‹ Fourier; sa vie et sa théorieChapitre 24 sur 66 · LUBINE F · texte numérisé non relu

LUBINE F

Nous avons reproduit cette lettre parce qu'elle est caractéristique en ce qui regarde M'"<> Fourier mère : elle montre quelles étaient les influences que Fourier sencontrait dans sa famille, et peut nous expliquer aussi pourquoi, lorsqu'il envoyait à la maison ses comptes de dépenses, il ne négligeait pas, comme on le verra plus loin, les précautions oratoires.

Testament de M* Fourrier pèrtt.

Au nom de Dieu, ainsi soi^il. Je soussigné, Charlcs Fourkieh. négociant demeurant à Besançon, désirant disposer de mes biens, après avoir recommandé mon âme à Dieu, ai fait mon testament solennel comme s'en suit :

Je laisse le soin de mes obsèques et de faire prier Dieu pour le repos de mon âme, à dame Marie Muguet, ma chère épouse, me confiant qu'elle s'en acquittera pieusement.

Je nomme et institue mes héritiers universels, Charles Fourrier, mon fils unique, et Marie, Lubine et Sophie Fourrier, mes trois filles, savoir : ledit Charles Fourrier, mon fils, dans deux cin<» quièmes des biens que je délaisserai, et Icsdiies' Marie, Lobme

BliLATlVES A LA FAMILLE. , 247

etSophie Fourrier^ cUacone dans uo antre cinquième desdits biens, aux chargea de dfoit.

Je donoe et lègue à ladite dame Mngaet, mon épouse^ l'nsafruit de tous mes biens, sa vie natarelie durant, sous les conditions toutefois ci-après énoncées, c'est à savoir :

i^ Qae« dans le cas où mes filles trouveraient à faire on ma- ' riage convenable de l'agrément do ladite dame Içur mère et de celui de leurs tutears, curateurs ou parents, madite épouse sera obligée de leur relâcher l'usufruit de la moitié à quoi se sera porté chacun de leurs cinquièmes dans ma succession, et de ce jour de leur mariage;

9» Que madite épouse sera de même obligée de relâcher à Chartes Fourrier, mon fils, l'usufruit et jouissance du tiers de ce qui devra lui revenir dans ma succession, si, ayant l'âge de vingt ans accomplis, il fait le commerce à son compte ou se trouve intéressé dans quelque société ; qu'elle sera de même obligée de lui relâcher un second tiers dudit usufruit, si, parvenu à l'âge de vingt-cinq ans et engagé dans le commerce, mon fils vient à se marier; enfin qu'elle sera obligée de lui relâcher le restant dudit usufruit, dès qu'il aura trente ans accomplis; que si, au contraire, mondit fils ne se déterminait pas pour l'état du commerce, en ce dernier cas madite épouse sera obligée de lui relâcher la moitié dudit usufruit, mais seulement lorsqu'il sera parvenu à l'âge de trente ans accomplis : le surplus dudit usufruit demeurera à la libre disposition de madito épouse, à charge par elle, dans tous les cas ci-devant prévus et qu'elle jouira de mesdils biens, élever et entretenir nos enfants suivant leur état et condition; dans let^as où madite épouse viendrait à passer à de secondes noces, je la

prive, du jour de son mariage, de l'usufruit desdits biens

Gomme je prévois que, pris égard à la nature et à l'espèce de mes biens, il sera indispensable d'en faire un inventairCr je veux qu'il y soit procédé par deux négociants qui seront convenus et nommés dans une assemblée de parents.

Je révoque tous autres testaments que je peux avoir faits ci-devant; je veux que le présent vaille seul et subsiste.

Je déclare que ledit présent testament a été écrit tout au long à ma réquisition par M. Jean-Antoine Poulet, conseiller du roi, et à mesure que je lui en ai prononcé les dispositions; et ledit notaire

PouUtm'ea ayaBrfait lecture, en ayant pris teetttreiiioi*iiiéA#,.;je Fai trouTë conforme à mes intentions, pourquoi je l'ai signé- êf^, ledit notaire, en ma résidence à Desançoo, ce 15 juillet i79i. - ^

Signé à la minute : Charles Fourrier, et Poulet, notaire.

Lettre de M. Martinon à if"*« veuve Fourrièf*

A Paris, le 2i octobre 1785.

Je savais que votre fils faisait très -bien dans ses classes et que tous les ans il remportait des prix ; vous désirez le mettre à Paris, au même collège que votre neveu Muguet, et vous me consultes là- , dessus.

Tous les jeunes gens ne sont pas M. Félix Muguet ; beaucoup sortent de nos collèges^ n'ayant pour tout mérite que beaucoup de présomption, et ne voulant &*adonner qu'aux sciences et' aux belleslettres, où ils ne font rien.

Dans tous les collèges, il y a des jours de congé où les jeunes gens vont à la promenade, conduits par un précepteur; cette pro-' menade leur donne occasion de faire beaucoup de connaissances :' sont-elles toutes bonnes ? tant mieux, mais j*ai la preuve du contraire ; Paris est la source du bien et du mat.

H. Félix, dans ses études à Besançon, avait remporté des prit.

En arrivant à Paris il a répété la classé qu'il venait de faire; malgré cela, aux compositions il était des derniers ; si votre fila voulait conserver la même supériorité, il faudrait qu'il rétrogradât d'une classe, ce qui le reculerait de deux ans.

Il vous a témoigné le désir de faire sa logique et sa pliysique : ce n'est pas nécessaire pour un négociant; vous croyez qu'il a du goût pour le commerce, je crains le contraire.

Je vous conseille de ne ^as gêner votre fils, laissez -le prendre l'état qu'il voudra; en ayant fait le choix lui-même, il n'aura rien à vous reprocher; si vous le forcez à prendre un état qu'il n'aime point, il le quittera et vous reprochera d'avoir usé de contrainte &' son égard : nous naissons tous avec de certaines dispositions^ et si les pères et mères étudiaient les dispositions de leurs enfant/ il y aurait plus de grands hommes en tout genre qu'il y en a.

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