RELATIVES A LA FAMILLE
'A Tblre place je laisserais faire à mon fils ses humanités à Be- 8àit«>n ; après, s'il me parlait de philosophie, je chercherais on homme capable qui viendrait chez moi lai enseigner l'essentiel de la lo|iq[ae, de la physique et des mathématiques pendant un an, ce qui suffirait, votre fils aimant le travail : il faudrait trois ans an collège pour faire ses cours.
(Suivent des conseils à M"* Fourrier sur le placement de ses fonds et oontre le projet de monter une nouvelle maison de commerce.)
il madame veuve Fourrier, à Besançon*
. . Lyon, 21 juillet 1791.
Madame^
Tai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire au commencement de ce mois. Elle m'annonçait un groupe de 900 iir yres dont je me suis entendu avec M. votre fils.
Je vous confirme. Madame, que rien n'égale la bonté du caractère de M. votre fils; il est doux, honnête et instruit ; il m'a fait le plus grand plaisir dans nos voyages. Il est dans ce moment-ci à Bellay, où il est allé passer quelques jours près de mesdames ses sœurs.
Il a grande envie de connaître le commerce de Marseillei où il désirerait que je lui procurasse une place; j'ai combattu cette idée de mon mieux. D'ailleurs, ce n'est guère le temps. Au reste, s'il persiste, je m'y emploierai de mon mieux.
J'ai l'honneur d'être avec une considération respectueuse. Madame, Votre très- humble et obéissant serviteur,
Bousquet.
Là ne devaient pas s'arrêter les bons rapports dxi Fourier avec la famille Bousquet. Le fils de son ancien patron conserva toujours pour l'auteur de la Théorie sociétairejes mêmes sentiments d'affectipn et d'estime dont son père lui avait donné l'exemple. Près de 40 ans plus tard, à propos d'une souscription qu'il s'agissait d'ouvrir pour faire face aux frais d'anuonces de son ouvrage de 1829, Fuurier écrivait à Just Muiron : • Mon premier actionnaire est
2o0 NOTES ^
■M. Bonsquet, de Lyon.* Et qaelqaes jours après : • Bousquet est i un .ami qui tient parole; il a fait insérer un -article dans les journaux de Ly6n.»
Deux lellres de Fourier à sa mère.
(LoFôqu'il écrivit ces deux lettres, Fourier n'avait paseneore 18 «as.)
Rouen, 8 janvier 1790.
Ma chère maman,
Vous me demandez si j'ai trouvé Paris à mon goûtP sans doote; c'est magnifique, et moi, qui ne m'étonne pas aisément^ j'ai été émerveillé de voirie Palais-Royal. La première fois qu'on le voit, on croit entrer dans un palais de fée. C'est là qu'on trouve.tout ce qu'on peut désirer, spectacles, bâtiments magnifiques, promenades, modes, enfin tout ce qu'on peut désirer. Quand vous aurez vu cela, vous ne penserez guère au palais des États (1). Et les boulevards où l'on voit des grottes de rochers, dé petites maisons toutes plus jolies les unes que les autres; ajoutez à tout cela les bfttimenU superbes, les Tuileries, le Louvre, les quais, les églises. On peut dire que c'est le pays le plus agréable qu'il' y ait; mais il faut y. avoir sa voiture, autrement on s'y crotte bien et on s'y fatigue bien : pour moi, qui suis bon marcheur, je n'en ai pas besoin.
Quand on compare cette belle ville à cet affreux pays de Rouen^ on croit être tombé d'un palais dans une prison. Vous me deman-
* dez si Rouen est beau : je vous dirai qu'il est impossible qu'il y ait sur la terre une ville anssi abominable; ce sont des maisons de boiâ d'une laideur dont on n'a pas d'idée. Elles sont noires et avancent à chaque étage d'un pied sur la rue. Les baraques de terre de la Bre.sse sont mille fois moins laides. Enfin, Saint-Rambert est une magnificence en comparaison. Cela n'est comparable à Lyon en aucune manière ; on ne voit que des paysans dans les rues.
Quant an oommerce, il y est très-considérable, surtout en épicerie et toilerie. Ce commerce de toilerie n'est pas difftcile; mais il est difficile de s'établir à moins qu'on n'y trouve une maison tonte
• montée. Car les marchands qui viennent acheter à Rouen ne chan-
(1) Le palais des Etats à Dijon, qai était probablemeot, au gré de M"« Fouricr mère, le plus bel édifice qu'elle coniiàt.
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géraient pas volontierd de commissionnaire. Les étofTes n'étant pas snjettes à changer de mode, ils ne peuvent trouver mieux chez l'un quecliezrauire. D'ailleurs, le commerce est trôs-monotone^ et on est obligé de demeurer à Rouen, qui est un pays triste, toujours rempli de brouillards, de boue et dp pluie.
Bien des «hoses, je vous prie, à mes oncles et à mes cousins et cousines.'
Je suis avec le plus sincère attachement, Votre fils, G. Fouaii^ .
Ne jogex pas de mon écriture par ce que vous voyez, car je suis ici fort mal à mon aise et sans canif.
(La lettre qui suit ne porte point de date, mais elle doit être antérieure de quelques jours à la précédente.)
Ma chère maman,
H suis depuis quelques jours à Rouen, où j'ai fait la connaissance de M. Bourgeois, qui est un homme fort honnête et qui m'a fait beaucoup de politesses.
M. Gardon, chez qui je suis, est un homme avec qui il parait qu'il est facile de s'arranger. On n'a pas beaucoup à faire à Rouen dans ce moment ; ainsi je ne puis rien vous dire du commerce que je ne connais pas encore.
J'ai resté à Paris quelques jours de plus <fne je ne comptais, parce qu'il a toujours fait mauvais temps- et que je ne pouvais guère courir la ville, et que le logement ne me coûtait rien ; j'étais avec M. Rubat et M. Savarin, de qui j'ai reçu beaucoup d'honnêtetés et qui m'a chargé de vous présenter ses respects.
Je vous envoie mon compte de dépenses, que vous trouverez sans doute trop considérable : mais j'ai économisé le plus que j'ai pu, et dans les auberges j'ai payé comme ceux qui étaient avec moi, gens de quarante à cinquante ans. On nous a toujours pris on peu cher, parce que nous étions en petit nombre.
Quant à ma dépense à Paris, elle n'est pas considérable : pour neuf jours, la nourriture, les spectacles, le logeiiient avant que je n'aie trouvé M. Rubat, les malles, le garçon de M. Rubat qui me peignait et tant d'autres choses, vous conviendrez que je n'ai pas trop dépensé. J'ai resté nn jour et Jemi à Rouen avant d'entrer
chez M. Gardon ; tout cela coûte. Ici tout est plus cher que obei nous, vous en pouvez juger ; ceux qui sont ici soldats nationaax paient 4 fr. pour faire monter leur garde, tandis que ehes nous c'est 24 sous : ainsi jugez du reste. J'aurai bien peu de 504 fr. pour un pays on tout est si cher.
Je finis en vous assuriut de l'attachement avec lequel je sois
Votre fils, FouRiEB.
MM. Gardon père, mère, fils et fille, sont tous musiciens, M"* Gardon fait aussi bien les affaires que son mari ; le fils a douze ans, la fille dix. Il conviendrait que vous écriTissies à M. Gardon.
J'ai donné deux louis à M. Bubat^ dans un moment où il n'avail pas d'argent sur lui, pour acheter une pelisse bleue à Mariette (1); je n'ai pas voulu qu'il me les rendit parce que c'était votre intention de lui eh acheter une. Elle n'est pas trop chère ; suivant ce que m'a dit M*' Gardon, elle coûterait bien plus à Rouen.
Dépense de voyage.
Reçu 524 liv.
Nourriture jusqu'à Paris et conducteur 33
Dépense à Paris, nourriture, logement, garçon,
spectacles, etc ^ . . 48
De Paris à Rouen, place et malle 36
Nourriture et conducteur. 4
Dépense à Rouen 7
. Pelisse 48
De 524 reste....... ^. 148
A déduire :
Pour anglaise, veste et culolte | que vous m'avez 48 Pour boucles d'argent S promis 12
Oublié dans ma dépense à Paris 3 liv. données au garçon de M. Savarin, qui me coiffait et qui nettoyait mes souliers ; 12 s. au portier, mettons 4
(i) La sœur aînée de Foui ier, M">« de Rubat. *
LETTRES A ilUlRON. rs
Jèé6ftam:iies, U8
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De.:.... , 504
•Reça 8i
Ikîsie.:. 450
& me faire passer quand il vous plaira.