste à chaque instant pour « que l’on prenne des dispositions militaires très-
« expéditives, et à mon avis les meilleures sont « les plus promptes. Les colonels annoncent les « sentiments les plus honorables. Ils témoignent « de l'incertitude sur les dispositions des soldats; « cependant j'espère beaucoup en mon particu- « lier. » |
« Les habitants ont d’abord été consternés, « aucun ne prend parti pour Bonaparte, un « grand nombre de citoyens se déclare hautement « contre lui. Je viens de faire une proclamation « où je témoigne la plus grande confiance à la « garde nationale; des personnes qui avaient « paru indifférentes jusqu'ici pour le parti fran- « çais, se déclarent. On fait ouvrir les boutiques « pour prendre des cocardes blanches. Ce zèle « si digne des cœurs français se soutiendra-t-il? « je l'espère toujours. »
« Les membres des autorités me renouvellent « leurs protestations. Je les entretiens à chaque « instant de mes espérances et de mes vœux, et « ils les partagent. »
« J'ai l'honneur d’être avec respect, etc. »
« Signé : FOURIER. »
Le 5 mars était un dimanche : ces jours-là, Fourier recevait les fonctionnaires publics après la messe de midi. On remarqua l’altération de sa figure, mais on ne se doutait point des évé-
nements : vers les deux heures, il fit afficher unie proclamation qui portait ce qui suit :
« Le préfet du département de l'Isère à tous les habitants
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« de ce département. »
« Une nouvelle extraordinaire vient de nous être transmise par la correspondance des préfectures , et nous avons jugé convenable de la rendre publique, après avoir pris les mesures qu’exige de nous le maintien de l’ordre , et qui ont été adoptées par les autorités civiles et militaires réunies. »
« L'avis qui nous a été donné par M. le préfet du Var est daté de Fréjus, ‘du 2 mars, à sept heures et demie du matin; il porte que Bonaparte vient de débarquer au golfeiJuan; il s’est dirigé sur Grasse. Ceux qui laccompagnent assurent que son but est de marcher par Digne et de s’avancer par les Hautes-Alpes. La première dépêche annonçait qu’il est accompagné de seize cents hommes : une seconde lettre, arrivée cette nuit, porte qu'il a mille à onze cents hommes seulement. Tous les départements du midi sont avertis; la nouvelle en est arrivée à Lyon, et les lettres que nous venons de recevoir font connaitre que toutes les dispositions qu’exige la sûreté publique ont été prises. »
« Nous invitons tous les citoyens, au nom du
« gouvernement du roi, et pour l'intérêt évident de notre patrie, à donner aujourd'hui de nouveaux témoignages des sentiments qu'ils ont
‘fait éclater dans des circonstances beaucoup plus difficiles : si quelqu'un pouvait oublier que son premier devoir est d’obéir aux autorités, comme le nôtre est de maintenir le respect dû au gouvernement de Sa Majesté, et de veil-
« ler à la sûreté des propriétés, il sera arrêté sur-
« le-champ et puni sévèrement, conformément
« aux lois constitutionnelles. »
« Tout ce qui pourrait tendre à fomenter la
« guerre civile et à violer la charte constitution-
« nelle de l’État, doit exciter une indignation
« générale. »
« Tout attroupement au dedans ou au dehors
« dela villeest de nouveau expressément détendu,
« et sera dissipé par la force armée. »
« Les armes qui, par ordre exprès du ministre
de la guerre, avaient été déposées pour être
présentées à l'inspection, seront, sans aucun dé-
« lai, rendues aux personnes qui les ont remises. »
« La connaissance que nous avons des sentiments qui animent la garde nationale de cette ville , l'expérience que nous avons de son zele, nous suffisent pour autoriser cette détermination, et nous sommes persuadés que le Gouvernement l’approuvera; elle va reprendre son « service en exécution des lois. »