‹ Fourier; sa vie et sa théorieChapitre 3 sur 66 · XII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XII PRÉFACE

v» K^gue, à un agitateur qui lui promet monts » et merveilles. Opposez à ce brouillon un » homme sage, qui représentera les dangers » des commotions politiques, leurs suites fu- » nestes, discordes civiles, guerres internes et ï> externes, dettes publiques, accroissements » d'impôts, réactions, fureurs des partis, etc., » il ne trouvera pas sur le nombre de ses audi* » tours un dixième de partisans; l'immense n majorité se rangera du côté du bateleur, t

Combien de fois la remarque de Fourier ne s'est-elle pas vérifiée depuis Tépoque (1821) où il récrivait 1

Loin de fomenter les divisions entre les différentes classes de 'citoyens, Tauteur de la théorie sociétaire se préoccupe constamment d'assurer la concorde sociale en les satisfaisant toutes sans exception. « L'erreur, écrivait-il en » 1826, où sont tombés nos philosophes civili- » ses, c'est de croire qu'il faut travailler au » bonheur des pauvres, sans rien faire pour les » riches. On est loin des voies de la nature » quand on ne travaille pas pour tous. » (manuscrits DE Fourier, tome publié en 1852, p. 2.4.)

Ainsi, partout, raisonne Fourier, montrant les moyens d'accorder les intérêts actuellement dissidents et hostiles et de fonder la paix publique sur la félicité générale, sur la satisfac-

PBËFACE. XIII

tion des besoins et des goûts de chacun, sans lésion pour personne, sans violence ni contrainte envers qui que ce soit. Grâce à sa découverte, le rapprochement, la fusion des classes s'opérera de leur plein gré» dans le champ même de l'industrie qui est maintenant pour elles le terrain privilégié de la discorde et l'arène du combat.

Je puis donc le dire avec assurance : Non, l'esprit du fondateifr de l'école sociétaire n'a été pour rien dans les désordres et les attentats dont nous avons été les témoins indignés et affligés. Sur les victimes innocentes, ou même coupables, de nos dernières fureurs; sur les raines que Paris présente encore aux regards stupéfaits des étrangers qui le visitent, je jure ici que la doctrine de l'association du capital, DU travail et du talent, conciliatrice de tous les droits et de tous les intérêts légitimes, doctrine essentiellement pacifique dans ses moyens et dans son but» n'a eu, ni de près ni de loin, aucune part dans la récente explosion révolutionnaire et dans ses terribles effets. Homme, citoyen, socialiste, à tous ces titres je déplore une telle aberration et réprouve de pareils forfaits. En gardant une pitié douloureuse pour la foule obscure des accusés livrés i\ la justice militaire, comme Fourietr je déteste et maudis

XIV PHEFACfi.

les excitateurs, les meneurs qui l'ont poussée au mal et à sa perte.

Mon dévouement à la cause. des travailleurs ne sera nullement ébranlé parce que des attentats auront été commis au nom de cette sainte cause , mal comprise et surtout mal servie par des gens qui semblent avoir pris à tâche de la rendre odieuse. Que ma main se dessèche plutôt que de tracer une ligne contre le droit et les revendications légitimes du travail, qui n'a encore, dans la société actuelle, ni la place, ni les garanties qui lui sont dues ! Mais qu'elle se dessèche pareillement et tombe en poussière, avant que d'écrire un seul mot susceptible d'irriter la haine et Tenvie du pauvre contre le riche, ce sentiment qui fait les Caïns sociaux et les incendiaires de cités I

Telles sont les dispositions d'esprit que j'ai puisées, il y a bien longtemps déjà, dans les écrits de Fourier et dans sa conversation : elles se sont fortifiées et ravivées encore au spectacle des scènes de désordre, de carnage et de dévastation auxquelles nous venons d'assister.

Combien la liberté qu'il nous enseigne est loin de ressembler à la Furie qui

Se piait aux cris du peuple, aux sanglantes méices, Aux longsfouleqpients des tambours,

PRÉFACE. XV

A Todeur de H poudre, aux lointaines volées

Des cloches et des canons sourds ; Qui ne prend ses amants que dans la populace

et qui veut qu*on Tem brasse

Avec des bras rouges de sangt

Horreur! Et ce n'était point naguère une

fiction de poète. Paris l'a revue, échevelée, hideuse, essayant les allures et toute la défroque de 1793, le blasphème à la bouche, le poignard ou le revolver dans une main, la torche dans l'autre!....

Fja liberté, selon Fourier, ce n'est pas non plus Ira vierge au port décent, mais aux flancs stériles, qui n'enfante qu'un vain bruit de paroles et n'apporte à la masse du peuple aucun bienfait réel.

La liberté, au nom de laquelle il a été commis tant de crimes, et aussi accompli tant d'actes héroïques, la liberté dont la poursuite, il faut bien le dire, a causé un déluge de maux, peu compensés jusqu'à présent par le résultat, Fourier seul en a posé les conditions essenliellesy nous prémunissant par là contre les malentendus et les entraînements d'où naissent les discordes et les sanglants conflits entre concitoyens, enfants d'une même patrie.

a La liberté, nous dit-il, est fausse et illusoire» si elle n'est pas étayée du minimum (par le minimum Fourier entend ce qui est strictement né-

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