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CHAPITRE IL

Fourier eh Égypte. Bonaparte. Kléber. Menoe. Le Divan. L'Institut. Événements intérieurs. Documents inédits.

Un arrêté du directoire exécutif de la république, en date de germinal an VI, mit Fourier au nombre des savants désignés pour une expédi-

(x) Annuaire statistique du département de l’Yonne, pour l’année 1837.

tion dont le but était ignoré du public, et qui se rendit en Égypte. Fourier partit et débarqua avec l’armée.

Dans une analyse bienveillante, mais fidèle, des actes concernant le séjour et les services divers de Fourier en Égypte, actes déposés dans le Courrier de l'Égypte, dans la Décade égyptienne (1), et dans les Annuaires de la république française imprimés au Kaire, M. Cousin (2), son successeur à l’Académie française , a fait connaitre à quels titres divers, étant revêtu à la fois de fonctions littéraires et de fonctions administratives qui touchaient également aux plus grands intérêts de l'établissement français sur les rives du Nil, Fourier rendit partout de très-grands services, secondant à la fois, d’un zèle infatigable, l'administration nouvelle du pays et les re=

(r) Recueil en trois volumes petit in-4° ; les feuilles A, B, C, formant les 24 premières pages du 4° volume, ont été imprimées au Kaïre, mais elles n’ont pas été conservées, la capitulation de la place ayant mis fin à l'occupation française. Ces trois feuilles se trouvent très-rarement réunies aux trois volumes de la Décade. L’imprimerie nationale s'était réfugiée dans la citadelle du Kaïre, La convention du 8 messidor an 1x (17 juin 1801), pour l’évacuation de cette ville et de son territoire, fut la dernière pièce imprimée en Égypte. Parmi les ouvrages malheureusement interrompus aussi par les mêmes circonstances, il faut citer la Grammaire arabe vulgaire de M. J. J. Marcel, dont il n'existe que les 168 premières pages, format petit in-4e et dont les ” Exemplaires sont aussi très-rares.

(2) Supplément du journal le Constitutionnel; mois de juillet

cherches les plus intéressantes sur son état ancien; dirigeant l’Institut et le Divan; concourant avec une habileté remarquable au succès des négociations diplomatiques, et louant en orateur éminent, aux applaudissements del’armée entière, les généraux illustres qu’elle avait perdus.

Les recueils aujourd’hui si historiques, qui furent imprimés en Égypte pendant l'occupation française, abondent en mentions ou même en textes des travaux de Fourier ; et à l’énumération déjà fort étendue qu’a publiée M. Cousin, il faut ajouter ce qui se trouve dans le n° 108 et dans le n° 115 du Courrier, qui eut 416 numéros, dont M. Cousin n’a pu consulter que les 105 premiers.

Je possède avec ces recueils imprimés, intéressants au plus haut degré pour les temps héroiques et merveilleux de notre histoire moderne, quelques documents manuscrits non moins utiles pour écrire sur la vie de Fourier et les . événements de son temps. J'en tire plusieurs ren- ” seignements qui compléteront ceux que les précédents biographes ont déjà réunis.

Dans la première séance de l’Institut d'Égypte tenue au Kairele 6 fructidor an VI(23 août 1708), Monge fut élu président, Bonaparte vice-président, et Fourier, qui était alors à Rosette, fut nommé secrétaire perpétuel (1).

(1) On a souvent confondu, dans nos souvenirs historiques, l'Institut d'Égypte avec la Commission d'Égypte. L'Institut fut

Le général en chef Bonaparte étant airivé au Kaire le 23 thermidor an VII (10 août 17099),

un corps permanent, et la Commission n'eut qu'une existence temporaire. Nous recueillons ici avec un juste sentiment de respect, les noms des personnes qui composèrent Pun et l’autre.

Le 3 fructidor an VI (20 août 1798), un arrèté du général en chef Bonaparte créa l'Institut d'Égypte, composé de 4 sections et de 48 membres. Il noinma en même temps les sept premiers membres, Andreossi, Berthollet, Cafarelli, Costaz, Desgenettes, Geoffroy, Monge, et il les chargea de présenter les noms des personnes qui leur paraïîtraient dignes d'entrer dans une des quatre classes du nouvel Institut. Le 5 fructidor, la liste fut arrêtée; mais, contre l'avis des sept membres primitifs, les généraux Kléber, désigné pour la section des beaux-arts, Desaix et Reynier, pour la section d'économie politique, ne furent pas nommés , parce qu’ils ne résidaient pas au Kaiïre. Le 19 brumaire an VIII (zx octobre 1799) l’Institut les reconnut néanmoins comme membres du corps : ils habitaient alors la capitale de l'Égypte.

Voici la composition des quatre sections, arrêtée le 5 fructidor an VI:

Classe des mathématiques, Andréossi, Bonaparte, Costaz, Fourier, Girard, Lepère, ingénieur, Leroi, Malus, Monge, Nouet, Quesnot, H. Say. Lancret, nommé plus tard. Z{s sont tous morts. M.Lepère, architecte, nommé avant Lancret, a seul survécu.

Physique. Berthollet, Champy, Conté, Delille, Descotils, Desgenettes , Dolomieu, Dubois, Geoffroy, Savigny. Beauchamp et Larrey, nommés ensuite. M. Geoffroy St-Hilaire a seul survécu.

Économie politique. Cafarelli, Gloutier, Poussielgue, Shulkowski, Sucy, Tallien, Bourienne et Corancez, nommés plus tard. Z{s sont tous morts.

Littérature et beaux-arts. Denon, Dutertre , Norry, Parceval, Redouté , Rigal, Vanture, dom Raphaël de Monachis, prêtre grec uni, Ripault, nommé plus tard. Z}s sont tous morts.

‘ Ainsi de la création de l'Institut d'Égypte composé des 36 membres le 22 août 1798 (il y a 45 ans), des dix membres nommés dans la suite , total 46, deux seulement vivent encore : M. Geoffroy-St-Hilaire, membre de l’Académie royale des

après la bataille qu’il venait de gagner sur les Turcs près d’'Aboukir, le 7 du même mois, fit partir de suite les deux Commissions scientifiques qu’il avait nommées par un ordre du jour, et chargées d’explorer tous les monuments de la haute Égypte. Fourier fut nommé commandant de la deuxième commission. Le général Berthier lui en donne l’avis par une lettre en date du 27 thermidor (14 août). La Commission a ordre de partir le 1° fructidor (2 septembre). Le commandant d’armes de Boulac doit fournir une djerme armée et une escorte de vingt hommes... Par l'effet du hasard, cette escorte fut commandée par un de mes proches parents, de mon nom, capitaine à la célébre trente-deuxième demi-brigade. Il eut l’occasion , à Grenoble, de rappeler cette circonstance à Fourier, qui fut heureux de

sciences, et M. Lepère, l'architecte de la colonne de la place Vendôme.

Les deux Commissions chargées d'explorer les monuments de la haute Égypte furent composées, /a première, des citoyens Costaz, Nouet (*), Méchain, Coquebert, Coutelle, Savigny, Ripault, Balzac; et la seconde, des citoyens Fourier, Parseval, Villoteau , Delille, Geoffroy, Lepère, ingénieur, Redouté, Lacypière , Chabrol (de Volvic), Arnoult, Vincent. Plusieurs ingénieurs des ponts et chaussées (Jollois et Devilliers étaiént de ce nombre); des ingénieurs géographes (et parmi eux M. Jomard), et des officiers de diverses armes concoururent aux recherches entreprises par les deux Commissions, et doivent être associés aux hommages qu’iospirent de si rudes et de si fructueux travaux.

(*) Les noms en italiques sont ceux des membres de la Commission, membres cn même temps de l’Institut d'Égypte.

ce souvenir, comme il l'était de tous ceux qui se rattachaient à l'expédition d'Égypte.

La rédaction de la notice analytique des travaux des deux Commissions de retour de la haute Égypte, insérée dans le n° 47 du Courrier, est manifestement de Fourier et peut être ajoutée à la liste dressée par M. Cousin. Ceci résulte du style, de l'emploi fréquent dela particule on, trés-habituel dans les écrits de Fourier, et de ce qui s’y lit au sujet des zodiaques comparés entre eux, expression certaine de l’opinion primitive de Fourier sur ces rares monuments; et lorsqu'il ajoute que ces sculptures ont échappé aux observations des voyageurs dont les écrits ont été publiés, il se souvient que Denon, alors parti pour la France avec le général en chef Bonaparte, avait dessiné ces zodiaques à Dendérah et à Esnéh. Fourier me dit avoir comme découvert aussi le zodiaque circulaire de Dendérah, un jour où, fatigué à l'excès, malade, et s’étant couché à la renverse dans la salle dont ce monument formait le plafond , il y vit d’abord le signe du scorpion, et bientôt après tous les autres signes rangés en ligne spirale. .

Un bureau des renseignements sur l’état moderne de l'Égypte fut institué par le général Kléber le 28 brumaire an VIII (20 novembre 1799) (1); Fourier en fut nommé président, et

(1) On lit l’an vix par erreur dans la notice de M. Cousin.

c’est en cette qualité que Tallien , le célèbre conventionnel, membre du bureau, adressa à Fourier un mémoire sur l'administration de l’Égypte, avec une lettre ainsi conçue :

« TALLIEN, au citoyen Fourier, president, etc.

« Je vous adresse, citoyen président, un mé- « moire sur l'administration de l'Égypte, résultat « du travail dont j'ai été chargé par la Commis- « sion. L’exactitude des renseignements que j'ai « recueillis fait le seul mérite de ces notes, « auxquelles je n’attache de prix qu’autant qu'el- « les pourront contribuer à la perfection de l’ou- « vrage que vous vous proposez de publier. Je « vous laisse entièrement le maitre d’y faire les « changements que vous croirez convenables.

« Si j'avais eu plus de temps, j'en aurais soi- « gné davantage la rédaction; mais jaloux de « remplir mes engagements, j'ai voulu, avant de « partir (1) vous remettre mon travail.

« Salut et amitié.

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