PRÉFACE. | V
mais la science est fort résolue, toute-puissante; elle n'hésitera point en face d’un tel incident.
Il y a peu de chose à dire du Discours qui remplit à lui seul le chapitre VII: de ce volume; ses mérites reconnus suffisent pour le recommander. Ordonné et commencé sous le Consulat, la marche des événements publics en Europe le destina à être publié sous l’'Empire. Le Premier Consul avait tenté d’accréditer les opinions les plus exagérées de l'antiquité deszodiaques égyptiens ; l'Empereur favorisa ouvertement les opinions les plus restreintes, etsa première politique dirigéeselon les vœux des peuples, il la remplaca par une politique conforme aux désirs des rois : il venait de s’introduire dans leur rang. Il y a de curieuses traces de ces solennelles variations, inspirées par l'enivrement de la victoire, dans cette première rédaction inédite du célèbre Discours de Fourier, qui sert d'introduction à la Description de l'Égypte et d'histoire à l'expédition française.
L'Europe entière a jugé, selon la diversité des intérêts, cette merveilleuse entreprise de notre révolution. Un autre de ses ennemis en a écrit ce qui suit : c'est la copie d’un mémoire autographe et inédit du général Dumourier.
« L'ignorance, la folie et l'amour effréné du pillage ont dicté le projet de conquête de l'Inde par l'Égypte, dont le Directoire a chargé le malheureux Buonaparte... Il n'est pas douteux que, si le général Buonaparte parvenait à s'établir solidement en Égypte, à révolutionner les faibles Égyptiens, à leur donner un caractère national, des lumières, de la force et de l'ensemble, à les amalgamer avec les Francais
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( ce qu'on doit regarder comme impossible), à établir une marine militaire dans la mer Rouge, à pénétrer sur la côte de Malabar en s’emparant de Surate, ou Diu, ou Daman, à se trouver sur cette côte assez en force pour assiéger et prendre ou Bombay, ou Goa, à faire d’un de ces excellents ports sa place d'armes, il ne püt ensuite réussir à diviser les puissances indiennes, à les détacher de l'Angleterre, à attaquer les trois présidences avec avantage, et même à renverser la puissance anglaise dans l'Inde... Mais ce plan demanderait pour son exécution la liaison la plus intime avec les Turcs et les Arabes, surtout plusieurs années; que les Égyptiens et les différentes hordes d’ Arabes se fussent jointes en foule sous les drapeaux du conquérant de l'Italie; que la Porte, au lieu de prendre en mauvaise part l'invasion des Français en Égypte, eût été satisfaite du soin que prenait le Directoire de corriger ses Beys indociles , eût adopté le général Buonaparte pour son Pacha.…..; et qu'avec vingt mille de ses braves soldats ce général eût traversé la mer Rouge et le golfe Arabique pour mettre pied à terre dans l'Inde et la conquérir. Mais il ne peut plus être question des projets de l'Inde. Le premier coup de fusil tiré en Égypte a tout détruit : l'armée française y lutte contre la faim, les maladies, la mortou l'esclavage. tout Français, tout militaire , tout homme sensible, même ennemi, gémit sur le sort terrible de ces braves guerriers et de leurs chefs. On ne peut que s’indigner de les voir sacrifiés aux projets chimériques et au machiavélisme aveugle d'un gouvernement éphémère, que les Français ne peuvent pas soutenir plus longtemps sans compléter leur ruine. »