‹ Fourier et son systèmeChapitre 8 sur 10 · ADMINISTRATION UNITAIRE · texte numérisé non relu

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d'impôts , sans exciter do murmures , verront les dettes publiques s'éteindre , acquerront de nouveaux royaumes , sans répandre le sang , ni jeter l'argent , au moyen de colonisations dans les pays barbares, que de nombreux essaims de familles harinoniennes iront conquérir pacifiquement , et attirer, par leur exemple , à l'industrie attrayante.

Je n'ai voulu ici qu'indiquer le mode d'administration de la phalange et du globe ; tout emploi , toutes fonctions sont décernés par voie élective; tout individu est électeur dans ses fonctions spéciales et dans la représentation générale de la phalange; tout candidat a pour examinateurs des juges naturellement impartiaux et compétents. L'administration sociale, dans cet ordre de choses , est la même que celle qui régit l'univers où tous les êtres, s'attirant et se maintenant dans un juste équilibre, accomplissent leurs fonctions , et coopèrent à l'ordre général, chacun dans sa sphère , sans que la puissance du maître de toutes choses se fasse jamais sentir que par ses lois immuables et éternelles. De même , dans l'ordre humain , il n'y aura d'état libre pour les hommes que lorsque l'adminis-

tration formera un rouage qui maintiendra toutes choses dans un ordre parfait , sans que l'arbitraire puisse jamais l'entraver. Cet état libre se réalise dans l'ordre unitaire , où chacun fait partie du tout en proportions exactes , sans qu'il appartienne à aucun de désharmoniser ces proportions en prétendant les rétrécir ou les élargir à sa volonté.

Condition des femmes en liarmon ie.

Depuis que les questions sociales sont , en quelque sorte , à l'ordre du jour , la condition des femmes est celle qui est la plus obscurcie pat' les préjugés. On réclame leur émancipation ; ce mot seul soulève une foule d'esprits , les irrite par avance, les porte à tourner en dérision ce grave sujet.

Fourier porte toute sa sollicitude sur la condition des femmes; il voit en elles la classe la plus opprimée, en même temps que le plus puissant instrument de régénération sociale.

Son système d'association, en leur assurant l'indépendance, les relève de leur abaissement, efface tous leurs maux. Aucune classe n'est aussi intéressée que les femmes à souhaiter la réalisation de son système. Il résout toutes les difficultés de leur position, et leur assure la seule émancipation, qui leur convienne. Quelle est cette émancipation? c'est un mot dont on a tant abusé, qu'il est nécessaire d'en donner quelque explication.

Par émancipation de la femme , veut-on seulement exprimer modification , amélioration , progrès? Qui pourrait nier que la condition des femmes n'en soit susceptible , ainsi que toutes les institutions humaines?

La femme sauvage , reléguée dans un coin de la hutte comme un animal immonde , et dont le sort est si affreux , qu'il lui arrive , lorsqu'elle met au inonde un enfant du sexe le plus faible , de le tuer pour qu'il n'ait pas à maudire l'existence , cette femme n'a-t-elle pas un progrès social à ambitionner? C'est de ce degré de misère et d'abjection , que la femme , passant par les diverses phases sociales , depuis la barbarie complète des Tatars et Kalmouks, et la

demi-barbarie des Turcs , jusqu'à l'état de civilisation actuelle , a toujours vu sa servitude et son abaissement se réduire et se changer en une liberté apparente , un semblant de dignité. Il y a eu jusqu'à certain point progrès dans sa condition sociale. Je dis jusqu'à certain point , car chez les peuples barbares qui respectèrent et honorèrent les femmes , tels que les Germains , les Slaves, elles jouirent d'un sort plus heureux et d'une liberté plus réelle que chez aucune des nations civilisées d'aujourd'hui. Puis donc que leur sort a subi tant de modifications, n'en ont-elles plus à souhaiter, à espérer?

Qu'on jette un regard sur les malheureuses femmes et filles du peuple , les unes condamnées aux travaux les plus durs , subissant toutes les privations , les entrailles déchirées par toutes les angoisses, toutes les douleurs humaines ; les autres vouées au vice et à l'infamie par la misère et le défaut d'éducation, et qu'on dise que la société a tout fait pour les femmes, qu'elles doivent se contenter de leur sort , qu'il ne leur reste rien à désirer, rien à prétendre ! La cause la plus immédiate du malheur pour les femmes, c'est la misère : si l'on réclame

leur émancipation , c'est demander avant toutes choses , pour condition première à toute amélioration , une réforme dans l'économie sociale qui efface la misère et donne à toutes X éducation , le minimum et le droit au travail.

Ce n'est point seulement la classe proprement dite des femmes du peuple , dont les maux prennent leur source principale dans la misère , le défaut de fortune , mais ce sont les femmes de toutes classes. La grande majorité ne possède qu'une fortune médiocre qui ne suffit pas à^leur indépendance , et celles même qui possèdent une fortune suffisante sont en danger de la perdre. Elles n'ont point , comme les hommes , la facilité de se créer une carrière , ou du moins ce n'est pour elles qu'une exception entourée de difficultés. Le mariage et les soins de famille sont leur destination ; les lois, les mœurs , l'éducation s'accordent à ne faire de position sociale à la femme que dans le mariage ; hors le mariage, toute position est, pour la femme , pénible , triste , remplie de dégoûts et d'humiliations.

Et cependant , tandis que la société offre aux femmes, pour destinée exclusive , le mariage ,

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qu'elle les élève dans ce but unique , le leur fait considérer comme devoir, nécessité , bonheur, d'un autre côté le mariage ne dépend point d'elles , n'est pas en leur pouvoir. Les hommes qui ont une carrière, leur indépendance et mille distractions, ne le regardent point comme nécessité ; leur amour-propre même n'y est pas attaché comme celui des femmes; ils attendent , ne s'effrayent pas de vieillir célibataires , et prétendent ne se marier qu'autant qu'ils trouvent réunis les avantages de fortune et de convenance. Les jeunes fdles sans dot risquent de végéter dans l'isolement ; celles qui possèdent une dot n'osent se montrer trop difficiles , ni beaucoup tarder dans leur choix , dans la crainte que les belles années ne passent et ne rendent plus rares les occasions. De là vient que tant de femmes vieillissent dans le célibat ; de là vient tant de femmes qui se marient mal et ne connaissent du mariage que les dégoûts , les ennuis , les douleurs.

Le système de Fourier efface la misère; il donne l'indépendance et ouvre une carrière à toutes les femmes ; il concilie pour elles les soins du ménage et les devoirs de la maternité avec

2oO CHAPITRE XIV.

le développement intellectuel et l'aptitude à d'autres travaux.

Le système de Fourier fait plus ; il rend à la femme sa pureté et sa dignité , il la régénère , et la société avec elle.

Singulière erreur où l'on tombe au sujet des femmes ; il semblerait , par leur émancipation , par une plus large extension de leur liberté , qu'on réclamât une plus large extension de la corruption et des mauvaises mœurs. C'est étrangement méconnaître la nature de la femme. La corruption pour elle est forcée ; elle n'y consent point volontairement , elle ne cesse , môme en y cédant , de la détester ; elle lutte et combat contre la fatalité des circonstances , et maudit une société injuste qui la condamne à la dégradation et ne lui offre point de voies de salut. Chez les filles du peuple , c'est la misère et l'abrutissement qui les poussent dans l'abîme ; chez les femmes des classes aisées , c'est l'ennui, le dégoût , le vide de l'âme résultant de l'isolement ou des tristes mariages que la nécessité leur fait contracter. L'inconduite est presque toujours, pour les femmes, un effet de leur état de misère, de sujétion et d'oisiveté. Il faut

donc entendre par émancipation morale , pour les femmes , une indépendance de position qui leur permette de ne jamais se vendre , de ne jamais se donner contre leur inclination, mais de choisir l'homme qu'elles aiment, auquel elles peuvent librement promettre amour et fidélité.

La sujétion des femmes , leur étroite dépendance vis-à-vis des hommes par la misère , par une position de fortune toujours précaire, est la cause première des mauvaises mœurs. Bien qu'elles soient plus fardées qu'au dernier siècle, cependant tous les désordres existent ; une corruption effrayante s'est glissée dans toutes les classes : unions illicites pour les jeunes filles , adultères pour les femmes mariées. Corruption qui , n'étant tolérée ni par la morale , ni par les mœurs , ni par la législation , enfante l'hypocrisie , le mensonge , la ruse , les vices les plus honteux , les crimes les plus horribles. La société actuelle a comblé la mesure de ses fautes , la corruption des mœurs la dévore, lagangrène. Le mal est si grand , que l'hypocrisie , le mensonge , tout ce qui peut le farder, le déguiser, doit être regardé comme un palliatif nécessaire.

252 chapitre xiv.

Le mensonge seul soutient encore la société de quelques étais : si la corruption générale venait tout à coup à être mise au jour, et que le vice s'étalât dans toute son impudeur, le monde aurait horreur de lui-même , et la civilisation croulerait sous le poids de ses propres iniquités.

Tout progrès , dans la condition des femmes, ne peut être entendu que par une rénovation sociale qui, donnant aux femmes l'indépendance, leur permette la franchise et la sincérité dans leurs relations. Le mensonge est un palliatif qui tue en sauvant momentanément; c'est aux femmes à substituer la vérité au mensonge dans tous les rapports sociaux. Mais comment donneront-elles l'exemple de la véracité, si elles ne sont pas libres dans leurs paroles et dans leurs actions ?

Dans tous les temps , dans tous les pays , quelle garantie a-t-on prétendu donner aux bonnes mœurs, à la pureté des jeunes filles, à la fidélité , a la chasteté des épouses ? Ainsi qu'on a fait pour tous les devoirs sociaux , on a donné , pour garantie à la chasteté , la crainte, l'oppression et les châtiments. On a vu les femmes être tenues £t;jiéialem\cnt dans l'jgno-

rance et dans l'abrutissement ; où les a enfermées dans des sérails et confié leur garde à des gardiens farouches ; on a donné un pouvoir illimité aux pères et aux maris ; sur de simples soupçons, on les a punies, on les a châtiées, on les a enterrées vives jusqu'au cou , les laissant languir plusieurs jours dans l'agonie de la faim et du froid. L'éducation , la législation , la religion se sont réunies pour les épouvanter de leurs foudres et de leurs châtiments ; et cependant l'expérience des siècles a prouvé que ni craintes , ni cruautés n'étaient une barrière à l'entraînement des passions , et qu'au contraire elles leur servent de stimulant et d'excitation. L'expérience des temps a prouvé que plus la femme est assujettie et abrutie , plus elle se corrompt , plus elle entre en révolte contre les lois sociales , et qu'en sens contraire elle devient digne et chaste, en mesure de sa liberté , de ses lumières et de son indépendance.

Les qualités spéciales aux femmes , la modestie , la retenue, le sentiment de dignité, né sont point des pré-jugés , ne sont point des vertus d'opinion ; pour y forcer les femmes , le mensonge, la contrainte et les châtiments sont

en pure perte ; ils ne servent qu'à les faire sortir de leur nature. L'instinct des femmes suffit à les maintenir dans les vertus de leur sexe. C'est parce que la pudeur et la modestie sont pour les femmes une loi attractive , une loi naturelle , que la contrainte et les châtiments ne servent qu'à les rendre éhontées et désordonnées. Que le milieu social change, que la femme puisse penser et agir librement , elle saura faire naître les bonnes mœurs et les relations véridiques , et se montrer ce que Dieula voulu qu'elle soit pour la concorde , l'harmonie et le bonheur des sociétés.

Vainement on prétend annuler la femme, la réduire à une influence négative. La femme est moitié intime du genre humain ; compagne inséparable de l'homme , elle cause ses plus grandes joies et ses plus vives douleurs, l'excite aux vertus , l'induit aux vices. Ange gardien de l'enfance, beau idéal de la jeunesse, objet des plus vives affections de l'homme , rêve perpétuel de sa vie , consolation , soutien de sa vieillesse , la femme exerce incessamment sur l'homme une influence à laquelle il ne saurait se soustraire : dans la famille , hors la famille ,

son attrait irrésistible l'attire, le séduit, l'enlace, lors même qu'il la foule aux pieds, et ne la connaît que dans son abrutissement; car, s'ilécliappe ainsi à son influence salutaire , ce n'est qu'au détriment des sentiments les plus nobles et des jouissances les plus exquises. La femme poétise la création entière ; elle stimule à tous les sentiments d'amour , de dévouement et d'enthousiasme ; elle spiritualise le monde. Pour celui qui méconnaît son charme tout-puissant , la nature est morte , le matérialisme domine ; il n'y a plus ni poésie , ni amour ; le monde ne présente qu'une masse inerte ; la loi d'attraction cesse d'exister.

Il en est de la société comme de l'individu. On ne peut ôter à la femme son influence sociale ; elle est nécessairement salutaire ou pernicieuse. Plus la femme est annulée, plus elleest tenue dans la sujétion , dans l'ignorance , dans l'ignominie , et plus la société terne, prosaïque, voit crouler ses croyances , n'a de mobiles que la cupidité et l'égoïsme, et se pétrifiant jusque dans les entrailles , n'a plus que l'apparence de la vie , tandis que le cœur a cessé de battre et le sang de circuler.

2f)6 CHAPITRE XI Y.

L'amour est la plus puissante de toutes les attractions : nul ne se dérobe à son influente ; il captive, séduit, entraîne, donne une nouvelle vie, place le ciel sur la terre. C'est l'amour qui assure à la femme son empire sur l'homme; c'est par l'amour qu'elle a puissance de le pousser aux actions généreuses, de l'enflammer pour le beau et le bon , de lui inspirer la foi , la faculté de croire, qui est intimement unie à celle d'aimer.

Et cependant que devient l'amour, don divin , dans cette société où toutes les passions, détournées de leur impulsion naturelle, sont funestes et subversives? L'amour, stimulant aux actions généreuses, n'engendre que rivalités, discordes, intrigues , mensonges et perfidies ; il conduit au vice, il pousse au crime. L'amour, source de ravissements, d'extases, d'illusions charmantes, le plus souvent n'est qu'une souffrance, une torture et une amère déception. Il se transforme en haine , désir de vengeance; ii pousse au doute , à l'incrédulité , au blasphème. L'amour, trùne et piédestal de la femme , n'engendre pour elle qu'humiliation . et douleurs. Au lieu de l'ennoblir , il la dégrade; au lieu de

CONDITION BBS FEMMES. 257

L'élever, il L'abaisse; au lieu de bonheur, il ne lui offre que déchirements , doutes et remords.

Ah! regardez autour de vous , mettez la main sur votre propre cœur. Qu'est devenu l'amour dans ce siècle de fange et de corruption ? que sont devenues les belles illusions de la jeunesse, l'espoir d'un bonheur enivrant , le ciel ouvert dans un regard, un sourire? qu'est devenu le bel âge de la vie ? qui est jeune maintenant? Au berceau, déjà l'homme méprise la femme, brave son pouvoir, la regarde comme jouet et comme victime ; au berceau , déjà l'homme se rit des joies d'amour , du sourire candide de la jeune fille, des beaux rêves delà vie. Sec, aride, il calcule, il convoite; cupide, égoïste, la sagesse pour lui, c'est l'or* poursuivre l'or , amasser l'or. Comment l'amour pourrait-il éclore dans des âmes pétrifiées à leur naissance, qui ont cessé de croire avant d'avoir cru, qui ont nié l'amour et son feu divin avant de l'avoir connu? Ils n'ont cependant pu se soustraire entièrement à son-influence, mais ils ont matérialisé l'amour, ils ont perverti la nature angélique de la femme ; ils en ont fovgé un être soumis à

leurs caprices, à leurs volontés, une sorte d'animal domestique façonné à leurs plaisirs, à leurs besoins. Ils ont scindé la femme en deux classes : à l'une privilégiée, le mariage, les soins du ménage , l'amour maternel; à l'autre , le triste rôle de filles séduites, de femmes entretenues , de malheureuses réduites au dernier degré de la misère et de l'opprobre. Partout l'oppression, nulle part la liberté. C'est l'homme qui règne dans le désert social où tous les sentiments généreux restent stériles , où toutes les passions vraies sont étouffées.

Que devient la femme dans cette société aride, elle dont la mission est de la vivifier par les sentiments nobles , les croyances chaleureuses? La femme , solidaire des iniquités du siècle , car , en même temps que corrompue , elle est instrument de corruption , la femme souffre en proportion de ce qu'elle conserve de bon , de noble et de généreux ; ïa femme , privée de son empire réel , arrachée à sa mission divine , renferme en son âme tous les maux et toutes les douleurs de l'humanité.

Au moyen âge , les femmes , victimes des institutions sociales et des volontés arbitraires

des parents , étaient opprimées , tyrannisées ; on les jetait dans des cloîtres , on les conduisait victimes éplorées aux autels ; un époux jaloux et barbare les séquestrait , les punissait. Mais quoi ! l'amour n'avait pas perdu son empire , elles aimaient , elles étaient aimées ; la religion s'unissait dans leur cœur à la passion ; elles comprenaient le dévouement et le sacrifice. La femme trônait par l'amour ; c'était l'époque des illusions , des croyances ; toute la société , hommes , femmes , enfants , vieillards , s'émouvait à une parole , se précipitait à un signe , que ce fut Pierre l'Hermite ou Jeanne d'Arc qui s'inspirassent. La société souffrait , la femme souffrait ; mais qu'étaient ces douleurs , compensées par l'amour et par la foi , au prix du vide , de l'ennui , du froid mortel qui aujourd'hui se sont emparés de toutes les âmes poulies flétrir , les désoler , et faire du suicide la maladie et le fléau de l'époque ?

Si jamais la faculté de croire et d'aimer, la puissance du dévouement pouvait périr dans la femme, la société deviendrait comme un cadavre galvanisé , dont les mouvements forcés et convulsifs attesteraient seuls un semblant de vie.

Mais, nonobstant L'aridité des doctrines et la sécheresse de qœur qui forment le mal dominant , les femmes restent aimantes et dévouées, même sans objet , même sans trouver à qui donner leur amour , à qui porter leur dévouement. Leiïrs illusions sont longtemps avant de se flétrir ; elles les conservent pour les voir lentement effeuillées , et ne sentir que peuà peu la langueur de l'âme , la mort aux espérances.

Le système d'éducation qui régit les femmes est totalement opposé à celui qui régit les hommes. A ceux-ci la désillusion , le scepticisme , le positivisme. Aux femmes , l'innocence , la pudeur sainte , la modestie ingénue , les rêves dorés , l'amour tout autour d'elles , décevant, mensonger , séducteur. Dès l'enfance , tout lenr parle d'amour , conversations, livres, théâtres, société recouverte du masque trompeur de la galanterie , .leurs propres illusions , des émotions inconnues . des soupirs , des larmes involontaires. Qui donc les comprendra ? Pauvres jeunes filles , candides et passionnées , elles ne savent point que leur sexe entier est flétri et foulé aux pieds dans les malheureuses filles du

peuple , que l'amour idéal , comme elles le sentent , connue elles le rêvent , n'est qu'une illusion décevante, et que leur vie ne peut être qu'une suite de mécomptes et de douleurs.

Bientôt toutes ces illusions fraîches sont ternies pour faire place à la réalité; bientôt toutes ces .pauvres femmes doivent aussi pactiser avec le siècle , et faire entrer le calcul en ligne de compte de leur destinée. Déjà l'amour naïf a subi une première transformation dans leur aine ; l'amour, c'est le mariage. L'amour dans le mariage, voilà le second rêve des femmes. Remplies du sentiment de leur dignité , entourées d'une belle auréole de jeunesse, de pureté et de grâces, elles attendent les hommages auxquels elles ont droit, elles attendent de choisir, d'aimer pour être choisies , pour être aimées. Mais un pas de plus dans la réalité des choses , et le monde se déroule à leurs yeux avec ses nombreuses contradictions.

On assigne avec raison la pudeur et la modestie a la femme. N'est-il point dans l'ordre des choses que l'homme aspire à son amour, et que la femme l'accorde comme un bien long-

temps désiré ? N'est-ce point ainsi que , conservant sa dignité , son indépendance , elle peut exercer une influence salutaire et pousser l'homme aux belles actions? Si , au contraire , la femme est humiliée, abaissée , si sa position forme un contre-sens avec les qualités spéciales à son sexe , comment veut-on qu'elle ne perde pas son influence, qu'elle ne se dégrade et ne se dénature ? Eh bien ! comment la femme conservera-t-elle un sentiment de modestie et de juste fierté , quand elle possède à un degré plus éminent que l'homme la faculté , le besoin d'aimer ; quand le mariage est pour elle une nécessité rigoureuse , la seule position sociale , le seul but qui soit posé à sa destinée; quand, au lieu de choisir, elle doit s'estimer heureuse d'être choisie ; quand la modicité ou la priva • tion d'une dot est pour elle comme un vice qui la fait dédaigner; quand elle doit se plier à être l'objet de froids calculs ; quand, mettant à sa nature toute de sacrifices et d'abnégation , ellemême calcule et se fait un devoir d'étouffer l'inclination , le penchant ? Comment veut-on que la femme ne se dégrade et ne se dénature, quand l'éducation et les mœurs forment autour

d'elle un perpétuel mensonge ; quand elle ne sait plus que penser ni que croire , et qu'à mesure qu'elle avance dans la vie, elle doit jeter, comme un vieux vêtement, les belles illusions, les croyances saintes . les doux sentiments ; quand elle doit se faire un masque de contrainte , de dissimulation, d'hypocrisie; quand elle est entraînée à de tristes rivalités, de méprisables intrigues ; quand la corruption l'enlace de toutes parts et que la société va toujours lui rapetissant les facultés et lui resserrant le cœur, avec son égoïsme hideux, ses vices immondes et son matérialisme dégoûtant ?

La civilisation ou régime des ménages morcelés n'orne point de remède aux maux de la condition des femmes , n'offre point d'issue à la triste et révoltante abjection des filles du peuple. Vainement la législation, la morale, l'éducation , s'uniraient pour réformer les mœurs, tarir la source de corruption, régénérer la femme , resserrer les liens de famille, tous les efforts échoueraient dans la société comme elle est constituée. Effacer la corruption, c'est effacer la misère, c'est donner une éducation unitaire, c'est donner le libre déve-

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loppement aux facultés et assurer l'indépendance par le travail. La question n'est point de savoir s'il convient ou non de donner aux femmes des droits politiques, et de les mettre sur un pied d'égalité avec les hommes pour l'admission aux emplois ; dans l'état actuel, ce ne serait qu'une nouvelle source de désordres; le mal ne consiste pas plus pour les femmes que pour le peuple proprement dit, dans l'inégalité des droits ; il consiste, avant tout, dans la misère ; et, pour rendre les femmes et le peuple aptes à remplir les droits politiques , c'est la misère, avant tout, qu'il faut effacer. Dirat-on que, dans l'état actuel, toute carrière industrielle, artistique et scientifique est ouverte aux femmes, et que déjà un grand nombre d'entre elles se créent des moyens d'existence par leur travail ? c'est vrai ; mais, néanmoins, les difficultés d'une profession restent immenses pour les femmes, d'abord par l'éducation, qui généralement ne les y prépare point, ensuite par la concurrence, qui fait obstruer toutes les carrières sociales. D'ailleurs, comment les femmes, absorbées par les détails du ménage, les fatigues et ks soins de la maternité, pourraient-

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elles s'adonner à un travail régulier ? C'est en ce sens que l'indépendance de la femme ne peut se concilier avec le morcellement des ménages, et que même le droit au travail ne saurait la lui assurer. Que peut faire et devenir une malheureuse femme quand elle a un mari joueur , ivrogne, brutal , débauché? que peutelle devenir si elle a des enfants et point de fortune ? Lors même que la loi lui permettrait le divorce, est-elle à même d'en profiter? ne doitelle pas tout endurer, tout souffrir, dans l'intérêt de ses enfants? Dans l'état actuel, nul remède ne peut être apporté aux maux et à l'oppression de la femme.

Le système de Fourier, en introduisant insensiblement , sans secousse , sans froisser ni heurter aucun intérêt , une société dans la société, résout toutes les difficultés de la position des femmes; sans modifier la législation ni proclamer des droits nouveaux, il les régénère, tarit les sources de corruption, réforme à la fois l'éducation et les mœurs par un seul fait qui découle naturellement de l'ensemble de son système : l'éducation unitaire et l'indépen danec de la femme assurée par le droit.

au travail; indépendance rendue possible en harmonie par l'association des ménages , le travail attrayant et la multiplication des richesses.

Réalisation fin système de Fourier *

Qu'un phalanstère soit fondé , dit Fourier , que le monde ait le spectacle d'une société en pleine harmonie, et cet exemple exercera une telle puissance , que partout on l'imitera spontanément; en peu d'années, la terre se couvrira de phalanges , et l'humanité sera conquise à l'unité.

Durant toute sa vie , Fourier attendit un candidat parmi les hommes riches et puissants, parmi les rois mêmes qui eussent pu être flattés , par une expérience éclatante du système

sociétaire, de se mettre à la tète d'un mouvement social qui doit fixer les destinées flottantes de l'humanité.

L'attente de Fourier fut -elle entièrement chimérique? A ers la fin du siècle dernier , le roi de ZNaples , Ferdinand , donna à Filangieri un bourg pour y faire l'essai de ses théories sociales. De nos jours, Owen trouva dans le gouvernement anglais une sorte de protection , et une puissante sympathie parmi ses compatriotes. Fourier n'a pas été aussi heureux ; de son vivant, il n'a trouvé ni candidat, ni appui parmi les riches et les puissants , ni sympathie parmi ses compatriotes.

A défaut d'un candidat millionnaire , Fourier pensait qu'une société de riches actionnaires pourrait fonder l'harmonie ; mais précisément , pour former une société de ce genre, il faudrait que quelque personnage marquant y attachât son nom, en prît la direction : c'est toujours rester dans l'attente d'un candidat riche et puissant.

Les temps peuvent l'amener ; la publicité toujours grande du système d'association en donne l'espoir ; toutefois ce n'est qu'un espoir ha-

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