TALLIEN
Alexandrie, 30 pluviôse an VIII (23 janvier 1800).
Lorsque, le 3 frimaire de la même année (24 novembre 1799), le bureau de l’Institut du Kaire assembla les deux Commissions de la haute Égypte, pour délibérer sur la réunion de toutes
(1) On a dit que Tallien, dont l’activité d’esprit déplaisait au général en chef, avait été autorisé à retourner en France.
les observations en un seul corps d'ouvrage, et pour désigner le secrétaire chargé de diriger l’ensemble de ce travail, Fourier, sur les quarante-sept votants, réunit quarante-cinq voix; les deux autres bulletins nommèrent, l’un Villoteau, et l’autre Girard. |
La minute du traité entre Kléber et Mourad- Bey (mois de floréal an VIII, mai 1800), écrite de la main de Fourier, a été conservée : il n’y a aucune trace de ses rapports diplomatiques avec la belle Sitty-Nafiçcah, ou Setty-Naffy, femme de ce bey, à laquelle le général en chef Menou donna une pension de soixante mille francs lors qu'elle devint veuve de Mourad (x).
Par un arrêté en date du 27 messidor an VIII (16 juillet 1800) le général en chef Menou voulut fonder au Kaire une bibliothèque publique, composée des livres de l’Institut d'Égypte et de ceux que Bonaparte y avait laissés : Fourier fut chargé d’en faire dresser l'inventaire, ainsi que des manuscrits, des instruments de physique et autres objets d'étude; de désigner le lo-
(x) Courrier de l'Égypte, n° 113, 20 floréal an 1x (23 avril 1800). Setty-Naffy était veuve d’Aly-Bey quand elle devint la femme de Mourad-Bey. Une décision du général en chef lui laissa la possession de la partie de ses biens qui lui venait de son premier mari. « Je veux par là , » disait Bonaparte dans sa lettre à Poussielgue, contrôleur des dépenses, « je veux par là donner une « marque d’estime à ce grand homme { Aly-Bey). » Lettre du 11 pluviôse an VIT (3r janvier 1799).
cal où ils seraient déposés, de donner un règlement au nouvel établissement littéraire, et d’en surveiller l'exécution.
Peu de jours après, le 17 fructidor (4 septembre, même année), Fourier était nommé le premier membre du conseil privé d'Égypte; le 9 vendémiaire suivant (1 octobre), examinateur des aspirants de la marine sortant de l’école des mathématiques fondée au Kaire; le lendemain, chef de l'administration de la justice et commissaire près le divan du Kaire, corps politique d'une haute influence sur la population égyptienne : et pour cette active variété de services, on ne trouve qu’un équitable témoignage de leur utilité dans ce passage d’une dépêche du général Menou au premier consul : « L'Institut a repris ses séances; « le citoyen Fourier, secrétaire perpétuel, se con- « duit à merveille et nous est d’une très-grande « utilité. Je demanderais, citoyen consul, que « vous fissiez quelque chose pour l'Institut. » (Lettre du 10 brumaire an IX, 2 novembre 1800.) |
Les brouillons du discours prononcé à la cérémonie funébre de Desaix (11 brumaire an IX, 3 novembre 1800) contiennent quelques variantes remarquables. On lit dans le texte connu de ce discours : « L’admiration, l’amitié et le « désir d’obtenir, en l’imitant, une gloire im- « mortelle, l’unissaient au premier général de
« l’armée d'Orient, qui lui accorda l'honneur « de conquérir le Saïd. » Dans le manuscrit, au contraire, cette phrase inédite et plus brillante subsiste encore : « Le premier chef de l’armée « d'Orient, à qui il est aussi aisé de donner la « gloire que de la posséder, et qui, parvenu « sans efforts à l’immortalité, ne semble plus oc- « cupé que de la distribuer, nomma d'avance « Desaix conquérant de la haute Égypte ». On lit aussi dans le manuscrit autographe ce rapprochement historique : « Français, vous avez en- « voyé dans l’Occident le récit de la bataille « d'Héliopolis, et nos armées d'Europe vous ont « répondu par celui de la journée de Marengo. »
Ajoutons cette pensée si noblement exprimée : « Il n’y a dans l’histoire qu’un petit nombre « d'époques signalées par de grands événements « de guerre, comme si la fortune et le génie « des nations eussent besoin de s’accorder pour
les y accumuler. »
En Égypte Fourier ne cessait de penser à la France ; il doutait peut-être si, dans le nouvel ordre politique établi par la révolution du 18 brumaire, on penserait à lui, et je sais qu’il ne comptait que faiblement sur la mémoire du premier consul. Fourier écrivit donc à Paris, et reçut en réponse une lettre qui mérite d’être conservée ; la voici :
; « Paris, le 21 nivôse an IX de la rép. (11 janvier 1801).
« Le ministre de l'Intérieur par intérim au citoyen « Fourten, efc. »
« Citoyen, la science que vous cultiviez en « Europe vous donnait des titres à la célébrité ; « mais vous avez aspiré à un autre genre de « gloire, et vous venez d’associer votre nom à « ceux des conquérants et des bienfaiteurs du « pays le plus intéressant du monde, du peuple « le plus célèbre de l’histoire.
« Continuez, citoyen, à acquérir des droits à « la reconnaissance nationale, et reposez-vous sur « le gouvernement du soin d'acquitter envers « vous une dette publique. Je m’estime heureux « de vous en transmettre l'assurance.
« Recevez, citoyen, l’expression de mon es- « time particulière.
« Signé : CHAPTAL. »
Ces assurances, bien motivées, et données au nom du gouvernement, tiraient plus de prix des circonstances où l’armée française se trouvait alors en Égypte. Kléber avait été assassiné. Menou avait le commandement en chef, il était en présence avec l'ennemi, et il écrivait ce qui suit à Fourier, alors au Kaire :
« Au quartier général d'Alexandrie, le 1er germinal an IX « de la rép., etc. (22 mai 1801).
« Au citoyen Founien, chef de l'administration de la jus- « tice et secrétaire perpétuel de l'Institut.
« Nous avons attaqué hier les Anglais; l’atta- « que n’a pas réussi. Ils ont gardé leurs positions ; nous avons repris les nôtres. Les circonstances exigent que tout ce qu'il y a de Français au Kaire se tiennent infiniment sur leurs gardes; ils savent qu'en cas que les événements deviennent plus orageux, la citadelle doit être leur retraite. Je vous prie, citoyen, de prévenir de cette mesure tout l’Institut, et comptez à tout jamais sur mon estime et mon attachechement. Donnez-moi souvent de vos nouvelles. Je vous donnerai des miennes.