LETTRES DE VOLNEY A FOURIER
1" Lettre. Paris, 7 janvier 1812.
Monsieur le Baron,
J’assistais hier à la proclamation du prix qui vous a été décerné par l'Institut, et me trouvant à côté d’un de vos amis et compagnons de voyage, ce fut pour nous une occasion de parler de vos travaux dans le grand ouvrage sur l'Égypte. Parmi les choses intéressantes qu’il m’apprit, vos recherches sur la correspondance qui a dû exister entre les signes du zodiaque et les opérations agricoles des Égyptiens ont surtout excité mon attention, et elles m’engagent à m'adresser directement à vous pour la solution d’un problème qui m’occupe. Vous savez que la sortie d'Égypte fut précédée d’une gréle qui ruina l'orge et le lin, mais qui ne détruisit pas le froment, parce qu’il n'avait pas formé ses épis. Très-peu de jours après arriva le premier mois de l’année usitée : les chronologistes veulent placer ce mois à l’équinoxe vernal ; mais la circonstancedes cuilles dont le passage eut lieu dans lesecond mois (qui serait avril) contrarie absolument cette hypothèse; il faudrait donc savoir en quel mois {à 40 jours près selon les années), le froment entre en épis dans la basse Égypte. J'ai pensé que dans vos recherches sur le cours des opérations rurales , vous auriez pu tenir quelque note à cet égard, et que je ne commettrais pas une indiscrétion grave en vous priant d’avoir la bonté de m’éclaircir sur ce fait physique qui m'a échappé comme à presque tous les voyageurs dont j'ai compulsé les observations relatives. Dans tous les cas, Monsieur le Baron, je respecterais vos motifs de réserve et je n’en conserverais pas moins les sentiments de considé-
ration très-distinguée avec lesquels j'ai l'honneur de vous saluer.
Signé : VoLnery.
2° Lettre. Sarcelles sous Écouen, le 10 mai 1812. Monsieur le Baron,
Au moment où je recevais votre lettre du 31 mars, un accès de fièvre de cinq jours attaqua tellement ma santé par elle-même assez faible, qu’il m’a fallu presque tout le temps écoulé depuis cette date pour me rétablir, et ce n’est que depuis peu que j'ai pu reprendre mes occupations de cabinet.
Je vous dois, Monsieur le Baron, des remerciments particuliers pour la lettre obligeante dans laquelle vous avez répondu à ma question d'agriculture égyptienne, et pour la communication que vous avez bien voulu me donner du premier article de vos recherches sur les monuments astronomiques de l'Égypte. Cet échantillon me fait vivement regretter les retards que vos fonctions et votre santé, me dit-on, apportent à la publication de votre travail ; l'esprit de modération et d’impartialité que respire votre début devient le garant de la solidité de vos aperçus et de vos découvertes : que de choses curieuses à voir et à expliquer daris ces ruines vraiment étonnantes dont il m’a été permis de voir les magnifiques gravures ! quels siècles que ceux où les arts de toute espèce avaient acquis un si haut degré de perfection ! et combien nous sommes jeunes dans la connaissance de l’antiquité !
J’attache le plus grand intérêt à lire le développement de vos preuves en faveur de la date reculée des zodiaques de Latopolis et de Tentyra. Il paraît que des copies inexactes ont induit Dupuis en erreur; je n’ai point encore étudié cette question, attendant à le faire sur desürs modèles, et d’ailleurs étant occupé d’une autre branche qui se lie à la vôtre, je veux dire la chronologie des Chaldéens, dans laquelle il me semble avoir aussi découvert des choses neuves, et entre autres
une identité frappante avec tout ce qu'on attribue aux Juifs dans toute la prétendue période diluvienne et anté-diluvienne. Il y a deux ans que j'ai publié un premier travail intitulé Chronologie d'Hérodote , où je m’écarte totalement des idées reçues sur les Assyriens de Niniveet de Babylone, et cependant ce travail a obtenu le suffrage de plusieurs savants distingués en Allemagne et même à Paris. J’aien main un second vo-
lume très-avancé, qui traite des Babyloniens et des Juifs ; si mes aperçus sont vrais, comme je le crois, l’histoire de l’Asie avant Cyrus prendra une face nouvelle; et parce qu’au de-
là des premiers rois hébreux, les propres livres de ce peuple
attestent une fracture absolue dans l'échelle des temps, et
qu’au delà d’une certaine limite tout devient mythologique
et chaldéen, mon travail s’accordera avec le vôtre à ouvrir
une perspective de temps antérieurs suffisants à placer les
dates des plus anciens monuments. Je me rappelle toujours
avec plaisir les vues savantes et judicieuses dont vous me
fites part il y a déjà dix ans chez le ministre de la guerre:
ma crainte est de ne pouvoir attendre dix autres années pour
voir terminer tout le magnifique travail sur l'Égypte. Mais
j'oublie que j’entretiens un administrateur qui a d’autres oc-
cupations plus pressantes ; recevez, Monsieur le Baron, à ce titre et à tout autre, les vœux bien sincères que je fais pour tout ce qui peut contribuer à votre bonheur, et l’assurance des sentiments de considération distinguée avec lesquels j'ai l'honneur de vous saluer.
Signe : VoLNEx.
L'ÉGYPTE ET LES CENT JOURS. 34r
Document n° IX. (Page 36. )
Lettre circulaire adressée par le Préfet du Département de l'Isère à MM. les maires des communes de ce département, à l’occasion du retour des Bourbons en 1814.
Messieurs,
J'ai fait imprimer et publier différentes pièces relatives aux événements politiques qui viennent de s’accomplir dans la capitale de la France. Les premières m'ont été adressées par ordre du gouvernement provisoire, la dernière est extraite du journal officiel ; jy ai joint la déclaration du corps municipal de la ville de Grenoble. Il est nécessaire que ces pièces soient portées sans délai à la connaissance de vos administrés , etje vous invite à les faire publier et afficher dans le lieu le plus apparent de votre commune, immédiatement après la réception.
Je suis persuadé que les habitants de ce département feront éclater une joie unanime en apprenant que le bonheur de leur patrie est consolidé par le retour à jamais mémorable d’une autorité tutélaire et paternelle, qui regarde tous les Français comme ne composant qu'une seule famille, et doit ajouter à tant de titres augustes le bienfait d’une paix nécessaire et si longtemps désirée.
Il estinutile, Messieurs, de vous recommander d’exciter le zèle des habitants de vos communes ; je vous invite seule: ment à en autoriser l'expression.
Aux motifs personnels qui me portent à vous adresser cette invitation , s’en joignent plusieurs autres qui sont puisés dans l'intérêt immédiat de notre pays.
J'attends, Messieurs, de votre zèle et de votre dévouement que vous vous conformeres à la présente instruction.
Je recevrai avec satisfaction l’assurance de votre concours, ainsi que celle des dispositions des personnes qui participent
à l'exercice de l'autorité municipale. Il est convenable que les magistrats s'expriment publiquement ; leur voix donnera l'essor à toutes les autres, et appellera sur le pays les avantages résultant de la concorde publique et d’une paix stable, objet de tous les vœux.
Agréez, Messieurs, l'assurance de ma parfaite considération.
: J. Fourier.
Grenoble, le 14 avril 1814.
La veille, le 13 avril, Fourier avait homologué une déclaration du corps municipal de Grenoble, en ces termes :
« Vuet homologué par le préfet du département de l’Isère, « qui ordonne que la présente déclaration du corps municipal « soit sur-le-chamy publiée et affichée avec solennité, com- « me exprimant les vœux unanimes des Rabitants, et comme « un témoignage authentique de leurs sentiments pour l'au- « guste maison de France, qui va rendre à notre patrie, avec « une paix durable, son ancienne prospérité et sa gloire, et « fondera sur des bases anciennes et révérées l’union et le « bonheur de tous les Français. Vive le Roil»
DocumEenT N° X. ( Page 31.)
Ordre de police pour le passage de Napoléon à Grenoble, en se rendant à l'ile d'Elbe.
Le 21 avril (1814), à trois heures de l’après-midi, la promenade du jardin et des terrasses sera interdite, les grilles en seront fermées et ne seront ouvertes qu’en suite de l’ordre du maire.
Il sera placé deux piquets, l’un sur le quai à l’angle de la maison Perrard, et l’autre à l’angle de la maison Giroud, joignant la salle de spectacle ; à chacun de ces angles il y aura un agent de police qui ne laissera passer que les habitants des
maisons situées sur cette partie du quai, à qui il sera délivré un billet de passe par le commissaire de police.
Il sera fait des patrouilles par la cohorte urbaine, depuis l'hôtel de la préfecture jusqu'à la porte de France ; elles dissiperont les attroupements, engageront les personnes isolées qui auraient l’intention de stationner sans aucun motif, à se retirer, et ne laisseront passer que celles qui se rendraient dans les communes environnantes.
Toutes personnes qui, par des injures ou propos, troubleraient l’ordre, seront arrêtées et traduites à la Conciergerie.
Il y aura des détachements de la cohorte urbaine stationnés sur les places et carrefours, qui se porteront partout où besoin sera.
Le présent sera soumis à l'approbation de M, le préfet.
Il sera communiqué à M. le commandant de la place et à M. le colonel de la cohorte urbaine.
Signé : RENAULDON, Maire.
Vu et approuvé par le préfet du département de l'Isère, pour être exécuté selon sa forme et teneur.
Grenoble, le 21 avril 1814.
Signe : Fourier.
Document n° XI. (Page £8.) Séjour de Monsieur comte d’Arlois à Grenoble.
Deux brochures relatives à cet événement furent imprimées à Grenoble; elles sont intitulées :
« Relation des fêtes qui ont été offertes à son Altesse « Royale Monsieur , pendant son séjour dans le département « de l'Isère ; 16 pages in-8°. »
« Recueil de différentes poésies à l’occasion du passage de
« S. A. R. Monsieur, frère du roi, à Grenoble ; 113 pages « in-8°. »
L'étendue de ces recueils ne permet de reproduire ici que leurs titres.
Mais nous ne pouvons omettre d'ajouter que Fourier, en envoyant au ministre de l’intérieur le texte de la première brochure, la Relation, s'exprimait ainsi :
« Je n’ai point rédigé moi-même cette relation, mais je « l'ai examinée et corrigée avec soin. J’ai suppléé aux articles « qui avaient été omis, comme les visites aux établissements « littéraires , etc.
.« J'ai cru devoir ajouter à cette lettre une nofe dont l’ob- « jet n’a point un rapport direct avec le séjour de Son Altesse, « mais qui m’a paru devoir mériter votre attention, etc. »
Et cette note adressée au ministre était un formel avertissement contre les dénonciations clandestines dont les événements d'alors favorisaient singulièrement la production. Fourier en accuse l'ambition, la vanité, et toutes les mauvaises passions qui sont les compagnes habituelles de ces vices honteux ; il flétrit et la dénonciation et le dénonciateur en termes énergiques. Le fonctionnaire dont Fourier avait pris si noblement la défense conserva son emploi, et Fourier nese fit jamais un mérite de ce succès ; ilavait accompli un devoir.
La théorie des délations a été perfectionnée depuis 1814 ; faut-il la comprendre aussi dans les progrès du siècle, et renoncer à cette consolante pensée, que le développement de l’intelligence doit aussi profiter à la conscience? C’est une question qu’il ne faudra pas examiner tant qu’il y aura des hommes qui ne vivront que de leurs propres turpitudes ou de celles des valets à leurs gages.
On ferait un volumineux recueil de pièces inédites , de la réunion des délations anonymes écrites ; les délations orales, plus bénignes en général et de meilleure compagnie dans
la forme, seraient encore plus piquantes, si toutefois des documents d’un tel degré de dépravation laissaient quelque place à toute autre pensée qu'à celle de la juste réprobation que mérite un semblable renoncement à toute humanité, et de l’opprobre éternel dont il doit être marqué.
Document n° XII. — { Page 42.) Desséchement des marais de Bourgoin.
Le travail administratif auquel Fourier se livra pour conduire à une heureuse fin cette vaste entreprise, fut considérable, et presque tout personnel, à cause de l'importance supérieure de son objet, de la variété des intérêts qui s’y trouvaient engagés, de l’entétement des prétentions qu'ils firent naître, et des difficultés infiniment compliquées sur lesquelles les tribunaux et le conseil d’État ne parvinrent, qu’à grand’peine, à mettre d’accord par la force légale de leurs décisions , l’État, les communes, les propriétaires et la compagnie des entrepreneurs du desséchement.
Il est constant que ce grand ouvraged’utilité publique, dont Fourier préfet ne cessa de s'occuper après en avoir exposé mathématiquement les bases, a rendu à l’agriculture six mille cent cinquante-quatre hectares de terres labourables.
. Document n° XIII. ( Page 80.)
Recherches au sujet des zodiaques égyptiens.
Voici le texte d'une autre note autographe de Fourier ; elle servira, comme celle qui se lit page 79, à montrer à quelle diversité de recherches il se livrait pour perfectionner son ouvrage.
1. Trouve-t-on sur plusieurs monuments la tête d'Isis (d'Hathôr) du zodiaque rectangulaire de Denderah?
2. La liste des noms égyptiens des mois, la prononciation , la transcription donnée par les Grecs, avec les jours épagomènes, et les mêmes noms transcrits en arabe.