‹ Fourier, sa vie et sa théorie (volume 2)Chapitre 2 sur 39 · Répertoire et dictionnaire en mode composé · texte numérisé non relu

Répertoire et dictionnaire en mode composé

Mais ^ pour un sujet aussi immensément vaste les- matériaux .étaient immenses dans k tête et dans les manuscrits àe Fauteur, ses ressources pour faire face aux ffuis d'impression étaient loin d'y répondre.

Ce fut alors, en Fannée 1818, que Just Muiron alla passer quelques mois à Belley, auprès de Fourier. Il se faisait fort de pourvoir, avec Faide de ses amis , aux avances nécessaires pour F impression de Fouvrage, et il décida Fauteur à choisir Besançon, leur ville natale à tous deux, pour le lieu où se ferait cette impression.

Fourier se rendit à Besancon sur la fin de décembre 1820, pour convenir des arrangements relatifs à la publicallon projetée, et pour la vente d'ime maison qu'il y pos-

sédait en commun avec ses sœurs. Lors de ce premier voyage, il logea chez Tune d'elles, madame Clerc, et son séjour à Besançon fut de trois semaines, & peu près.

Pendant ce temps , la liaison entre Muiron et lui devint plus intime. G*est à dater de cette époque , qu'en écrivant aa disciple, le maître emploie dans ses lettres rexpression de mon cher ami.

Lors même qu ils étaient Tun auprès de Tautre, les communications entre eux avaient lieu par écrit, Muiron étant demeuré , à la suite d'une inaladie éprouvée dans sa jeunesse , atteint de surdité. Cette pénible circonstance a eu cependant un avantage : grâce k elle, les traces de leurs entretiens ont été fixées et subsistent ; on a du moins une grande partie des réponses de Fourier auY questions que lui faisait le jeune adepte, empressé de pénétrer plus avant dans la science nouvelle.

Cette partie des communications du maître et du disciple n'en est pas assurément la moins curieuse. On s'étonne, en parcourant ces notes , écrites currente calamo , de voir comment Fourier se trouve toujours en mesure de répondre à la minute, avec une précision extrême, isur tant de points différents, sans que jamais la moindre contradiction apparaisse entre les solutions qu'il donne. Si quelqu'un doutait que Foujrier possédât réellement une boussole invariable et sûre, il lui suffirait, pour s'en convaincre, d'examiner ces feuillets volants, ces bouts de papier griffonnés à la h&te, où cependant tout est si bien lié et coordonné, qu'on n'y saurait saisir l'ombre d'une incohérence quelconque, ni trouver une seule ligne ou un seul mot qui en contredise un autre.

Malgré leur rapidité, ces improvisations sont en général assez correctes de style. Fourier dît cependant qudque part, au milieu d'un de ces entretiens à la plume : « Il i> faut observer qu'en écrivant si promptement , je n'écris » pas en français; mais ceci n'est pas pour envoyer à l'im-

» pression, et il est permis d'y faire des solécismcs. n Quoiqu'il répondit en général sans hésiter sur tons les problèmes les plus compliqués et les pins ardus, il s'en faut pourtant que Fourier parlât jamais au hasard. A l'égard de certaines questions qui lui étaient adressées, il déclarait ne savoir pas, n'avoir pas encore appliqué le calcul ou ne posséder pas les données nécessaires à leur solution , données que pourraient seules fournir des notions d'histoire naturelle, de physique, de chimie, etc. , qn^il n'avait pas en l'occasion d'adquérir.

Loin dé se montrer défiant,' il était alors ouvert et commnnicatlf; loin d'éviter les demandes d'explication, il les provoquait lui-même et se mettait & toute heure à la disposition du disciple pour résoudre les diflicultcs qui s'offraient & celui-ci. « Je répondrai toujours avec plaisir à vos » observations, » lui écrivait-il; a ne vous géncz pas de , » Tenir me questionner quand il vous plaira. »

Pendant ce séjour de Fourier à Besançon , Muîron s^efforca de lui procurer les distractions qui convenaient à ses goûts. C'était la saison des soirées; Fourier assista à un ou deux bak : il aimait le Jial^ disait-îl, pour jouir du coup d'œîl.

C'est pendant les quelques jours qu'il passa alors à Be^^ sançon que Fourier conçut l'idée d'un projet d'assainisse^ nient et d'embellissement de cette ville, travail qu'il exécuta on peu plus tard. Ce qu'il se proposait surtout par là, c'était d'intéresser ses compatriotes à l'ouvrage qnll allait' publier, et dans lequel serait développée sa Théorie sociétaire. Les dispositions à prendre pour l'édition de son livre, les chances qu'elle présentaiti voilà l'objet de ses préoccu* pations constantes, et le sujet de presque toutes ses confé-* rences avec Mniron. Celui-ci pressait vivement la publication, comme le prouve un billet par lequel Fourier prenait congé de son ami :

72 PREMIKRli PARTIE.

tt Je vous préviens de mon départ, qui aura lien demain à cinq heures, et vous fais, avec mes :adieux, mille remerciments des bontés dont vous m'avez comblé pendant mon séjour.

» Vous avez gagné votre procès hier ^ soir sur mon voyage à Bâle et Genève : il sera supprimé d'après Texplication que j'ai eue hier, et rien ne me détournera de mes transcriptions que cette affaire aurait pu déranger pendant une vingtaine de jours.

r> Elles vont commencer dès que je serai réinstallé . à Belley. Toutefois, j'y resterai le moins que je pourrai, et je tâcherai de revenir ic} dès l'équinoxe, s'il est possible, n'ayant rien qui me retienne à Bellëy, dès que j'y aurai réglé les i^ffaires relatives à la vente de la maison.

» J^ai employé aujourd'hui ma dernière matinée en promenades récréatives , où j'ai réglé tout ce qui se tr4)uvait à examiner, d'après notre colloque avec M. Lapret *. Nous parlerons de cela en temps et lieu ; cela ne serait d'aucun intérêt pour le moment.

» Lorsque je serai à Belley, je vous écrirai et recevrai avec plaisir de vos nouvelles.^ Peut-être que je passerai par Lyon; cela dépendra d'une lettre que je pourrai trouver à Bourg.

» Conservez-moi votre amitié et travaillons de concert à la, grande affaire, n

Ce billet n'est pas la seule pièce de la correspondance qui témoigne des sollicitations pressantes de Muiron pour que l'impression de la Théorie n'éprouvât aucun retard.

Après avoir passé environ trois mois & Belley, accupé de la transcription de ses cahiers et de la mise au net des parties de sa doctrine qu'il allait Jivrer à l'impression , Fourier revint à Besançon vers la mi 7 avril 1821. L'époque de son retour nous est donnée par un billet adressé à

' M Laprcl éiiiit architecte de lâ ville et dn d^parlemcnt. Ce pttMge a Irait ait projet d'erobcliiMvmeiit de Besançon.

VIK DE FOLRIKR. 73

Muiron^ sous la date de Besançon , 18 avril, ei qur commence ainsi :

« Je me réjouis , mon cher ami , de pouvoir un peu converser avec vous, et, selon mon usage, vous écrire quelques lettres ç bout portant i de la main à la main, n

Fourier, comme nous Tapprend ce même billet, loua une très -modeste chambre garnie dans la rue des Granges, n® 75, et prit pension cheit un traiteur de la ville, oii il se vît, non sans regret, disait-il, obligé de subir la cou^ tume parisienne,. de dîner à Fheure où nos pères soupatent. Par suite de cette contrariété, ou pour tout autre ikiotif, il ne resta pas longtemps à cette pension, quoiqu'elle «*offrît\ sous le rapport du personnel , in Tun ni Fautre des inconvénients qu'il avait surtout voulu éviter, « une réunion de jouvenceaux ou une tablé entièrement composée de militaires. »

A peine installé, Fourier se mit à Fœuvre pour faqoelle il était venu à Besançon : le traité de t Association dômestique^agricçle (2 forts ^volumes) y fut imprimé chez madame veuve Daclin , et tiré à mille exemplaires *. Suivant la remarque de Fauteur, le vrai titre de IWvrage eût été : Théorie de t Unité universelle.

Gomment donner en quelques lignés une idée de ce livre colossal?

C'est là que Fourier, prenant pour archétype de Punivers Torganisation passionnelle de Fhomme , suivant cotte peasée de Scheling, souvent citée par lui : L'univers est

< Cette MitiDn est épuisée. Bn 1842. il eo a éU fait mio féconde eu qoaffe volâmes, comprenant les Somunaires qne Fourier écrivit nn an après la pobKca- Uon du fraii^. DansTédition oôiivelle, on a rétabli le titre qne l'aoteur avait d'abord destiné à son ouvrage, Thiari* dé VVnUé uniwrêelU. et qn'il avait remplacé par nn antre moins oomprébensif et moins eiact, poar ne pas effarmt- ^er l'opinion prévenue contre les systèmes généraux. Les quatre vo'omes de la Théorie de l'Vnilé univerulU forment Im 2*, 3*. 4« et 5* tomes des œuvres complètes de Fonrier, publiées par l'Ecole sociétaire. Le 1*' tome se com|>nfe Àm la rWeris dei fwafre mawtmenti.

fait sur h modèle de Vâme humaine, assigne Tordre de distribution des mondes avec la même assurance que s*il assistait aux conseils de Di^a même ; c'est là qu'appliquant partout sa loi de la série, il établit le lien des destinées de tous les êtres, parcourt Téchelle entière de -la création, franchissant quelqui^ois d'un bond l'intervalle qui sépare les deux extrêmes, l'infiniment grand et l'infiniment petit, ne perdant jamais de vue d'ailleurs ni l'un ni l'autre dans ses spéculations, soit les plus grandioses , soit les plus mesquines et les plus triviales en apparence. Au niilieu de ces coursés audacieuses à travers l'espace, où l'on no saurait le suivre. sans éprouver le vertige,. il n'oublie pas le but prochain et immédiat de son œuvre, I'Assogiation. Ne xroyez pas que, pour faire sentir les -énormes avantages qu'aurait l'état sociétaire sur l'état actuel de morcellement agricole et domestique, il craindra de descendre dans tous les déti^ils des travaux de culture et de ménage. Puis, lorsque, par un parallèle frappant des résultats de ces deux modes d'exercice de l'industrie, il vous aura bien convaincu de l'incomparable supériorité du. mode sociétaire , il vous en révélera tout à coup la propriété la plus merveilleuse, VAttractUm indus ttieUe, la propriété de répan-dre tant de charmes sur les travaux, que chacun y soit entraîné par plaisir, par passion. Et ce n'est pas ici, prenez^y garde, un simple accessoire à la question principale, ou le rêve d'un auteuf épris de son système et ne se faisant pas scrupule de lui attribuer une perfection de plus : l'Attraction industrielle ! c'est la condition vitale de l'Association , aussi bien que la condition de la liberté. La liberté ne sera qu'un vain mot pour les masses, tant que les travaux auxquels elles sont vouées n'exciteront que répugnance et ne seront exercés que par crainte de la fkim ou d'an châtiment coi^rel. Quant aux moyens de donner ce |)uissant attrait à la plupart des travaux utiles et de le Compenser dans le petit nombre de ceux qui n'en sont pas

susceptibles, il suiffît d'avoir lu la partie dii Traiié de F Ai' Sudation où Fourier les développe en regard de3 penchants qui leur correspondent et qui se font remarquer chez tous les honunes, pour rester convaincu qu'ils existent réellement , et que leur mise en œuvre serait le signal du ralliement volontaire et passionné de toutes les populations humaines, et; dans THumanité, de tous les âges, de tous les sexes, de toutes les classes, à Findustrie productive.

Augmenter la production, autrement la richesse, voilà le premier pas vers toute amélioration sociale. Aussi est-ce le premier résultat que Fourier signale de Tapplicatioa de sa Théorie, u La découverte que je publie, — dit-il dans sa i> dédicace aux nations endettées, — est la seule qui salis- )) fasse le vœu le plus général , celui de la richesse. Elle r> aura pour partisans tous ceux qui préfèrent trois ducats » à un ducat. La théorie d'Association agricole enseigne le » moyen. d'obtenir ex valeur bielle un revenu de 3,000 fr. » de tel domaine qui ne rend que 1,000 fr. dans fétat ac^ » tuel ou état de culture morcelée, insociétaire, qu'on voit » régner dans nos campagnes. »

Sur ce simple aperçu, pen tends déjà se récrier tous bos sycophantes spîritualistes, gens qu'on voit cependant si âpres à la curée des places et des honneurs qui rapportent : B Fourier, diront -ils, — s'ils osent enfm nommer cet honune qui a été mille fois plus loin qu'eux et leurs maîtres dans l'investigation de tout ce qui touche aux destinées humaines ^ — Fourier matérialise la société; il voudrait, comme Gircé, changer les hommes en pourceaux L»

£h ! non, messieurs les champions du devoir j^^ni^fe et des privations, ( pourvu qu'elles ne vous atteignent pas ) : Fourier ne. commence par assurer les besoins du <;orps qu'afin de mieux préparer et garantir le libre essor de toutes les facultés de Tàme ; il enlève de dessus l'âme humaine un poids qui l'étouffë, qui la resserre, qui la fait petite au jioint de n'y laisser de place qu'à l'égoîsme. On

voit qu'il ne s'agit pas simplement pour lui de cette âmeinteilect, âme neiitre qui se perd volontiers dans lés nér buleuse» rêveries ^ xxn farniente perpétuel, -»- mais plutôt de cette kme-désir^ âme essentiellement activé, foyer .de nos affections, mobile de tous nos actes, qui n'a pas été seulement jugée, digne d'une analyse mièthodique de la part des psychologues et des métaphysiciens, et dont la connaissance était pourtant la clef du systènde de l'univers.

Cest, en effet, sur l'étude des tendances de Fâme humaine du de l'attraction passionnelle que Fourier base toutes ses spéculations, celles relatives à un autre ordre social, comme celles qui ont trait aux faits cosmogoniques, et qui sotit moins explicitement admises par beaucoup de ses partisans. 11 existé sans doute- une grande différence entre les unes et les autres, sinon quant à leur degré de certitude, du moins quant aux preuves qu'il en a données, et lui-même était le premier à établir cette différence. Aussi a-t-il soin d'avertir, dans plusieurs endroits de ses ouvrages, qu'il n'a mentionné les résultats cosmogoniques et analogiques auxquels il a été conduit par sa méthode qu'afin de prendre date en sa qualité d'inventeur. Du reste, il ne demande à personne d'y croire ; il consent à ce qu'on regarde, si l'on veut, toute cette partie de ses écrits comme purement chimérique, pourvu qu'on n'en tire pas d'induelions (car elles. seraient tout à fait mal fondées) contre la partie qui est positive et accompagnée de preuves qiie chacun peut vérifier, soit dans la société, soit sur lui-même. — Je n'ai pas besoin d'ajouter que cette seconde partie sort seule de base aux calculs sociétaires, et constitue par conséquent tout le côté pratique du système.

Lorsque Fourier pjose à la Science sociale, pour premier but la RICHESSE, il est conduit là par l'étude des tendances de l'homme. La première de toutes le porte à désirer la richesse , ou , pour employer le langage de Fourier, le luxe : luxe interne, qui correspond à la santé ; luxe externe, à

Vm m POURIER. 77

la richesse. Cette tendance elle-ménie est la résultante des cinq passions semUives, comme la tendance aux groi- PES, eu k former des liens affectueux, résulte des quatre passions ojf/^^et * (amitié, ambition, amour, familisme), comme la tendance aux séries de ORorres procède des trois passions disiribuiives, ou besoins de variété, d*émulation, d*enthoosiasme. Enfin, pour résiiltante totale de toutes ces tendances partielles, nous aurions lï'KiTéissiB ou tendance k llfnité, à rharmonie; — Mais je m^arréte ; car je ne me suis engagé dans cet aperçu de Fanalyse passionnelle donnée par Fourier qu'afin de montrer comment, lors même qu^il ne paraît s'occuper que de la partie toute matérielle dé son Àttjet , il est toujours guidé par des vues générales qui se rattachent par un lien non interrompu à tout ce qu'il y a de plus noble et de plus élevé dans rbonune, les affections, le sentiment de l'Unité ou sentiment religieux.

Ce qn^on ne saurait trop admirer dans Pourier, c'est la féconde puissance de synthèse, et d'analyse qu'il déploie dans toutes les questions avec une si indomptable logique. Si nous voulions en citer un exemple; nous renverrions à la notice * où il démontre u l'excellence de l'Attraction y* passionnelle, sa propriété d'interprétation divine perma- » nenté, et la nécessité de la prendre pour guide dans tout n mécanisme social où Ton veut suivre les voies de Dieu , n arriver à la pratique- de la justice et de la vérité, et à n Tunité sociale. » C'est là qu'on trouve le tableaiu des garanties que l'Attraction établit entre Dien et l'homipe; celui des attributs de Dieu , qui sont :

a Distribution intégrale du mouvement ; A Économie de ressorts ;

* l«M quafre Affisetivéf loot mun dilas Vêmonn cardîmtiêâ. pu««<qa'elU« «QDl le» vériUblet ëiémenls de la lOciabiliU. (Voyei la 2« partia de rouvrage.)

* Traité deVAssoetation on Théorie de l'Vnité nHiverielle . totn. I. pAg IB^ •taùiv. d« la !*• MilioB; tooi. 11 , pa«. 239 da la 2*.

78 PREUIÉRE PARTIE.

Il Justice distributive ;

n Universalité de providence \

» Unité de système ; »

attributs desquels Fourier déduit, par rapport à Tordre social, des conséquences si remarquables.

S*agit-il de tracer le cours du n^ouveqient social et d'en caractériser les diverses «périodes ? Quoi de plus frappant que ces quatre phases admises par Foarier, qui embras* sent toute la carrière sociale de J Humanité et qui correspondent aux quatre âges successifs de sa vie générale ? La première de ces grandes phases, qui correspond à Tenfance du genre humain et dans laquelle nous sommes encore, comprend, outre la société fvimïûve (Edénisme, période 1, que nous laissons hors ligne), les cincf périodes limbiqnes, Saumgerie, Patriarchat, Barbarie, CivUisatMm, Garan^ tUme. Ces sociétés ont toutes un caractère commun, le ménage familial, et, pendant leur durée, le mal domine sous les formes suivantes: Indigence, fourberie, oppression, guerre^ etc. A la première phase du jnouvement social appartiennent encore les deux premiers degrés de VAsso^ dation ou Ordre sociétaire, périodes 7 et 8. Mais .le mal, qui avait déjà beaucoup diminué sous la 6' période ou Garantisme , a . presque entièrement disparu , du . moment qu^on est entré dans les combinaisons . du régime sociétaire, qui rendent le travail attrayant et développent chaque individu suivant sa nature. Dissipant, les ténèbres des temps dinfortune, Taube du bonheur a lui désormais pour Fhumanité. ( Voir la S"* partie de cet écrit , Exposition de la Théorie).

Remarquons, à propos de ces catégories qui n'ont rien d'arbitraire et dont chacune a ses caractères propres et parfaitement distinct», que Fourier est le premier qui se soit avisé de faire un classanent régulier des diverses formes sociales. Pourtant ce n*est qu^au moyen d*un tel classement qu'il est possible de les comparer entre elles et

d* apprécier leurs tendances respectives. Fourier a donné un sens précis et vraiment scientifique à des mots qui, avant ses travaux, avant sa lumineuse analyse, n*avaient qa*nne signification vague, équivoque, obscure, cause incessante de confusion, de malentendus et de méprises d^ plorables, qui ne jcbtribnaient pas peu à perpétuer Taveii* gleqient sur toutes ks questions ridatives an mouvement social. Tels sont les mots Airterîe, CiviUsmUim, que Fon* rier seul lEi définis rigoureusement.

L'auteur da Traité de rA$$ociaHon n*étonile pas moins parla profondeur et f originalité de sa erkiqife/lorsqii*^ scrutant en particulier rorganisation de notr» soeiété ao^ tdelle, il en fait ressortir les vices, les -contridietioMs , ks absarditès palpables, sources de tant de nûsèrea, d'amertomes et de duperies pour les bommea. Qu'on lise à eel égard l'acte d'accusation qu'il a-dressé contre les méfaits et les crimes du commerce, les pages ou il a tracé k ta» bleau des disgrâces des industrieux, celles où il fait k dé» aombrement des improdùeiifo, le curieux passage ^dans lequel il signak les conflits de l'éducation civilisée et k singulier résultat définitif des quatre -genres d'enseignements contradictoires qu'elle. présente.: ce sont là des peintures que ni Juvénal , ni Molière ne désavoueraient

Suivons*nou8, enfin , l'auteur dans k partie organique de son ouvrage^ où il dépeint les institutions: et les mcsurs des périodes sociales régies ,par le principe d'Association ou périodes barmoniques? Ici les merveiUes de l'ordre sériftire, les pompes de THarmonie nous attendent. Fourrier, cet autre Colomb, nous entraine vers les brillants rivages qu'a découvertsaon génie; nous marcbons sur ses pas de surprise en surprise dans un monde tout féerique, qui n'est pourtant, comme il le prouve, que la destinée véritable de rhomme !

Ces indications sont bien: insuffisantes, sans doute ^ pour faire pressentir toute la portée de l'ouvrage capital de Fou-

rier ; je dois m*y borner néanmoins , afin de reprendre le récit de sa vie, objet spécial de cette première partie de ihoii travail.

Limpression da Traité <k VAssociation dùmêstique-' agricole avait pris lès six derniers mois de lS21'et les boit ou neuf premier^ de 1822. En novembre de la seconde de ces deux années^ Fourier se rendit à Paris avec line partie de Fédition de son livre , afin d*en activer la* vente et de se tenir à la disposition des personnes qui pourraient avoir rintentioh de faire Fessai. de sa tbéorie d^Associàtion industrielle. Hélas ! à cet égard il devait longtemps encore attendre,, et toujours vainement!

L'ouvrage he se vendait pas ; les journaux n'en voulurent seulement pas faire mention. Pour suppléer à leur silence, (|u'il attribuait à l'influence de la cabale philosophique, Fôurier publia en 182S, mats sans plus de succès, un Sommaire de son grand Traité *. -

Dans cet écrit, il. s'attachait d'abord à convaincre les différentes classes de l'immense intérêt qu'avait chacune d'elles à l'expérimentation de la Théorie sociétaire, dont il présentait çà et là quelques aperçus saillants, ceux. qui. lui semblaient les plus. propres ft faire impression sur lés esprits. Il signalait ensuite les aberrations de la critique ar^ Ifitraire, la nécessité de lui donner un contrepoids, d'éta* blir contre elle une institution de garantie dans l'intérêt du public. comme dans celui des auteurs. Tels seraient un tribunal d'appel qui entendrait l'auteur jugé concnrrenâment avec ses critiques; un jury d'examen des découvertes, qui aurait pour règle « qu'en matière d^inventiùH tauehani

* Som m ui re H mmom» àm TrtnU àt l'AtMctetfo» iommigmê afrieoiê, •« AUraetbm mduMtrieiU. Brochare ia>8». de trèf-grand« jaitificatiori ; 120 pagM comptctei. — Chei Bofiange , me Rieheliea , 60; 1823. tê SomMAtrv Mt lai* mêun frèeiài â» fcoit aotm pagn inlitiiMM : Arfumemi dm Sammabr» ; «t Poa> rier f ajoatt encore an AttrtUêOBeni aux propriHavyi d cofUtUiâUM, comprenant hnit nouvelles pagM.

aux grands intéréU de fêtât , il faut juger U fond avant la forme. Car, fait observer Fourier, un inventeur peut ne s*exprimer qu'en patois , ne savoir pas distribuer un traité, et pourtant avoir fait une précieuse découverte, v Ceci avait trait aux railleries dont Favaient criblé quelques beaux esprits de la presse parisienne, à propos de son style et de sa méthode. Il s'en faut, d'ailleurs, que tout ce méchant persiflage ébranlât le moins du monde la confiance deTourier^.

Il était à répreuve des contre^temps, des mécomptes et de la détraction.

tt Laissez faire ^ » — écrit Fourier ( 10 juillet 1823) -* a laissez faire les petits esprits qui ne veulent pas comprenn dre. Soyez moins impatient. N'exigez pas qu'on batte n l'ennemi avant d'être entré en campagne... n

c( Vous dîtes, n- répond -il une autre fois à Mnlron, — « que M. de D * * * dit qull y a un peu de fêlure dans n cette tête. C'est le refrain de tous ceux qui ne sont pas de n force à élever une objection récevabie. Cinquante millions » d'Européens prétendaient que Colomb avait la tête fêlée. » Cette ruse est vieille comme les rues. Il faut réfuter une n théorie , et non pas ravaler Fauteur. »

Paroles à la fois pleines de bon sens et empreintes de toute l'autorité du génie. A ce langage si ferme et si calme, comme on reconnaît l'homme sûr de lui-même, le grand homme cuirassé contre les sots jugements de la médiocrité aveugle !

' Qa'on en -juge platAt par ce commenoemeiit de la Note 1 da Semmaire :

« ilétemptyeote des houquinM, —- Dès la fondation de l'état lociëtaire , Icf ouvra^cf philosophiqoes les plas notables seront rëimprimës i plasieors millions d'exemplaires : ces écrits , quoique perdus sous le rapport dogmatique , seront donbieinent en crédit , à titra de classiques littéraires » monuments plaisants de l'esprit hunrain , caeographies sociale*. On en signalera , pour l'instruction des' enfants et des pères, tous les contre-sens de détail et d'ensemble, comme je l'ai fait sur let deux articles tirés dn Tdémaque (II, 553) . et de VBomm* dgt ekampi ( 11, 617). On les réimprimera en y mettant une eontre-gloM ou analyse des contre-sens , qui sera au moins égale en étendue à l'ouvrage — >

Fourier avait frappé à toutes les portes afin d^attirer Tattention sur sa découverte. Il avait envoyé le Traité de l'Association à certaines notabilités qu'il croyait susceptibles d'y prendre intérêt, telles que les Ghaptal, Larocbefoucault, de'Laplace, etc. ; il avait distribué un assez grand nombre de Sommaires, Mais la plupart des personnages auxquels il fit remettre sa brochure ne daignèrent même pas en prendre connaissance. Les plus polis s^ excusèrent, comme fit Benjamin Constant, sur leurs occupations multipliées.

En somme, Fauteur de la Théorie sociétaire n'obtint guère de succès de ses démarches. « Vous vous trompez , » écrivait-il à ce sujet le 25 août 1824, ^c en pendant qu^il » soit si facile à Paris de se faire des partisans. C'est au » contraire une ville où Ton n'a d'opinion que celle . des » journaux. Il faudrait, pour avoir des partisans à Paris, n que je fusse engagé en Angleterre. »

Fourier comptait beaucoup alors sur l'Angleterre pour la réalisation de s^ Théorie. Nulle autre puissance ne lui paraissait avoir un intérêt aussi pressant à la transformation sociale. Il eut un moment l'espoir d'avoir trouvé dans un riche Anglais , propriétaire en Touraine , le Candidat qu'il cherchait pour la fondation du Phalanstère. Cette illusion, car c'en était une, s'évanouit bientôt, comme devaient s'évanouir successivement toutes les illusions du même genre dont l'inventçur se berça jusqu'à son dernier jour.

A cette époque Fourier se trouva en rapport avec quelques gens de lettres , parmi lesquels nous citerons M. Ch. Nodi«r, son compatriote, M. Aimé Martin, l'un des rédacteurs du Journal des Débats, M. Julien (de Paris), alors directeur de la Revive Encyclopédique, Mais la bienveillance de ces messieurs pour l'auteur de la Théorie de rUnité universelle n'alla pas jusqu'à faire admettre des comptes-rendus sérieux de son livre dans les divers journaux où chacun d'eux avait de l'influence. Ses relations

avec M. Julien ne lui évitèrent même pas d*étre asseï maltraité dans la Revue Encyclopédique, par un certain M. Ferry , qui n*avait rien compris à la Théorie qu'il prétendait juger. Fourier répondit; mais comme on refusait d'insérer sa réponse , il s'avisa d'un stratagème pour la faire accueillir.

U allait chez une dame anglaise, madame Wliecler, et là il rencontrait quelques autres personnes de la même nation '. De ce nombre était un officier, M. Smith, qui était devenu, ainsi qqe la maltresse de la maison ellemême, partisan déclaré de la Doctrine phalanstérienne. Fourier, après avoir fait sa réponse aux critiques dont il se pliMgnait, la fit traduire en anglais par le capitaine Smith, afin de l'adresser ensuite à la Revue comme «rticle venant d'Angleterre. Il était persuadé que de la sorte elle aurait beaucoup plus de chances d'être accueillie, et que ta Revue pourrait bien la donner en lui faisant subir une nouvelle traduction de l'anglais en français. Xous ignorons quel fut le succès de cette ruse de guerre bien permise assurément.

Après des tentatives vainement réitérées auprès des distributeurs de la publicité; après avoir sans résultat fait àes offres à M. Owen ', qui tentait alors de réaliser l'Asso-

1 La dame anglaïae dont il eit ici quettioa, et dans la compagnie de laquelle Foarier paraissait le plaire , ^tait venue babiter Paris avec sa fillè , jcaue per- MMiBe de i^iie i dix-huit an<, qn'eUe eut la douleur de perdre en 1826. Foor conaoler cet^) maliieureuse mère , Fourier écrivit , sur l'ëtat, des défunts dan« l'antre vie, une Note de quelques pages, où il n'hésite pas à déterminer, relatif vemcnt à cet état , des choses qu'ont laissées jusqu'ici dans un vague à peu prés complet tontes les religions et toutes les philosophiet.

* Au sujet de sa démarche vis4rvis de M. Owen, voici conuneai Fouriar «'exprima, dans une lettre à Muiron^ à la date du 8 avril 1824 i

o D'après l'annonça du MviUlm (joamal de M. Férussac , voir plus loin)-« j'ai adressé deux exempJairea à M. Owen, en l'avortiasani de la prochaine pu* Uication de l'Abrégé , et lui disant que , s'il peut fonder une compagnie pottf Veesai do l'Amociation, je. loi -offre de sarvir aax a^pointemont» dn derniai* commis de son établissemont. »

Owea ne comprit pas la valeur de la Théorie de Fourier # et sa contenta de loi faire écrire une lettre de rfomerclmentaélogieu par wtm Mcrétaink

• J*ai reçu, — écrit Fourier le 25 août 1824, — une longue lettre de

ciatioii , mais sans posséder aucune des données théoriques nécessaires ; après avoir tout aussi inutilement cherché à intéresser le gouvernement en faveur d^un essai de sa raé* thode appliquée à l'économie agricole et domestique, Fou* rier^ dont ni le courage, ni la confiance dans sa Théorie n'étaient éhranlés, mais dont le séjour à Paris avait épuisé les ressources, se vit dans la nécessité de quitter la capitale. Cette nécessité devenait d'autant plus impérieuse que, par suite du système d'épuratipns administratives appliqué par les ultras de cette époque, son ami, M.. Just Muiron , venait de perdre l'emploi de chef de division qu'il occupait, à la préfecture du fioubs. Au mois de mars 1825, Fourier retourna à Lyon, et il se plaça comme caissier dans une maison de commerce de cette ville.

L'homme qui avait écrit la Théorie des quatre motcve" menis et le Traité de l'Association venait reprendre un chétif emploi de commis à 1,200 francs d'appointements!

Quelque disproportion qui ait existé pendant toute sa vie entre la pensée de Fourier et les occupations vulgaires auxquelles il resta constamment asservi, on ne voit pas qu'il ait jamais élevé une plainte à cet égard. Aucune idée de ce genre ne se mêle aux reproches qu'il n'épargne pas d'ailleurs à la génération contemporaine, pour avoir négligé l'examen et l'épreuve de la découverte qui aUait ouvrir cnlin & l'humanité les voies du 'bonheur social. L'apôtre de l'Attraction fut , pour son compte , up modèle de résignation, et de stoïcisme.

M. Skene , seci^taire de M. Owen. Il loue beaucoup mon ouvrage , el m'apprend que M. Owen va fonder un nouvel ^tabliiaement k Motlierwell , en BcosH) , ]H^ Hamilton. Si j'étaii engage \k , comme je le lui demanderai , je pourraii au printemps prochain faire -le coup de partie. • La nouvelle proposition de FouHer n'eut point de rétoltat Une ou dent années plus tard, il vit M. Skcne à Lyon, et pnt s*assuiVr qu'Owen et ses partisans avaient les vues les plus erronées sur fAMoeiation.

II ne faut pas s'étonner si Fourier a vivement protesté, dans ses dentiers on* Tvages, contre tonto assîmiiatlon de sa Théorie à des doctrines qui proclamaient la nécessité d'abolir la religion . la famille et la propriété.

\1£ DË.FOliRlËR. 85

£ii 1825 , malgré la publication ' du grand Traité qui datait déjà de trois années, la connaissance de la Théorie d'Association était à peine sortie d'un petit cercle de personnes dont Just Muiron était le centre. Au nombre de ces personnes acquises dès lors à la Doctrine phalanstériennc, était madame Clarisse Vigoureux, qui devait plus tard servir, et de sa fortune et de sa plume', la cause qu'une des premières elle avait embrassée. Dès la même époque , M. Victor Considérant, à peine sorti du collège, préludait aux efforts quUl a si brillamment et si éncrgiquement soutenus depuis pour la propagation de la Théorie sociétaire. Qudques autres hommes, des plus honorables, avaient aussi dès le principe porté intérêt aux travaux de Fourier, et facilité par leur crédit les publications qui furent faites de 1822 à 1B24, pour introduire dans le monde la cou'ception phalanstérienne ^

Dans cette dernière année avait paru un livre de Just Muiron, Aperçus sur les procédés industriels^. Le disciple, écartant soigneusement tout ce qui effarouchait les esprits dans les ouvrages du maître, présentait sous une forme des plus modestes le fond des vues de celui-ci sur letat social, indiquait les moyens de transition d'une application immédiate y . et développait, à propos d*une question mise au, concours par la. société d^agriculture de Besançon , le plan d^un Comptoir communal, institution se rapportant à la période sociale désigiiée sous le nom de Garanlisme dans la Théorie de Fourier (3). .

L'écrit de Muiron fut l'objet d'un rapport fait à FAcadé-

mie de Besançon par M. Genlsset , dans la séance du

* On doit encore citer IL Gabet (de Dijon) , M. Godin , juge d« paix à Ghampagnole (Jura) , qui avaient anmi dès Ion témoigné de leur adhésion aux vues de la Théorie sociétaire.

Quand rbomnie do génie , isolé , voit le dresser contre lui tout son siècle, il faut tenir compte de leur discernemeni et de leur courage à tous ceux qui se itIBent dés le principe à la bannière' de vérité qu'il «lève , et qui Minent les premien de leur bommage nue grande découverte méconnue.

* La l«« édition étant épuisée . il en a été fait une 2« en 1840.

25 noût 1825. Ce rapport est Tun des plus remarquables qui soient sortis de la plume élégante de Tancien secréiairé perpétuel de F Académie bisontine. Jetant à cette occasion un coup d^œil sur Fensemble de la doctrine deFourîer, M. Genisset se bornait à élever quelques doutes du point de vue religieux; pour le reste, a il se rangeait volontiers, disait-il, dans la classe des expectants, dont M. Pourier lui-même a loué Timpartialité et la bonne foi.*»

M. Genisset rappelait aussi F opinion exprimée par le baron de Férussac , qui , rendant compte du Traité de l'Association dans son Bulletin universel des sciences et de tindustrie (février 1824), prédisait u qu*à moins d^une » marche rétrograde dans la Civilisation, si le 'développen ment de Tesprit humain et de la population n^était point » arrêté, la force des choses- conduirait à' Tappliçation de » ridée de M. Fourifer, moyennant de certaines modifica- ') tions dans les détails. » ^

Fourier se montra assez sat^fait de Tarticle du Bulletin universel, duquel sont tirées ces quelques lignes. « Il n*y a, » écrivait-il à Muiron le ][2 mars, ce aucune malveillance, ti^auteur de Tarticle parle réellement du fond ; mais il ne désigne pas explicitement le procédé , et s^y trompe si bien, quil croit FAssociation plus praticable en Angleterre. C^est une erreur, puisque la France , à Paris et à Tours, a un mois de culture en sus de Londres, deux mois en sus d'Edimbourg. *— Mai&ces messieurs ne voient pas qu'il y a deux problèmes à résoudre : associer les intérêts et les passions, et qu'il faut faire travailler par Attraction, ce qui est bien plus aisé en pays chaud cultivant sept mois sur douze. »

Cependant, F effet produit sur Fopinion par le TraiUde FAssodatUm domestique-agricole n'étant pas tel à beaucoup près que l'eussent désiré ceux qui afaient à cœur mnt application des vues sociétaires de Fourier, on Fengagea à

publier de nouveau ses idées dans un résumé dégagé de toute la partie qui inspirait des préventions et de toutes les formes qui repoussaient la plupart des lecteurs par leur étrangeté. Ce projet l'occupait déjà dès Tépoque (12 mars 1824) de la lettre dont nous venons de citer un passage. Mais les nécessités de Texistence en retardaient Texécutionp comme on le voit , par ce que Fourier disait encore dans cette même lettre : « U (M. Gréa) voudrait un petit volume borné à la Théorie pur^* et simple. G^est bien ce que je ferais mais avec le temps, car il faut songer à mon établissement de courtage que je compte commencer avec le prin« temps, Tautre semaine *. Alors je ne pourrai travailler que deux heures au- plus chaque jour à cet Abrégé, n

M. Gréa,. dont il est ici parlé, et qui avait donné son appui pour la publication de 1822, était surtout d^avis qu*il en fallait tenter une nouvelle plus appropriée k l'état des esprits et aux habitude^ intellectuelles du grand nombre. Il était tout prêt à fournir les avances nécessaires, pourvu que le manuscrit lui fftt montré avant Timpression ; il insista dans ce but pour que Fourier vint passer auprès de lui, à sa campagne, distante de quelques lieues de Lônsl&>Saaliiier, le temps nécessaire à la composition .de son ouvrage, Fourier s* y rendit en effet \ Mais la condition

' Cette entreprife n'eut point de succès. Fourier s'en occupa' pendant qiielqnea mois ; mais il avait vu , dès U Cn du premier» qu'à Paris le courtage rendrait moins qu'à Lyon , Qt lui coûterait plus de peine. « On est écrasa. • niau« dait-il , « par lès courtiers à portefeuille. » Et puis il ne connaissait personde parmi lei c^italistes dont l'appui lui càt été nécessaire.

Aussi Fourier eut-il bieotAt renonce à utt tentative , comme nous l'apprend le passage suivant de sa corre^ndance avec Muiron (l*' aoâl 1824). " « Si je n'ai pas écrit i M. Mourgeon (à qui il devait l'impression du Sommûre) , c'est que je n'avais rien de satislaisant à lui dire. Je comptais que les bénéfices dtt courtage iraient croissant ; mais c'est une industrie qui s'arrête k moitié chemin i et ne peut pas aller an delà» si on n'a pas voiture et portefeuille, aussi prends-je des mesures pour en changer dès le mois de septembre et faire mieux. v

* Ce ne fut ni sans difficultés , ni dès le premier moment que la proposition lui en eot été fûle , qu'on amena Foorier à accepter l'hospitalité qui lui était offerte à RoUlier. On eut à vaincre de sa part des scrupules pleins de délica-

88 PREMIKRE PARTIE.

dcuiandée par M. Gréa, relativement à la communication préalable du manuscrit, ne fut point remplie. Par cette exigence, on voulait §* assurer que Foiirier, dans la nouvelle publication , se bornerait à traiter uniquement de l'Association et des moyens de la réaliser. On redoutait, dans son intérêt même et dans l'intérêt de la cause sociétaire, sa tendance à amalgamer aux données positives de sa Théorie d'organisation industrielle des aperçus sur la cosmogonie et l'analogie : aperçus magnifiques et grandioses sans doute, qu'aucune des données de la science moderne ne contredit, loin de là, mais qui, étant'dénués d& preuves positives, effarouchent certains esprits sévères et sont pour les gens frivoles un sujet fécond de plaisante» ries. Ajoutons que les hypocrites se font de cette partie

tesse. .11 voulut le bien anurer d'«bord que m présence ne serait' une came de gène ou de contrariëtë pour personne dans ]a> maison. H écrivait à ce iiijet , le 13 février 1825 :

<• La proposition que vous me faites de fMtsser trois mois à Rotalier pour j mettre au net cet ouvrage me conviendrait à merveille , si je n'était arrêté par divers obstacles et considérations.

^ D'abord M. G. a une jeune femme ; il est donteux si cotte réception d'un étranger conviendrait à madame comme à monsieur. Je suis, il est vrai, le plna commode des locataires , content partout , comme les apAtres , sortont quand il s'agit de résider dans un joli séjour , comme le village de Rotalier.

X D'antre part, j'ai fait compte de partir an l*''mars (il s'agissait de quitter Paris pour retourner k Lyon) et M. G. ne serait à Rotalier qu'au 1*' mai , car qui dit belle saison dit l'-''' mai ; il aurait donc fallu que je pusse attendre aa 1"'' mai. Mes.comptcs pécuniaires ne sont pas rangés de cette manière , et cela me ferait une différence de deux mois , 240 fr.

» Ces considérations m'obligent à renoncer à une partie de campagne qai m'aurait convenu à merveille sons tous les rapports. »

Une antre fois Fourier allègue telle ou telle circonstance de famille • qui pourrait rendre un hAte, sinon importun, du moins très-superflu. »

Enfin la nécessité de conserver l'emploi qui le faisait vivre est un motif qu'il oppose également aux instances de ses amis.

Dans une lettre du 7 aoàt 1825, aj)rès avoir mentionné une éventualité fixée à trois mois , il ajoutait :

u En attendant . je ne puis pas me rendre à votre invitation d'aller k Retalîpr . parce que , si je quittais la place que j'occupe ici , dix antres se présente» raient pour la remplir, aux conditions de tenir la 'correspondance anglaise on espagnole dont la maison a besoin...'.. «

Comme Muiron le pressait toujours , dans Tintérêt du prompt achèvemont de l'Abrégé, Fourier réplique le 17 aoftt :

ies écrite de {"ourier une arme redoutable contre les ef~ forte qoi ont pour objet la propagation et la réalisation de sa Théorie.

C'est ici Toccasion de le dire, il est à regretter, du moins sous le rapport des facilités d'une réalisation prochaine, întérét prédominant de la cause » il est à regretter que les amis et les partisans les plus dévoués de Fourier n'aient jamais eu sur Iqî d*infiûence, et qu'ils n'aient pu modifier en rien ses déterminations quant aux parties de son système qu'il cônveiiait d'exposer au public. L'habitude de se vmr méconnu et traité injustement, l'opinion défiivorable qull s'était systématiquement faite du caractère des CwUbés et qu'il généralisait de la manière la plus absolue ^ avaient jeté cet homme extraordinaire dans une

« V«a« cro'yet que l«s hnnutx de commerce tool comme ceux d'âdmimitniiioQ » o& Ton fnmà dei eongéi afferme. lei je Mfalf biea libre de a'abamter; ■MÛ ]• vow ai /ait obienrer qa'il faat mettra qaelqtt'àn à ma place , et que c*eet la quitter. On, me Ta donnée parce que je me lab trouvé k Lf on an momtettt àà le eaiatier quittait pour s'ëfabKr fiÂricaiiL Ainii la caiwe »'a paaehdmé 0* iaalBBt Voof ne vof es aacon rapp<Mrt entre la caiifo et la correipondasee étrangère ; il y a an rapport très-palpable : c'eat qu'un homme pourra tenir en même tempe la. caîiee et la correqiondatiee étrange , e| leur épargner nn eoaH mia. ... Bref, ai je vail paner trois mois ailleurs, ce aéra qnitter om place, et je sais bien en état d'en jnger, connaissant le terrain.

- « il reste donc le cas où je pourrait m'aooammoder ponr revenir dans trais ■aiapnadra nn autre emploi an- magasin. Tout cela dépend de ciroonstaooes qu'on ne mallrise pas à volonté et qu'il serait trop loqg d'expliquer. An reste , Tona dlea dans rerrcur si voua croyes que, dan* une' maison de-eommeroe, le cbef soit le seul maitre. Voua ignores en outre qn^on se décrédite, on se ridiculise dans nae.roaison de commerce, si on a l'air de travailler à faire un livre. »

OaeHea réflexions fait naître ce dèhvier passage! Le créateur de la Seienre JBciale, la révélatcnr des destinées benrenses de l'Humanité, réduit, pour ne -pas eompromettre son gagne<pain, à se cacher en quelque sorte de se grande et su- Uiaiafieïia!

Citons encore da cette dernière lettre un alinéa -qui est tout à fait caractéris- Uqve :

• Je M donia pas de l'agrément que j'aurais à Rotatier, indépendamment de t'ayairtaiy d'y tronver des hdtes d'une société très-intéressante. D'aillenra. je suis Thomme le plus accommodant , et loin d'avoir besoin d^un chfttean comme Rotaiier» jo m'babitaerais dans nna bicoque de paysan. Ainsi , il est inntile de me vanter lai. agréments dont je jouirais li-bas » car pour me livrée k mon occupation favorite , tout local me deviendrait agréable. An reste , si je puis aller An Jbra , jf no aatoai cela qu'au t*' septembre, mais cela n'est point rertain. «

90 PEEiflËRE PARTIE.

défiance excessive qu'il ne dépouillait entièrement à Picard de personne. De là certaines lacunes qu'il déclarait lui-même avoir à dessein laissées dans ses ouvrages. De lâ peutrétre aussi son éloignement pour communiquer à ceux mêmes dont le concours lui était indispensable les travaux qu'il était convenu avec eux de préparer pour l'impression. /

Dans la circonstance dont il s'agit, Fourier ne montra que les têtes de chapitres de son futur ouvrage, et après six semaines environ passées à RqtaUer^ chez M. Gréa, il içn partit malgré les amicales instances de ses hôtes, malgré le charme qu'avait pour lui ce lieu , l'un des plus beaux vignobles du Jura,, et il rejoignit dès-lu Toussaint sa maison de commerce de Lyon, à laquelle il n'avait pas cessé d'être attaché.

L'habitude des spéculations abstraites n'avait pas plas altéré chejs Fourier là bonté. du coeur, la spnpatbie pour les maux d^autrui, qu'elle n'avait porté atteinte à certaine bonhomie naturelle qu'il conserva toujours.

Pendant qu'il était à Rotalier, une tante de madame Gréa fut victime d'un accident Un soir queces dames revenaient de Beaufort, la voiture dans laquelle elles se tronvaient avec deux autres de leurs parents versa par une impru* dence du cocher : tout le monde éprouva des contnsioiM plus ou moins fortes; mais la tante de madame Grôa, madame Ponsard , eut en outre Tavant-bras cassé.

Dès qu'il sut ce qui venait d'arriver, Fourier aocourut plein d^émotion et de sollicitude^ donnant les marques éa plus vif intérêt^ et offrant ses services avec un empressa ment sans égal. Gomme les domestiques étaient occopés dans la maison à préparer tout ce. qui était nécessaire en pareille conjoncture, il voulut aller lui-même chereker le médecin qui demeurait à plus d'une lieue de là. Fourier, dors Agé de 54 ans, partit & pied, entre onze heures et minuit, revint bientôt amenant avec lui la médecin, et

VIE DE FOVmEII. ftl

fusa de se meUre au Ut avant <{Qe Um$ les lecoun de Fart eossent été donnés à la dame blessée, et qa*on fût rassoré sur lés suites dé soit aeddent,

Les affaires de ses patrons Payant iail envoyer à Paris en janvier 1826, Fourier prit la résolution dîabiter désonnais la capitale, de préférence à toute aiutre ville, parce qu'il se flattait d'y jnencontrer plus aisément des bommes en position de faire un essai de sa Théorie. 11 fut employé, toujOursen qualité de commis chargé de la correspondance pu deja comptabilité, dans une maison de commerce américaine, établie temporairement en France *.

Pendant les années 1826 et 1827, Foorier employa le temps que lui laissaient ses fonctions à écrire TAbrégé de sa Poetrine, qni parut deux ans plus tard sous le titre de Nouveau Monde ^wtieL

Certaines parties de cet ouvrage loi oeâtèrent, à ce qa*il parait, beaucoup de travail

a J'ai eu^ du malheur au^ sujet de ma Préfaee , » mandait-il À Muiron le 28 janvier 1827; « je Tai refaite deux » fois sans en être satisfait. Enfin, je n*ai vu d'autre parti n à pr^idre que de Fécourter, la réduire à peu d'articles et n en conserver les matérianx, pour une 7* section confir- » mative- de l'abrégé. Ces changements m'ont fait perdre » un tempsJnfini, et nous- avons eu , depuis deux mois, » açsezd'oovrage an magasin pour faire languir le nûen, n

Il quitta su place à l'automne, ainsi que nous l'apprend une lettre du 16 octobre de la même année 1827, où il dît-:

« Comme c'est aujourd'hui que je termine mon travail dans la maisoit Curlh^ j'espère que dès demain l'autre V ouvrage marchera rapidement, et qu'à la fin du mois » je serai à peu près & la moitié du tout, n

I L« comptoir d'entrepAt do IfM. Cortii 6t Lanb , do Now-f ork . situe r«« di MOI, n* 89.

Foûrier avait aussi, dans cet intervalle de temptf, terminé son Mémoire sur rembellissement de la ville de Besançon; œuvre d*amusette, disait-il, qu'il n'avut entreprise qu'à titre, d'utile diversion à ses autres trarau:^. Quoi qu'il en sott, ce n'est pas une des choses le^ moins curieuses qu'on ait à citer de la part de Fourier, que la manière dont il exécuta ce projet, sans avoir de plan exact sous les yeux et presque entièrement de souvenir. Il avait tellement présentes à l'esprit la disposition des lieux , les distances et les autres données nécessaires pour son travail, qu'il se bornait à prier de temps en temps son ami Muiron de véri^ fier les indication^ dont il n'était pai bien sûr.

Vers la fin de 1827, it fut question de tenter par son intermédiaire le placement eii détail à- Parfs de quelques vins de Franche-Comté, a C'est une spéculation . digne d'attea- » tion que ce genre de commerce, » écrivait Fourier en réponse aux demandes de renseignements qui lui étalent adressés, «parce que les tripotiers frelatent si horrible- » ment le vin, que colui qui le donnerait naturel ne saurait I» manquer de se fa^re avec lé temps un bon débouché. Je » vous aurais bien fait ceî entrepôt à Paris, si j'y avais eu n un établissement. »

Mais au milieu de ces petites commissions dont Fourier s'acquittait toujotirs avec la même ponctualité, avec la même entente des choses de détail que s'il- n'avait eu aucune grande préoccupation dans l'esprit, l'affaire capitale était la composition de l'Abrégé. Toute la correspondance de cette époque roule lÀ-dessus.

Les amis de Fourier lui tonseillaient d'adoucir les formes de son style, et l'engageaient & imiter tels et tels écrivains en crédit. Les réponses qu'il fait A ces observations sont trop caractéristiques pour que nous n'en citions pas quelques-unes.

«...Je ne sais, n écrit-il, «ce que vous entendeaÈ par

» ces formes littéraires qui /ont la chante de vogve. Est-ce « fadoptiou de leufs idées ^ ?... Quant à Icors formes adu- 9 latrîces, je ne poarraîs pas les revêtir, n

tt Votre avis , sans doute , » dit-il dans une autre occasion, a n'exprimera pas en toutes lettres qull faille en écri- 7> vant flatter tout le monde ; mais ce serait la conséquence 9 du conseil qire vous donnez dlnterpréter favorablement n des méthodes reconnues vicieuses. On peut faire Tapo- » logie de toute erreur, nàaîs cela convient à un avocat , » et non pas à un homme qui veut établir avec précision » un corps de doctrines neuf et vraiment différent de celles n dii siècle, a * '

Qua^id bien même il Vy allait pas de llntérét positif de la venté., le bon sens seul avertissait Fourier qu'il ne devait imiter personne. Voici encore un passage de sa corresl^ndance fort explicite à cet égard :

«c Vantcur de la PAyHoloffie du Goût traite en plaisan- » iecie un sujet très-sérieux. Je. ne le traite pas de même. 9 Vous me conseillez d'adopter ses tours de phrase , set ^ iuutinages agréables ; mais j'aurais mauvaise grAce à 9 prendre un caractère d'emprunt. La nature donne à cha- 9 ^n le sien. Elle partage les talents , dit Boileau : le mien 9 est eelui d'tnven/eiir. 9

• Quelque entier qu'il fàt dans sa manière de voir, Fourier n'était pas cependant sans fiiire droit à certaines critiques de ses amisi

«Vos observations, n écrit-il le 18 novembre 182^, tt sur les mots cwUi$aiionperfectibk, moraU douce et pure, n deviennent justes sous le rapport de la trop fréquente ré- » pétition; Je né manquerai pas de faire disparaître toute » redondance, n

La concession , il est vrai, n'était pas grande, et Fourier

' 1/ adoption 4c« idées de cea écrivains qn'on lui proposait pour modèle^ <'n î«it de style. (Note de t'autetir de la Biographie.)

avait défendu dans une précédente lettre ses tocutioni ironiques à Tendroit de la morale et de la civilisation.

u L'expression de morale d<mce et pure ne choque» di- • » sait-il y que parce que je n'ai pas dénoncé cette science n dès les premières pages , comme antipathique à TAttrac» » tîon et en interdisant le calcul. Si elle est aussi douce et » pure qu'elle le prétend,' pourquoi interdit-elle T étude de » cette science et la voue-t-ellé au ridicule avant examen ? » On n'y trouvera sans douté que des absurdités, et cette » ^étude sera un triomphe de plus pour la morale. Mais si » ladite étude faisait découvrir que la douceur et la pureté » sont du côté de l'Attraction , que l'impureté et la dépra-* » vation sont du côté de la morale , on né s'étonnerait plus » de la voir badinée sur lés titre? qu'elle s'arroge, et c^est V ce qn^ilfaut faire observer dès les* premières pages.... «

<c ...... Vous prétendez . que j'étaie ma Théofie de faiU

}} moraux. Jamais je ne cite un fait nioral que pour le n critiquer ; je m'étàie de faits libres , -dictés par rAltfaon tion/rinatinct, la passion, mais non pas de faits foreés n ou moraâx, car le verbe inorari, étymologique de mo» n ralis, indique une entrave, un retard opposé au libre eesor » de la passion et dé l'instinct. Si j'admets de pareils f«its » pour base de ma Théorie, elle est donc une théorie delà n société civilisée où tout est réduit à de^ faits moraiiit et » entravés, sauf les actes de x|uelque8 oppresseurs paisi> sants qui se rient en secret du frein moral imposé aax » neuf dixièmes des hommes et à la masse entière des feoiy> mes et enfants, tous asservis à la morale.... »

Le langage même de FQurier montre assez clftireoMnt que ce qu'il poursuit sous le nom de moreUe, ce o'esl que Part de fausser les hommes, et non point les principes d'éqoilé, de vertu, d'honneur qui enseignent le respect des droits d'autrui et qui resteront éternellement la base de toute société. Ce qui le révoltait, lui, Thommc de la vérité, ce qui le révoltait dans la morale, ou plutôt dans le moralisme, c^est la

préieûtion d'imposer au peuple un frein dont les docteurs de morale sont les premiers à s'affranchir. 11 en résulte, par rapport à la société , Tèquivalent de ce qui arrive dans une partie où certains joueurs violent à leur profit les régies du jeu. C^est une tricherie d'autant plus odieuse que ceux, qui se la permettent avec le moins, de scrupule sont, comme on dit , à cheval sur la régie quand il s'agit d'en faire aux autres l'application. L'auteur de la théorie attractionuelle ne méconnaissait pas, d'ailleurs, la nécessité de la doctrine chrétienne de la résignation dans notre état actuel de société ; il déclarait hautement que cette doctrine était la seule qui convînt à la civilisation et que c'était un devoir pour chacun d'y conformer sa conduite.

£n même temps qu'il trav.aillait à une publication nouvelle de sa Théorie , Fourier préparait aussi , autant du moins que. cela était compatible avec son caractère, les voies de succès. Mais, comme il le disait, lorsqu'on lui objectait fe peu de résultat de ses démarches ; « pour in* » triguerâParis, il faut une voiture et des bassesses : tout » cela me manque, a

Il ne négligeait pas, cependant, quand l'occasion s'en présentait, de chercher à disposer en sa faveur les hommes fui avaient dans leurs mains les instruments de la publicité»

S'éievait-il dans le domaine politique une questioi^qui lui parut de nature à faire sentir le prix de son système, l'auteur de la, Théorie sçciétaire ne manquait pas de saisir l'à-propos pour appeler sur ses vues l'attention du Gou* vernement. G^est ainsi que le ministre de la matîne ayant, dans la séance de la Ghàmbre des Députés du 21 juin 1828, demandé qu'on laissât le cabinet traiter dans le secret l'af-^ faire de l'amélioration du sort des esclaves coloniaux, Foufier écrivit à ce ministre pour lui signaler un moyen d'éman* dpation exenipt de péril et ne lésant aucun intérêt établi. U avait pareillement écrit) en 1823, à M» de Villële, en

90 PRËIIIKRK PARTIR

lui adressant un exemplaire du Traité de l'Association, Tout ce qu'il' réclamait du ministre, c'est que celui-ci vou« lût bien recommander Fouvrage où serait exposé le mo^en dont il s^agissait. Il en fut de cette, démarche de Fourîer comme de tant d'autres du même genre qu'il Gt toujours sans résultat. '

^ Si, chez les hommes politiques, ses propositions ne trouvaient que l'indifférence la plus complète, c^ était pis ou* près d'antres hommes dont le concours lui était plus directement nécessaire encore. Quand il s'agit de trouver un édi« leur pour son livre, Fourier rencontra de tels obstacles de la part des libraires de la capitale, qu'il dût renoncer & se servir de l'intervention d'aucun d^eux.

ttll n'est rien de plus difficile, » mandait-il à Muiroit le 2 mai 1828, aque de trouver ici nn libraire, qaand » on n'est pas étayéd'un nom. en crédit On voit dans leurs » réponses que le sujet n'est rien pouk* eux ; c'est l'homme » qu'ils considèrent. Si Chateaubriand imprimait que 2 et » 2 font 5 , tout libraire voudrait être son éditeur. ')

Revenant sur le même sujet, dans nneaûtre lettre, « j^aî » différé, dit-il, à vous répondre, parce que- je voulais » solder encore auprès des libraires. Ce sont des fo'ûe- *) raison. Us font des réponses si stupides que ceux à qui }) on les rapporte ne veulent pas y croire. Leur fait eA • qu'ils veulent un nom connu. Si vous vous nommet n Jacques Delille ou Chateaubriand, quelque sottise que n yous imprimiez , ils se disputeront le rôle d'éditeur : si » vous êtes inconnu, il en sera comme de Fulton qui', en » proposant sa belle invention du bateau à vapeur, ne put n se faire écouter de personne dans Paris *. s

Après avoir en vain frappé à toutes les portes de

' Ijonqae Fourier l'exprimait ainvi , lei droits du riiarquii de JonlTroY à ta priorité de l'inTenlion da Iwteta à vi^or n'avaient pat été mû en InnMvs comme îli l'ont été depuii. Cela n'infirme en rien , au lorploi , le raÎMHinrmeat qn'il fait.

Vlfe: DK KOÇRIBR. 1»7

libraires de la capitale, Fouricr se décida enfin, sur la demande de ses amis de Franche - Comté , à revenir à Besançon pour fimpression du livre qui devait offrir un résumé tout à fait pratique de son système. Quoique son pays natal fût la contrée ou il comptait ses plus zélés partisans, il était loin de se faire illusion sur les dispositions de la généralité de ses compatriotes envers lui. « Malgré n ce que vous me dites,.» écrivait-il peu de jours avant son départ pour Besançon , o sur un changement de Topiy) nion dé quelques Bisontins à mon égard, je ne crois pas V du tout à leur bienveillance. Les circonstances m*ont été » défavorables, et le public se livre tout entier aux im- » pressions de. circonstance. »

Fourier arriva à Besançon vers le 15 juillet Madame CL Vigoureux lui fit accepter un appartement chez elle. M comptait n^étre retenu à Besançon que deux ou trois mois au plus; mais comme son séjour s'y prolongeait an delà de ce temps,, par suite des lenteurs iqu*épronve presque toujours Fimpression d'un ouvrage, il voulut plusieurs fois aller loger en garni, craignant d'être importun en usant, pendant aussi longtemps, de Tbospitalité qui lui avait été offerte. Ce ne fut qu'à force d'instances de la part de madame Vigoureux et de ses enfants qu'on parvint & vaincre les scrupules de Fourier.

Au commencement de I8S9, le Nouveau Mande indus^ triel et sociétaire sortit des presses de MMf. Gauthier et Cotnpagnie*.

Si l'on a vanté quelque part, comme un signe même de la supériorité de (Certains esprits éminenfs de notre époque, lenr facilité à changer de système, à défendre, par exemple, tantôt l'absolutisme pontifical ou royal, tan-

' Le Nouveau Uonâe industriel et sociétaire, on luveDiion au prooid^ d'ifidaitric aftrayanie et naturelle distriboée en séries passionnées; 1829 1 fort voL Chex Boflsange père, roe Richelicaj GO.

tôt la souveraineté du peuple , on ne saurait trouver chez Fourîer le sujet d^un si singulier éloge, fondé sur 1^ mobilité et Tinstabilité des opinions. Il est resté le même d^un bout à Tautre de sa carrière. Depuis son premier ouvrage, en 1808, jusqu^à celui de 1829, jusqu^aux dernières lignes quil traçait en 1837, peu de jours avant sa mort, tout porte le cachet de la plus invariable unité. Toujours même préoccupation des véritables souffranceâ du peuple; tou* jours même dédain des chimériques tentatives faites en dehors de F Association , pour y mettre un terme ; toujours même procédé pour arriver à FAssociation , les séries PiissiOiWELLES appliquées à Tiqdustrie.

Le Nouveau Monde est le plus méthodique dés livres de Fourier. C'est celui dont il sera le plus facilement tiré parti pour une fondation sociétaire, parce qu^il présente les indications les plus précises à cet égard, et qu*il les présente plus dégagées de la partie en quelque sorte romantique du système. Dans le grand Traité, Texposition doctrinale est interrompue assez fréquemment par des épisodes qiii, sans y être absolument étrangers, aîn^i qu'un lecteur super*-^ ficiel pourrait être tenté de le croire, n'ont pourtant qu'un tappôrt médiat et quelquefois très-éloigné avec ce qui est à entreprendre aujourd'hui pour organiser un essai du régime de l'Association. Le Noubeau Monde industriel^ au contraire, a été surtout écrit dans un but pratique. Là préface» où l'auteur a posé les conditions du problème; la section où il traite de l'éducation harmonienne ; «elle qu'il a consacrée à l'analyse de la Civilisation,, sont au plus haut point remarquables « soit conune logique, soit comme observation. Une analyse très- substantielle de cet ouvrage a été faite dans le journal la Phalange par Amédée Pagel» docteur en médecine, l'un des hommes qui ont le mieux compris Fonrier et qili se sont voués à Taccomplissement de sa conception ^.

1 Ce travaU àe notre tant ngnttable tmi et coBabontew « M rêvai depoii

VIE DE FOURIEH M

QuW ne juge pas du rang que doit occuper le Nouveau Monde industriel panni les ouvrages de Fourier, d'après le peu d'espace attribué ici à la mention de ce livre. Il est celui de tpus dont nous conseillons le plus volontiers la lecture aux personnes qui désireront être initiées par le Maître lui-même à la connaissance de la Théorie. L'étude des Séries passionnelles, qui constitue es» sentiellement le fond de la nouvelle science, s'y trouve condensée dans on petit nombre de pages d'une précision et d'une clarté sans égales. Les deux chapitres V et VI entre autres, qui traitent des trois -ressorts organiques d'une Série passionnelle et de leurs effets, semblaient d'une telle importance k l'auteur que^ dans une note écrite de sa main et jointe par lui à divers exemplaires du N(nn>eau Monde ^ Û dit : « Qui comprend bien ces deux chapitres n comprend toute la Théorie. » C'est une œuvre dont lin* cubation avait été longue; on s'en aperçoit au fini de chacune de ses parties et & la trame serrée qu'elle présente partout. Fottrier avait effectivement, depuis 1824, fait et re&it à trois ou quatre reprises ce qu'il appelait l'Abrégé de sa doctrine,

Fourier revint à Paris en mars 1829. Il y reprit à la fois et ses occupations dans le commerce et la suite de ses démarches pour attirer sur sa Théorie l'attention publique, surtout celle des hommes que leur position mettait à même de déterminer un essai et qu'il désignait sous le nom de candidats.

L'un des premiers auxquels il songe à s'adresser est le baron de Férussac; il lui envoie un exemplaire du N<m^ veau Monde industriel avec une lettre-notice sur les voies

en nn volume pab1i<) sous ce titre ^: Introduction h l'étude de la Science sociale. L'ouvrage a en une leconde édition faite par Paget lui-même en 1841 , peu de mois avant sa mort. 11 est précédé d'an aperça jadicieux snr te» systèmes d'Owen, de Saint-Simon , et snr les principales mesures d'amélioration proposées par les philanthropesL

100 PREMIKRK PARTIE.

de prompte exécution. Il annonce aussi , dans sa correspondance avec Muiron , Tintention de faire des communications analogues à MM. dé Chateaubriand, Hyde de Neuville, Decaze, etc.

Mais un point essentiel était de se faire annoncer par les journaux. « Lavenie des livres, » écrivait Fourier, » est n un monopole que les journalistes ont envahi; il faut

» passer par leurs, mains libérales » Or fauteur du

Nouveau Mondé n'avait pas les fondis nécessaires. Cependant le docteur Amédée Pichot , qui fondait alors la Reime de Paris i et avec lequel Fourier avait lié connaissance, lui fit entrevoir la possibilité d'obtenir quelques articles d'annonce sans dépense trop considérable. ÏJn autre jeune écrivain de la presse périodique, M. Flocon, rédacteur de YAlhtm national et sténographe du Messager des Chamr hres, se mit aussi à cette époque en relation avec Fourier, dont il avait goûté les idées. Mais l'assistance de ces messieurs ne parvint pas à vaincre jce que Fourier appelait la conspiration du silence , qu'il disait avoir été ourdie contre lui par le comité philosophique. Tout içe que put la bienveillance d'Amédée Pichot, ce fut d'épargner à Fourier une satire de sou livre qui allait être insérée dans la Retfue de Paris,

« On a été obligé, » écrivait Fourier (3 juillet 1829), a de retirer l'annonce, de la Bévue de Paris. Elle avait » confié l'analyse de l'ouvrage à un économiste qui l'avait » dénigré de son mieux. Heureusement que M. Pichot a été » à temps pour empêcher l'insertion de l'article. »

Mais Fourier n'avait pas partout un M. Pichot pour le préserver des traits de la détraction. Il fut attaqué, et il sentit le besoin de riposter en même temps que de chercher lui-même à faire connaître son ouvrage.

Au commencement de 1830, l'auteur du Nouveau Monde industriel fit paraître une brochure ayant pour objet d'an-

noncer ce livre, «Tindîqaer les prindpales questions qni y étaient traitées, et de répondre à certaines critiques dont il avait été l'objet^

Cet écrit, dans lequel la polémique a revêtu une grande âpreté de forme, contient de bonnes vérités à Tadresse de la société contemporaine. Fourier y prend à partie M. Gni» zot, à propos d*an article de la Revue française^ dont M. Gnjzot était le directeur, bans cet article, on avait, sous prétexte ~de rendre compte du Nouveau Monde «m/itf* triel, donné une idée ridicule de Tonvrage. L*auteur du livre malmenait à son tour le critique de la Revue, dans lequel il voulait absolument voir M. Guizot Ini-méme.

Gë critique s^était extasié sur /es grands changements que la société avait subis de nos jours. ^- u La société , répitj9 quait Fourier, s^est tourmentée quarante ans comme un n cheval au manège, pour revenir au point de départ.

V Ce n*est toujours qu^nne civilisation en troisième phase,

V ne sachant pas. 8*élever en quatrième. Elle a essayé la » rétrogradation en barbarie sous Robespierre^ Fanarcbip t) démocratique ou deuxième phase sous le Directoire, » puis le despotisme mililaire sous Bonaparte; elle tend y* aujourd'hui (1829) à la théocratie : ce sont là des aniin quailies , de% rétrogradations, et non pas des nouveautés Il et des progrès. Les philosophes donnent pour progrès Ta D guerre politique organisée par le système électoral et n représentatif- : c^est un progrès dans les voies du désor-

V dre. Us vantent aussi leur chimère dlndustrialisme conn fondue par les résultats... n.

Poursuivant toujours son critique, qu'il continue d'appeler M. Guizot, tt il nous dit, » ajoutait Fourier : « Le n spectack de ces grandes nouveautés (grandes antiquailles i> démocratiques), en détoumasU lès esprits sensés des » systèmes chimériques, a encouragé les esprits hasardeux

* Le SoHtfau Monde induitrielou Inri-vtion dm froeédé d'indntttit attraifatiU fl n mh iméÊ . — lÂvrefd'mmoHfê. Chei RoMMAge pèr« . rne Rieli«K«tt , 60.

an PREMIERS PARTHB.

» à enchérir par la spéculation sur la réalUé déjà m mer- » veilleuse."^ Quel cliquetis de verbiage! quel style alam- » biqué f Que trouve-t-il de merveilleux dans les Iréalitis 9 actuelles ? sontHïe les droits réunis ? sont<-ce les fabri- ^ ques anglaises dirigées à coups de fouet? La belle mer- » veille que ces fourmilières de pauvres, nées des chi* n mères de f industrialisme,, qu'il nous donne pour de a grandes nouveautés détaumatU les esprits des systèmes n chimériques I On peut répondre à MM, Guixot et consorts : 9 Si vous ne voulez pas de systèmes chimériques, pour- » quoi étQuRes - vous la voix de ceux qui essaient, comme 9 Malthus, de signaler vos bévues politiques ; exubérance 9 de population , concurrence dépréciative du salaire , lutte 9 commerciale de fourberie, morcellement des cultures, 9 consommation inverse, dont le peuple est exclu?... »

Relevant ce que la Revuafrançaise avait dit de son style qu*elle qualifiait de grotesque, « mon style, q répond Fourler, « est celui d'un homme qui n'a pas de prétention 9 au fauteuil, et, qui va droit.au but sans patelinage ai^* 9 démiqué; il âr de la concision, de la rondeur; il sera a très- bien compris de tout lecteur... »

, J'ai prolongé ces citation^, parce que, outre leur valeur intrinsèque, elles sont, propres à faire connaître l'homme. Et. qui pourrait se flatter de mieux peindre Fourier que Fonrier lui*méme? Voici encore un trait, emprunté à. cette polémique, où son génie respire dans toute son audacieuse et si honnête franchise ; «Û (l'écrivain de » la Revue) me reproche que la CivUisa^on et la Mo^ T. raie sont des mots toujours pris en mauuàse part dans 9 mon ouwrage. Sans doute ; parce que l'une est le règne » du mensonge, l'autre en est l'organe* »

Ce qui contribuait cette fois à rendre Fourier moins pa* tient encore que de coutume aux injustices de la critique, c'est, comme il le disait dans une lettre particulière, c'est que « M. Guisot, par ses fonctions de professeur d'histoire.

VIE DE FOVRIER. 103

» était rhomme quî aurait dû prémunir son siècle contre n les fautes que flétrît Thistoire, lés avanies faites & Colomb » et Galilée^ et plus récemment & Papin et Lebon« >»

Une seule des publications périodiques de ce temps-là ( de celles du moins qui paraissaient à Pari^ , et qui avaient une certaine consistance ) , une seule se montra sans prévention contre la Théorie de Fourier, et voulut bien accueillir des articles sérieux destinés à la faire connaître. Ce fut le Mercure de France du XIX* siècle qui présenta cette honorable exception. 11 fut publié dans ce recueil (livraison du 9 janvier 1830 ) un article où Ton disait : « 11 y a » dans Touvrage auquel nous faisons allusion (le Nouveau » Monde industriel) tant d'excellentea critiques, tant de 9 poésie» tant d*éloquence, tant de génie, osons-le dire, a que là. où Tautèur nous parait perdu dans les espaces a imaginaires, nous doutons ide notre raison au moins aiy- A tant que de la sienne : nous nous rappelons Christophe » Colomb traité de visionnaire , Galilée condamné comme 9 hérétique, et cependant TAmérique existait, la terre n tournait autour du soleil Tout le secret de M. Charles » Fourier consiste à rendre Tindustrie. attrayante en utili- 9 saQt les passions. »

Cet article précéduit la reproduction d'un long passage de 1» brochure de Fourier (le livret d* annonce),

Dana' son numéro du 13 mars de la même année, le Mercure admettait encore un remarquable article signé Victor Considérant, Élève sous-Iientenant du génie à Vwxie d*applieation de Meta , Considérant travaillait à répandis les idées phàlimstérieanes parmi ses caniarades* 11 faisait des conférences suivies par beaucoup d'entre eux et par quelques habitants de la ville, et groupait autour de lui un pisemier noyau de partisans de la Théorie sociétaire. .

Dans le courant de 1829, Fourier avait été mis un wr stont "^n rapport avec les Saint-Simonieiis. Ce fut M. de

Corceiles fils qui le conduisit à une de' leurs séances, au sortir de laquelle Fourîer écrivait : « Cest une chose pin tojable que leurs dogmes faits à coups de hache, et n pourtant ils ont un auditoire , des souscripteurs. « Llmpressioti quUl avait reçue était , comme on voit , peu favorable au saint - simonisme. Néanmoins, trouvant là des moyens d^action réunis, il envoya son ouvrage à Tun des principaux membres de la société, avec une note assez étendue sur les avantages qu'elle trouverait à faire Fessai de là Théorie sociétaire. Je donnc^ h la fm de la Biographie, la réponse que fit M, Enfantin à la communication deFourier. Ce docpment, jusqu'à présent inédit, ne sera pas sans intérêt, surtout pour les hommes qui ont appartenu aux deux écobes socialistes (-4).

Les chefs de la société saint-simonîenne essayèrent de s'approprier quelques-unes des dispositions de la Théorie de Fouriér, en se gardant bien île faire connaître Fauteur, même à leurs adhérents les plus éfevés dans la hiérarchie qu'ils avaient instituée.^ Ils iijoutèrent à leur programme les mots Travail attrayant et quelques autres ; mais ils n'en continuèrent pas moins de jouer au culte et au sacerdoce.

Fourier avait tenté vainement de les détourner de cette voie déperdition, comme il F appelait, pour diriger leurs vues vers Fessai de la Réforme industrielle qui pouvait seule aiTuf/iorf^ effectivement, suivant Iç principe de Saint- Simon , k sort de la cUuse la plus nombreuse et la phu pauvre, La conduite qu'ils tinrent à son 'égard, conduite dont il se croyait en droit d'accuser la loyauté ; rabsnrdité dangereuse d'une partie des doctrines qu'ils prêchaient et qui tendaient, suivant lui, à compromettre Fidée de FAsso* dation ; sans doute aussi un peu de rivalité (ca|>alt8le) sV joutant à ses griefs, tout cela lui fit par la suite attaquer sans ménagement et sans mesure les apôtres du nouveau culte.

Partout oïl il croyait entrevoir Fombre d'une chance

VIK DE POIRIER. i •>

pour Tapplication de sa Théorie; partout eà il potr . t espérer rencontrer qaelque puissant mobile cPambitioii vti de générosité philanthropique conjointement avec le n-P i de fortune, de position ou de renommée nécessaire poiir former une compagnie' fondatrice de FEssai, -r-Fonrr envoyait aussitôt son llrre, avec un précis spécial des r*'sons qui lui semblaient les plas propres à stimuler charnu des personnages dont il provoquait Finitiativa Des on* -s de iHngt, trente et quarante pages s'ajoutaient ainsi ii la lettre d*envoi. Parmi les personnes en assez gratid nombre auxquelles s'adressa, en 1829, Fauteur du A-aiiveau Monde industriel ^ je citerai lâdy Byron, qui lui avait été signalée conmie susceptible de se passionner pour une œuvre de charité grande et glorieuse. « Skene, • évr':vait-il à Muiron le 12 septembre, u est parti pour FAngIo » terre , emportant un exemplaire et ma lettre pour la<fy » Byron. » Cette dame ne répondit point à la communie..^ tion de Fourier.

Celui-ci fit encore, vers la même époque, une ten^ttiA^ sans résultat auprèâ des ministres de Fintérieur et de Fi;.* struction publique.

La correspondance avec Muiron, dans laquelle sorl puisés presque tous ces renseignements, ne roubit |).rs exclusivement sur ce qui avait jin rapport direct à ia Théorie sociétaire. On y trouve, comme j'en ai déjà doivii<plus d'un exemple, deà observations pleines de piquant «1 de sel, et toujours profondément judicieuses, sur une fou !e de sujets.

Ainsi, Muiron ayant rédigé, au nom des vignerons r( propriétaires de vignes de Besançon, une pétition condv les impôts sur les vins, Fourier, après-diverses remarque*.^ sur le fond et la forme de cette pièce, ajoutait :

«Mais il est bon de les prévenir (lies pétitionnaires) quiS w s'ils envoient aux ministres, aux directeurs et autres prr-

» sonnages éminents» une pétition contre les I)f oits réunis, }i. ils seront [pour m'exprimer en langage comtois} reçus » comme desçhieni dans un jeu de quilles,,. Quand ils vten- » dront dire à des vautours, comme les financiers de France : » Renoncez à cent millions de revenu f la réponse des iinan« » ciers sera facile à prévoir...* Tant que les vignerons ne n sauront pas proposer un nouvel impôt plus facile et plus » copieux que celui des Droits réunis , le Gouvernement » rira de leurs pétitions, comme un cui^iiûer rit des cris » d'une volidlle qui ne. veut pas qu'on la saigne. 11 faut « >ï. en' finance, indiquer un meilleur impôt si Ton veut en 9 supprimer un mauvais, n

IJne feuille de Topposition libérale modérée (ïlmpartial) avait été fondée à Besançon en 182^, et M. Just Muiron, qui en était le gérant, proposa à Eourier d'écrire de temps en temps des articles pour cette feuille.

tt Je ne vous ai: jieii envoyé pour le journal, » mandait Fourîer, « parce que je ne suis pas hien informé sur le ca- » ractëre que vous voulex tenir, et je ne sais pas si la par- » tie que je pourrais le mieux traiter, celle des relations i> es^térieures, vous conviendra.... »

tt Ma manière, » ajoutait-il plus loin, « n'est pas d'être » en d'autreS' termes, l'écho de tout le mojude. Il est vingt » petites circonstances qui prêtent à dire quelque chose de » neuf. Rien de fade^ rien d'adulatoire; des articles bien » étayés de ûiits et forts de raisonnement, où je ne flatterai p ni le parti libéral, ni l'absolutiste : voilà ma manière, n S'il faut écrire autrement, je suis le dernier des hommes, n je ne sais pas faire une page. »

Fidèle à son progranmae, Fourier envoya des articles dont la rude franchise n'était pas toujours bien accueillie du comité de rédaction de VimpartiaL

« Vous me dites, » écrivait-il le 30 août 1829, en réponse A une lettre de Muiron, « vous me dites que l'article sor les r> boissons sera beaucoup amendé, parce que les comman-

» dUaîres sont des négociants ; puis vous démandei de fa- 9 ciles mesures pour se créer un autre produit Je vous ai » expliqué trës-positivement que le moyen sera b reprise n sur le commerce. Si vos commanditaires sçnt marciiands ^ de lân, il peut se faire que le moyen leur déplaise; mais 9 on ne peut prendre que sur les vendeurs iteau les 50 mil- » lions dont ils séparent : sur qui donc les prendrait-on? n sur ceux qui payent Teàn poui^ du vin ? dans ce cas les » batttis payeraient Tamende. n

Les motifs qui faisaient écarter certains articles de Fourie^ étaient loin de prouver le peu dé valeur de ces articles. « Je ne conçois pas, » faisait-il observer dans une lettre à la date du 13 septembre 1829, a que votre bureau puisse » opiner que mon article Piège d^ Orient était Une note à » remettre au ministre des affaires étrangères. 11 faudrait r> donc lui remettre tout ce qui présente des considérations » neuves. »

Dans cette même lettre il fait, relativement au système représentatif, une profession de foi si peu respectueuse, qu^elle scandalisera peut-être encore aujourd'hui bien des personnes, quoique, en général, on ait beaucoup rabattu de la conOance qu'on avait alors dans Tefficacité de ce l'é* gime pour faire le bonheur du peuple :

u Je me garderai bien de m'occuper du sujet que vous 'rm'indiquez sur le? sociétés constitutionnelles. Je me bats n Fœil de toutes les constitutions. Je ne les lis pas. Je sais » qu^il n^y a que la force et Tastuce qui dominent Je vois » que votre constitution sera flambée sous peu. Déjà se for- » ment les clubs d'amis de la religion , qui vous mèneront » comme les Jacobins ont mené les Feuillantins en 1792^ " Ils assommeront comme les compagnies de Jésus oa Jéhm » Voilà tout leur plan, sauf à se radoucir sur les formes; » et ai votre journal prétend les contre-carrer, il sera tnort » et enterré sons six mois. »' Les événements prouvèrent que Fourier avait bien juge

18 PRËiUlÉUÎË PARTIE.

<'.cs intentions où Ton élaît dans cerluins rangs par rapport b la Charte inviolable; et sMl se trompait en un point, ce i.' était que sur le résultat que devait aVoir, par le fait du hfisard beaucoup plus que du calcul, Tatteinte qui serait { orlée au pacte fondamental..

Les sujets qui susçitdent les observations de Fourier né-

['Unii pas toujours pris dans un ordre de faits aussi grave.

« Il y aurait, » écrivait-il le 9 février 1830, « un plaisant

- article à faire ces jours-ci. Les deux journaux, Débats et >- Gazette, ont fulmmé contre un livre intitulé Physiologie

• du Mariage f et ils ont dans leur colère opéré si gauche-

- ment, quHls excitent' à la lecture du livre et ravalent le '.'.. sexe qn^ls croient soutenir. Si j* avais pensé que cet arti- ' cle fût du goût de vos censeurs , je Taurais fait en setis ' moral. » r . • ■

Malgré Tintention quil annonçait dans ces deux derniers inols , la réponse qu^pn dut lui faire est facile à imaginer pour qui conuaît Besançon. Il , fut engagé à faire part de :tou article sur un sujet si scabreux à quelques feuilles de la capitale. Muiron.lui renouvelait à cette occasion le coni»cil de se rapprocher des hommes de la Presse parisienne , (Tans Fintérét de la Théorie et en vue de la publicité qui manquait à' celle-ci.

Fourier répondait : « Relativensent aux rédacteurs du n Temps et du Messager, je suis toujours dans rintentîon M d^aUer leur faire visite selon votre con^iL Mais pour » mon compte j*y répugne, parce que je connais le oarac- » tère de tous ces gens-là *, Quant à rarticle sur la Pkysio^

* Cette rëpognance de Foarier était «sseï motiva par ce qai ad«iraait de la ^part dé tel démarcliei vii-à-f it des hommei de là prease.

Je A ai pai pu réussir , » éerivait-II le 11 juillet 1830 , « vera la GaxÊUe Ritéraire. Ils ont , comme d'autres , notification de Tindex qui jiése sur mon H- \-re (indet du comité philosophique , et jtmi pas de l'aolorité). Ils M«ieiit promis ; je leur arars envoyé un article adapté au ton et au genre de leur joamal. Mais quand il» ont vu U sujet , ils ont tenu le même langage que le GltUtt , di-

VIE DE FOLRIRR. 109

» logie du Mariage, ils ne Fadmettront pas , parce qu*il iic » flailerait pas les hypocrisies morales. »

Des questions d'intérêt local étaient aussi traitées par Fourierpour le journal de Besançon. 11 y en eut deux surtout qu*il prit particulièrement à cœur. L*une était relallve aux travaux exécutés par le géuie raililaire dans le lit du Doubs et au travers de la promenade de Chamars, qui resta par suite dépouillée de ses principaux agréments. L'autre affaire fut celle de Técole et de Farsenal d*arlii« lerie, que la ville d'Auxonne disputait alors à Besançon. Fourier fit sur ces deux points une vigoureuse polémique, et il était fort mécontent que Ton adoucit le style de ses articles ou qu'on refusât de les insérer.

Il s'élevait parfois contre cette exclusion de ses articles comme trop virulents ou comme ne traitant pas de qucs* tions opportunes.

tt II conviendrait à vos entrepreneurs, n écrit Fourîcr, u de revenir sur leur ton méprisant pour tout ce qui n'c- 9 mane pas de leur cini, pour tout ce qui ne traite pas de y> fadaises et controverses sur la Charte. Cette branche est » celle pour laquelle on'trouve le plus d'écrivains....

» Qu'est'-ce qui fait la fortune d'un journal? c'est le ton » véhément^ audacieux. Geoffroy attaquait Dieu et Diable » (excepté l'Empereur* et ses favoris, Fontanes, etc.), et » son ton indépendant, sa manière large et pittoresque, ^ 6rent la fortune du Journal des Débats y qui serait resté >' dans le bas étage s'il eût eu un feuilleton écrit à l'eau » rose, farci de patelinage académique.... »

u J'ai mangé quatre ans, » écrivait une autre fois Pou*

nnt : <• Ce sont de< choses ! ! ! maû des choses ! f ! noosue pouvons pas inDonoer cet chotet4à. » Ils m'en a coûte qnelgoes frais da dëjeaaén. •

Le Glohe, dont il est parié dans cette lettre, est le joomal fondé et dirigé par 11. Dubois (de la Loire-Inférienirc ) , lequel refusa obstinément, en 1821, pni»en 1829 , de faire connaître à ses iMteors l'existence de la Théorie soeié-' taire et dea ouvrages de Fourier, qui lui étaient signalés par MM. Mniron et Considérant.

rier, uavec le rédacteur du journal de Lyon où je mettais n des articles en vers et en prose, et je savais bien de lui n quelles sont les règles du métier. »

Quoique le sort habituel de ses communications dégoûtât quelque peu Fourier d^écrire pour le journal bisontin, il lui envoya, soit avant la révolution de 1830, soit pendant les deux premières années qui la suivirent, un assez grand ■nombre d^ articles, restés inédits pour la plupart Diverses questions politiques et sociales y étaient traitées. Il y en a entre autres, sur la question d^Alger, qui datent des pre^ miers jours de la conquête, jet qui prédisent à peu près tous les mécomptes que nous avons éprouvés depuis dans cette contrée. Fourier y insistait aussi sur la nécessité de créer des corps de tirailleurs dont il traçait Forgamsâtion. Cette idée n'a été mise à exécution que beaucoup plus tard par la création des bataillons de chasseurs d'Afriqu^,

Toutes ces questions de politique courante n'ont jamais pu, comme ou pense bien, détourner un seul instant Fourier de sa pensée dominante et lui faire perdre de vue son grand but. Avec upe persévérance que rien ^ ne décourageait, il poursuivait sans cesse la recherche des moyens de réalisation de ^a Théorie.

Lorsque fut créé, en mai 1830, lé ministère des travaux publics, Fourier adressa au baron Gapelle, qui venait d'être chargé du portefeuille de ce département, un Mémoire exposant les avantages qu'on pouvait retirer de Tindustrie combinée, et les motifs puissants qui devaient porter le nouveau ministre à prendre Tinitiative à cet égard. Au moment où éclata la révolution de 1830, il avait, s'il faut Yen. croire (car il se faisait aisément illusion à ce sujet, et il B^exagérait volontiers la valeur des espérances qu'on pou« vait lui donner), il avait, prétendait-il, amené M. le baron Capelle à la pensée sérieuse d'un essai ^. Mais les ordon*

* Gontalté inr cette circooftAOce , peu do tempe evut m mort , Arrtféi w

nances de juillet et les conséquences qu^elles eurent pour le gouvernement duquel elles émanaient vinrent détruire Tespoir que Finventeur avait conçu de ce côté.

Malgré la triste expérience de Finefficacité des révointioni pour remédier aux maux de FÉtat civilisé ou régime de mor» cellement et de concurrence insolidaire , Fourier partagea un instant Tivresse commune, à Poccasion du triomphe du peuple et de la liberté sur le parti absolutiste. Sitôt le dénoûment connu, le 30 juillet au matin, il accourut tout joyeux chez un de ses anciens amis de Lyon, le docteur Amard, homme occupé comme lui, mais à un point de vue différent, de donner une solution rationnelle au problème des destinées sociales de Thumanité. Les deux amii se faisaient part avec effusion des espérances que chacttn d*eux fondait sur Tissue des derniers événements, a Voici, » disait Tun, Toccasion d*établirla République, le gouveN » nement impersonnel dans ses conditions vraies ; sauran t-on la mettre à profit? — Le bonheur du peuple, disait » à son tour Fourier, ne peut se rencontrer que dans Fasso-. » CUTION. Les hommes que la victoire du peuple à portés 9 au pouvoir vont donc être forcés de s*enquérir des moyens » de réaliser Fassociation ! » Bientôt après, Fespoîr du vieux républicain était déçu; on proclamait un roi sous le titre dérisoire de la meilleure des républiques. Et pour ce qui 6st des plans du socialiste, ils ne trouvèrent aucun accès auprès des hommes du gouvernement nouveau, occupés de tout autre chose que d^ assurer le bien-être et Findépendapce des classes populaires.

Au surplus, Fopinion de Fourier sur les deux partis qui se disputaient alors le pouvoir n'était guère plus flatteuse pour Fun que pour Fautre. a Vous pensez, » écrivait -il

1843 , l'ancien ministre de Charles X nia qae l'accaeîl de pure politesse qu'il àvàit fût à Fourier annonçât l'intention que lai prêtait rintrenteur du système pbalanatëriea. ( Note de la 3« édUUm. )

112 PRË^ilKRE PARTIE.

le 23 août 1830, u que j^aarai bien pins de chances avec les libéraux qu*avec les ultras pour me faire écouter. Je n'ai jamais compté sur les 'ultras, vrais incorrigibles, mais sur: quelques bonnes intentions qui pouvaient se trouver dans leurs rangs. J'aurai dans deux mois chance auprès des libéraux, quand les partis seront formés et aux prises.... y* ■

Comme pendant du jugement porté ici sur les ultras de la Restauration , voici deux traits de la correspondance de Fourier relatives à certains coryphées du libéralisme :

u Nos perfectibiliseurs promettent la nouveauté et ne la donnent jamais ; car ils ne donnent que la Civilisation, toujours péjorative malgré les illusions de perfectionnement. Sous ce rapport, les Eteignoirs * sont à moitié excusables de se méfier de prétendus libéraux qui. n'enseignent rien de neuf et ne veulent que vendre des livres et accrocher des places. »

En 1821^ dans une de ces conversations écrites qui! avait avec Muiron , Fourier disait des mêmes docteurs :

u Leur Civilisation perfectible n'est qu'un hameçon qu'ils présentent, qu'un instrument pour bouleverser et s'élever aux places; quand ils auront 20,000 fr. de rente et une pairie, ils trouveront que la perfectibilité est arrivée. »

Ces dernières paroles ont, plus d'une fois déjà, reçu des événements un commentaire qui dispense de tout autre.

Les agitations politiques qui suivent une révolution étaient peu propices à l'accomplissement des vues de Fourier. Néanmoins, il saisit les premières occasions qui se présentèrent de les proposer à l'examen des hommes qui pouvaient quelque chose pour leur application.

u Vous voyez, » écrivait-il à Muiron le 26 août 1830,

' Nom d'na« aociëté d'aitni qui eiiiUit ven l'anoée 1820

« que ropinjon s'émeut fortement sur Tobjet principal du n système, le bien-être du peuple. Les discours de M. Corn menin.et autres ont stimulé sur ce point les provinces.... » et la Chambre a formé un comité de trente députés pour n cet objet. — Je vais envoyer une notice à ce comité, s'il n reste en permanence. »

Nous Ignorons ce qu'il en fut de Fintentlon ici annoncée; m^is l'année suivante, la nouvelle Chambre ayant aussi formé un comité industrie , Fourier fit remettre à ce comité un mémoire de 70 pages, par l'intermédiaire de M. Dugas-Montbel qui en faisait partie.

Dans le courant des mois de mal et juin 1831, il s'était adressé à Casimir Périer, à Laffitte, et, ne recevant point de réponse satisfaisante, il annonçait l'intention de faire de semblables tentatives auprès de MM. Montalivet , d'Argout, etc.

M. Laffitte, qui venait de se voir enlever le pouvoir, fut le seul , à ce qu'il parait , qui accusa réception des communications dé Fourier. Celui-ci mandait à Muiron, le 15 juin 1831 :

tt M. Laffitte m'a écrit une lettre fort polie, de l'eau bé- » nite de cour, pour me dire que lès circonstances l'empéf> cb aient d'intervenir pour aucune entreprise. 11 a été flatté » de ce que je lui ai dit sur la confiance que son nom in- » spicerait à la Francis pour déterminer promptement la n formation d'une compagnie d'actionnaires. » .

Sur la fin de 1830, il s'était flatté à demi de la rencontre du Candidat toujours cherché. Il s'agissait d'un riche capitaliste dont on lui laissa ignorer le nom jusqu'à ce que, par le départ de celui-ci^ l'affaire eût manqué. Il sut alors que le capitaliste en question était un des MM. Hope.

Fourier avait rédigé un mémoire que l'actionnaire fondateur se proposait de présenter au Roi. A ce sujet on fai-

gait demftnder à Pinventeur sll viendrait parler au Roi dans le cas où il serait besoin, u J^ai répondu, » écrivait Fourier, u que je donnerai en toute circonstance ni à toutes I) personnes les éclaircissements qu^on pourra souhaiter, » et que je désire qu*on me fasse appeler, parce que je 9 puis, mieux que tout autre, réfuter les objections et lever )) les doutes. »

Dans cette même année , Fourier avait fait la connaissance de M. d^Epagny, dont il parle en termes favorables dans sa correspondance. Il avait eu aussi, un peu plus tard, de bons rapports avec M. Féburier^, Fun des rédacteurs du Temps, qui fut nommé sous-préfet par le ministère • Périer.

A cette époque, le saint-simonisme, plus rapproché par ses théories économiques des théories politiques dominantes; le saint*8imonisme qu'on pouvait regarder sous certains rapports comme la dernière déduction des principes dé Fécole libérale, par exemple en tant qu'il proclamait Fabolition de tous lès privilèges de naissance sans exception; le saint-simonisme, disons-nous, remuait les esprits et promenait par toute la France ses prédications. Cet enseignement eut le mérite de faire sentir à beaucoup de cœurs droits et généreux les vices de notre organisation sociale et Hnsuffîsance des doctrines politiques pour y remédier. Il embrasa d'une vive ardeur pour- Tamélioration du sort des classes souffrantes une foule de jeunes hommes qui sont depuis restés fidèles, pour la plupart, à la cause en faveur de laquelle les avaient émus les discours de la salle Taitbout, les soirées de la rue Monsigny, les hymnes du parc de Ménilmontant, premières productions du génie musical de Félicien David. Mais , par les alarmes

* ptt nit k triste fia de M. FAmier . qnl m niicidi . eo 1843 . par foito , lil-M » ém MiUnrM qn'il t'itail ttééê mmm» foa

^il-M » àm «iiUnrM qn'fl t'itail ttééê mmm» foodatonr «t ^értsl àm Jmmul b

UfiêUnmrt.

VIE DE FOIRIER. 115

qa*ll a inspirées à la propriété, par la prétention de fonder une religion nouvelle et d* établir la théocratie la pins absorbante qui fftt jamais, le saint-simonisme amis la société en défiance des novateurs, quels qulls soient, et a créé contre eux des préventions qui seront longtemps & se dissiper. Par la manière enfin dont, en dernier lieu, sous la direction d*Bnfantin, il parla de Témancipation des femmes, le saint-simonisme a rendu ridicule un des aspects de la question sociale, et ce n^est pas le moindre de ses torts.

Vainement Fourier avait offert aux cbefs de F École saint* simonienne le secours de sa Théorie pour opérer TAsiociatien, si tel était réellement le but quUls poursuivaient Attribuant à mauvûse volonté Findifférence quMl rencontra chet eux sur ce point capital, convaincu d'ailleurs de la fausseté et du danger de leurs doctrines prétendoes relî» gieuses, il lança contre eux un véritable pamphlet intitnU Pièges et charlatanisme des sectes Saint-Simon et Owen, qui promettent fassociaiion et le progrès; Paris, 1831,

A part les attaques qui portaient sur' les intentions et qui en cela s'égaraient complètement, cette brochure était une excellente critique. Fourier y exposait, en regard des erreurs et de Tabsenee de théorie signalées chez ses rivaux, le» conditions et les moyens de TÂssociation véritable que lui seul connaissait. La forme était dure, il est vrai; Téerivain n'épargnait ni les imputations ni le sarcasme, et il eut sous ce rapport à se défendre contre le juste blânje de ses propres amis.

Mais avant d'en venir à cette, agression, Fauteur de la Théorie sociétaire, malgré ses préventions coptre les Saint» Simoniens, avait fait ce qui dépendait de lui ppur les éclairer et pour donner une'direction utile aux sentiments philanthropiques dont ils faisaient étalage. Seulement il s'abusait beaucoup en leur- supposant un degré d'influence et de crédit qu'ils étaient loin d'avoir.

A Muiron, qui cherchait à le persuader du bon vouloir des Saint-Simoniens, Fourier répondait le 30 août 1830:

Quand ils voudront, ils formeront une compagnie

n actionnaire. Mais il faut qu'ils renoncent à leur morale » cosaque de s'emparer des successions. Au reste, pour » confondre leur pathos évasif, leur, plein sentiment de n l'humanité, je suis toujours prêt à entendre toute pro- » position d'opérer, mais non pas d'adopter leur tartu* » ferie... »

« Vous voulez, » disait-il une autre fois, « que j* imite » leur ton , leurs capucinades sentimentales que vous nom- » mez effusion du cœur. C'est le ton des charlatans : jamais n je ne pourrai donner dans cette jonglerie; je ne m'atta- » che qu'aux raisonnements péremptoires... «>

Voilà bien l'homme; voilà Fourier. N'était-ll pas fondé à prendre pour devise ces mots d'Horace, qu'il s'était fait graver sur un cachet : Justum et tenaeem ?

Un peu plus tard^ en janvier 1831 (le 19), Fourier mandait, à propos d'une tentative qu'il venait de faire pour fonder une société de propagation :

tt J'ai eu, il y a trois jours, une -conférence avec queln ques individus sur lesquels je compte pour former une a société. Ils goûtent assez l'idée ; mais la plupart ont tiré » de l'aile sur la proposition de donner une petite subven- » tion^de 15 fr. pour les séances. »

tt Dans le cas où j'aurais eu mille francs devant moi, » ajoutait Fourier, « j'aurais pu former à Finstanl même » une société aussi bien établie que celte des Saint-Simo- » niens qui ont aujourd'hui une vogue énorme, et qui 9) pourtant n'ont ni moyens ni doctrine.

n Ils m'ont pillé quelques idées. Le Mercure en a parlé. n Je l'ai su par M. Monnier fils , et M. Pichot me l'a répété 9 en me disant que c'était lai qui avait dénoncé ce plagia'

VIE DE FOpŒR. 117

» dans le Mercure. Cela est bon à conaaitre avant d*aUer » à leurs séances ascétiques. »

Après avoir été à une de ces séances, Fôurier écrivait le 28 janvier :

u Tai assisté au prône des Simoniens dimanche passé. » On ne conçoit pa« comment ces histrions sacerdotaux » peuvent se former une si nombreuse clientèle. Leurs » dogmes ne sont pas recevables ; ce sont des monstruosités » à faire hausser les épaules : prêcher, au dix -neuvième » siècle, r abolition de la propriété et de Thérédité! »

Ce qui Taigrissait surtout contre les Saint- Simoniens, c^est ridée dans laquelle il était que les chefs de la secte voulaient piller sa théorie et en donner les principales vues comme émanant d'eux-mêmes ou de Saint-Simon. Il disait â ce propos dans une lettre du 13 février :

u ... LesSaint-Simoniens, dans le Globe d*hier, s^émancipaîent déjà â parier de Séries. On voit quHls voudraient s'habituer à prendre le mot, s*en emparer pour ensuite s'emparer de la chose. C'est dommage pour eux que j'en aie imprimé la théorie en 1822, avant qu'il existât des Saint-Simoniens. Au reste, dans les Séries qui doivent s'étendre à toutes les passions, que feront-'ils de cette paternité qui ne peut pas s'établir sans la libre disposition de l'héritage? Et pourtant ils veulent favoriser les femmes! Mais où trouveront-ils une mère qui veuille dépouiller sa fille et lui dire :. Je croyais te laisser cent mille francs; mais je les donne aux prêtres. Si tu veux du travail, tu iras vers les prêtres faire vériGer tes capacités.

7> Il faudra un peu les badiner là-dessus dans le prospectus d'une feuille, ainsi que sur leurs déclamations contre lés oisifs. S'ils connaissaient le calcul des Séries industrielles ou du tpavail attrayant, ils sauraient que les prétendus oisifs ne le seront plus dans l'état sociétaire, tout en conservant la pleine licence d'oisireté. »

Nonobstant ce qa*il y a de juste clans cette critique /on pourra trouver qu^ici Finventeur du phalanstère prend visà-vis des SaintrSimoniens le même ton, emploie contre eux les mêmes armes dont lui-même et ses disciples eurent lieu plus d*une fois de se plaindre qu'on fit usage à leur égard. Hélas! maîtres et disciples des diverses écoles, en dépit dé la. sublimité des doctrines, nous restons hommes, c'est-à-dire plil's enclins à railler nos frères et à les re« prendre avec aigreur qu'à leur signaler avec une indulgence affectueuse les erreurs auxquelles ils peuvent se laisser entraîner.

Quelque inadmissible que fût leur incohérent système économico-théocratique, les Saint-Simoniens, qui jetaient alorà un certain éclat, qui possédaient un journal quotidien , ne paraissaient pas avoir grand'chose à redouter de la Théorie phalanstérienne, encore à peu près complètement ignorée : bientôt cependant les deux doctrines étant venues à se rencontrer, dès le premier choc entre elles la supériorité évidente de celle de Pourier fut constatée.

Des hommes de talent quittèrent le saint -simonisme pour se rallier à la doctrine phalanstérienne et en devenir les propagateurs. Ainsi firent MM. Jules Lechevalier et Abel Transon. Le premier avait eu à Besançon des rapports avec Muiron, qui lui avait remis les ouvrages de Fourier et les siens. L'effet de cette lecture ne se fit pas longtemps, attendre. Le 21 janvier 1832, Fourier écrivait :

« Ta! reçu une- lettre fort honnête de M. J. Lechevalier. n II paraît bien désabusé du saint-simonisme. J'ai remis )> ma réponse à son portier ce matin , et je lui dis en ter- » minant que je lui ferai ma visite demain pour donner, n ainsi qu'il le désire, les éclaircissements un peu étendus n qu^exige sa lettre. »

On voit par ce seul fait combien Fourier était éloigné de toute prétention, combien il mettait de bonhomie dans

VIE m vomim. m

sa conduite. Lldée ne lui vient pas, à lui Taateiir de h découverte et déj& vieillardi d'attendre la première vitita. U était sensible cependant aux mauvais procédés, et savait, à Toccasion, relever dignement une impertinence, de quelque part qu^elle vint.

Dès le mois suivant, Jules Lecbâvtlier se mit à fiuredes leçons publiques sur la doctrine de Fourier, qui prit lui* même la parole dans les premières séances. D'nne forme ittcisive^ d'une dialectique fine et puisKinta, ces leçoQs étaient une réfutation du s4int-simonisme parles principes de la Théorie sociétaire ; imprimées par livraison, puis réunies en un volume, elles contribuèrent beaaconp à dis* siper les illusions saint- simoniennes. De son o6té, iUiel Transon publia dans la Aevne encyclopédique, alors dirigée par MM. Pierre Lerouj; et Jean Reynaud, un résuoié de là Théorie sociétaire , qui est resté Yw des meilleuri qu'on ait faits.

Tous deux eostiite, de concert avec Fourier et les i|nciens disciples, MM. Just,Muiron, Victor Considérant, wii^ 4anie Clarisse Vigoureux } entreprirent (juin 183^) la publication d*un journal paraissant toutes les semaines, et intitulé le Phakituièr^ pu la Rtformê indtuirielk- Le but de ce jourpal était de propager la connaissance des priu"» cipes et des ndoyens d'Association découverts par Fourieri et surtout d'appeler des fondateurs pour un essai de Vat^ ganisation industrielle décrite dans m livres. Le premier organe périodique de TEcole sociétaire eut aussi pour col* laborateurs assidus Amédée Paget, docteur eu médecin^, M, Lemoyne, ingénieuf des ponts ^t chaussée* et Tauteuf du présent ouvrage. Des articles lui furent également 0n«» voyés par MM. AUyre Bureau, iUpli« Tanûsier, Hipp. Renaud, Devay aîné, qui tou« coopèrent «nçorfi activement aujourd'hui aux travaux de 1-Scole,.

Un bomma d'un rar# dévouement i M- OAud^t^Puiary» k

cette époque député de Seine-el-Oise, prit à cœur la fondation proposée d^uoe phalange agricole et manufacturière, Il sut qu'un élève de Mathieu de Dombasle, M. Devay jeune, défrichait avec succès des terres depuis longtemps incultes, dans les communes d^Adinville et de Condé-sur-Vesgre, sur la lisière de la forêt de Rambouillet. 11 acheta envirou 500 hectares de ces terres, et se mit à la tête d'une société par actions pour rétablissement d'une colonie sociétaire suivant la méthode de Fourier. On commença à Condé les labours et les constructions ; mais les fonds apportés par les actionnaires ne sufGsant pas pour qu'on réunît les éléments essentiels d'une expérience de la Théorie phalansté-» rienne, celte expérience n'eut pas lieu. On se vit forcé de s'arrêter dans le cours même des premiers préparatifs , cl l'essai fut ajourné à un autre temps, où , l'idée étant plus généralement comprise et mieux appréciée, les capitaux ne lui manqueraient pas.

Faisant preuve alors, non-seulement d^une loyauté devenue elle-même assez rare dans les entreprises industrielles de notre temps , mais encore d'une générosité h peu près $ans exemple, M. Baudet-Dulary prit à sa charge •tous les frais, et remboursa intégralen^ent les actionnaires. Il est si peu vrai, du reste, que la Théorie ait, comme on Ta dit, échoué à l'application, que M. Dulary, qui n'a pas cessé d'en être un des plus zélés et des plus éclairés partisans, çst tout disposé encore à tenter cette application, dès qu^il aura en main les moyens qu'elle exige, comme à porter son concours là où elle serait tentée par d'autres, dans de bonnes conditions et partant avec des chances raisonnables de succès.

Aucun des phalanstériens, d'ailleurs, qui ont pris une part active à l'entreprise de Condé n'a vu et ii*a pu voir dans le résultat la condamnation des dispositions sociétaires; elles ne furent nullement en cause; l'organisation des groupes et des séries ne fut pas même tentée avec le

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personnel si peu nombreux de travailleurs' que TexignUé des ressources avait permis d*admetirc. Parmi lés hommes acquis des lors à la caUse phalanstérienne, était M. Geiigembre, qui fut d*abord chargé , comme architecte, de tracer les plans et de commencer Tcxécution des constructions à établir. Quelques dissidences qui écIat^rent sous ce rapport entre lui et l'inventeur l'avaient fait prendre en grippe par Fourier, qui le maltraite fort dans sa correspondance. Gengembre n'a point gardé rancune au grand homme; il est resté, après comme avant, le disciple respectueux de Fourier , l'admirateur de son génie et le partisan toujours dévoué de sa Théorie d'association. Autant on en peut dire de M. Delageniëre, jeune architecte, qui prêta aussi son concours à l'entreprise.

La tentative de Gondé, arrêtée d^ns son début même faute de capitaux, fit cependant sentir la nécessité de n'arriver sur le terrain d'essai qu'avec des projets mûrement étudiés  tous les points de Vue. Depuis cette époque, le travail préalable des ingénieurs et des architectes a^ été exécuté avec le plus grand soin par MM. Maurize et Daly. On pos$ède aujourd'hui les plans et devis détaillés d'une fondation sociétaire, soit du degré supérieur, soit du degré praticable avec 400 enfants et 100 grandes per* sonnes.

C'était une des choses qui ont répandu le plus d'amertume sur les dernières années de l'existence de Fourier, que d'entendre répéter qu'il y avait eu une épreuve de sa Théorie et qu'acné avait été condamnée par l'expérience. Lui qui, pendant toute sa vie, n'a cessé de réclamer cette épreuve san$ pouvjoir l'obtenir; lui qui n* attachait de prix qu'à cette démonstration pratique,' et qui, bien persuadé de son infaillible succès, mettait en elle seule toute sa gloire, qu'on juge à quel point il dut être affecté de ces bruits mensongers qui proclamaient sa défaite , alors qu'il n^avaît pas même p«r entrer en lice !

m PRSIOÉRE PARTIE.

Pendant les années 1832 et 1833, la propagation des idées pbalanstériennes se fit très- activement , soit par le journal la Ré/orme indiMtmlle, soit par des cours qui enrent lieu & Pans et dans différentes antres villes. Un des hommes qui se firent le pM avantageusement remarquer dans Tœnyre de }a propagation orale, fut M, Adrien Ber« brugger, aujourd'hui bibliothécaire de la ville d'Alger et membre de la coqimission scientifique d'Afrique.

Fourier assistait volontiers aux siancet^ù Ton dévelop-» pait sa Théorie , et il prenait souvent la parole dans Un conférences qui suivaient Texposition faite par un de ses disciples. J^ui-mtoie fit quelques leçons, dans f hiver de 1833-34, h la Société de Gvilisation, où il en fut aussi fait successivement , vers la même époque, par MM* CQn"« sidérant, Berbrugger, Transon et Philippe Hauger.

Fouriep écrivait k Muiron , le 4 janvier 1884| au sujet de ces séances :

« Ici (& Paris) on ne voit surgir dans toutes les assenu* n blées que Vesprit saintrsimpdien, la manie d'abolition de » la propriété, la prétention de prouver quf je suis d'ac*^ ii corid avec les sophistes, ennei|iis de la propriété, l'ti vu n cette prétention reproduite sous toutes les formes dans » les quatre séances que j'ai faites à la Société de Civi* » UsatioUé

ti Malgré cette prédominance du saint*0imonÎ8me, les « auditeurs reviennent en grand nombre k moi. Je m'en » suie convaincu dans ma leçoa d'hier, Déjà, les deux «oiles » principau)^ D.M. et L.«.. n'ergotent plus contre mot; et n pour les intimider, j'ai hier fait une dénonciation régu* )) lière de TEconomie politique, et prouvé que, sur neuf n conditions dont se composait sa téche« elle n'a safisCuit « à auqunei n

Pendant que l'iiiventeur du mécenisme sodétaire rwir pait ainsi publiquement ie$ lances en faveur de la pro* priété, d'ignares écrivains prétendus CQUservateufft et

VIE Dfi FOURIER. Itô

même quelques hauts personnages officiels « le confondaient, lui et ses disciples, non^-seulement avec les Babou* vlstes,^ les Communistes, etc., mais encore avec les auteurs de tous les désordres politiques qui éclataient dans la So^ ciété!

Pourier n*àvait pas une élocution brillante; mais ses expressions étaient constamment justes, précises, énergiques. Rien d'apprêté, de solennel, ni d^oratoire dans son débit; mais la simplicité de sa parole, ce ton de bonhomie qui contrastait chez lui avec le grandiose de ridée,t*accent de conviction avec lequel il énonçait tous les résultats de son système, faisaient toujours impressioif, même sur les esprits les plus sceptiques.

La contradiction, ou plutôt la fausse interprétation de ses idées, Tanimait outre mesure. II était rare que ses interlocuteurs persistassent alors à le combattre : tant de foi et d^assurance, au milieu d*une époque de doute et de découragement comme la nôtre, étaient une chose qu*ils ne pouvaient s*empêcher de respecter, lors même qu'ils n^en saisissaient pas bien tons les motifs et qu'ib n^en admettaient pas encore tout le fondement.

Ce qui frappait d'abord lorsqu^on voyait Foiiriér, Thomme du monde le plus simple dans sa tenue et dans ses manières, c^était son regard perçant, -^ ce regard d^aîgle, propre aux hommes de génie, — que surmontait un front large , élevé et remarquablement beau. Chez lui les parties antérieures du crâne, siège des facultés intellectuelles, suivant les phrénologistes , offraient en général un développement extraordinaire comparativement au reste de la tête, qui était plutôt petite que grosse. Son nez aquilin était fortement déjeté à gauche par suite d*une chute faite dans la jeunesse ; mais cela ne nuisait point à l'ensemble harmonieux du visage. Ses lèvres minces , habituellement serrées Puue contre Tautre et s'abaissant fortement vers les

angles de la bouche, dénotaient la persévérance, la ténacité, et donnaient à la physionomie de Fourîer une cer* taîne expression de gravité et d'amertume. Ses yeux bleus, qui semblaient lancer des éclairs dans les moments de discussion animée, par exemple quand il faisait justice de quelque sophisme allégué contre la vérité sociale et qu'il confondait un ergoteur civilisé ^ brillaient dans d'autres instants d'un éjclat doux, mélancolique et triste (5).

Quoique né avec des dispositions affectueuses, Fourîer a toujours beaucoup vécu solitaire. Quand son nom eut commencé à êige connu , pendant les cinq ou six dernières années de sa vie, on se mit à le rechercher comme on recherche à Paris toute célébrité. Désireux de l'entendre luimême parler de sa Théorie , bien des gens essayaient de l'attirer chez eux en l'engageant à dîner ou & passer la soirée. Mais , jaloux de sa dignité comme de son indépendance, Fourier n'acceptait qu'avec une extrême réserve les invitations qui lui étaient faîtes, et seulement lorsqu'il connaissait assez intimement les personnes. Du monent qu'il croyait s'apercevoir qu'on avait voulu le faire poser, le donner en spectacle à des curieux, ou qu'on cherchait à lui arracher le secret de quelques-unes de ses combinaisons théoriques, Fourier se retranchait dans un silence obstiné que rien ne pouvait vaincre, ou bien il répondait par des défaites à toutes les questions que l'on continuait de lui adresser. Se sentait-il au contraire avec de bonnes genji dont il pensait n'avoir aucun sujet de se méfier, il àe montrait ouvert, communicatif, il causait volontiers sur tous les sujets et résolvait les difficultés qui lui étaient posées.

Dans ces moments de causerie familière et d'abandon naïf, Fourier était charmant à voir et à entendre. Lui demandait-on , par exemple, l'analogie * de tel ou tel animal

* 1/ Analogie eit one branebe d'ëtade dont Foorier a wnlement donné quel-

VJE DE FOUirat it5

qui représente cpielqa^un de nos travers et de nos ridicnles 'sociaux? il T expliquait de la façon la plus pittoresque et la plus comique à la fois, imitant le port, Tallure, le cri, les habitudes des animaux dont il parlait, en tant que. ces expressions diverses répondaient aux rapports établis entre eux et les personnages de Fespèce bnmaine dont ils sont les emblèmes. Il j &v^t alors ches Fourier du La Fontaine

qjum apereos-daai Mf oavngpt. Saivant là ■ 1m dUfttrwIi ri g i m éê b ■ont . daDi (oui leon détails , anlant de miroin d« qodqoa «flirt de fioni) il« forment an immanM mns^ de tableanx all^goriqMt •ii m paiga«at in «riiBM ot lea Tertns da rHumaDÎtf. * ( Théorit éU tVmm ■■toftwiit, L ill. p. 212. nouv. idlt)

• L'Analogie , dit encore an même eadr<nt Foorier, art wie dea braacbat d« calenl de FAItraction. ■ BMamnôina , parée qn'ene n'Âait paa la braa^a eana* tielle, celle d'où dépendait le bonlMoc lectal , il ne s'en >cienpait4|— d'naa façon acoenoire , comme d'noe clime qui , piquant la earioaité, pouvait MrTir de piaiirpmrl à la TMorie de f Aaiociation d<Hneetiqne et agrieole.

■ Pour chereher vn prateclenr par qneiqne voie aewo , • dcrivail«il la 3 avril 1 850 , « je* veox tenter nne choee qn'on n'a sonveiit coofeillée ; c'ert da préparer nn premier débat en traité d'Analogie aona oe titre : La Nûtmrt ImiA»eréU o» VAmâhfi». Je voie qoa ea genre plait décidément •

Ce projet n'eut paa .de ioite. '

A propoê d'Analogie , dtoni qnelqnea animanx qal impiraient à Fowrier une ^poliion- ioformonbihle. Telle était la chenille , eiablème de la civiliaatf on . la chenille immonde . voraee , dévaetatriee , qui ae* métauMMphoaé an brillant pi^ |hI1ou, comme Timporo et odienae toeiété qu'elle repréaente doit le tranrtîarmer en Harmonie ; telle était auiii l'araignée, emblème du marchand civiliaé. (Conanlter poor l'explication de cette dernière analogie l'onvrage dn capilaiaa Reaaad« SolidarUé, p. 261). Fourier ne pouvait voir cea hideux aymbolea de mbvenion arisa éprouver un dégoût mêlé d'horreur. *0n n'aurait jamaii pu le décider à a'aaaaoir inr nne peloaae du moment qn'il avait cru y entrevoir nne ebanilla o» quelque reptile. ' .

Un jonr qn'il était ctfuché à Beiançon / chei un de lea amie . F^nrier tout è cônp l'échappe de m chambra presque nn , appelant à granda cria la domartiqua de la maison. Il avait aperçu sur le ciel de son lit une grome araignée , et il demaildait qu'on vint en toote hAte le délivrer de cet odievx voisinage ; sa répugnance était trop grande pour qu'il p&t le faire Ini-fnéme.

Le chat était , au contraire , un animal pour lequel Foorier se sentit tonjonra beaucoup de prédilection, non -pas, croyona>noos, par conaidératimi analogique^ car le chat est un type d'égoistaoe ; mais il art , de toute la famille dea féUna, si remarquable par la beauté de ses formes et par la souplesse de ses mouvements, le sevI animal que -l'homme ait su ^privoiser et qui soit en unité avec Ini. Lorsqu'il résidait à Lyon, Fourier avait en un superbe chat, qn'il avait pria en grande affection. Ce minet favori mourut pendant nn voyage de sou maitre, qui en éprouva un vif chagrin. — Apercevait-il quelque part an de ces gracieux qvadropèdes à la robe bien fourrée et' bien Instrée , Fourier ne pomisiit sa retenir dé l'aller caresser.

iî6 PREIIIÈRE PARm.

et du Molière, de même qu*on retrouve dans ses écrits de nombreuses traces de la parenté de son génie avec ces deux génies si amis du vrai, qui, eux aussi, ont peint sans les farder, et ont flagellé à leur manière les vices et les iniquités de la civilisation.

Arrivait-il parfois, qu*entrainé par son sujet ou sollicité par les auditeurs, Fourierabordflt quelqu*une de ces questions qui sont misea en interdit par là pudibonderie liypo» crite de nos mœurs de parade, si peu conformes aux mœurs secrètes et réelles de la plupart desGvilisés; venait*îl, par exemple, à traiter des essors de la passion proscrite et damnée (Amour, cardinale bypermineu^)? son langage avait un tel caractère de naïveté scientifique, que Tesprit le plus corrompu n^aurait pas trouvé dans ses paroles matière à une pensée déshonnéte. Et il en est à cet égard des écrits de Fonder comme de sa conversation : & force de candeur, il y rend pudiques des choses qu'un autre n^atirait jamais osé imprimer. On se sent partout avec lui en compagnie de la science , qui a le privilège de tout épurer. G*e8t ainsi qiiW professeur d'anatomie et de physiologie décrit tous les organes du corps humain et toutes les fonctions de chacun d'eux , sans qu'il vienne à lldée de personne de s'en formaliser et de Taccuser dHndécence. Eh bien ! Pourter, lui aussi, est toujours un savant qui fait de l'anatomie et de la physiologie sociales. Et si ce sont les lois de Dieu même et de la nature que Fourier a déeou*> vertes, qu'il s'est borné à traduire fidèlement, il noua sied bien de faire les dédaigneux et de nous montrer scanda* lises ! Avant de créer des passions et des sexes , et de leur assigner des emplois. Dieu aurait dû sans doute prendre conseil de nos susceptibilités, qui ne sont presque toutes, à vrai dire, qu'hypocrisie et grimace!

Chaque jour encore on s'empare de cette partie des ouvrages de Fourier à laquelle nous venons de faire allusion, pour jeter de la boue à sa mtooire. Tel Taccose d'avoir

VIE DB POUOER. 1«7

ftrmiilé U Codé de ta truie; tel le cmidanme à demander piiilpn à la morale publique offensée : c*ett à qui fera éeiater le plus d'indignation contre les témérités di^ penseur et de Técrivain ! Mais avant de crier à rabominatiott et de traîner aux gémonies le grand homme, que ne s*impo8e-t-H>n d^abord le devoir d'examiner s'il dit vrai on fanx^ si en réalité il a tort ou raison ?

Fourier soutient qu'en douant notre espèce d'un certain ensemble d'impulsion^ ou tendances qui se trouvent, à des degrés divers et diversement combinées entre elles, chas tons tant que nous sommes, Dieu a témoigné cLairemeat quelle était sa volonté par rapport à la destinée humaine. Son respect pouf la Suprême Intelligence ne lui permet pas de aupposer qu'elle ait distribué les passions, instincts et caractères, sans prévoir un mode de relations sodaies, où toutes ces forces auraient un emploi utile, harmonique, et contribueraient au bien de la masse en même temps qu'elles feraient le bonheur de llndividu. Partant de cette idée éminemment religieuse, Fourier s'est imposé la tâche de décownrit, — non pa$ d'imaginer, non pas de formuler arbitrairement, suivant le caprice de ses fantaisies, de ses prédilections particulières , — mais de découvrir, je le' répète, de calculer, d'après les données fournies par Dieu lui-même dans l'organisme passionnel de Thomme, le mode de rekitions sociales voulu de Dieu, la forme de société naturelle.

Qu^on ne vienne donc pas dire que Fourier défend, prescrit, impose de son autorité privée quoi que ce soit. Fourier n*est ni un législateur, ni un fondateur de religion. Faire des lois, ce serait, suivant lui , usurper les attributions divines. Il n'y a, d'après Fourier, qu'un législateur , CELUI qui distribue aux êtres les Attractions, Pour lui, il est tont simplement un savant qui se pose devant la nature

iS8 PRElinËRE PARTIE.

humaine en observateur impartial, et qui lit dans cette oeuvre admirable de Dieu, œuvre mécpnniie, diffamée, dans laquelle c'est Dieu lui-même , son auteur , que Toii méconnaît et diffame.

Au lieu de sMndIgner très-peu phibsophlquement contre Fourier, que ses adversaires prouvent donc, ou quMl a mal observé , ou qu'il a tiré de ses observations de fausses conséquences : toute la question est là. Mais aucun d'eux ne Ta jamais fait; aucun n'a démontré que Fonrler soit en défaut sur l'un ou l'autre de ces points. Quant à nous, nous attendons qu'on y ait réussi pour renoncer à nos convictions phalanstériennes*.

Est-il vrai, au surplus, que Fourier soit arrivé par sa méthode de l'observation impartiale, par l'analyse et la synthèse qu'il a faites des Attractions de l'Homme, à des résultats tellement monstrueux, qu'ils doivent révolter tous les nobles instincts de notre âme? Loin de là : c'est la suprématie de ces nobles instincts, en même temps que la justification intégrale de notre être passionnel, qui est établie, démontrée, proclamée par la Théorie sociétaire. Prééminence aux penchants et aux facultés , en raison de leur concours à. la sociabilité, à l'ordre général, à l'Unité: voilà ce qu'assure partout le mécanisme social découvert par Fourier.

La perspective de l'essor intégral, mais toujours équilihré, des passions de notre nature, n'est pas la seule chose qui excite la colère des censeurs moralistes. Un autre point les offusque davantage encore dans les écrits de Fourier :

> Utt homne qu'on n'aocnMim oertet pal d*vlopie et de iémènii philotophiqoe, M. Thien dit lui-même. ■> L'exacte olmenration de la nature hnmaÎM eat > la méthode à inivre pour découvrir lei droits de l'homme. • Di la PaoratirA, li. l«^ oh. 2. 11 eat vrai qno 1« Urce de M. Thien est d'nii bout k Vm$Aw on démenti donné an principe. Mais M. Thien, n'eat<«e paa rinconaéqueiMe même Y

(KoUâela S'éitHim.)

VIE W FOURIQI. il»

c^est la franchise implacable de sa critique qai, lorsquVUe s'attaque à Tua des caractère» vicieux de laCi?ilisatioD, en signale méthodiquement toutes les formes et toutes les uuances classées par séries d'ordre, de genre et d'espèce. « Rien, n. T-* dit à cet égard Fourier, — ne constate mieux la dépra- 9 Tation et la cha/latanerie morales, que ce refus d'en- » tendre les tableaux d'un vice, de ses degrés et ramiflea* » tions. » TAéorie de f Unité univer$eUê, t lit, p. 128 de la nouvelle édition.

Puisque nous nous sommes laissé aller à cette sortie apologétique, citons encore, avant de reprendre notre rôle d'historien , fa réponse pleine de bon sens qpe faisait Fourier à l'un des reproches qui lui sont le plus fréquemment adressés. « Les détracteurs, n'dit^l, prétendent que a ma Théorie descend aux trivialités; » mais elle doit tout embrasser et surtout les fonctions triviales qu'il faut utili* ser. et soutenir par des amorces indirectes. Ils raisonnent comme un bel esprit qui dirait à son fermier : a Le cochon n est un animal immonde, le fumier est une immondice; 1} n'ayez ni cochons ni fumier dans votre ferme , si vous V vouIesE vous élever à la hauteur de la philosophie. » Le fermier répondrait en se moquant de la philosophie. » Fausu industrie, t. I, p. 392.

L'insuccès de tant de démarches qu'il avait déjà faites auprès du Gouvernement n'avait point lassé l'infatigable constance de^Fourier.

Son idée Gxe était de trouver un patron puissant, un homme haut placé, qui prît parti pour lui comme le confesseur dlsabeile de Castil le pour Christophe Colomb, a Je veux, disait-il, faire de nouvelles tentatives pour trouver un protecteur à. notre affaire. Tous les petits clients, les menus partisans, ne servent à rien et sont difficiles à diriger. Il faudrait en trouver un grand qui ferait plus à lui seul que cent mille pygmées. n

ISO PRBMIËIIK PAMtB.

S*étâiit chargé tout «eûl de faire paratire 1m 4«riiiera numéros do journal la Réfùrm$ induitrielk, îl écrivait à Mttiron, le 4 février 1834 :

tt Le journal a été bien retardé cette fois « parce que j*ai » jugé à propos d'en changer tout le sujet à Tépoqne du » aO jativler , et d'y placer deux articles qui pussent être » envoyés à M. Thiers. L'un est pour lui faire valoir les » avantages fiscaul, l'autre pour le désabuser sur ma Cos- » mogonie, dont M. Guizot ne manquerait pas de gloser » si on venait à parler de placer ma théorie dans Tun des » trois genres d'établissements dont je veux proposer Tes»

» sai*. »

Mon pauvre homme dé génie, ils avaient, ces grands

politiques, bietf autre chose à faire que d*entendre à tes

propositions!

N'importe, il était, lui, toujours prêt à les renouveler.

Après les déplorables événements d'avril, Fourier mandait -à Muiron : « Jamais il ne s'est présenté de circonn stance plus favorable pour une demande au ministre. Il » faut laisser passer la bourrasque et présenter la pétition n en mai. »

Le 10 juin suivant , revenant encore sur la même idée : ail est bien sûr, dit-il, que les circonstances sont trësn favorables pour faire une tentative auprès du ministre, » lorsqull sera débarrassé du galimatias électoral... n

Un peu plus tard, c'est un autre incident qui réveille de nouveau chez lui l'espoir de se faire enfin écouter.

Il écrit le 16 août de la même année 1834 :

u Je crois pour cette fois que la chance est belle pour » solliciter l'intervention du ministre. Les députés ont formé

k n l'igiMit éê MioBiM agrleolAf k fonder mr dM biMi dlffdrMitM dMl rnpërifliict fitenit la Ttlenr conparatiTt. Fonriar damandait qu'il fAt oM par gooacriptions nne colonie d'aprèi le lystime pénitentiaire pratiqué en Hollande ; nae loeonde d'^irèa nn ijiténie philoîophiqne quelconque an ebolt de l'Inililnt: nne troiaiéme enfin d'aprèf w méthode à lai : la méthode naturelle et atlnfante qu'il proponlt d'enayer lur det enfant*.

viK ra «ovuRR. m

• an conuté (Tmey, Salvarte, Ulmide, laimbeH, ûêMam » <ie LarooMMieauU el notrai) pMir f «MttMM dit ftfidbr

a Bonnet neim! ^«l moyeD ntaf oat-ib à mettn an j«ii « mui mai?.,, IM^à le congrès de Viemie et la toeiété de t morde cbrétieone ont éelioiié aar «ne Imnehe de IW « chvage, Ja trette...

» J# vai< en^er le ministre à s'emparer de rafibiie» « se rapp?oprier M donner «n eamooflet an comité.

» <r«i d^& envoyé le Mémoira 4 rimpreseion t UliMmera » an peUt ii|*18 de 73 pages , aveo le titre de LêUn mm 9 D^t^ , perpo qoe je ne snis pat aases connu ponr n adresser un imprimé aux miniatrêe; mab la lettre ndU n jointe leur dini oe que je n^aovais pas imprimé, car en • coinpUmentant.le comité sur ses intentions, je lui femi 27 observer qa\ivep les intentions il iant des nHqrcns... »

Il y u ici le eiyet d*une léflenen qui fait Imnnenr vrefc» ment «un dispensateurs de la publicité parmi nous f Ainsi, grâce h la meuière dont ils remplissent ce devoir, grâce à ee qu'on peut appeler avec Fonrier PolnettrantisnBe du din« oenvièma siècle, Tbomme qui avait publié depuis dense ins le Tnaiié de rAuoeimtion, et depuis six ans le Ntm» mu Handfi i0uhutri$l, n'était pas encore en droit de h eroire aaeei connu pour être fondé à adresser un Mémoire aux minisires I

De eea nsinistres combien en est-U dont le nom pèse déjà beaucoup moins aujoord'bni dans la balaneederopi« uion qiM le nom de Foiùrier, de cet inconnu de 1884 peur le monde officiel?

Cependant ratlteur de la Théorie sociétaire vieillissait, ne se lassant point d'espérer , malgré une trop longue a^ tente, qnn d'un jour A l'autre viendrait pour lui l'occasion de mettre une Phelange en campagne, et de justifier ainsi par un fait éclatant H9 assertions théoriques. C'est surtout

m PREMIÈRE PARXIÉ.

dafas lé bat de stimuler à entreprendre un essai les divers personnages susceptibles d^un tel rôle, qa*il publia, eii 2835, le volume intitulé La Fatuse industrie ^^ auquel il ajouta un second volume Tannée suivante. S41 n^ a ni dans Tua ni dans Tautrë , en fait de notions doctrinales d^ensemble , presque rien qui ne se trouve dans les précédents ouvrages de l'inventeur du Phalanstère , en revanche les observations de détail y abondent^ et elle» son^ la. plupart pleines d'intérêt et d'originalité. Fourier donne une idée fort juste de son livre dans un sous-titre ainsi conçu : Mosaifue des faux progrès, des ridicules et cercles vicieux de la Cioiiisaiian, — Parallèk des deux mondes, l'crdre morcelé et l'ordre comkiné.

Le plan dé La Fausse industrie est très^irrégufier; Fauteur en explique ainsi la raison : « Le sujet devait former une feuille additionnelle et finale du journal &i Réforme indus-* trielle. L'espace fut insuffisaçt pour la matière. Je ne voulais faire qu'une brochure; mais, lorsque j'étais au chapitre VI , une nouvelle insulte de journaliste me décida à riposter sévèrement, et joindre à la brochure le calcul de Greffe de la presse. — Tout ministre ou chef de police aimera à prendre connaissance du régime qui contient la presse dans de justes limites, et qui en prévient l'anarchie, sans recourir à la contrainte, sans bâillon ni censore. n

Fourier nous apprend encore qu'il a suivi systématiquement, dans ce livre» la méthode hachée, le procédé des redites spéculatives. « En publiant, dit-il, une science neuve qui heurte tous les préjugés, si on se bornait à exposer la vérité une seule fois, elle serait au bout de quelques minutes effacée, oubliée, tant les esprits civilisés sont Causses, gangrenés de préventions contre la nature, contre

* La Pm28» Irdd8T«w, mùretiéé, répugnoMti, mmiiomfires «t TurtMoto, l'h* DvsTMK KATUKSLLB, combiuée ^ oUrajfante , véridique, donnant quadruple prodaiL Paris , ] 835. — boaiange père , me de RjcMieu , 60. L'anlenr» roe Saintl*i0ff«-ll<nilintrlrc ; 9. ...

VIE DE FOURIBR. i3S

ses impobioos cTattrait et répngnaooe. — J'ai recooDU, en donnant des leçons qu'on m^avait demandées, que dès la troisième tous les principes donnés et admis étaient édip* ses par les préjugés philosophique , par le mépris pour Dieu et la nature.... »

Aussi Fourier ne se fait-il pas faute, dans ce dernier de

ses ouvrages, de revenir à la charge contre les sciences

fausses dont, suivant lui, la funeste inflnenee perpétue le

règne du mal sur la terre. Il y riposte aussi aux attaques

dont sa doctrine et ses écrits avaient été fobjet, ee qui Ta*

mène à jeter à son tour un coup d'œil sur quelqoes*une$

des productions qui jouissaient alors d'une grande vogue,

telles que les ParoUs d'un croyant^ par M. Lamennais.

A ce propos , Fourier disait dans sa correspondance, en

parlant du célèbre écrivain : u Je lui adresserai un petit

n parallèle de méthode entre le demi-croyant Lamennais

n et le plein-croyant Fourier. »

Impatient de faire ses preuves dans le champ de la pratique > Fourier commentait les événements dont Topinioa publique était préoccupée, et il en déduisait les plus puissants motifs de procéder sans délai à un essai de sa Théo* rie d'Association. Dans ce but, Yauieur de Fausse industrie s'adresse à tout ce qui a puissance dans le monde, aux chefs des États , aux princes de la finance , aux directeurs de Topinion , et il s'efforce de mille manières de les inté-* resser à Tœuvre qui ouvrirait enfin à THumanité la voie des destinées heureuses. Pour décider en faveur de Tentreprise d'une fondation sociétaire quelqu'un des personnages qu'il a en vue, Fourier met tout en usage, a recours à toutes les amorces : il leur présente F alternative des chances les plus brillantes, ou des perspectives les plus sombres; il supplie , il flatte et menace tour à tour. C'est surtout le roi Ijouis-Pfailippe que Fourier cherchait ù déterminer, par la considération de se^ intérêts les plus chers, û entreprendre , à palroner un essai de sa. Théorie* Le

134 PRSIIIKRB PARTIE.

8 joitlet 1836 , après Fattontat d*AUbaud contre las joun du tponarqoe, Fourîer éerivait : « J*ai plaeé en tête de mon « livre un article de dix pages, qui, j^espère, soia eommu* » nique ou commencé au roi. Je lui prouve que , s'il veut 1) en finir des conspirations, il n'a que mon entremisa poiir B ressource. »

Nulle part.eneore Finventeur n'avait tant et si vivement insisté que dans son dernier ouvrage pour obtenir l*épreove de sa découverte. Hélas I il sentait sa fin approcher : il voyait que Finstrument de salut serait resté jusqu'au bout Inutile dans ses mains, et qu'en quittant la terre il allait la laisser sous le joug de l'antique malheur, en proie aux désordres et aux maux -dont son génie avaJt en vain,^depub quarante ans, trouvé le remède*

Les instances que fait Fourier pour prévenir un tel dé« noûment ont parfois un caractère qui touche Jusqu^nx larmes. Peut-on, par exemple, lire sans émotion les dernières lignes de ce passage : u La reHgion en révérant Dieu, la philosophie en le reniant, s'accordent à le ravaler; car toutes deux nous persuadent qu'il veut régir l'humanité par Tennui, rindigence, la terreur: ma Théorie démontre quil veut nous conduire par le plaisir, la richesse et la li* herté. Consentez à l'épreuve de cette Théorie sur une troupe d'enfants ; et en les voyant faire leurs délices du travail utile, vous vous écrieres avec 8iméon : « Voilà le » mécanisme voulu par Dieu et inspiré par la nature, par n l'Attraction î Seigneur, j'ai assez vécu, puisque j'ai vu a l'œuvre de vôtre sagesse, le code social et industriel que » vous avez composé pour le bonheur de tous les peuples. » — JVtiiM? dtmitiiiy elc: »»

Prenant ailleurs le ton de la philippique, Pourier Inter^ pelle ain^i les docteurs de l'optimisme, les chantres de la perfectibilité :

« Saltimbanques du progrès, tant qu'on verra dans vos sociétés un infirme manquer de secours, ou un honme

VR DK FOCMBH Itt

valMe manquer de travail et de pain , votre ifttème ne tera qae caricature sociale, absence de raison, de lomièree et d*etprit reUgienx*, voe progrto en matériel ne seront pour Tesprit humain qn*on affront de pins , et voas méri** teret la flétrissure que Condiilac imprime lur votre science en disant r ItJmU rrfaite tentêHdêmêni kimiriH éi onblUr ioui cè que noui «vont é^fprii,

» Oui, Il faut s*émanolper de la phUoeophie; un seul atlilèle suffira à briser le joug : ExorUtre aliquiêf^

Cet athlète que demandait Ponrier, o& est*U? Se lèvera* t«il bientôt des cendres de llnventeur, ex ùitAut nUar, pour venger sa mémoire qu'on outrage encore chaque Jour, pour proclamer son triomphe et sa gloire liés si intime* ment au bonheur de THumanité?

G>st un rôle qui lerait allé au génie tfe Byron , ce ea* raetère si peu fait pour les entraves de la Civilisation. Pourquoi, dans ses courses sans repos, à travers un monde où rien ne s'offrait à lui qui suf&t aux changeants désirs de son ftme ardente et Inquiète, pourquoi ChSld-Harold ne rencontra4-il pat sous sa main quelque part un exemplaire de la TUorie des quatre mouvements? Le génie de l^inven* tion scientifique qui découvre le but et ki voie, celui de la poésie artistique qui passionne et entraîne, faisaient ensemble union ! la grande pensée sociale revêtait les formes brillantes propres à la populariser! Et la planète en eût tressailli jusque dans ses fondements , car lé règne de Dieu et de TAttraction allait, grâce ft cet heureux concours, s'inaugurer sur la terre aux accents d'un nouvel Orphée !

Qu'un nous pardonne d'avoir un instant arrêté notre imagination sur cette hypothèse qui lui sourit, et d'avoir rêvé un rapprochement qui eût pu être si fécond pour le bonheur du monde, entre ces deux esprits audacieux, entre

136 PRElflÊRE PARTIE.

ees deux aigles de la sphère inleUectuelle, Charles Foorier et lord Byron !

Ce rôle que nous nous plaisons à supposer que Byron aurait pris, Fauteur àeLaFausse industrie le signalait à George Sand, à propos d'un article de la Revue des Deux-Mondes*, où cette dame parlait du système de Fourier en termes bienveillants, sinon avec connaissance de causé. Mats Fillustre écrivain n'aura peut-être pas même lu ces quelques pages , où le créateur de la Science sociale faisait appel i la plume éloquente et hardie qui nous a donné Valentine et Lélia, Combien cependant George Sand pourra regretter un jour de ne s'être pas emparée de la grande conception de Fourier, pour la revêtir de sa magnifique prose, tandis que son talent était encore à Fapogée !

Est-ce donc à dire que le génie poétique et littéraire ait renoncé désormais à exercer aucune haute et salutaire influence sur le mouvement social, et que tous ceux qui en ont reçu de Dieu le don privilégié adopteront, en pratique du moins, Finepte principe de Yart pour V art?

Les deux volumes de la Fausse industrie, qui contiennent, sur la cosmogonie et sur la .vie future, des aperçus qu'il serait prématuré d'offrir au public, n'ont guère été répandus; peu de personnes les connaissent Un intérêt particulier s'y rattache, en ce qu'ils présentent comme la dernière phase de la lutte engagée par Fourier contre les préjugés de la Civilisation, lutte qu'il a soutenue jusqu'au bout avec un si indomptable courage. C^est ce qui nous a fait nous arrêter sur cet ouvrage, peu propre à donner la notion de la Théorie sociétaire, et dont nous ne conseillons la lecture qu'aux personnes qui déjà connaissent à fond cette Théorie. Les passages que nous en avons cités nous ont paru de nature à entrer dans ce travail biographique, surtout comme expression du caractère de leur auteur. C'est

< Livrtiion du 15 ootembre 1836. LeUrei tCmn VcfttgMr,

VIE DE FOURIEft. iS7

encore aa même titre que nous reproduirons TaposCrophe qui termine le deuxième tome de ùi Faùut ituhuirU; ces lignes sont à peu près les dernières que Fourier ait écrites pour Tim pression :

u Contempteurs de votre pays, phénomènes de servilité, vous raillez une découverte si elle n*est pas Touvrage d*un étranger! Vous devriez être fiers de ce qu^un des vôtres enlève à l'Angleterre la plus belle des palmes, le calcul qu'elle a mauqué après Newton qui lui en donnait Hoitiative.

n Sortez de votre léthargie : sortez du labyrinthe où voos ^tiennent ces obscurants, ennemis de toute lumière qui ne provient pas de leur coterie; elle ne sait fonder son mécanisme social que sur les privations, les bagnes et les bourreaux : Dieu fonde le sien sur les richesses et les plaisirs.

n Faites le parallèle par un essai sur des enfants : vous reconnaîtrez aussitôt que la philosophie, en voulant comprimer les passions, a bâti sur le sable, et que j*ai bâti sur le roc en déterminant le régime sociétaire qui sldentifie aux passions, aux ressorts implantés par Dieu dans nos âmes.

» Ce ne sera donc pas le système d'un homme, d*un facteur de constitutions arbitraires , que vous verrez dans répreuve de Thidustrie attrayante : ce sera Tœuvre de Dieu, son code immuable, comme les passions et attractions qui en sont les interprètes; son code identifiant l'intérêt collectif et llntérét individuel, toujours en collision dans l'état civilisé; son code conduisant à la fortune par la pratique de la vérité et de la justice.

ê A cet aspect vous direz : voilà vraiment l'œuvre de ce Créateur, qui sait conduire en harmonie les mondes et les univers : l'inventeur sublime a seul enlevé le voile d'airnin ;

ceIiii-!&, mieux que les savants de trente siteieg, peut dire avec le lyrique romain :

Les matières contenues dans les 2 volumes deZa Faune industrie n'étaient pas celles que les disciples de Fourier auraient le plus désiré qu'il traitflt. Jaloux de lui voir éla* borer et publier les parties de la science qu'il n'avait pas encore données, ils insistaient pour obtenir de lui le tome III et les suivants de la Théorie éerUniU universelk, conformément au plan de 1821 (p. 56 de \a Biognaphie), On lui rappelait les quasi-promesses qu'il avait faites à cet égard h une époque récente. Mais Fourier répondait :

, « Lorsque j'ai dit qu'il était plus avantageux que j'écrî- » nsse pour mes disciples, c'est sans doute que je comp- » tais sur l'établissement de Gondé.; mais cet espoir n'exia* » tant plus, il faut à présent que je spécule sur le public 9 et sur la recherche d'un candidat. Sur ce point je diffère » d'opinion avec mes disciples, et je les crois tout à fait en » fausse voie : je suis d'avis qu'il faut faire du mixte ou » mélange de Théorie et de critique. L^ Théorie pure n'au- » rait pas d'empire sur la classe d'hommes à gagner, n

Dans cette même lettre qui est du 1^ octobre 1835, répondant à d'aulres observations de Muiron, Fourier lui écrivait :

«Le livre, dites- vous, atteindra son but si on parvient » à le faire lire par ceux à qui il s'adresse. —Je n'ai pas » cette prétention : rien n'épouvante un homme de haut » parage comme l'invitation à lire un volume d'un écrivain » sans crédit. Il faut, au contraire, déclarer à ceux à qui » on s'adresse qu'on les invite à lire telle et telle pages » adaptées à leurs intérêts personnels.

h Je suis loin de méconnaître les services que m'ont ren- » dus les disciples, car dans le volume de Mosaïque je dé*

VIE m POURIEIL 19»

» clare qu'ils ont amené TaiTaire au point de me garantir » contre le plagiat; et c'est d'après cette garantie qae je me » résous à livrer l'échelle des agios en ralliement et gnMiaa* » tion, méthode que j'avais laissée en suspens pour écneil » à ceux qui auraient voulu entreprendre en contradiction » avec ma Théorie.

n Xai donné aussi la formule générale des Garanties» » que je n'ai jamais voulu donner, pas même dans le jour* >» nal la Réforme indtuirielle, parce que je craignais que » les esprits ne se cramponnassent à cette méthode plus » accommodée aux manies civilisées de controverse en ha* n lance, contre-poids, garantie, équUîhre.

n Mus, en donnant aujourd'hui la formule générale du » Garâniisme, j'ai une garantie contre les lenteurs d'un 19 essai de sixième période; c^esi la preuve matérielle fonry> nie par Francia (les renseignements de Ponrier à cet égard n étaient erronés), sur les facilités dn régime sociétaire 9 dont ce casse-cou a deviné deux puissants ressorts , U • bonne chère et les divertissements gratuits... »

On voit par ces derniers passages de Fourier que la crainte du plagiat, dont il se préoccupait outre mesure, n'était pas cependant le seul motif des réticences qu'on pour* raît se croire en droit de lui reprocher diaprés ses aveux mêmes. Sur ce point nous ne chercherons pas h justifier la conduite de l'inventeur.

S'il était vrai,. relativement à Fourier, que l'appréhension de se voir enlever la gloire de sa découverte lui en eût fait celer une partie plus ou moins essentielle , la respon^ sabilité d'une telle conduite ne saurait atteindre ses disciples; ils se sont mis à l'abri de toute solidarité de ce genre par l'austère franchise. du langage qu'ils lui tenaient, et que lui-même savait entendre. Aloi^ , il est vrai , Fourier ne répondait pas toujours d'une manière nette et directe à la question.

u Vous errez, » mandait-il à Muiron. le 15 juin 1831 , u en croyant que le manque de fortune et de succès m* ait n aigri au point de vouloir refuser au monde mes découn vertes; mais il m^ôte la faculté de les lui donner, parce » que mon tiravail est fortement gâné par défaut de forn tune »

tt Vous me dites, » écrit une autre fois Fourier, u d*imiter » les philanthropes et de crier la vérité sur les toits ! mais h il faudrait avoir des toits où je pusse la crier. Ces toits » sont les journaux qu'il faudrait acheter en lignes à 120 fr. » le cent. Quand on peut payer, il est bien ai&é de crier la n fausseté sur les toits »

Combattant enGn Tidée qu'on lui exprimait qu'il se laissait dominer par la crainte exagérée du plagiat, Fourier répondait ce qui suit (7 avril 1831).:

<( Vous me supposez une terreur panique des plagiaires. » Il serait iûsensé de ne pas les craindre, puisqu'ils exîs«n tent. Que diriez-vous d'un homme qui n'uurait aucune » crainte des voleurs, ne renfermerait ni linge, ni argent, » ni diamants? Vous le traiteriez de sot et de dupe. On » doit craindre tout mal qui existe et se précautîonner sans » avoir des craintes à en perdre la tête, comme vous me » les. supposez. On spécule de grand sang-froid sur le ris- » que , et on n'oublie pas de se prémunir, comme on n'ou- » blie pas de fermer ce qui peut être volé. »

Dans ces limites, les précautions de Fourier, comme de tout autre inventeur, étaient sans doute parfaitement légitimes.

Indépendamment des ouvrages que nous avons. mentionnés, et à la liste desquels nous devons ajouter une brochure intitulée Mnémonique géographique (Paris, 1824), Fourier a publié uii grand nombre d*articles dans le jour-, nal le Phalanstère ou la Réforme industrielle, et quelques-

VIE DE POl'RIER. 141

ans dans le nouveau journal de Técole sociétaire, fondé par Considérant en 1836 *.

La proniëre de ces publications snbnsta pendant dixhuit mois. Entre autres questions que Pourier y a traitées avec des développements qui ne se retrouvent dans aucun de ses ouvra|[es, nous citerons le Problème de la Réparii-' lion, celui des Garanties de la Propriété, le Plan fun essai de la Théorie sur cinq cents enfants,

Fourier en outre a laissé des manuscrits considérables , dont la majeure partie est encore inédite. Ces manuscrits se composent de près de cent cabiers distribués en séries, et que Fauteur désigne ,. dans ses renvois , par les nuances diverses de couvertures qu*il y avait. affectées '.

Un tel ensemble de productions montre à quel point la vie de Fourier fut laborieuse et combien il sut tirer parti du temps, lui qui n'eut que d^assez courts intervalles d'en» tiëre liberté pour ses travaux scientifiques et littéraires.

C'est ici le cas de dire un mot de ses habitudes de travail.

Comikiençons par les lectures. -^ Fourier avait beaucoup lu dans sa jeunesse, comme le prouvent les citations assez fréquentes, qu'on rencontre dans ses écrits, des auteurs tant anciens qae modernes , citations qu'il faisait de mé*

* La Pbaup» , Jirnnud éU la Seietuâ jocMile.

* Cm maaeieriti oat été Itga^, par tMtemeat, aa pramiar diaeipla. M. JmI Mairon ; et celui-ci, pour éviter qa'ili piiisent tomber jamaii en des matai lio»> tilea on indirf(^rentefl , a fait participer an legs précienx q^ni loi avait ^té d^voln par la coofianceda -Maître madame Vigonreax et M. Conâiderftnt.

C'infentioB de disposer de sesmannscrits ainsi qu'il l'a fait, aYalt ^t^ annooeëe par Fourier depuis longtemps. Il écrivait à Hniron le 31 décembre 1839 :

« Poar répondre à votre information , je tous dirai 'iioe mon intention est . qu'en caa on je n'en aurais pas disposé autrement par suite de deiiiière volonté, voua rccueilliei tons les manuscrits que je laisserai À mon décès. Je compte les mettre en ordre quand je le pourrai, tant pour ma convenance que pour la eonrenance de celui qui pourrait les consulter. C'est un long travail , parce qu'il y a beanoonp de superflu à supprimer, o

Une revut , fondée en 1845 par l'éeole sociétaire la Pkaiange, m la poUioatîon des manuscrits de Fourier. KoU dt la 3* édit.

moiré la plupart du temps, car il n^avait ehex ibi qu^utl très-petit nombre de livres. Encore ne s*avisàlt-ii guère d^y recourir depuis qu'il s'était mis à formuler sa Théorfe. Les poètes paraissent lui avoir été plus sympathiques que les prosateurs , et parmi les poètes il préférait les peintres At moeur», cent qui ont frOndé les préjugés et les travers de lu Civilisation, Horace chex les anciens, Molière et La Fontaine chez nous. II faisait aussi beaucoup de cAS de VoU taire, auquel il reprochait seulement de n*a\foir pas appliqué les puissantes facultés de son esprit et sa grande haN diesse de pensée à rechercher le mode naturel des relations lociales. Voltaire, disait Fourier, avait sur FAttraction des idées avancées : la découverte pouvait lui échoir, mais il a manqué dé persévérance et s'est laissé éblouir par les triomphes du bel esprit.

bu moment que Fourier, par la seule force et par Tandace de son génie, eut trouvé le mol de la gtande énigme de Funivers, chose pour laquelle les livres lui avaient été de bien peu de secours, il prit les livres en dégoût, et ne songea plus qu'à étudier la nature elle-même, pour ache* ver le calcul des destinées dont 11 avait la clef.

Pendant les dix ou douxe dernières années de sa vie , il se bornait à aller passer une ou deux heures chaque jour dans le cabinet de lecture de la Rotonde au Palais-Royal, pour se tenir au courant des événements du jour et des tajeti de diicuition soulevés dans la presse; eocore restaitil une grande partie de ce temps ¥<èïI fixé sur l'atlas de Lebrun. Quant à entreprendre des lectures de longue ha« leine, il s'en gardait bien; il y avait longtemps déjà qu'il avait renoncé à l'idée de chercher dans les bibliothèques des témoignages à Fappui de sa Théorie ou des matériaux pour la compléter, fin 1818, il répondait à Muiron, qui l'engageait à prendre connaissance de certains écrits des théosophes et des sages de Tantiquité. « Je ne m'arrêterai n pas à consulter les livres que vous mindiques; j'ai es-

vie m fovtm. m

9 8iiyi ces vérifi(îaiioii9 aqr «[uelquea ouvrage? dont je n'ai » tiré ftUGun secoure* n

Fottrier dotmaii d^ailleora dans eetta lettre, ainsi ifiie dans quelques autres* les motifii de sa répngnauce à s'ap* payer sur les autorités religieuses et philoiophiquei; puis, comme pierre de touche à appliquer aux auteurs pour juger de leur eoineidenee avec saThéorle, 11 eonieillait de les esamiqer sur J'aecord a?ec les prepriétéa ou attributa de Dieu ! Vnlkêr»àUU de p^mndênêe; Economie de roi^ iorU; Unité de syse^ms.

.Or touSi suivant lui, avaient méconnu cea propriétés essentielles de Dieu , en ne cherchant pas le €ode social divin et en négligeant d^étudier FAttraçtion passionnelle appliquée à Tîndustrie (6).

Quai|t à sop inode de lecture, Fourier en fait aussi meu^ tion dans une de* ses lettres; il fallait qu'il commentât à la fois et qu^il men^t de front la lecture de plusieurs ouvrages différents , qu^il prenait et quittait alternalivement.

Pour la composition de ses écrits, c'était encore de même; Fourier avait toujours sur le chantier plusieurs travaux en même tempa. Suivant les dispositions du moment, il mettait la m^i^n à tel ou tel d'entré eux. U n'y a que pour les recherches de solution des prohlèmes qu'il était infidèle à sa méthode ftvorite de l'alternat* Pour s'ex-cuser du retard d'une de ses réponses à Muiron, il lui écrivait le 20 février i818 : « Quand j'ai un problème en

» tête, j'ai Fhabitude de laisser tontes les lettres en arriérai » je renvoie toute autre affaire jusqu'à ce qu'il soit résolu* » Dana eeaublime travaU d'enfantenient, l'enthoustasme, la paaaien que Fourier nomme CùmpoêUe, auppléait ehea lui à tout le reate et aufûaait à aoutenir l'effort prolongé de k

IMtmAÀm J'VpfQV»

Cette préoccupation pour ainsi dire constante de F inventeur en quête de quelque solution explique les distractions auxquelles Foûrier était sujet. Aussi quand il sortait (c'est lui qui le raconte) -était-il souvent obligé de remonter dix fois pour un mouchoir, pour un papier oubliés, etc.

Dès qu^une question 's*était emparée de son esprit, elle ne lui laissait plus ni repos ni trêve jusqu'à ce qull en fût venu à bout. Parfois, en se promenant avec quelqu'un, Fourier s'arrêtait tout à coup, tirait de sa poche son crayon et -un petit feuillet de papier sur lequel il traçait un ou deux mots ou de simples signes pour Gxer une pensée qui lui était venue relativement au sujet dont il était alors préoccupé; puis il reprenait la conversation au point où elle était restée. Ainsi le travail intérieur de sa tête sur le problème cherché continuait; sa pensée s'était dédoublée en- quelque sorte, et il n'y en avait jamais dans ces moments-là qu'une moitié qui prît parla l'entretien et à ce qui se passait autour de li^i.

Un effet des mêmes préoccupations était encore que Fourier, en marchant dans les rues, se parlait habituelle^ ment à lui-même à voix presque haute; ce qui le faisait remarquer et considérer par la foule irréfléchie comme un individu d'une originalité extrême , et presque comme un fou. Mais les personnes qui avaient été en rapport un peu intime avec lui et qui avaient pu apprécier la justesse de son coup d'oeil en toute chose étaient loin d'avoir de lui une semblable opinion : elles n'admiraient pas moins la sûreté de son jugçment que l'universalité de ses connaissances.

Fourier racontait avoir passé sans sommeil jusqu'à six et sept nuits consécutives , lorsqu'il se trouvait dans rérèthismc intellectuel qui accompagnait ses grandes découvertes ou dans l'ivresse de joie et de fierté sublime qai

VJË DE FOtiRIËR. 143

suivait le succès. Mais c'était en général pendant les heures de la journée qu'il composait ses ouvrages.

Du moins, & Vépoque où je F ai connu, Fonrier n'écrivait guère de nuit. Il se mettait à son bureau vers six ou sept heures du matin. Après une séance ordinairement de deux heures, quelquefois de moindre durée, et de trois au plus, il sortait, allait faire un tour, puis rentrait au bout d'une demi-heure ou d'une heure pour se remettre de nocveau à écrire pendant l'espace de deux heures encore, après lesquelles nouvelle promenade, puis reprise du travail, et^insi de suite.

Lorsque nous publiions la Réforme industrielU, s'il arrivait que l'on fût à court de matières pour la feuille du lendemûn , Fourier était toujours prêt à fournir de quoi combler la lacune^. Il avait tant réfléchi sur toutes 1rs choses qui tiennent au mécanisme de la Société que jamais le sujet à traiter, ne lui faisait faute : il avait si bonne mémoire que les résultats de ses réflexions et observations anciennes lui étaient toujours présents.

Comment le créateur de la Science sociale avait-il acquis tant de notions diverses sur les usages et coutumes de chaque contrée^ sur les pratiques tant bonnes que mauvaises de chaque métier? — A force d'observer et de questionner. En quelque lien* et avec quelque sorte de gens qu*U se trouvât, surtout si c'étaient des gens du peuple, Fourier avait toujours une foule de questions à faire; il voulait savoir tout ce qui concernait le genre de vie et la spécialité professionnelle de ses inieriocuteurs. Etait-il, par exemple , chez un de ses amis, à la campagne ? on le

' Voici on mot de Fourier qui prouve qn en effet ce genre de trtvail lui était trèe-facile : » Lorsque je vous au que M. Julien (alors directeur de U Revue enegcUpédique) m'a demandé un article nir le Garantismc, il ett bien entendu que je 1« lai envoie. Je ne refuserai jamais des artidet ans gasctiers ; cela ne me cottte guère. > (Lettre du U mai 1828.)

trouvait sans cesse auprès du jardinier/ du vigneron^ delà ménagère, à conférer sur les occupations de chacun d^eux. Il savait d* ailleurs éviter de se rendre importun, on d'éveiller la susceptibilité assez ombrageuse parfois de la classe de personnes vers laquelle il allait chercher des renseignements, et dont il gagnait la confiante et raffedion par sa bienveillante bonhomie, par la simplicité judicieuse lejt piquante de sa conversation.

Quelque précieux que fût son temps , Fourier ne refusa jamais sa porte; il se tint constamment à la disposition de tous ceux qui venaient lui demander dés éclaircissements sur sa Théorie. Pendant les dix dernières années de sa vie, qui se passèrent presque entièrement à Paris , il s& fit une règle, de toujours rentrer chez lui à midi : c'était llieure de rendez-vous quUl avait indiquée aux Candidats, c^est-àdire aux gens qui, possédant les moyens de fçrtune ou d'influence nécessaires pour opérer un essai de la méthode d'Association industrielle, voudraient s'entendre avec lui dans ce but L'homme de la science fut tous les jours sam faute exact au rendez-vous; mais l'homme à l'argent, le favori de la fortune ne s-'y présenta point — Ce trait de mœurs, qui peint admirablement Fourier^ a été signalé par Béran|[er, le uoble poète (7).

Je n'ai point assez dit combien Fourier se montrait, en toute circonstance,. bon I obligeant, délicat

Aucune démarche ne lui coûtait quand il s^agissait de rendre service.

Lorsque, en 1823, Muiron perdit sa place de chef de division à la préfecture du Doubs, Fourier alla un trèsgrand nombre de fois dans h» bureaux da viiaistèrê de l'intérieur pour presser une décision relativement à la liquidation de retenues qui avaient été faites aux employée de cette préfecture, et sa correspondance à ce suj^ prè<*

Vffi DE POURIER. U7

aenia plas d'une observatioa caastiqae à Fendroit des per* sonnages auxquels if avait affaire.

d Votre lettre, » écrit«il à Muiron le 12 mars 1824, « a été remise à M. Hogguer, parce qu'il est plus juste que • M. P^"*^*, qui est un ministériel dévergondé, an de eei » êtres qui dépouillaient père et mère pour iaire leur » cour au ministre. »

M Au reste, » ajoute^t^l plus loin, « les ministériels du n genre Esoobar ne sont point stupides conum vous le 9 eroyev. Ce. sont des gens qui veulent voler, et qui, à » défaut de raisons sensées , en donnent de. ridienlei ; et » n par cette raison même, on ne. peut les contenir qve par « .entremise d'un personnage marquant, comme M. Chiflel, » qu'ils n'osent pas traiter du haut de leur grandeur. Mais » à un inconnu comme moi ils répondent par leurs ver«» » biages d'empiétement sur la prérogative royale ou de » sommes à précompter sur les retenues des employés de 9 préfecture. »

Lorsqu'il était déjà d'un âge oà les eonrses dans une ville comme Paris sont bien pénibles pour qui ne peut prendre de voiture, en 1833 et 34, Fourier se vendait sept on huit fois de suite an ministère de .la guerre et à 1« chancellerie de la Légion d'honneur pour les réclamations de vieux militaires qui ne lui étaient pas même connus personnellement. Il n'aurait pas été homme à faire le quart de ces démarches s'il s^était agi de son propre in* térét ; personne n'était moins fait que lui pour le métier de solliciteur.

D'autres traits plus touchants de la bonté de Fourier ont été révélés depuis sa mort par une personne qui Fa beaucoup connu , madame Louise Gourvoisier, veuve Lacombe , soeur de Fancien garde des sceaux de Charles X (8). Fourier se plaisait beaucoup dans la société de cette femme aimable et spirituelle avec laquelle il fut lié d'amitié pendant les six dernières années de sa vie.

Sa -délfcatesse était extrême dans les petites choses comme dans les grandes. Après quatre ou cinq années de correspondance assidue avec Muiron , ayatit eu à lui écrire pour faire venir par son intermédiaire une procuration dont il avait besoin, Fdurier lui disait : « Cette lettre-ci » étant pour affaire particulière, vqus ne trouverez pas n mauvais que j'affranchisse* »

Les avances qui lui avaient été faites, même pour la propagation de sa Théorie et par ses amis et ses partisans les. plus intimes, étaient considérées par lui. comme des obligations personnelles.

tt Vous vous étonnez, » écrit*il à Muiron le 17 février 1832, « que je parle de mes dettes. Je ne les oublie pas, » et je me hâterai d'y satisfaire si la fortune me favorise. » Quoi que vous en disiez, je considère conune dette tout » ce qui doit être envisagé comme tel. »

La correspondance de Fourier est tout entière d'une écriture fort belle et fort nette, et surtout très-hardie. Les indications de dates, de renvois, etc., y sont données avec une exactitude et une clarté qui ne laissent rien à désirer. S'il écrit \é jour d'une solennité religieuse, Fourier a soin ordinairement de. la désigner; par exemple, il datera «insi : « Lyon, 1" avril 1825, vendredi saint, i II dira une autre fois : « J'avance toujours un peu dans mon tra- » vail. J'ai dépassé la moitié le jour de la Pentecôte ; j'en » suis à 20/36'. » (Lettre du 26 mai 1825. ) « Ma Préface » devait être finie le jour de la Chandeleur; mais quand » un travail est fini, on y trouve des défauts, » etc. (Lettre du 12 février 1828. )

On a vu combien le cœur de Fourier enfant était naturellement enclin et ouvert à l'amitié. L'observation, l'expérience des effets d'une société comme la nôtre sur le caractère de la plupart des hommes l'avaient mis en garde contre la facilité à former des liaisons amicales. Mais le

germe et le besoin de cette affection ne t'étaient pas éteints ches lui. Pour s'y livrer, il ne Ini fallait qu'une chose, être avec des gens à sa convenance, droits d'intention , simples de manières, on peu moins ewiluéi, en on mot, qne le commun des martyrs. C'est ainsi que, dans les dernières années de sa vie , il allait volontiers s'asseoir à la table de l'ouvrier Fugère on du fabricant Harel, Fin* venteor des foameanx économiques, homme dévoué à tontes les idées de progrès et d'avenir dans on âge où Ton ne s'attache, en général, qu'à la routine et au passé. Ce que Fourter recherchait et prisait dans ces sortes de réunions, c'était bien moins la bonne chère et les hommages que le sans-fisçon et la cordialité. Il avait l'orgueil de sa haute découverte; il portait ce sentiment plus loin que ne le fit jamais peut-être aucun autre inventeur, et il en avait le droit; mais personne moins qne lui n'aimait à trôner et à se prêter aux coups d'encensoir en plein visage. C'était mal s'y prendre pour lui être agréable que de se répandre à son égard en compliments et en éloges.

II y a une des faces de la vie de Fourier que nous avons dû laisser dans une obscurité complète, faute de renseignements : c'est celle qui a trait aux relations d'amour*, il

* 11 n« nooB ^happ« pn qne le regret q«e nous eiprimoiu ici pourra faire sourire plôs d*bn leetenr. On n'est guère hoKitn^ anjoariThai . 4ana k biogra* pbie des graYca penonnagei jug^ dignes de l'iditoire , à tenir eompte dea liai- Mos d'amoqr qu'ils ont pa former, quand elles n'ont pas iiâ consacra et scellées par le nœud légal. Pour nous qoi , sans Tooloir fronder loa usages établis ai les mœurs authentiqué», attachons de l'importance à tout ce qui manifeale Fbomrae . nous regrettons sincèrement et sérieusement celte lacune en ce qoi concerne Fourier. N'ous la regrettons d'autant plus qne la conduite d'un bomme envers les femmes est , à notre avis , oe qui peut le mieux donner la mmun db u moralité réelle : cette conduite fournit un moyen d'appréciation qui n'est pas à dédaigner pour savoir an juste ce qne vaut Tbomme:

Dans l'état actuel du la Société . sons l'empire des coodttiona industrielles et civiles fort dissemblables qu'elle présente pour cbacnn des deur mxes par l'infloenee mime de l'opinion si indulgente 'pour l'un, si sévère pour l'antre, la position de l'homme et celle de la femme sont encore tellement inégales: tant de torts , d'injustices » de lâcbetés froides et emelles , tant de véritables crimes enCn peuvent être impunément commis par le premier à l'égard do la seoonde

i<W PHBttàW PARTIS.

e«4 aiié d« voir, d'aUleura, à la toucbante «QlUdtude, à U tendre et profoude i^ympatliie avec lesquelles Taùteur de la théorie sociétaire 5*occupe du sort des femmes et de toutes leurs oonvenaiices, que Vtmoiur avaii pa$$é par là; et iious avons lieu de penser que « dans cet ordre de rela« tiom plus encore que dans aucun autre, Fourier apporta toute la diUcate et Ingénue bonté de son âme , si pleine de bienveUlante indulgence, de droiture et d'équité.

« Il y a loin, » faisait-il observer, « de la galanterie à » Téquité; » et c^est de ce dernier sentiment surtont qu*il voulait qu*on sUnspirftt envers les femmes. N*e8t*ce pas ee même sentiment de justice qui animait Jésus, lorsque, prenant sous sa protection la femme adultère, il disait aux Juifr furieux de morale qui voulaient lapider cette malheureuse : tt Que celui d*entre vous qui est sans péché loi n jette la première pierre (9) ! »

Toujours compatissant & tout ce que les femmes, dans les situations diverses de leur vie, ont à souffrir du fait de nos dispositions sociales, de nos lois et de nos usages, Fourier disait encore : a U n'est rien de plus révoltant que de vpir ces malheureuses filles délaissées parce qu'elles n'ont pas le poids de l'or en leur faveur; et ce sont souvent les plus belles, les plus distinguées, les plus capables de conduire un ménage. « {Théar. dei quatre mouv,^ p. 198.)

Quant à lui , il ne se sentait pas fait pour la vie conjugale. Dans les maisons de commerce où il avait été employé pen«* dant sa jeunesse cppome teneur de livres ou comme caissier,

m nltUans d'MHMr, f ne osloi qui, ftyMtJooi da MminerM dm faminef, n'M<r rait jaonla #a de MpMelia à m ftir* «Qftn «Ucf , nUfiterait à boa droit d'ilft c\ti eomoifl oo exemple fort nwf de luinte et booeiwble eoQrioUie. Kb bien ! aeui aveae U eomloliea que F<Mrier Dtanit en ilea à redouter de l'epplieetio» de U règle leivHitet-qa'U amioiiçeit devoir éiM en luege daoi lee ^aitablei m* eUt^de l'eveair t • U eopdaite d'm hûmm§ eet lerulde loirMio'il pocti|le gmmm > poQteeifml d'aMew. On ae loi fait pea an tnmê de l'ioeooitaaee, car eUe a é aoa alilild ea HaraioBie; mûê ea eiaaUiie fi. daai lee difl^tet liaiioaa « aaaartaiea. U a eomteauaeal fait peeate de défdrfëee vota lei leaimef et de • loyeut^ avec filet. « {Traité de VA$»odatwn^ \. \\\ p. 224.) *

Vifi DE FOORIfiit IM

plus d'une fois Fonrier s*était irouvé à même de ae ourier aveotégeoeemeat En diverses oecasiaos oo Ini fit entoodre que, s'il demandait la main de la fille de sen patron, ia' famille était disposée à la loi accorder,- Hais il ne voubi jamais donner suite ices sortes d'ouvertures, U alléguait les bizarreries de son carac^tère, la mobilité de ses goûts , qui ne loi permettraient pas , disait-i] , de rendre une femme heureuse.

Était -il en société avec des dames, personne ne le inrpassait en courtoises prévenances, toujours exemptes cependant de fadeur et de flatterie. De quelque rang que fussent les per^nnes du sexe avec lesquelles il se rencon* trait, Fourier, par nature autant que par principes, mon« trût pour elles une affabilité, une complaisance particulières, une respectueuse et aimable déférence, de même que dans ses écrits il témoigne partout de son vif intérêt pour la cause et pour les droits des femmes. Il n*y laisse écbapper aucune occasion de faire voir qu'elles ont été souvent supérieures aur hommes par les qualités mêmeà qu*on leur dénie le plus communémerit. Jamais Fauteur de la Théorie des quatre mouvements et de VVniti universel^ ne déploie plus de verve, ne fait éclater plqs de généreuse iQdfgnation , que lorsqu'il s'élève contre Tétat de dépendi^nce et d^àvilis^ement où la Civilisation , c*est-{idire le ménage morcelé, retient les femmes; jan^ais il ne se moiilre plus ironique et plus méprisant pour les philo» sophes que lorsqu'il leur reproche Finjustice de leurs jugements sur le sexe fénâinin , toujours ou déprécié t>u tota** lement oublié par eux dans leurs spéculations sociales,

a L'Harmonie, » fait remarquer Fourier, a ne commettra n pas comme, nous la sottise d'exclure les femmes de la » médecine et de F enseignement, pour les riéduire à la r* couture. et au pot. Elle saura que la nature distribue aP¥ y. deux sexes, par égale portion, F aptitude aux sciences et

i5S PREMIÈRE PARTIE.

» aux arts, sauf répartition des genres; le goût des sciences o étant plus spécialement affecté aux hommes, et celui des n arts plus spécialement affecté aux femmes, en proporn tion approximative de .

» Hommes, 2/3 aux sciences, 1/3 aux arts; » Femmes, 2/3 aux arts, 1/3 aux sciences.

• Aitisi les philosophes qui veulent tyranniquement ex- » dure un sexe de quelque emploi sont comparables à ces » méchants colons des Antilles qui, après avoir abruti par » les supplices leurs nègres déjà abrutis par l'éducation » barbare, prétendent que ces nègres ne sont pas au niveau ,» de Fespèce humaine. L'opinion des philosophes sur les » femmes est aussi juste que celle des colona sur les. Dè« » gtes ^ » (Nouveau Monde ind,, p. 235, 236.)

Les préventions de Fourier en faveur des femmes ne se fondaient pas sur cette niaise ou plutôt encore égoïste illusion du .moralisme, qui consiste à voir dans chacune d^elles un type des vertus exigées par Tétat civilisé, c'est-à-dire une tendre mère (alHant à la tendresse la fermeté, la prudence et les lumières), une chaste et fidèle épouse, une ménagère parfaite , ennemie de la toilette , des plaisirs et de Tintrigue. Nul mieux que lui n'a pénétré tout ce qull résulte de faussement pour la femme du milieu fkux dans lequel elle est placée. Plus une nature est délicate et riche , plus elle doit ressentir l'influence délétère des causes qui s'opposent à son développement normal. Sous ce rapport la contrainte que subit la femme dans nos Sociétés est triple

} Ici comme dans les tniros passages des ouvrages de Fourier où U est qoestion des philosophes , il ne faut pas oublier qu'il y a des exceptions auxquelles ses critiques ne s' appliquent pas. Voltaire par exemple, le patriarche de la phiiMophie du dix«huitiÀme siècle , était loin d'avoir une opinion défavorable des facultés artistiques et autres des femmes. Il écrivait, le 18 octobre 1736, à Berger, un de ses correspondants , à propos dn succès d'nn opéra qn'on allribnait à une femme : « Si un opéra d'une femme réossit, j'en suis enchanté ; c'est » une preuve de mon petit système que les femmes sont capables de tout ce que » nousfaisons,et que la seule différence qui est entre dlet et nwu, c'eet qu'elles • sont plu aimabléi. *

au moins de celle qui pèse sur rhomme : fanlr-îl s*élonner que ses précieuses qualités naturelles tournent souvent en astucieuse adresse, en moyens plus subtils de ruser et de tromper, et que tant de trésors d^ amour mis ao cœur de la femme par la main de Dieu, trésors qui ne demandaient qû*k s'épancher librement pour le bonheur de tout ce qui Fentoure, se changent par suite en scories impures ou en poisons perfides ?.. .

Mais Fourier se gardait bien de se faire de oette. perversion des plus brillantes qualités de la femme un argument contre la bonté native de celle-cL

et II est évident, n dit-il, u que les femmes, comprimées 9) en tout sens , nWt de ressource que la fausseté. Le fort » en retombe sur le sexe persécuteur et sur la Civilisation )> qui, en amour comme en politique, asservit le faible au « fort « ( Traité de fassoc., t. IV, p. 219.)

Par rapport à la femme, Fourier raisonnait comme il le fait par rapport i Tenfant dans les lignes qui suivent :

a Un enfant vous semble pétri de vices parce qu*il est » gourmand, querelleur, fantasque, mutin, insolent, eun rieux et indomptable; cet entant est le plus parfait de n tous ; c^est celui qui sera le plus ardent au travail dans "Tordre combiné.... Quant à présent, j'avouerai que cet n enfant est bien insupportable, et j'en dis autant de tous n les enfants ; mais je n'avouerai pas qu'il y en ait aucun » de vicieux : leurs prétendus vices sont l'ouvrage de la 9 nature.... » (Théorie des quatre mouvements.)

La tâche que s'était imposée Fourier, c'est précisément d'utiliser, au profit du bien sodal, cet ouvrage de la nature, et Remployer l'homme tel qui! a plu à Dieu de le créer.

Si, comme l'a dit un ancien, U appartient à l'âme seule de pénétrer dans d'autres âmes, qui pourrait-on citer ù ce compte qui fût supérieur ou égal à Fourier? Qui est-ce qui a jamais eu aussi bien que lui conscience de tous les besoins , de tous les sentiments de l'Humanité ?

154 PRSiaèRB PARTIB.

Trois elatses cl*iiidividiif exdtaîent surtout la soUicitud* da Socialiste i les femmes, les enfants, les esclaves, et nous pourrions ajouter les vieillards, aotonr desquels il réunit , dans le Phalanstère, tant de dédommagements des avan* tages qne la main du temps leur enlève. Les logements les pliis commodes sont réservés aux doyens d*Age de la plia* lange désignés sous le nom de patriarches. La place d^honneur leur appartient dans la plupart des cérémonies.

Rien de plus prudent et de plus sage d^aiUeurs que la marche indiquée par Fourier pour Témancipation graduelle des classes tenues encore aujourd'hui dans une dépendance plus ou moins étroite, sous un joug plus ou moins lourd, et il remontrait vivement lej9 réformateurs qui veulent bms^ quer les choses à cet égard.

« Tous ces nouveaux régénérateurs, » disait-il, « Owen, Saint-Simon et autres, inclinent fort k spéculer snrl*éman«dpation des femmes : ih ignorent qu*avant de nen changer au système établi en relations d*amour, il faudra bien des années pour créer plusieurs garanties qui n^exlstent pas, et d*abord Pextirpation des maladies syphilitique et psorique par tout le Globe..... D* autre part les modifications en régime d*amour ne seront applicables qu^à une génération polie, élevée tout entière dans le nouvel ordre, et fidèle à certaines lois d'honneur et de délicatesse que les Civilisés se font un jeu de violer. On applaudit en France à celui qui trompe femmes et maris ; les mœurs des Civilisés en amour sont un cloaque de vices et de duplicité : une génération façonnée à de telles habitudes ne pourrait qtTabuser d^une extension de liberté en amour.

» Et lorsque Fadmission de ces libertés pourra convenir sons les rapports de la fortune et des mœurs , on ne les introduira que par degrés. Chacune des libertés ne sera admise qu^autant qu*elle aura été votée, sur tout le Globe, par les pères et les- maris; alors on pourra la croire utile. LVffet de ces libertés sera de concourir puissamment au

VIE DE POmiER. 156

charme des travaux, k raccroîssement do produit et an règne des mœurs loyales ; mais en Civilisation Ton n'en vei^ rait naître que les trois effets opposés.

» On aura an début de THannome sociétaire des amorees bien plus flatteuses pour le sexe que eette licence promise par Owen et Saint-Simon. D*abord la facilité des mariages, favorisés en tout sens par Findustrie attrayante. Un père ne craindra plus que le gendre soit dissipatenf, ni que k ménage manque du nécessaire : les frais du ménage com<» biné et gradué coûtent ibrl peu de chose; les enfhnts à aucun ftge ne coûtent rien aux pères....

» Loin de supprimer le mariage, on y attachera deux charmes nouveaux, en le dégageant des fitligues du mé» nage, de la vie monotone qui affadit le lien, et en y éta^ blissant Téckelle des liens , la distinction en degré sept^ naire; il est certain que le lien est plus fort entre les époux

qui ont des enfants qu'entre ceux qui n^en ont pas «

(Piège» el chartaianiime des deux eeetes Samt'-Simm et Owen, p. 53 et sulv. )

On trouve dans les écrits de Fourier vingt autres pas* sages ou il iaaiste d'une manière non moins Ibnnelle sur les délais ei sur tontes ks conditions préakbks qu exige, dans rétat économique et moral de k Sodété, Tadmiision des libertés amoureuses. Est-on après cela fondé à lui im» pnter, sur ce point pas pins que sur anenn antre, k pro^ eédè révolntionnairoi le rûle de démoUsseur aveugle et imprévoyant?

^émancipation de la femme ne peut résulter que d^une organisation de Kndustrie où il y ait, aussi bien que pour rhomme, pkce pouf elle, et place pour Tenfant, auquel son sort est si intimement lié. Indépendance matérielle par des fonctions lucratives, voilà le préliminaire indispensable de tout progrès de la femme vers la Bberté civile el affective»

Quant aux enfants, le système d'éducation tracé par Fourîer est, d'un commun aveu, la partie la plus admirable de son œuvre, et la moins susceptible de contestation. Rien ne le flattait plus à cet égard que le suffrage des mères de famille qui avaient élevé elles-mêmes leurs enfants. Une dame qui se trouvait dans ce cas, et qui rendait pour la première fois visite à Finventeur du phalanstère, étant venue à le féliciter sur Fexactilude de ses observations en ce qui concerne les enfants: « Ha! ha!)' s'iècria Fourier avec une satisfaction manifeste, «vous aussi, vous trouvez que j'ai vu juste, que c'est bien cela ! n Et là-dessus là conversation s'engagea sur le ton de Fintimilé entre Fourier et la visiteuse, quUl avait d'abord accueillie très-froidement.

Pour ce qui est des esclaves, leur sort a. occupé Fourier dès ses premiers travaux, et F un des résultats de sa Théorie qu'il ne manquait jamais de signaler était l'abolition de Fesclavage sur toute la terre, du plein gré et dans Fintérét des maîtres eux-mêmes.

Une vie toute consacrée au service de PHumalaité a été abrégée par Fardeur même avec laquelle elle se dévouait i cette grande et sainte cause.

Fourier n'était pas d'une constitution robuste; des dérangements de santé assez fréquents venaient entraver, sinon suspendre tout à fait ses travaux.

A propos d'un de ces dérangements plus prolongé que les autres, qu'il éprouva en 1829, Fourier écrivait à la date du 30 aoû^ de cette année.:

« Je n'ai guère travaillé depuis quelque temps ; mon n esprit est comme Fêté en vacance absolue. Je ne me suis » remis que lentement de ma fièvre. Ce n'est que depuis » deux jours que je commence à manger des pommes de

yiK UE FOLRIËR. 157

» terre. Je les avais prises en aversion., ce qui est un » grand signe de dérangement dans les fonctions ani- 9 malës , car en santé je préfère les pommes de (erre aux » meilleurs mets^. Enfin ' j'espère qne septembre sera 9 moins stérile qu'août, et je veux dès demain reprendre n mes occupations et doses habituelles de travail que le V mal m'avait forcé de réduire, n

L^espoir du convalescent fut en partie déçu , car, le 31 octobre suivant, il disait de nouveau :

' .Gflrteins goAtv, oerUÛMi np^gMoccf guto oao wi q— t ém Vovritr loal Inip conaoi de cevx qui ont la mi ouvrage* pour qn'il loit pennic d« n'en pta dtrt ici qaelqnes note Qni ne m rappelle . |Nir exemple , eqnbien il tvait prit en grippe «e malhenrevx Tcrmieelle, qn'il tpptiUii nno rieillo colle rance, on U cnûiae anglaise avec les floU de beurre foridn » set vîandce preeqoe crnet , lea légnmes écbaodés , vraie evicine de navagcs , dittit-il !

U'avatûon de Foorier ponr le peia aial enil et pour, lea visa frelaWs qn'on sert dans les restaorants de Paris était poussée à an tel point , qu'il atait coutume d'apporter son pain et son vin quand il y allait dîner. ■ Depuis I S26 (dit-il , iVowv. 3lnu2e, page 299) , les bMlaagers et lea pêtiasien do Ptria m font Cidre qu'à demi toute* lenn pAtea..... Faut-il dire le secret de cette monstruosité?- C'est qne les pifés à demi cuites conservent plus d*eau . sont plus loordea ef se maintiennent mieux en cas de mévente. Cette demi<uiasoa sert l'interdt des jnarchanda, mais non pas celui des consommateurs. •

Foorier savait apprécier les bons mets . et ne se montrait pas indigne sous ce rapport d'avoir eu pour compagnon de son premier vopge le célèbre BriNal- Sâvarin. Ce n'étaient pas les aliments rechercliés qui lui plaisaient ; il leur préférait une nourriture simple , commune même , pourvu qu'elle fftt parfaitement préparée : à cet égard il était asack diflidle. Du reste, il mangeait mhmtMtà et n'aimait pas plus à table qù'ailkun lea lisngucs séances.

En fâit'de vins , Fourier était aussi un excellent dégustateur. Dans un repas , Tolonlion il faisait honnenr à un bon et généreux vin du Jura on de Bourgogne , et il ne dédaignait pas d'y puiser une petite pointe de gaieté. Il ne prenait jamais ni café, ni liqueurs, si ce n'est un peu d'eau-de-vie quand elle était pure et de bonne qualité. Quoique , par raison hygiénique , et , comme on dirait en langage médixal, en vertu d'une certaine idiosyncrasic, Fourier s'abelint de faire usage du café , ce produit était pourtant un de ceux qu'H louait volontiera; en fait de découvertes dues k un beureux basard, il aimait k nppeler comment les propriétés agréablement stimulantes de ce végétal nous ont été tardivement révélées par l'état qu'il prodnilait sor les ebèvres qui en avaient bmuté dans les plaines de l'Arabie.. E«e tbé, an conlraire, ne pouvait trouver grice devant Fourier. «.C'est encore l'anglomanie, •> dit-il en parlant des Parisiens , • qui les a habitués k proscrire au déjeuner les bons meta de leur pays et k les remplacer par une vilenie qu'on appelle thé , drogue dont les Anglais s'accommodent forcément , parce qu'ils n'ont ni bons vins , ni bons fraits , i moins d*énôrme dépense, lia sont réduits au thd comme les malades , et «I beurre comme les enfants. • (.Vo«r. iiàttde, page 300.)

« Depnis le 16 j*ai encore été si malade que landi 26, yt jour de la revue du Roi, je n'ai pas pu songer à y aOer, » quoique pût preifdre romnibus devant ma porte et » que j*eiisse grande envie de voir les manœuvres de Par^ » tîUerie, organisée selon le nouveau mode, n

Ce trait nous amène à parler du goût de Fourier pour les parades et les maniBuvres niilitaires. Il était ai amateur de ces spectacles , qui lui présentaient une image de l^ordre, de l*Unité, premier besoin de sa nature, qull accompagnait, eomme les enftints, un régiment qui mareliiit musique en tête, et que chaque matin, pendant qu*ii habita Paris ) il venait assister ft la garde montante ans Tuileries. tl jouissait avec un plaisir extrême de Texëcution musicale : non pas toutefois qu'il ne trouvât beauetNip à redire à la Composition adtuelledes orchestres militaires. D y regrettait entre autres choses Tabeenee de la timbale et du hautbois. Il aurait voulu aussi qu^on établit pour l'armée un Conservatoire de musique, institution néoessitée, disaïUil^ par le désordre qui rëgne dans la partie musicale de la plupart de nos régiments.

Revenant & ce qui concerne la santé de Fonrier, nous dirons qu^elle essuya encore une asses ïbrte atteinte en 1831. <i J'ai été très-malade, » mitndait'*!! à la date du 7 juin ^ « et Je ne suis pas bien remis; j ai eu cette ma- » ladie nonvelle dite cholérine, grippe, eourbainre, elc; « j^ai passé cinq nuits sans pouvoir dormir un instant n

Pendant que j'étais auprès de lui en 1833, Fourier eut quelques enrouements , quelques troubles des fonjctions in* testinales. Lorsque, en ma qualité de médecin, je m^aven" turais & lui donner des conseils snr eé qv*il devrait ilûre, sur le régime quU lui oonviendrait de suivre, Fourier me laissait dire, m^ écoutait même avee «ne di^Mêition apparente à tenir compte de mes avis; mais e*était uniquement, je présume, pour ne pas me désobliger, car H était

HB OB Fomim. un

d^in seeptieisBM absolu à Fégaid de la iwéibflina : mn n^en faisait-il fias mmiia à sa gnisa ansaita.

Le Aagrin amer qu'il r es se nt ai t de ne poamr assafer Taiiptieatieii de sa Théorie» Vètanoaisseaieiit de qaelqua^ une» de» dianoes sur leaqaeUes il avait eompté paar eela, eurent «ne infloenee fâehease sur sa maaièia d*éti«» et avaueireut sans aueun doute la fin du grand homme»

La santé de Pourier avait eommeneé à déeliner aasm sensiblement depuis Tannée 1835. Son état 8*eggrava beaucoup dans Hiver de 1836 à 1837. La belia saison n^amena qu'un mieui^ passager, suivi bientôt de neuveilee rechutes qui épuisaient de phis en plus les forcée du ma» lade. Néanmoins ee ne fut que vers le commencement da Fautomne de cette dernière année qu'il fiU réduit à garder la chambre et le lit

Vainement abrs des personnes qvA éprouvaient pour lui une vénération et une tendresse filiales essayèrent-elles d'entourer Tillustre vieillard de tous les soins que sa position exigeait. Il se montra- obstinément rebelle à toutes, leurs tentatives, à toutes leury offres. On ne> pot jamais le décider à quitter le petit appartement qull occupait rue Sdnt-Pierre-Montmartre, pour un logement plus cou* venable qui lui était offert chez madame Vigoureux ou chez madame de B***. (Test à grand'peine, et par surpthe en quelque sorte, qu^on lui faisait accepter les soins les plus ordinaires. H ne montrait pas plus de docilité envers les médecins qui le voyaient. L*utt était M. le docteur Léon Simon, qui essaya quelques remèdes hbmœopathiqnes, l'autre M. le docteur Chaplain, Tami de Pourier depuis plusieurs années.

Jamais le malade, lors même qu'il était à toute extrémité, ne voulut consentir h ce qu'on demeurât auprès de lui pour le veiller. Il s'y opposait de toute la force de ^a volonté, qu'il conserva, ainsi que son inteUîgence , en pleine intégrité jusqu'au dernier moment « Je n'ai pas

» besoin d*étre veîUé, » répondaitr-ii, «j'aime à être seul ; » je ne veux pas donner de la peine pour moil n

On n'avait obtenu qu'avec de grandes difficultés qall permît à la concierge de la maison de monter fréquemment auprès de lui. Cette femme, que nous devons nommer ici , parce qu'elle se conduisit avec zèle et dévouemîent, madame Delabaye, allait d'beure en heure, depuis cinq heures da matin jusqu'à minuit, s'informer de l'état et des besoins du malade.

h& 8 et le 9 octobre, il présenta une légère apparence de mieux. Madame Delahaye l'avait quitté ce dernier jour à minuit : 11 lui avait parlé comme à l'ordinaire et dit bonsoir. Lorsqu'elle monta le lendemain, à cinq heures dû matin , Fou rier avait cessé d'exister. Il fut trouvé vétn.de sa redingote , agenouillé et appuyé au bord de son lit H s'était éteint en faisant un effort pour y rentrer.

Avertis que M. Fourier allait très-mal^ madame Vigoureux et Considérant accoururent. Ce ne fut qu'à leur arrivée dans la cour qu'ils apprirent qu'il était mort

Tous deux montèrent... Considérant replaça le corps dans le lit; ensuite madame Vigoureux , qui , la première parmi les fenmies, avait compris la parole phalanstérienne, vint fermer les yeux du mort Un moment elle voulut croire qu'il n'était pas mort, car la figure qu'elle touchait n'était pas encore refroidie *..

Ainsi a fini, sans avoir pu obtenir l'essai de sa Théorie; ainsi a fini, pauvre, méconnu de la foule et conune inaperçu de ce monde officiel qui pourtant se dit toujours en quête et en travail d'améliorations , l'homme de la grande découverte sociale, le révélateur de la destinée humaine sur la terre !

* Cet circoottances sont rapportées dani 1ine leltro adreaiëe ani lœnrt d« Ponrier par madame Vigooreaz et M. Goniideranl, lettre qoi a M iniërée d«mi 1« Phalange. 2« numéro d'odobre 18.37.

VIE DE PCHJHIER. t6i

Le» disciples de Foorier présents à Paris loi rendirent les derniers devoirs avec on pieux respect Ils apportèrent un soin religieux à conserver tout ce qui pouvait être conservé de la dépouille mortelle du Maître, et à fixer par les procédés de la science et de Fart les ti^ts , le boste , la conformation cérébrale do grand bomme.

Les obsèques eurent lieu le 11 octobre, à Téglise des Petits-Pères. Une foule d'élite y assistait dans on profond recueillement, et accompagna ensuite le corps jusqu'au cimetière Montmartre. Là Considérant prononça un discours qui résumait d*une manière saisissante toute la vie de Fourier , et qui produisit une vive impression sur rassemblée, composée en majeure partie d'artistes et dliommes de lettres. Après lui, M. Philippe Hauger prit la parole et termina son allocution par la lecture d'une pièce de vers de M. Auguste Demesmay , qui caractérise beureusement la grande œuvre de Fourier. Enfin M. Rîensi prononça quelques paroles sur l'ingratitude de la France envers ses grands bommes (10).

Le corps fut ensuite déposé en terre , renfermé dans un cercueil de plomb, recouvert d'un cercueil de cbéne. Une simple pierre marque le lieu de la sépulture; on y lit l'inscription suivante :

ICI SONT DÉPOSÉS LES RB8TBS

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