‹ Fourier, sa vie et sa théorie (volume 2)Chapitre 17 sur 39 · LA MONDAINK OU ABSORBANTE · texte numérisé non relu

LA MONDAINK OU ABSORBANTE

» i** La. DofiiiATiQUB, donnée ostensiUement par les préo0||ptears et professeurs,, qui recommandent le mépris des richesses perfides et antres sornettes» comme les vertus des deux Brntus, 1 un immolant ses fils , Fantre immolant son père ; ou Inen les vertus des jeunes républicains de Sparte, qui, en tuant des ilotes à la chasse , volant leur subsistance , exerçant la pédérastie collective, préludaient aux vertus patriotiques de Fàge mftr;

» L'institution, à k vérité, mêle à ces balivernes libérales quelques préceptes excellents, wa^ qui ne font qu'effleurer et glisser. Il arrive dé cette bigarrure que Teniant goûte et admet ce qu'il y a de plus dangereux, et repousse le peu qu'il a de bon. La cause ea est dans le conflit des trois impulsions suivantes :

» 2» La Gupu>E ou insoçiale,. donnée secrètement paries pères, qui enseignent à lenfanique l'argent est le nerf de la goerre« et qu'il faut avant tout songer- à gagner du quibus, /y^r/of etnefat. Les pères n'osent pas donner en toutes lettres cet odieux précepte , mais ils le prennent. pour canevas de leur doctrine, et disposent l'enfant à être fort accommodant sur toute chance de bénéfice, à savoir façonner la morale anx convenances de l'intérêt.

» N'est-ce pas là le thème des' leçons patemellesy sauf l'exception qui confirme la règle? D'ailleurs, sur ce vice radical de l'éducation familiale, si quelques hommes probes font exoeptioa, leur nombre s'élève-t-il an huitième? Pas même an4ieisiènie. Rari nantès, in gurgite vasto,

V 3<^L'lNSi;RttBNTR, donnée cabalistiquement par les camarades, qui,' dans leur ligue turbulente- contre les pédants et les pères, ont pour règle de faire tout le contraire de ce qu'on leur ordonne : railler la morale et les moralistes, briser, quereller, piller dès qu'ils ont un instant de liberté ; se venger de la soumission forcée par la rébellion secrète et la dissimulation concertée ; ériger l'esprit de révolte en point d'honneur, par dédain et sévices

envers ceux qui favorisent Tautoritc régentale.

» Ah"* 1» KVASiVK) doimée fartiveraent par les valets qui aident Tenfant 4 échapper -au joqg, le flagom«ttt| le régalent en secret de friandises votées , p«ur se faire prôner auprès des pères. Ils le soutiennent ei le conseillent dans toutes les menées tendant à raflranehir des entraves morales : aussi Tenfant riche regarde-t-il hss valets comme autant d'affidés secrets , et ceux-ci n*ont pas tort dans ce rôle , car les pères et mères sont déraisonnables au j^nt ée renvoyéi*/ sans autre motif, un valet qui déplairait à l«ttt« enfante ou settlemëiit an lkvt>ri.

9 t^ls sottt les champions qui se disputent Tarènef jusqu'à l'Age de quinze ans, où un cinquième athlète plus vi(|[ourenx vient prendre la part du lion, tout envahir. Inter qHntnor liHganfes, ^itn tm ffntféeî. Ce vainquent est :

« L'édneatloYi MOXMI^ oti absorbant : il font la planer en pivot; i^uisqn^elle broche sur les quatre antres et en éUmine oa modifie tout ce qnî n'est pat à sa gnise.

« L'enfant èsêlfee ans , lors de son entrée dans le ménd«; refUlt nne ëdnêafinn tt^uteltonvelle ; on Ini^ettseigfne à se moq«er des. dogmes qui intimident et cnntienttenties écoKers; ^ te coak/tmtt auk Qi»nn de la clasâe galante^ se rire comme elle des doôtrinet morales ennemies du plaisir, et se moquer bientôt après des visioM de probité , lorsqu'il passera des amourettes aux affaires d'ambitinn ; enfin à s'engager dans les folles dépenses, les emprunts nsuralres, et communiquer sa dépravation à tontes les filletles qu'il peut fii^qnenter.

' t Voilé un quadrille d'éducations bien diftiactes, dont quatre MNit en cOnenrrenci! Jnsqn'è Hge nubile, oà la pivolalo vient étlipser «t absorber toutes les autres. Avaut cet Age, la pramière, eellè des savants, n'a qu'une influence apparente t e'est entre les trois autres que la pomme est disputée ; elles envahissent le cmir, l'esprit et les sens de l'élève, et lorsqu'il atteint quinte ans, à peine lut f«ste*Uil de réducation dogmatique un léger fonds de préceptes vertueux, la plupart dangereux s'ils sont suivis à la lettre, mais qui n'ont d'empire qu'autant qu^ils se ooncilimt avec les impulsions mondaines. « (Asmc. dom.^^gr,, t. Il, p. S84; nonv. édition, t. IV, p. Mi.)

Les couleurs du tableau ue sont niaUieureuseiiieiit pa» chargées* Le irait par lequel il se termine se rapporte à

TUKORIE SOOIKI'AIRK. SM

une pagsioo qui fail à juste titre- F^ffroi ëe« édHeattor» actuels. L^amour est dans la société qù nous vivons la source d'innombrables désordres. Cest l^éeueil oà font bien souvent naufrage les mœurs, les dispositions iabOi* pieuses de la jeunesse^ ainsi que la paix et rtionnanr dot familles. Eourier, cependant , n'a pas reculé devant le pNK blême difficile de concilier cette passion rebelM •vee tontes les- exigences de l'ordre, du travail et do riiaPttionlo do* mestique et sociale. Ici encore il était guidé par oettobauto vue religieuse qui a présidé à toutes sch spéoulatloBt. ( Folie ou non , disait«il , Tamour est un ressort dont les effets ont dû être prévus par Dieu et coordonnés 4 un pbm d'harmonie et d'unité, d^actlop. »

A mesure. qu'il déterminait ce plan, FonrierH^iHait à voir de plus en plus clairement qné VêrfanimHm des Jl* bertés amoureuses est toute favorable au travail , qâ'ello a pour effet de stimuler la jeunesse aux œuvres utiles , et qu'elle est par conséquent toute à l'avantage de eeux-U même que leur Age exclut de participation h l'amour ^

Quoi qu'il- en soit, cette partie de la conception de Fou** rier qui a pour objet les relations d'amour ne sora pas ubordée ici , parce qu'il ne suffirait pas d'une brave ana*' lyse pour en donner une jnste idée, et parce qu^elle n^en<» tre point dans le cadre des éléments prétiques dont Tapplication doive- ou puisse s'emparer d'Abord. Qu^on- ne

* K* nous lasMos point d« remai^tttr qa«l «Amirahie parti FoM4«r mII Urtr pottr l'iodutrie poductiva de toutes cet fprvfi qui ont été jaiqu'ici d^ obttft* des. Et cette ulilité découle naturellement de Tobservalion de ton* le* pencbaoti 4u« notti'ttffVo rhnmanité. Dam l'enfanca, enriaaité, fvrelago. aingane, iihiUlit« , go«t 4o U Mleté ou d« 1« paresw . toni cei rewarti «oat hsbUeiHflat f t fructuettscment wisi en jeu; à la puberté , .Tanioar lui-niéine. déseapoir de» moraliftea , objet d'inquiétude al d'eCTroi pour laa pitm al méraa, po«p laa uiaiig . p«ttr tou« ceiu qui veulent oompfiiper ion ewor, qo U régler (ur^tnirf* ment et le monopoliser, l'amQur touche de son taliaman le> fonctions induA* triellea et y fill aeeompllr dae pr^igai.

I^'&gtt. de U puberté «al l'époque de la tranaitinq t» p|pt ^UUota dai|« 1» vi«. On «ait quelle magique peinture en fait Jean-Jacqne» Ronneau au cofnmençeiii«Mit du quatrième iivr« de mo imih.

292 SECONDE PAliTIE.

s'îmugîne pas , au surplus, que je recule devant Fembarras d'une fâche compromeifanie. Je ne redouterais nullement d^opposer les libertés loyales des coutume^ amoureuses du Phalanstère, coutumes dont ïsl possibilité n'était admise par Feurier lui-même que pour la seconde ou la troisième génération élevée dans T Harmonie; je ne redouterais nullement d'opposer ces libertés à Fégard desquelles l'avenir seul statuera , et un avenir qui est encore loin de. nous ; je ne redouterais point, dis-je, d'opposer ces libertés loyales aux moeurs . hypocritement et vénalement obscènes de la sodété actuelle. A ne considérer ces mœurs que sous le rapport de la déraison , n'est-il pas évident , suivant la remarque de Fourier :

ti Que la législation civilisée organise les relations d'amour de manière à provoquer la fausseté universelle » stimuler l'un et Tautre sexe à Thypocrtsie, à une rébellion secrète contré les lois. L'amour, n'ayant pas d'autre voie poul" se siltisfaire, devient un conspirateur permanent, qui travaille* sans, relâche à désorganiser la société. » Th. de rUniU unw, t. IV, p. âl 1.

Qu'on tienne compte de cette dernière réflexion de Fourier, et que nos législateurs et nos moralistes se demandent ensuite s'il vaut mieux pour leur œuvre qu'elle ait Famour coûtre.elle, Famour, ce maître des hommes et des dieux?

Écartaiit, au surplus, l'examen d'une question sans actualité, je me borne à faire observer que, par le fait de ses dispositions, le régime sociétaire éloigne des enfants tout ce qui pourrait éveiller prématurément chez eux Finstinct des rapports sexuels. Lés enfants y .ont leur vie , leurs mœurs, leurs logements à part; et Fexercice des travaux corporels ne sera pas non plus sans influence pour retarder Féclosion de la puberté , dont mille causes , surtout dans nos villes , font avancer Fheure au notable détriment de tout Forganisme. J*ajoute enfin que le principal obglacle aux unions légitimes, qui tient ù la difficulté de

THÉORIE SÔÇiéTAIRE. t»3

plus eh plus grande d*entrelenir un ménage, d'élever et de placer les enfants , disparaît en Association. Cette même circonstance, lai pénurie ou Vexiguîté des ressources du ménage, est aussi la cause la plus ordinaire des discordes conjugales.

Rien n'use tantrardeDr de ce nicead qui neulie, Qae les fickeoz beiomi des cliotef de la vie.

(Mouiai, Ut Ftwmêt mmiUm.)

Je résume les conditions que remplit Féducation sociétaire :

Elle est UNrrAiiiE; donnée à tovs, non pas en raison de la naissance et de la fortune, mais en raison des aptitudes et des goûts de chacun; n employant que. des ressorts qui tendent au même but.

Elle est composée , formant le corps et Fàme à la fois ; intégrale, embrassant tous les détails du corps et de Tâme.

Elle est pratique, se liant toujours à Tcxcrcice des fonctions. — - Par là se trouve comblé Flntervalle qui sépare aujourd'hui, pour les jeunes gens, l'éducation spéculative de rinvestissement d*une fonction , intervalle funeste à plus d'un, et dans lequel bien des avenirs, bien des patrimoines s^engloutissent chaque jour.

Elle est ATTRAYANTE , ceci résout toutes les difficultés qui pourraient venir -de la vdonté de VèleveigratuiUi et même lucrative, ceci lève tous les obstacles que l'exemple de ce qui se passe sous, nos yeux pourrait faire craindre de rencontrer de la part de parents ignorants et intéressés.

J*ai bien mal accompli ma tftche, si Ton ne voit, par tout ce qui précède, que l'Ordre sociétaire généralise, nonseulement l'instruction, mais encore l'éducation dans la plus large accïeption du mot; éducation morale, éducation professionnelle , éducation littéraire et scientifique. A nous donc , pour réaliser la pensée de FonHer, à nous tous ceux qui aiment véritabfement le peuple, tons ceux qui renient

pour lui bien-^re , lumières et moralité !

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