‹ Fourier; sa vie et sa théorieChapitre 21 sur 66 · SIC NOTES · texte numérisé non relu

SIC NOTES

points accessoires de doctrine , sur la partie abstraite qoi, ne «'appliquant pas à Tindustrie, ne sert à rien pour 'coodoii^ rhomme à sa destinée et devient notion inutile, naêine en ca«</de succès, à on ne sait pas la rallier aux trois propriétés de I^eu. appliquées à Tordre îndastriel!

Ce n'est pas de la science qu*il faut, c'est du bonheur, qui ne peut naître que de l'organisation de l'industrie conibrménieBt Aux vues de Dieu ; et si Moïse ou Thaut ont attrapé daosTétudè'«la la nature quelques lambeaux de la partie scientifique ^-ilr n'en sont que plus coupables de n'avoir pas continué et passé à l'ulUi^' — Cette branche utile était Tétude synthétique de l'Attraction el la formation des Séries on 3« foyer d'Attraction .. ?

Chacun choisit dans une science la branche qui lui piait Si vous préférez la partie abstraite, les notions qui n'ont pasdêropi' port à l'industrie et au bonheur social , an moins considéres-léa pour ce qu'elles soni , pour accessoires insignifiants', et gflridiM<^ vous de croire que tels auteurs Aient en quelque' i^ei-safaie dd Dieu acd/, quand ils n'ont rien étudié de rAltraction q« ol> petft appeler Dieu en action; au lieu de voir une foule de mél^îten dans ces auteurs anciens , voyez-y d'abord le tort principal,^ «celui de faire de Dieu un être passif et nul dans la régie du monde social , régie qui est sa plus liante fonction , puisque le monre^ ment' passionnel est celui auquel sont subordonnés les qaitrp autres. '

Les anciens , pour avoir eu sur Dieu des préventions si mfSbrieuses, sont déjà suspects de n'avoir rien découveH sur y% qui le concerné, et-, tout en leur accordant quelques percëptroUlfe fortuites sur lé J9aj^ seulement, on doit être fort sobre été\^ ges et se garder de leur concéder une aptitude à expliquer iëi lois de la nature : leurs succès partiels prouvent au coiifhiiHà qu'ils ont abusé des dons de l'instinct ou du génie, pour ^^eijet^ tous dans les études abstraites et inntiles, écart qui intenfit foât'é apologie de ces esprits faux, aheurtés à envisager Dieu en -sëlié passif et jamais en sens actif. ^ ■..)

J'explique son essence contradictoirement à eux tous... 1h eà font un être simple et j'en fais un être composé , et à coup ifà j'opine selon le droit sens. Mais tout cela n'est qu'accessùire^, qu'importe son essence? Qu'il soit, si Ton veut, le soltvebu tjftfè

lupiter donna aux grenouilles, pourvu que nous expliquions Texercice de ses facultés en actif, et d'abord V Universalité de providence ,~ia. confection et révélation du code social d'harmonie, sans lequel Dieu nous deviendrait inutile, t

Les jugements de Fourier sur les anciens paraîtront bien irrévérencieux. Je ferai observer qu'ils diffèrent très -peu de celui que portait Bacon lui-même, cette grande autorité désormais hors de conteste, Fhonune à la méthode duquel on rapporte avec raison la constitution et les progrès modernes des sciences physiques , mais dont les sages préceptes n'ont jamais été suivis en matière sociale. Il est certain que les principes de logique scientifique établis dans le Noman organum n'ont point encore été appliqués aux sciences morales et politiques, si ce n*est par lautenr de la Théorie sociétaire. — Voici Topinion du chancelier Bacon sur la science antique, qui était à p^u près toute celle de son temps. Le passage qui suit est le commencement de la préface de YInstauratio magna :

c Les hommes nous paraissent ne bien connaître ni leurs forces ni leurs richesses , mais se former une trop haute idée des dernières et présumer trop peu des premières : et c'est ainsi qu'attachant un prix insensé aux connaissances admises, ils ne cherchent rien de plus, ou que, se méprisant eux-mêmes plus qu'il ne convient, ils s'épuisent dans des bagatelles et n'essaient pas leurs forces dans ce qui mène au vrai but. Aussi les sciences ont-elles en quelque sorte leurs colonnes fatales, leur non plus ultra, les hommes n'étant excités à pénétrer plus avant ni par le désir ni par l'espérance. Or , comme l'opinion exagérée qu'on a de ses richesses est une des plus grandes causes d'indigence , et que par confiance dans les moyens acquis on néglige les vraies ressources de l'avenir, il est h propos et même tout à fait nécessaire, dès le début de cet ouvrage, d'enlever (et cela sans ambages et sans dissimulation aucune) l'excès d'honneur et d'admiration qu'on accorde aux choses jusqu'ici inventées, afin que, grâce à cet avertissement , les hommes cessent d'apprécier et de vanter outre mesure l'abondance et l'utilité de ces prétendues inventions. Car si l'on regarde d'un peu près à toute cette variété de livres dont les arts et les sciences sont si fiers , on y trouvera

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pai*(oat (les répétitions sans Gn de la même chose , ne diOéraal qoe par la forme, mais dont Imvention s était saisie depuis longtemps ; en sorte que toute celte abondance qu'au premier couf d*œil on avait cm y voir se réduit, après examen, à bien peu de chose. Et quant à Tutilité, il faut dire que toute cette sagesse, que nous avons puisée priocipalement chez les Grecs, nes4 quune sorte d'enfance de la science , et qu'elle a cela de commun avec les enfants que, prompte à babiller, elle est impuissante à engendrer faute de maturité et de force. Féconde en coutrovorses, elle est stérile en œuvres; de façon qu'on peut appliquer, à l'état des lettres tel qu*il est, ce' que la fable ntùonte de Scylla, qui avait la voix et le visage d'une jeune fille , mais qui, à partir de la ceinture, était entourée de monstres aboyants, faisant corps avec elle. De même, les sciences auxquelles nous sonunes accoutumés offrent certaines généralités spécieuses qui flattent an premier coup d'œil ; mais vient«on ensuite aux particulariés, et à ce qui est comme les parties de la génération, pour en tirer des frujts et des œuvres, alors s'élèvent des disputes bruyantes : c'est à quoi elles aboutissent, c'est là tout ce qu'elles savent enfanter. De plus, si de telles sciences n'étaient absolument mortes , eût-il été possible qu'elles restassent ainsi durant plusieura siècles comme clouées à la même place, et qu'elles ne prissent aucun accroissement digne du genre humain? et cela au point que non-seulement Tassertion demeure assertion , mais même que la question demeure question ; que toutes les discussions, au lieu de la résoudre ne fassent que la fixer en place et la nourrir , et qu(^ le tableau de la succession et de la tradition des sciences ne l'eprésente que les personnages d'un maître et d'un disciple , au lieu de celui d'un inventeur et d'un homme qui ajoute, quelque chose de notable aux découvertes accomplies. Cependant nous voyons que le contraire a lieu dans les arts mécaniques; ces arts, comme s'ils étaient pénétrés d'un certain souffle de. vie, croissent et se perfectionnent de jour en jour... La philosophie, au contraire, et les sciences. intellectuelles, semblables à des statues, sont encen- ' sces et adorées, mais ne font aucun pas en avant. t>

Puisque je viens de citer Bacon , c'>est le cas de rapporter ce que Fourier dit quelque part de ce profond et méthodique p^ti'^ '

DE LA PRE*nERE PARTIE. 2i9

siftfr, qu'on nomme le père de la philosophie moderne, mais qui réjpcTffiei-aii -certainement la paternité d'nne science aussi creuse et aissi vaine pour le bonheur des hommes, qne cette idéologie abstruse à laquelle on a voulu réduire de nos jours la philosophie. Au surplus, lorsqu'il s'élève contre cette prétendue science, Fourier a bien soin de distinguer et d'excepter de Fanathème les sages principes établis par quelques philosophes : Reprendre les idées â leur origine ; explorer en entier le domaine de la nature ; croire que tout est lié dans l'univers, etc. « J'ai fait, dit Fôurier , pour l'honneur de ces principes , beaucoup plus que n'auraient osé exiger leurs auteurs mêmes , et je serais le seul homme fondé à prendre le 4itre de philosophe , si ce nom n'était déshonore par l'abus qu'en ont fait les sophistes, qui l'appliquent iadfffëremmcnt aux grands génies comme Newton, et aux démagogues tels que Afarat. » ( Sommaire du Traité de l'Associa^ tion, chap. III, p. 1431, 1«* édit.)

.C'est dans le même écrit, deux pages plus loin, que Fourier parle de Bacon ainsi qu'on va voir. Mais il est nécessaire de prendre la citation quelques phrases au-dessus de celles où il est question de Timmortel auteur du Novum Organum Scientiarum. Ces quelques ligues de préambule offriront d'ailleurs, quoique dans un autre genre, un intérêt particulier, et répareront une omission de notre récit biographique.

c L'inadvertance à déplorer dans ce genre d'inventions ( inventions des voies d'issue de civilisation) est celle des architectes et des économistes, qui avaient dans leur ressort les deux issues les plus naturelles, concurrence réductive ou véridique, et architecture unitaire ou propriété composée. Ce sont les deux voies que j'ai découvertes avant d'arriver au calcul de l'associa" tiou générale. Il y a trente -trois ans que, parcourant pour la première fois les boulevards de Paris , leur aspect me suggéra l'idée de l'architecture unitaire dont j'eus bientôt déterminé les règles. Je dus principalement cette invention au boulevard des Invalides, et surtout aux deux petits hôtels placés entre les rues Acacias et N. Plumet.

^f Peu de temps après je découvris le calcul de la concurrence ré(fuctivc. Les voies d'association tiennent et acheminent l'une à l'autre : je m'étonne que Bacon, esprit éminemment fait pour ce

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genre de découverte , ne m'ait pas devancé : il avait bien (\ujâf^ qne idée de la concurrence réductive , lui qoi voulait qu'on fu dans chaque profession des livres de garantie on tableaux net fourberies usitées. Ce serait un vaste ouvrage, d'après le votnh blime qu'a pris chaque branche de fraude commerciale.

* Bacon en sens classique ou méthodique, et jEAir-JACQtcss Rousseau en sens romantique, étaient les deux modernes les phis aptes à la découverte des lois du mouvement sociétaire. On peut leur adjoindre , dans l'antiquité , Pvthagore , Fun de ces génie! pénétrants faits pour c dérober au Destin ses augustes secrets, t Il avait tout entrevu , même le calcul newtonien sur Fattracâon: mais il fut, comme la plupart des civib'sés transcendants, détonnié des bonnes voies par l'esprit de controverse qui a perda Lkibnïtx et tant d'autres beaux génies. »

Il s'en faot que Bacon , sons le rapport de ses vues éceaoniir % ques, ait été toujours apprécié comme il l'est parFomier, dans ie passage qu'on vient de lire. Ainsi, l'historien Hmne» le plslosophe Dugaid-Stewart ne témoignent que du dédain et da.blâj^ pour sa tendance à réglementei* l'industrie. Le dernier dit, en parlant de Bacon : c Ses notions sur la politique conunerciale > étaient surtout erronées. Il faut sans doute l'attribuer A l'oplt nion trop favorable qu'il avait de l'efQcacité des lois dans des ■ matières où il eût fallu laisser agir les causes naturelles, t Jugement qui montré bien l'asservissement de l'esprit philosophique moderne à l'esprit mercantile. On a laissé agir ces caos^ prétendues naturelles, et elles ont produit de beaux résultats! la falsîGeation des denrées, les accaparements, les banqueroutes, l'agiotage, etc. Ainsi les génies du tout premier ordre. Bacon, Fourier, s'accordent sur certains points, à l'égard desquels se trouvent en dissentiment avec eux des esprits très^levés Mut, m«s d'une portée de vue moins générale et moins vaste > d'une trempe moins inaltérable aex préjugés de leur siècle.

♦ j • (Note 7, page 146. )

Quelques lignes de Bérànger.

Peu de temps après la première publication de mon f raiail sor la vie de Fourier, mou ami \\, Edouard de Pompery, ayant ilonoë

DE LA PREMIERE PARTIE, m

Im-mênie , à la suite d'une exposition qu'il avait faite à Brest de iLToeprie' sociétaire , un précis de la biographie de son auteur oopt il envoya un exemplaire à Béran'ger , reçut de Fillustre cfiansonniér une lettre où celui-ci disait :

« Je vous reprocherai de n* avoir pas complété votre notice biol^^-^lpii^pe par un trait de Fourier qui me semble le peindre 9.^dQ)ji,rabIement; c'est cette exactitude avec laquelle , pendant I iix ^s , il rentra toujours chez lui à midi , heure de rendez- I yp^ qu'il avait indiquée dans ses publications, à l'homme riche \ ^îVoudrait lui confier un million pour ériger le premier Pha- ;Jf(9stèrç : rien n'est plus touchant que cette foi si vive et si du- ^.jcdbie! Oh! que j'aurais, voulu avoir un million à lui porter! f ))jça <|ue.sa science me semble incomplète, et que par lui t Thomme n'ait guère été envisagé que sous le point de vue de I l'ordre matériel. Vous voyez, Monsieur, que, comme vous, ^fPA6'me ^ône pas pour dire toale ma pensée, même quand il ^^«ligit de grands hommes... i

"'"Le ecJBiir de Béranger a parlé dans ces lignes , dans ce souhait 1i¥!i6ui: t (Ml ! que j'aurais voulu avoir on million à lui porter! « °'^ Qûïmt à Fopinion que Fourier n'avait guère envisagé l'homme qiie àons le point de vue de l'ordre matériel, je ne saurais y sous ôifre. Sa Théorie a pour base essentielle une étude psychologi- (]ile, et Tauteur ne va-t-il pas, à propos d'association agricole, jùâqu^à traiter, au grand scandale des esprits positifs, la tlièsp (lè'ïTmhiortalrté de l'âme! Que faut-il de phis pour écarter de ToUrtér le reproche de matérialisme?

Quoi! vous aussi, poë'te, vous qui avez si bien dit :

,ijj.j, 1 Le plaiHÎr à ma philosophie

t Révèle assez des cieux intelligents ; »

ne pôav«z reconnaître que Fourier se soit occupé des plus hautes gestions métaphysiques et morales, parce que^ en traitant de Dien et des destinées ultérieures de l'homme , il n'a pas parlé le langage du séminaire ou celui du Portique ! Etrange empire du préjugé , même sur les esprits du premier ordre et sur les jugements les plus droits!

Le billet de Béranger , si bienveillant d'ailleurs et si honorable "pour j^auleur de la Théorie sociétaire , pourrait laisser croire que

ni»<

m NOTES

ceJui-cî demandait qu!on remît à sa disposition et entre ses maiini les capitaux réclamés pour la fondation d'un Phalanstère. Il ni* en était rien : Fourier avait toujours grand soin de déclarer qu il ne demandait pas , qxxil ne voulait pas la gestion financière ; son rôle à lui devait se borner à être directeur du mécanisme , organisateur des Séries industrielles. Il récusait par avance toute participation au maniement des fonds , dont les actionnaires ou leurs fondés de pouvoir resteraient exclusivement chargés.

Les disciples de Fourier se font une règle et un point d'honneur de suivre à cet égard la ligne de conduite tracée par leur Maître.

Une lettre de Béranger.

A raison du contenu de la Note qui précède, et comme témoignage de respect, d'admiration et de sympathie pour Béranger, je m'empressai de lui offrir un exemplaire de la deuxième édition de mon livre. Ce qui me valut de sa part une lettre de remercîmenfs, lettre infiniment trop flatteuse pour l'auteur, Inats . exprimant de nouveau l'opinion du grand poète «ur Fourier et sur sa doctrine. A ce titre, la lettre dont m'a honoré Béran^ger est un document qui se rattache essentiellement à l'objet de ee travail biographique. Je pense donc qu'elle doit trouver place ici, nonobstant l'appréciation par trop élogieuse qu'elle contient du présent opuscule. Au surplus , le lecteur saura faire , conome moi, la part de l'extrôme bienveillance qui est, au su de tout le monde, dans le caractère et dans les habitudes de Béranger.

» A monsieur Pellarin , docteur^médecin,

» MoXSIKUR,

t Vous ôtes médecin , vous aurez pardonné à un pauvre ma- » lade de ne vous avoir pas reçu, bien à son grand regret, le jour " 0^ vous avez pris la peine de lui apporter votre volume $ur ï Fourier. Mes souifà'ânces étaient si vives alors et ont dure $i » longtemps, que ce n'est que depuis peu que j'ai pu lire cet ou- » vragc, le plus intéressant et le mieux conçu, à mon gré, de > ceux qui ont été publiés sur le même sujet.

9 Je suis grand amateur de biographies; jugez , monsieur, de » 4a satisfaction que j'ai éprouvée à compléter, grâce k vous, Te-

DE LA PREMIKRE PARTIF. Î23

9 tade d*un homme comme Fonrier. H est inutile que je vous

> fasse juge de mon opinion à ce sujet ; elle peut différer ua, peu '■i de la vôtre, sans diminuer rien à Fidée que j'ai conçue du 5 génie de votre maître.

9 Vous avez eu raison, monsieur, à propos de ma lettre à 3 M. de Pompery , de relever le désintéressement personnel de 3 cet homme illustre, que je ne mettais pas en doute, vous dcs vez le croire. A ce sujet, je vous surprendrais bien, si je vous 9 disais que j*ai toujours pensé que, si Ton eût procuré à Fourier D les moyens de créer un phalanstère complet et sur la plus grande échelle , il eût hésité à se mettre à la ièie de la fonda*tion. Peut-être même eût-il refusé, non qu'il eût douté de son système (il l'eût ^u échouer cent fois qu'un pareil doute lui eût été impossible), mais je crois qu'il .se fût senti incapable d'en diriger l'application. Enfin, je vous demande pardon de le dire , monsieur , c'était un savant et non pas un apôtre , un philosophe et non pas un pasteur d'hommes. De là peut-être le peu de soin qu'il prit de se faire comprendre du commun de ses contemporains. Quanta moi, je le confesse en toute humilité, il y a treize ans, les ouvrages de Fourier étaient audessus de ma portée, et, sans MM. Transon et Lechevalier, j'aurais été condamné à ne pouvoir me rendre compte de la partie scientifique de son œuvre, beaucoup plus compliquée d'ailleurs qu'elle ne le paraît à ses disciples. Aussi ai-je été très«>reconnaissant à tous ceux qui, depuis, ont expliqué ce système aux courtes intelligences.

* J'ai trop le sentiment des erreurs de notre prétendue civilisation pour ne pas me tenir au courant de toutes les tentatives faites pour ramener les hommes dans une voie meilleure. Celle de Fourier est de beaucoup la plus remarquable, malgré les objections qui lui ont été faites et que j'y trouve à faire moimême. Ses disciples me convertiront peut-être un jour, j'en dotttè un peu ; mais en attendant, monsieur, c'est avec le plus j< vif intérêt que je suis le progrès de leurs efforts.

» Vous pouvez juger, d'après cela, avec quelle attention j'ai lu 5 votre ouvrage, qui, je le répète, me paraît le plus propre à faire ' connaître Fourier et son système , et à les faire admirer tous

> deux.

* Recelez donc à la fois mes félicitations et nies remercîmenti,

s monsieur , ainsi que Tassurance de ma considération la plut

I distinguée.

1 Votre très-humble serviteur, ^. ^., .<^

t BéRANGEB. •

> Pus; . Il join 1843. •

On me pardonnera d'avoir cité jusqu'au bout; je ne pouvais mutiler une lettre écrite de la main de Béranger, encore' bien qu'elle me parût porter beaucoup trop haut le mérHè de mon ouvrage.

Sans méconnaître ce qu'il y a de fondé dans l'observation qui a trait au caractère de Fourier, sans nier, par conséquent, qu^ pouvait manquer à l'inventeur du phalanstère des quaytés précieuses pour mener & bien la réalisation de sa théorie , je petise qne Béranger était complètement dans l'erreur en croyamt'quo Fourier eût reculé , à l'occasion , devant la tâche de diriger iui^ même une fondation sociétaire, c'est-à-dire d'en organiser ef di^ tribuer les fa*availleurs suivant sa méthode ; car, à cela^ se rédiii* sait la part que Fourier se réservait dans l'exécution. Il y auimil lieu de rappeler ici quelques-unes des réflexions suggérées piff la letfi'e de M. Enfantin, citée plus haut, et d'insister encore sur la différence qui existe cnti*e le rôle que s'était conçu Fouiner et la mission à*apôire^ de pasteur d* hommes. Mais toute discossien, à la suite de la charmante épître de Béranger, serait déplacée, sinon même inconvenante.

Pour ce qui est des courtes intelligences qui ont besoin d'as^sistance étrangère pour comprendre un système quelconque^ pa» n'est besoin de dire qu'elles n'ont rien de commun avec Fîmmortel auteur de cent chefs-d'œuvre aussi parfaits de pensée que de forme. Les disciples de Fourier n'ont point. Dieu merci, A convertir le chantre de Lisette, de la Sœur de Charité, du Vieux Vagabond, etc.; sa muse n'est-elle pas toute pbalanstérienae^ et la muse de Béranger, c'est son cœur et son esprit à la fois : c'est bien l'homme tout entier.

(\Tote8, page 147.)

Fragment et une lettre adressée par madame Louise Courvoisiet au Rédacteur de la Phalange, et insérée dans le n» du i^^ Juillet 1838.

, 4..« Nul n'a dit qoe le pins grand par l'intelligence était anssi l^.pliu grand par le cœur; que l'honune de génie était aussi le ph» honune de bien et le meilleur des hommes.

Jamais une douleur , une plainte , une nécessité quelconque , p^. parvint jusqu'à Fourier sans trouver près de lui soulagement ou consolation.

U|i jour, rentrant chez lui, j'y trouvai Fourier et lui racontai que j'étais allée faire une visite , que je n'avais pas rencontré la - maîtresse de la maison, et que j'avais» en l'attendant, causé av«c la servante , bonne paysanne qui était occupée à raccommoder de» bas. Comme elle avait les yeux rouges et fort malades, je lui>avais demandé pourquoi elle augmentait son mal en travaiU kat ainsi. < Il faut bien, i me répondit-elle; el prenant l'occasion de dégonfler son pauvre cœur gros de chagrins , elle s'était mise, en pleurant, à me faire le détail des travaux qui dépas* saient ses forces depuis cinq heures jusqu'à minuit, t Ce ne serait rien, ajouta-t-elle, si au moins je pouvais contenter ma mai« tresse, n'être pas toujours grondée, injuriée, maltraitée. Si la tâche qu'elle m'a donnée à ces bas n'est pas faite quand elle rentrera, elle est dans le cas de me battre, et depuis trois mois qu^ j'ai quitté mon pays, et que ma tante, fruitière au faubourg Saint-Martin, m'a placée ici, je n'ai pu sortir une seule fois pour aller loi dire comme je suis mal en maison. * Et ce disant, elle fondait en larmes et séchait ses yeux malades du revers de sa main tout enflée et crevassée.

' t Donnes-moi l'adresse de cette tante, que j'y aille sur-le» champ, « interrompit Fourier, dont la physionomie s'était ani* mée de cette indignation si expressive qui lui était propre. « Je ne la connais pas, w lui répondis-je, car madame de B** étant rentrée, la conversation avec la bonne s'est trouvée interrompue. • C'est égal, j'irai, * reprit-il. Et changeant sa petite canne accoutumée contre un parapluie, car il pleuvait. Ui voilà en

route du faubourg Saînt-Honoré au faubourg Saint-Martin. Ce vieillard sexagénaire , le plus grand homme du siècle et de tous les siècles, celui qui a révélé à Thumanilé ses éléments et. sa puissance, s^en allant de boutique en boutique, tout au long de ce faubourg si étendu et si populeux, s'enquiert, questionne, interroge , demande à chaque fruitière si elle n est pas la tante de la pauvre fille, en trouve une enfin qui lui répoud : oui, l'informe de la souffrance de sa nièce , et revient , ayant rempli de tout point sa mission de charité.

Toutefois il n'était pas satisfait, c Cette femme, > dit-il essuyant sa tête chauve mouillée de sueur avec le petit mouchoir de coton qu'il tira de sa poche , < cette femme ne paraît pas avoir grand souci de sa nièce; j'irai demain à Sablonvillc, il y a là quelqu'un de ma connaissance qui a besoin d'une domestique, et de façon ou d'autre on la tirera de là. i

Et en effet il pourvût au sort de cette créature misérable avec la même activité que nos savants moralistes ou philosoph .s en pourraient mettre à briguer le fauteuil académique ou quelque sinécure.

Une autre fois , ne prévoyant pas la conséquence qu'en pourrait tirer la générosité de Fourier, j^ luis dis que j'avais une voisine veuve d'un officier de mérite et mère de trois enfants , qui , réduite à une extrême nécessité, s'était vue contrainte de se défaire de divers objets de valeur. Le tour était venu d'une petite statue en bronze de Napoléon, laquelle lui tenait tant au cœur que, dans sa détresse, elle délibérerait, disait-elle, si elle ne se laisserait pas mourir plutôt que de vendre sa statue.

t Combien eu veut -elle, demanda Fourier, je l'achèterai, i Et le leudemain il apporta les 70 fr. qui en étaient le prix, ai» >sant qu'il ferait prendre la statue.

Huit jours s'étant écoulés sans qu'il l'eût retirée , on la lui envoya. Mais le même commissionnaire , dont il eut soin de payer la course, la rapporta, et Fourier le suivant de près, gronda bien fort de ce qu'on avait contrarié sa volonté, disant qu'il prendrait cette statue plus tard, qu'en attendant il désirait qu'elle restât où elle était; et quelques instances qu'on lui ait faites depuis, elle y est si bien restée quelle s'y trouve encore.

Que les critiques de Fourier citent dans leur vie quel(|ue9

tf^is.j^idQgues, et oa les absoudra da manque d*élégaiice dans les foirni€s, de <)uèlquc inégalité dans Thumeuis on les dispen- ^ sera même de présenter pour excuse les ti*avaux immenses , les |Yellle» laborieuses , les sublimes conceptions de l'homme de gélie y et aussi les contrariétés , les amertumes , les douleurs dont it abreuvée toute sa vie. Sons compter cette macération poiite et habituelle du génie aux prises avec l'activité créatrice [ui le dévore, et la nécessité de gagner son pain de chaque jour, U tant et tant de choses bien capables de troubler à la surface nature la plus forte et la plus magnanime. Si personne ne se fût douté que Fourier était pauvre quand il fagissait de partager avec ses frères plus pauvres que lui , tout monde eût pu le croire riche dans ses relations de société : le premier cas, il tirait de sa boui'se 70 fr. pour une bonne iuvre f dans le second , il. n'eût pas voiUu qu'une femme payftt rois sous pour le port d'une de ses lettres. Couvert de vételents grossiers, vivant de privations et dur à luirmême, il trouvait toijjours le moyen de vous devancer en délicates et trop ^généreuses attentions; toujours dans l'occasion se montrait le plus libéral et le plus grand ; toujours à propos et avec grâce savait répandre quelques dons, quelques largesses, et, honorable en tout, savait avec les plus petites ressources subvenir et suf&re ^à tout.

... Mais s'il est possible d' exprimer les diverses manifestations [de l'âme et du génie de Fourier, qui pourra dire celles de son bDoble cœur dans l'amitié? Si jamais il ne s'engagea dans les voies de l'intrigue, ni ne flétrit son loyal caractère par une adulation envers aucune sommité sociale , encore moins le vit-on , pour se donner la nuance d'une certaine popularité , contracter hautement des alliances ou des amitiés réprouvées par ses anté« cédents. Les grandes proportions de Fourier n'allaient pas à ces petites mesures. Son œuvre , à lui , ne finissait pas , elle commençait; s'élevant sur toutes les gloires qui font ruine , et fort, et sûr de lui-mcme , il fut toujours un , invariable , absolu , dans les actes de sa vie comme dans la conception de son génie , et n'eut jamais de relations morales que selon ses sympathies avouées , d'amitié que selon son cœur et sa conscience ; une fois qu'ils avaient prononcé, ce n'était pas une banale promesse s'cf-

23a NOTÉS

fectuAntau gré de la convenance ou du caprice, c'était U4)açQ]c de coeur d'un grand homme , se réalisant en actes de dévouement sans restriction» sans bornes, comme toutes les autres manifesta-^ tiens de cette nature grandiose et énergique.

Ce stoïque qui jamais, quelle que fût son angoisse intérieure, ne laissa échapper une plainte ; si impassible dans la souffrance qu'on Feût dit étranger à sa propre personnalité , comme il ressentait celle de l'âme à laquelle il était uni par l'accord intime ! comme il comprenait la souffrance de cette âme ! comme il se plaisait à l'abriter au sanctuaire de sa sainte amitié , à la conso* 1er, à la réconforter, et par F onction de la parole et loiwmittrant , non à travers de mystérieuses prophéties , cette étoile qui brille k l'Orient, mais loi faisant toucher au doigt et compter Les merveilles de cette terre promise où sa science faisait -enteer rhumantté , et où nos douleurs retomberaient en béatitudes eur la tête de nos' en&nts !

En présence de cet homme si grand , si puissamment ver<tueux, aux prises avec la stupidité, l'ingratitude, i'égoïsme et tous les vices de son siècle , qui eût osé faire compte de sa ft^ tite individualité?... Le contemplant à travers son génie, sa misère et sa foi , on se sentait élevé , agrandi. La lumière de sa divine auréole se reflétait sur vous ; transfiguré comme les disciples de Jésus, on s'écriait : t Seigneur, nous sommes bien ici; :■ l'âme .ravivée croyait, espérait, aimait, et l'on n'était plus malheureux...

*.. L*amitié de Fourier n'était ni adulatrice ni servile. 11 disait haut la vérité, il était sévère dans ses conseils. Il tranchait au vif • quand il s'arifissatt d'une faute à commettre; mais une fois qu elle était commi:iie, il ne songeait plus qu'à la réparer, et à ses périk et dépens , et sans que jamais un reproche , un mot , rappelât la faute et encore moins le bienfait..

Le dii*ai-jc , ô le meilleur des hommes ! les torts même dd l'ingratitude ne déconcertaient ni ne lassaient ta longanimité , et l'expression du repentir n'était pas nécessaire pour te trouver magnanime. Placé si haut dans l'échelle des êtres , tu les dominais par Timmcnsitc de ta vertu comme par celle de ton génie. C'était avec une tendre compassion que de ton ciel tu voyais ces pauvres civilisés se débattre au sein de leurs erreurs et de leurs

DE L/l PREMIÈRE PARTIE. 229

mècùx^ réSttltafs inëdtd)Ies les uns des nùires; tendant la maîn adt *plns procbes , ta les relerais et les relevus encore , sans cdTiJinpteit et sans t'irriter , calmte et immuable en ta miséricorde autant que Dieu lui-même... LouiSB tiOORVOisiBR.

(Note 9, page 150.)

Langage de Fourier sur Jesus^Christ et sur les croyances

religieuses,

-F^Nirier loi-méme a donné le commentaire des paroles de Jé^ sna-^lfarist au sujet de la femme adultère,

K Pour la femme, il (Jésus) étaUit la réciprocité de libertés , en i£sftnt aux dénonciateurs de la femmo adultère : Que celui de vous qui n* est pets coupable lui jette la première j^erre. C'est dire en substance : c N'êtes -vous pas autant et plus coupables. 9 qu'elle? Vous passez voti'e jeunesse à séduire les femmes , et f TOUS les dénonces quand elles tombent Haas vos piégés. » — IlliMit punir les deux sexes ou n'en punir aocun< Cette justice n'est pas praticable en civilisation, mais dans les sociétés 6, 7, 8| qui ~ établissent la greffe piréservative des excès en passions. • Fausse indvsL , t. II. p. 511.

Dans plusieurs autres passages du même ouvrage et du Nou^ reau Monde industriel, Fourier l'attache sa Théorie aux préceptes donnés par Jésus-Christ.

Il est deux personnages (dit-il , Fausse indusi, , 463) dont je ne pourrais pas m'isaler sans me renier moi-même : ce sont Je* sus'Christ et Newton. Jésus a prédit et provoqué très^instamment la découverte du mécanisme d'industrie attrayante. Ses contemporains ont refusé la tâche.

• Seize cents ans plus tard , Newton a commencé le calcul de rAttraciion, en matériel seulement, sans l'appliquer à l'indus* trie , à la mécanique sociétaire dont je suis inventeur. Aveugle sur cette partie , Newton a été très-clairvoyant sur toute autiT. Ma Théorie se rallie en tout point à la sienne et aux préceptes de JcsusrChrist que je vais extraire de l'Évangile.

f Comment donc pourrais -je outrager mes deux guides? Je défie que, dans mes Traités et écrits, on puisse trouver une

m NOTES

phrase qui, en parlant de Jésus- Christ, ne fasse Téloge (ie sqj|.. noble caractère et de sa haute sagesse. «

Ceci avait trait aux attaques dirigées par ï Univers relifieux et la Gazette de F)rance contre la Théorie de Foui'ier , à Foccasion d'un discours prononcé par M. Considérant au Congres historique y séance du 11 décembre 1835.

K Je laisse à chacun de mes pai'tisans , — disait à ce propos Fourier, — ' ses opinions religieuses, sans les contre verser ni m'en iuformer.

V Si donc il était vrai que M. Considérant eût émis quelque idée ofTensante pour Jésus-Christ (ce qui est très-faux), il ny aurait aucun sujet d* attaquer ma Théorie sur des additions, ou gloses, ou commentaires, qui ne seraient pas admis par moi.

* Mais la fougueuse Gazette m'a impliqué dans l'affaire et à déblatéré contre le Fouriérisme (nom qu'elle donne à ma Théorie de l'industrie attrayante).

» Elle dit que « je veux me faire Dieu du monde matériel; » ailleurs elle fait de moi un Messie : que de hautes dignités ! C'est dommage qu'elle n'y joigne pas un honoraire de quelque mille francs de rente.

* Est-ce donc se faire Dieu que de suivre le précepte divin : Cherchez et vous trouverez ? Et lorsqu'on a trouvé- quelque loi de Dieu, prétend-on se faire Dieu en l'expliquant aux hommes? Newton et Kepler se sont-ils faits Dieu en cbercbant , trouvant et publiant les lois de Dieu sur le mécanisme et l'équilibre des astres? »

Je ne rapporterai pas ioi les divers passages de l'Evangile sur lesquels Fourier s'appuyait pour montrer que la doctrine de Jon sus-Ohrist se concilié parfaitement avec la perspective d'un or^ dre social qui procurerait le bonheur dès ici-bas ; mais j'en^ gage les hommes religieux, vraiment animés de l'esprit de charité chrétienne, à lire cette partie des écrits de l'auteur de la Théorie sociétaire. Nouv. Monde ind,, 423 à 450; Fausse ind.^ t II, 457 à 516.

Fourier s'étayait surtout de ces paroles du Chiist : 0 hommes de peu de foi, ne vous inquiètes^ point en disant: Que manyerons^nous , que boirons-nous? de quoi nous eâirons'nous? Car votre père sait que vous en avez besoin. Cher*

chez donc premièrement le royaume de Dieu et sa justice» et toutes ces choses vous seront données par surcroît, S. Matth. , w, 31, 32, 33.

Paroles qn41 commentait ainsi :

c Jésus-Christ promet Tabondance des biens matériels , mais sous condition qu'on cherchera le royaume de Dieu et sa jus^ tice : or, qu'est-ce que ce royaume? C'est le régime d'industrie combinée, attrayante, où la pratique de la vérité et de la justice conduit à la fortune, tandis que le mensonge et l'injustice conduiraient à la ruine et au déshonneur : dès lors tous les humains sont justes et vrais*PAR amour des richesses; la cupidité, aujourd'hui vicieuse , deviendra source de vertus , parce qu'elle ne pom'ra se satisfaire que par emploi des vertus sociales, justice et vérité. »

Fourier trouvait dans sa conception même sur les sociétés humaines , la justification du dogme chrétien de la résignation et du sacrifice. « La Civilisation, disait-il, établit toujours privation graduée pour les 7/8 au moins des individus ; il faut donc à cette société une religion qui prêche les privations. »

{Conversation écrite de 1821.)

a Jésus , t dit ailleiirs Fourier , « Jésus prêchant la résignation , le sacrifice , pour les quatre âges de chaos social , émet la plus sensée des doctrines; c'est la seule impulsion sage qu'on paisse donner à des peuples chez qui l'immense majorité manquera constamment du nécessaire.

« Mais à cette doctrine de sagesse négative , Jésus joint celle de sagesse positive , admettant l'amour des richesses , des biens de ce monde et de l'insouciance , dans les quatre sociétés d'industrie attrayante, où régnera la grande abondance, et où les passions , étayées de la greffe à quadruple contre-poids , seront garanties d'excès. » F. ind.y II, 610.

Deux pages plus loin il ajoute :

K Toujours les sophistes ont médité et tenté une réforme religieuse , il n'en est aucun besoin : le christianisme s'allie à toute la doctrine d'harmonie, pourvu qu'on accepte la prédiction des SiDntes Ecritures et qu'on pratique selon le droit sens les trois vertus théologalest

Sâ2 NOTES

« On les'A travesties toutes trois pour les pHer aux contenances du chaos social; on a transformé :

» La Foi en scepticisme et demi-athéisme ;

> L'Espérance en immobilisme ei fatalisme ;

« La GHARiré en pessimisme et obscurantisme, »

Après avoir expUqué ces (rois propositions , Fourier contînne ainsi :

* La charité est précisément ce qui manque aux chrétiens mor dernes et surtout au clergé : je parle de la charité intégrale ^ spéculant sur le hien de Thumanité entière, et non pas sur rineffîcace charité à* aumônes qui ne sert qu*i enraciner le mal, comme on le voit en Angleterre où le secours annuel de 200 millions, en taxe des pauvres , n^ahoutit qu'à envenimer la plaie.

I Un clergé charitable serait ému à Tidée d'abolir d*un seul coup l'esclavage et l'indigence par foute la tetre,

» Un clergé charitable dirait : Si G. F, n'a trouvé qu'un gerine de mécanisme sociétaire, deux ou trois essais successifs comlui^ ront au but, en rectifiant les erreurs.

V Ce sera une voie de conquête religieuse sur les bai'bares et sauvages et sur les dissidents chrétiens... *

Dans plus d'un passage du Traité de VUnitc universelle, il est aussi rendu hommage au christianisme. Proposant aux philoso* phes modernes Fexemple de saint Augustin, afin de les engager à se rallier à la vérité sociale , comme l'illustre pénitent s'était rallié à la vérité religieuse , Fourier disait dans son ouvrage de 1822 :

c Lorsqu'il vit le culte des faux dieux chanceler, saint Augaslin ne balança point à se ranger sous la bannière du vrai Dieu. Lui seul fit plus pour le progrès de la religion que n'aurait fait une grande armée. En suivant un parti perdu, il serait reste dans la médiocrité ; en se ralliant à la lumière naissante , il s'éleva au faite de la renommée. La conjoncture est ici la même :, c'est toujours la cause du vrai Dieu. Chez les anciens, il fallait arborer sa bannière religieuse, la doctrine de Jésus* Christ, ou voie du salut des âmes; chez les modernes, il faut arborer sa bannière industrielle , la théorie d'association unitaire , ou voie du salut des corps. Rome enfanta l' Augustin religieux ; que Paris enfante l' Augustin social. » (Prolégomêne; intermède,)

^ ^f^^if^pty dVUenrs, o'avAit pas attendu l'âge auquel, comine on dit, le diable se fait ermite, ni l'époque d'uojB prétendue réaction religieuse , pour se prononcer contre l'athéisme et le matérialisme. Dès le principe, il rangeait ces deux opinions dans la gamme des résultats funestes de la société civilisée, résultats servant , suivant lui , d'indices d'égarement ; et , contrairement à ce qu'on raconte de certains philosophes contemporains, il n'avait pas à cet égard deux langages, l'un pour l'intimité, l'autre pour fé' publie. Foorier, en eïfet, écrivait à Muiron sous la date du 6 décembre 1S18 :

c L'athéisme est une maladie morale qui règne chez ceux mêmes qui s'en croient le plus exempts ; car tous les hommes pieux sont des demi «athées qui ne croient pas & l'universalité et & l'intégralité de la Providence ; qui veulent que la raison humaine soft supérieure à Dieu en législation , que celui qui a su faire des lois d'harmonie sociale pour les astres et les insectes, n*ait pas su en composer une pour les hommes. Rousseau et Montesquieu sont âti nombre dé ces demi -athées qui, se croyant aptes à faire un code, plaçant la divinité au-dessous de la raison humaine, rédui- ^nt là Providence au rôle de génie limité, insuflisant. C'est une injure peut-être pire que de la renier.'

» Les matérialistes sont bien plus nombreux qu'on ne pense. La civilisation donne à cette opinion un accroissement rapide, une influence que ne lui donne pas la barbarie. Les religions qui admettent Timmortalité ne sont point persuasives et ne démontrent rien. Elles rendent la divinité odieuse par leurs brasiers d'enfer. Elles restreignent les plaisirs de l'autre vie à des visions contemplatives, tandis qu'il est prouvé par le noctambulisme que notre âme pourra jouir des plaisirs sensuels sans l'intervention des sens actuels , puisque le noctambule voit fort bien les yeux fermés et malgré le carton interposé. Enfm, tandis que la philosophie exerce Tart de nous dissuader de l'immortalité , la religion, inhabile à persuader, consomme en sens négatif le mal que la philosophie fait en positif : admirable concours de maladresse, qui obtient dans notre siècle un succès toujours croissant et complète la gamme des sept plaies subversives. •

Je n'exposerai pas ici les^ idées de Fourier touchant la vie future. Seulement je vais citer quelques lignes de sa corrcspon-

23i NOTES

(tance relatives à des objections qui lui étaient faites sur ce point :

« Les observations de M. G"*^*^ contre la théorie. de rimmortalité sont déraisonnables. Que nous a-t-on appris à ce sujet? Rien du tout. Au moins j'enseigne quelque chose , et je n'enseigne qu'en application et connexion au système Je Tunivers , au mouvement composé. Ainsi ma théorie ne donne point dans l'arbitraire et l'imaginative. D'ailleurs » tenez pour certain que les hommes qui avec le mot de folie esquivent tout raisonnement et prodiguent dix fois dans une phrase les verbiages de fou, folie, démence, verbiages qu'on appliquait déjà à Colomb et à Galilée,'' sont généralement des hommes bornés en génie et faibles en raisonnement. » (Lettre du 22 décembre 1825.)

Quelques personnes allèguent des scrupules religieux, lu crainte d'être ébranlées dans leur foi, lorsqu'on les engage à prendre connaissance de la théorie sociétaire. Voici ce que Fourier écrîyait en 1823, au sujet d'un scrupule de cette nature témoigné par un homme que Muiron voulait amener à la lecture du Traité de r Association :

t Vous me racontez une plaisante réponse de ce personnage qui craint que telles idées ne le fassent chanceler dans sa foi. C'est donc une foi bien faible. Si ces Messieurs avaient foi en l'universalité de la Providence , ils ne craindraient pas d'en calculer les effets. Mais avec leur demi-piété ils sont aussi pitoyables que ceux qui n'en ont point »

(I^ote 10, page 161.) Discours prononcés sur la tombe de Foitner ^

M. COXSIDERANT.

Voici descendu dans la tombe l'Homme puissant par l'intelligence , qui seul a accompli l'œuvre la plus auguste que puisse concevoir le génie de l'Humanité : la découverte des lois de

V Harmonie sociale et des Destinées universelles FOURIER,

le Rédempteur du monde , a subi le sort que fait à toutes les intelligences transcendantes une société qui n'a pour ses grands

b%mmes que le fiel , le vinaigre et la couronne d'épines Il est

mort obscur et enc(>rc méconnu de son siècle.....

Dès Tadolescence, il se sentit obsédé par la passion des découvertes, tourmenté du besoin de créer et de s'illustrer en s'aventnraiîl dans les régions inexplorées de l'intelligence.

A dix-neuf ans, il découvrit en se jouant le chemin de fer, idée négligée par lui, et qui plus tard a changé la face, du Nouveau-Monde et devient maintenant ud des premiei*s éléments de la haute industrie européenne.

FOURIER ne s'arrêta point à cette invention ; un pareil trophée était bien peu de chose pour retenir le mouvement de ce Génie, qui, bientôt après, entrant à pleines voiles dans Focéande Tinconnu , devint le Christophe Colomb du Monde social et le Révélateur de la Loi des Destinées universelles.

FOURIER n'avait pas encore atteint sa trentième année qu'il avait fait déjà ses découvertes capitales dont la prise de possession ne date pourtant que de la publication de la Théorie des quatre mouvements , qui parut en 1808. 11 ajouta en 1814 à ses découvertes précédentes celle des lois du mouvement aromal. Son œuvre fut dès lors complète dans ses bases, et, depuis cette époque , il s'occupa d'en organiser les détails qu'il produisit , en 1822, dans le Traité de f Association , ce monument colossal qui dépasse de mille coudées les œuvres des génies les plus transcendants , et qui n'aura jamais de pareil sur cette Terre , car on ne peut pas découvrir deux fois sur le même Globe les lois de FHarmonie sociale et le système des Destinées universelles.

Eh ! comment s'est passée cette Vie qui a produit des travaux si merveilleux que la postérité refusera peut-être de croire qu'ils soient l'œuvre d'un seul homme ! La société au sein de laquelle ces facultés si prodigieuses se sont manifestées , en a-t-elle du moins favorisé l'essor ? L'homme doué de cette intelligence ineffable a^t-il trouvé une providence sociale qui l'ait accueilli , qui l'ait soutenu dans ses grands enfantements? Hélas! FOURIER atteignait bientôt sa soixantième année, qu'il était condamné encore à passer sa journée dans un bureau et à copier des lettres de commerce pour gagner le pain du lendemain!...

Cette profession, qui avait éveillé de si bonne heure les répugnances de son caractère et les réprobations de son génie, absorba sa vie presque entière : et (comme si tout devait être

tae NOTES ^

pro^i^MUc dans TbisUirc: de cet esprit si haut et âi-.|i^yffl^ dant!) les occii|)ation8 continuelles qu'entraînaient dca ijoiQçU^Qfi si peu en rapport avec sa nature ne laissent pour ainsi dire, pas de moyen humain à la raison pour expliquer ses travaux* et ses découvertes

Mais ce n*ëtait pas tout qu'une vie pareille fût sacrifiée kn:^ fonctions les plus subalternes. La société dans laquelle nous vivons réservait encore à Fourler le prix dont elle a rémunéré jusqu'à présent ses grands hommes : le délaissement, la dérision^

l'insulte, le crucifiement Cette société, qui appesantît sur les

màbes le j6«3 de la misère et de la faim , qui abandonne les etofants sans secours, et qui ne hdsse au génie pendant sa vie qm l'oubli, ledëdaiii et le désespoir; cette société impieî FMifiâri^a blessée, à mort Mfûs avant de succomber , elle s'est vengée : Foutiermeurt sa victime! Il n'a seulement pas pu, comme lUo&e, contempler les riches vallons de la terre promise, <lç la terre de l'avenir, vers laquelle, dès maintenant, le pouvoir de son intelH|[ence conduit et pousse, çncore à leur insu, les générations humaines

Ce qu'il a fallu d'énergie à Fonder pour accomplir sa destinée. noDs le ferons connaître un jour. . ».

- La résistance et l'énergie de cet homme extraordinaire ne pf^Ur vent être comparées qu'à la puissance de son intelligence. Dans sa 'dernière année , sa volonté seule faisait vivre son co^rps u^^ exténué.... Rien n'a cédé dans son âme , et le grand homme. e^t mort conmie il a vécu , dans son Gé.vie et dans sa VoLOiflTéi...

En rendant aujourd'hui les derniers devoirs à Fourier, ses disciples ne lui font que des funérailles provisoires. Fourier n*appartient pas au petit nombre d'hommes qui ont jusqu'ici coinpris sa parole ; sa parole est adressée à l'Humanité entière ^ die doit être comprise de l'Humanité entière. Cet Homme appartient à l'Humanité. Ses funérailles ne peuvent être faites que poc le Globe , auquel il a apporté la vérité , la liberté , la justice et le bonhenr.

Nous nous sommes considérés conune les gardiens d'ua dépôt sacré; n'ayant pu conserver, dans le Monde inierieur, jusqu'à^ jour du triomphe , T Ame qui vivifiait ce corps , nous avons fî|i^ baume retigieusement les restes pourles transmettre aux f^éné^^

fions fiifurés , qtii répareront par la pins immense gloire la plm

fAmicnse îngratîlnde. -

. Dès aujourd'hui la postérité commence pour le Gi^and Homme ; des aujourd'hui sans doute (puisqu'il est descendu dans la tomhe !) la justice et le respect vont remplacer à son égard te dédain et la dérision, qui sont fatalement, dans cette société, le lot des génies utiles. Quant à nous, ses disciples , nous n'avons maintenant qu^un monument à élever à sa mémoire ; ce monument est un Phalanstàre.

La gbire de Fourier est assise, dans ses œuvres, sur une base MtébranUble. Il s'est hâti san moDunaent lui-même ; et yolçi l'intOriptioA ^u'il a gravée de sa main sur ce monument éternel :

t C'est peu de désavouer la philosophie morale qni prétend chànî ger les passions; il fallait, pour rentrer en grâce avec la nature, étudier ses décrets danâ V Attraction passionnée qui en est l'interprète. Vous faites parade de vos théories métaphysiques; & ' quoi donc les employez- vous, si vous dédaignez 'd*étndicr 1' Attraction , qni tient le gouvernail de vos âmes et de vos passions? Vos métaphysiciens se perdent dans les minutiez de l'idéologie. Eh ! qu'importe cette broutille scientifique? Moi qui ignore le mécanisme dés idées, moi qui n'ai jamais iu ni Locke ni Condillac , n'ai-je pas eu asses d'idées potir inventer le système eutier du mouvement universel , dont vovs n'avez découvert qae la quatrième branche, après SdOOans d'e^orts scientifiques?

1 Je ne prétends pas dire que mes vues soient immenses, parce qu'elles s'étendent là où lés vôtres n'ont point atteint ; j'ai fuit ce que mille autres pouvaient avant moi , mais j'àî marché au but, seul, sans moyens acquis et sans chemins frayés. Moi seul j'aurai confondu vingt siècles d'imbécillité politique , et c'est à moi seul que les générations présentes et futures devront l'initiative de leur immense bonheur. Avant moi, l'Humanité a perdu plusieurs mille ans à lutter follement contre la Nature ; moi, le premier, j'ai fléchi devant elle , en étn(fiant l'Attraction, organe de ses décrets. Elle a daigné 'sourire au seul mortel qui l'eût encensée; elle m'a livré tous ses trésors. Possesseur du livre des destins, je viens dissiper

23Ô KfOTES

t les ténèbres politi(|ues et morales , et sur les ruines des scien- > ces incertaines, j'élève la Théorie de THarmonie universelle :

" K.regi monununttm œre perenntut. »

M. Philippe Hauger.

Quel cri de douleur sera digne de donner le signal à la

douleur de THumanité ! . . . L'homme dn dix-n«ttvièiiie ùècle, rhomme qu'avait pressenti le gébie perçant de De Maistre , est là couché devant vous, et ce peuple innombrable, qui vient de perdre le Rédempteur social , se meut aujourd'hui comme hier dans les angoisses de son travail maudit.

Insoucieux comme Tenfant que la mort de son père trouve occupé des hochets que lui présente sa nomrice, il ne sait pas, ce peuple , que le dernier mot de nos longues discordes est enfin trouvé ; il ne sait pas que celui-là n'est plus, qui a démontré les magnificences de la lot naturelle du développement social, qaî a sondé les profondeurs de nos plaies et en a assigné , d'une liiain sûre , le terme et le remède , et que du sein de cette tombe auguste jaillira pour lui , dans un avenir qne toutes les classés de la société sont intéressées à rapprocher, la synthèse vivifiante de l'abondance et de la justice , de l'wdre et de la liberté , l'Harmonie enfin soKdement assise snr l'intime communion de tous les intérêts, le bonheur résultant de la satisfaction intégrale des besoins de tous , devenue possible par le plein exercice .des facultés de tous.

Qu'il me soit permis, en rendant ce dernier hommage à notre Maître vénéré, de répéter les beaux vers du poëte qu'il aimait, ces vers que je voudrais voir consacrés par l'inscription funéraire , parce qne , assortis à la nature propre du génie de Fonrier, ils fixent avec autant de précision que d'éloquence la grandeur de son œuvre , et semblent enfermer le sublime dans le cadre simple, sévère et beau d'une sensible démonstration.

Amcs longtemps régna la Loi du ucrifiec : La vie asscx longtemps fut pour l'homme un supplice Où de pleurs et de sang il arrosait son pain. FoLRiKR nait, et pour lui l'éternelle haruonie. Qui régit tons les corps dans la sphère infinie Devient la loi du genre humain.

DK LA PREMIKRË PARTIE. 239

Eb quoi ? c«s passions , mobiles de nos âmes , D*an céleste foyer sublimes saintes flammps , Qui font que l'homme sent, aime, désire, agit; n faudrait, réprimant leur puissante influence , Les combattre toujours , les réduire au sileucc.... .

Et pourtant c'est DIEU qui les fit

Xon , non : tout ce qu'il fait est bon , est adoral>le; Il s'est traduit lui-même en son œuvre immuable , Et v«oloir changer l'homme est une impiété. Depuis quatre mille ans que tu la moralises , Philosophe impuissant, faut-il donc qu'on te dise : Qu'as-ta faîtdo rH&manité?

Le monde vaut-il mieux qu'en ses jeunes années? Les générations par le temps moissonnées Ont-eiles plus souffert , hélas l que nous fOuffroMt Sons la nécessité, sous la loi de contrainte. Qui brise tout noire être en «a mortelle étreinte , Faut-il moins bas courber nos fronts?

Va , Itt parlas sans fruit et tu parles encore ;

Le lide de tes mots d'un grand nom ee décere , Et sans la pratiquer, tu prêches là Vertu. Ces préceptes si beaux que ta science étale , Ce Devoir, qui toujours ressort de ta morale , Oh! dis «nous, les accomplis-tu ?

Cesse donc , a la fln , une entreprise vaine : Changer le cœur humain î — Tu mourras à la peiiMik DIEIJ fit les Passions , il les faut accepter. Leur essor comprimé dut le»- rendre fatales , Trop semblables alors k ces fortes cavales

~ Qu'on peut guider mais non dompter.

Crois moi , ce n'est pas là que le Malheur réside; Il est tout dans le cercle anarchiqne et stopide Où malgré tant d'efforts tourne le genr« humain. C'est la Société qu'il faut que l'on réforme; Seule elle peut clianger, elle seule est difforme ; C'est là qu'il fant porter la main.

Xon pas à la façon des parleurs politiques , Misérables pillards àoi vieilles républiques , Où mourait de famine un Peuple souverain Réformateurs sans but , apôtres sans croyances , Qui courtisent la foule , et n'ont pour ses souffraneif Qu'un langage perfide et vain.

Non. — Mais voici Fourier! écoutez sa parole : • iJumanilé , dit-il , j'apporte la boussole

Qui te fera ironvcr des flofi moins en conrronx. * Et tel que Dien l'a fait» tfi saisissant de 1 Homme , Tons ses penchants divers, il les compte , il les nomoM:, Et sa loi les accepte tons.

Ces besoins , ces instincts que dëcrit son génie , Deviennent les ressorts de rhomaino Harmonie «

Dont la cr^tion est l'image à nos yeux. Notre âme , à ses accents noblement élargie , Comprend mieux sa puissance et son analogie ,

Avec Dien , la Terre et les Cienx.

Sa loi ne contraint plus, mais elle attire , cxcîl»» Ouvre large carrière au talent qu'elle invite , Sans appauvrir le riche , enrichit l'indigent De notre Destinée expliquant le problème , C'est sur rATTBACTioN qu'il base son système. Vaste, complet, intelligent.

Tonte capacité dans ses groupes se range ; Des groupes rapprochés il forme la PMange. Nos efforts, jusqu'ici divergenla, opposés. Dans un accord parfait enGn se réunissent ; L'universelle paix, I'Unit^ s'établissent; Les hommes sont harmonîséi

Prophète de l'espoir , Newfon de l'Ame humaine , Du Ciel avec la Terre il rattache la chaine , Et sur l'ordre absolu fonde la Liberté ; Le Globe n'est pour tous qu'un immense héritag*. Chacun suivant son droit est admis an partage ; N'est-ce pas là l'Egalité?

Il rend la force an corps , à Tlmo il rend U joie ; De sa main inspirée il nous montre la voie; Le plaisir est le guide , et le but le Bonheur ! Kt voili qne , pour prix de son essor sublime , De nos savants du jour la fonle magnanime N'a pour Ini qu'un dédain moqueur !

Ainsi l'homme toujours est ingrat au génie ! Colomb de l'ignorance et de la calomnie Languit quinxe ans victime , à la honte des rois ; La ciguë , ô Socrate ! & ta coupe est mêlée ; Sous l'Inquisition succombe Galilée ,

Et l'Homine-Dieu meurt sur la croix !

(Cette pièce de vers, publiée d'abord dans Y Impartial de Be^ sançon en 1834, est de M. Aaguste Dembsuay^ d^ulë du Doubs, membre de l'Académie de Besançon. )

U\B ODR DB POUBIKR.

Comme comolémcnt des mauifestaHoQS de Pourier sur lui-

même , je vais citer quelques strophes d'une ode qu'il composa peu de temps avant sa mort et qu'il laissa inachevée. Après avoir subi pendant trente ans la raillerie et l'insulte, n'est-il pas bien permis à l'homme de génie , au moment où il va descendre dans la tombe, de protester une dernière fois en- faveur de son œuvre toujours méconnue^ et d'entonner ainsi lui-même l'hymne de sa propre apothéose qu'il pressent ? Cette noble as* surance n'a-t-elle pas quelque chjse de sublime et qui l'élève bien an-dessus d'un mouvement de vanité ou d'une suggestion de l'orgueil ?

Jugtcf qui souffrez en filoace , An dédain partout condamnas ; Peuples qni dormet cochai nés Par la terrcnr et l'iudi^Dcc , L'instant du rëveil eitt sonné :

Un prophète aux humains donné Vient du sophisme écraser l'hydre.

Cinq mille ans le crime a régné ; Knfîn s'épuise le clepsydie Aux temps d'infortune assigné.

L'homme aux faux savants se confié; I)ctrompes-\ous , peuples pI roû.

Cesses de demander des lois A l'absurde philoaophie :

De SCS rhéteurs présomptueux Xaissent des codes tortueux , Dé'Islo anx méchants favorable.

Mortels , repoussez ce poison , N'attendes un code équitable Que de la divine raison.

nendez grAce à sa providenca ;

Recevez cette loi des cieux , *

Dont un génie audacieux

Sut acquérir rintclligcnce.

Réformaicurs civilisés ,

Fléaux des peuples abnséi ,

Fuyez , la vérité s'avance :

Tombez , légistes ténébreux ,

Peuples , chantez la délivrance »

Voici venir les jours heureni. 9

Les strophes qui viennent ensuite roulent sur les torts de la science et les travers de Tcsprit civilisé. Elles ne. sont québau* chées et elles sont suivies d'une apostrophe aux- détracteurs :

Et toi , volcan de calomnie , Siècle abject , fardé de progrès , Dont les ironiques arrêts Enchaînent l'essor du |][énie!

C'est par un calice de fiel Que des hautes fac^eurs du ciel Tu récompenses le message.

Mes travaux seraient donc flétris !

Trente ans de dégo&ts et d' outrage De mes veilles seraient le prix !

Paris , moderne Bibylone ,

Lorsque de mes pénibles jours

La Parque aura tranché le cours ,

Tu voudras tresser ma com'onne.

Tes fils viendront sur mon cercueil

Déplorer ton vandale orgueil ,

Illustrer, venger ma mémoire : I

Ils conduiront au Panthéon i

Ma cendre , plus riche de gloir* i

Que César, qne Napoléon.

FIN DK& NOTES i)fi LA PREIIIÊRE PARTIIL

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