VIII
Ectùiîon des vacations.
Vtut à^yènit uâ homme «iCêUeiit en quelqu« profession que co soit, il laut s'exercer dès l'en- "fanée dans tout ce qui peut y avoir rappori ; il fébi qée celui qui f eut éére un jour bon laboureur on bon architecte, s'amuse dès ses premiers ans , celui-ci i kàtir àe petits ch&teaux , celui-l& ft remuer la tei't-e; que le tnattre 4(1! les élève, foornitae à l'un et à l'autre de petits outils.
PiÀibn. UtMi.Mv. I«*.
Les vocations faussées soni non - seulement un . malheur individuel , mais encore une perte ddnt la généralité souffre. — Les forces latentes quo Dieu a déposées dans la société, et que l'on paralyse en paralysant les vocations, stTnt itaioienscs; et le- progrès se produirait sans effort, si ces forces elles-mêmes pouvaient se produire.
HiPP. DB LA M0RVONNAI8.
V^oici le moment où Fenfant qui niAk*che déjà seul , éprouvé le besoiti d'etercer ses foi*ce^ el ses facultés naissantes. Ce besoin de mouveitient et d'aetivitê, qui fait Aujourd'hui lé todrnleiit des parente « ta être pour nous lé si^udl dé riditiatibn de Tëufaut à dé petits emplois (}ui 7 eii théine temps quMls feront son bonheur, Vont préparé!* uii fohdtiodtiaii-e Utile, Un ti-àvailleûr àdhott poui* la t'htl^ làttgé.
du lé pi*othëné dotic dans lés Utéltefs dfi il vèrtA d*àUtrès edFdtits, ses atnés, occupés déj& dé petits détails dMti^ dUstrlé; 11 troudrà se iiiélet- à eut, manier lei pétiti^ mtili àotïi ils se sét*tfent, et qtit féroiit sttr lui, âlls éort*i&spdh<^ dent â qtiélqU^btlé de ses vocations, le même eiTet qbé prd^ Nuisit sut* Achille Faspect des armes étalées par UlysSé. Pourquoi nos savants admirateurs de Tantlquité ne ^e sont* Us pas encore avisés de mettre en oeuvre le procédé du
60 TUËORIË SOCIETAIRE.
plus sage des Grecs pour faire éclore et discerner les vocations? Ne leur en faisous pas au surplus un trop grand reproche, car la Société, organisée comine elle Test, ne saurait, dans les neuf dixièmes des cas, tirer aucun parti des vocations, lors même qu^elles seraient parfaitement coiia;.cs. Cependant, comme le fait observer Pascal, « la chose la plus importante à la vie , c*est le choix d'un métier; le hasard en dispose. La coutume fait les maçons, les soldats, les couvreurs. «
Pour revenir à notre enfant du Phalanstère , il n'aara plus de repos qu'il n'ait été admis an groupe dés petits camarades qu'il a vus à l'œuvre : mais ceux-ci lé repousseront s'il n'a appris à se rendre utile sur quelque nuance de leur menu travail. Ce ne sont pas eux qui auront la patience de lui donner ce premier enseignement Qui donc s'en chargera? la personne qui accompagnait l'enfant dans sa course exploratrice à travers les ateliers ; et ce sera presque toujours une personne âgée, un patriarche, comme dit Fourier, car chacun sait l'affinité qui existe entre les deux âges extrêmes dé la vie.
La nécessité de l'éducation établit un lien précieux entre la génération qui vient d'entrer dans la vie et celle qui va en sortir. Le vieillard n'a plus la force nécessaire pour participer activement aux travaux des Groupes et des Séries ; mais il possède des qualités qui le rendent éminemment propre à initier Ténfant aux premiers exercices d'une fonction industrielle. Par goût autant que par aptitude, le vieillard est porté à ce rôle. C'est une consolation pour lui, lorsqu'il ne peut plus donner son concours actil^ de sentir qu'il est encore utile à l'Association en lui préparant, en lui formant des travailleurs, en transmettant à des continuateurs aimés les fruits de sa longue expérience. Par là aussi les droits du vieillard à l'affection , au respect de la jeunesse se trouvent assurés mieux que par aucune prescription législative.
THKORIE SOCIKTAIRE. 61
Mais pour spéculer comme il le fait sur les dispositions des enfanls, Fouricr les avait-il bien observés? On en jugera parle tableau des goûts qu'il cite comme dominants chez eux. Ces goûts sont :
1° Le FURETAGE OU penchant à tout manier, tout visiter, tout parcourir;
2p Lb fracas industriel, goût pour les travaux bruyants; 2f* La singerie ou manie imitative; 4° La miniature industrielle , goût des petits ateliers ; 5® L'entraînement progressif du faible au fort
•V^oilà donc les principaux mobiles auxquels il faut qu'on s'adresse pour attirer l'enfant aux fonctions de l'industrie. Fourier trace un tableau non moins frappant des moyens par lesquels ils seront mis en jeu, ou de ce qu'il nomme les ressorts d'éclosion des vocations : tels sont entre autres le charme de petits outils , en dimensions graduées pour les divers âges , et de petits ateliers ; les gimblettes harmoniques on application de tout l'attirail des gimblcttes actuelles, chariots, poupées, etc., à des emplois d'apprentissage ou de coopération en industrie; l'appât des ornements gradués, des panaches et autres signes d'honneur; les privilèges de parade et dé maniement d'outils ; l'influence de l'esprit de corps et de l'exemple des enfants d'un âge un peu supérieur ( entraînement ascendant) ; la gaieté des réunions enfantines, soit au travail où elles s'exaltent par des hymnes , où le charme des manœuvres unitaires leur fait oublier la fatigue, soit à table où elles sont servies en mets adaptés aux goûts des enfants, qui ont en Harmonie une cuisine spéciale ; la gastronomie sérîaire^, qui stimule les cultures par la gourmandise et lie
* La gastronomie ne sera louable qu'à deux conditions : 1» lorsqu'elle sera appliquée directement aux fonctions prodoctives , engrenée, mariée avec le travail de coltnre et préparatioo , entraînant le gastronome à cultiver et cuisiner; 2'* lorsqu'elle coopérera an bien-être de la multitude ouvrière, qu'elle fera participer le peuple à ces raffinements de bonne chèr^rque la civilisation réserve aox oisifs. ( Foiiai» , Traité de l'Association damest. -agr. ]
62 THEORIK SOCIETAIRE.
tout le mécarlisme industriel ; Forgueil enfin d*avoir fait qdelqne riefa que fenflint croit de haute importance , etc.
De ces reSsoHs divers ^ le plus puiéâânt est celui que Fourier désigne sous le nom d'entraînement ascendant, 6U penchant de tout enfant ft imiter, à suivre ceiix qui sont déjà un peu plus grands que lui. C'est ft ces dernieH qtie Tenfant veut totijours se mêler ,' Il se ùlH ùh point d'honneur d'être admis dans leurs jeux. A 3 fttis, il i*étrère l'enfant de 4 ans et le choisit pour guide; & 8 Ans, celui de 10 ; à 12 arts, Celui de 15. C'est ainsi qtië notre jeune Thémistocle trouve toujours devant lui quelque MilUade dont les lauriers l'empêcheront de dormir. La pnissatice de cet entraînement redouble si l'enfant voit ses aînés organisés eh compagnies hiérarchiques , qui ont leur place dans les rangs actifs de la Phalange et y jouissent déjà d'une considération méritée.
Cette tendance de l'enfant à l'imitation de Fàge supé^ rieur n'a gaère que des conséquences pernicieuses aujourd'hlii ; les enfants , qu'on ne sait employer suivant leurs goûts et instincts , s'entraînent mutuellement au mal ; il y a de leur part une sorte de t;onSpiration permanente contre l'œuvre des grandes personnes , de qui ils ne sont habitués qu'à recevoir on des rebuffades ou des flatteries sans vérité* Le père pèche naturellement dans le dernier sens ) aussi n'est-ii rien . moins que propre à élever son fils ^ et pour triple motifs Suivant Fourier i
Cl Le père cherche à communiquer ses gOôts à l'enfant^ à étouffer l'essor des vocations naturelles presque toujours différentes de père à enfant
n Le p^re incline à flatter et louer à l'excès le peu de bien que fera l'enfant, il excusera toutes ses maladresses; il entrave donc tous les progrès que ooit opérer une critique juste et soutenue, si elle est goûtée de FeUfiint» et celle-ci ne peut venir que de collaborateurs un peu plus exercés» »
THÉORIE SOCimiRE. 63
Tout préoccupé enfia du besoin de la fortune daiis vit\o^ Société comme la nôtre, pu Targ^Wf ?^t tout çt }'()on^^^ presque rien, l^ père ne songera le plws souvent à faire germer cbe^ son fils qne f)es vues ie cupidUé.
Il y a cependant, comme nous Favons (lit, ^npr^s 4fi Tenfant qpi débnt^ de^ adultes charges sp^ciale^^ieQt ^ç diriger ^#s premier^ pas , çle le niettre en contact avec tout qe qpi pei^l ^çjqrier Téveil h §as vocations. Quel que spjt {^ gei^re d'indMstrie vers lexjuel Félfeye gç Sfpl porté (l'afepr^i on se gar<|fi bi^p d^ coRibattr^ sot? goût : il n'en est ppirit de si vulgaire, ex^ effet, ^wi» gr^cç a^ Ijen esfistaqt ^ans la Pl<alang^ çi)tre toutes les industries, ppis ei^trç les inçlustrîes et les sciences, il n'en est pas qui ne puisse servir de point
de départ et d'ach^n^inei^^nt yer§ ^^e é^pcaiipii industrielle et scientifique ^m^ cpinpiète q^ie les f^PHltés d^ swjet la epfnporient, ^enfaî^t m^ n^\^ ^«^uter par qi^ei-
^m fefancbe d^ travail culinaire, 9^ ^ans uq atelier de cprdpnperie, je suppose; ne craigne? pas qne J'Harpuonip ne fasse de )^i q^ ni} ^arMon ou fin ssfint Çrépin : le vpil^ par cela mépie sur 1^ FPlf< ^e la chimie, de rbistpire na* tiirelle, de ragronpniie^ ^e rhorlicultMre ; et s'il y a chez lui Fétpffe d'un L(^voisier, d'un Laurent de Jussieu ou d'un Mathieu de Dombasle , aucun piqyen ne lui manquert^ d'accomplir sa noble et utile destinée. C'est du conscrit de nos Phalanges qu'on pourra dire en toute vérjté qu'il porte son bâton de maréchal dans la poche du premier tablier de travail qu'il revêt. De ce moment, il appartient à un grand çprps (J^ns lequel 1^ i^^pte eçt ouverte ^ tous les genres de distinctipn. pès Ipfs anssi c'est le suffrage de ses compagnons de travail et 4'étude qui lui f infère ses grades fonctionnels, qui le désigne, s'il y a lieu, pour des récompenses bonorifiques. Et ce mode d'ayancement par le choix des pairs et coïntéressés ne laisse gi|ëre accès &ui(, passe-droits et à la faveur. « On peut régarder, 4'*sail
m prélat i> la fli^tribution des ^rh ^e son petit séminaire
64 THEORIE SOCIETAIRE.
on peut regarder comme infaillible le jugement porté par une réunion d^enfants chrétiens et purs sur les qualités et les défauts de leurs égaux, sur la justice ou les erreurs de leurs maîtres. » D'où vient donc que» dans la plupart des institutions , on ne songe à tirer aucun parti de cet esprit de justice, si remarquable dans le jeune âge , et que Fourier n'a garde, lui, de laisser sans emploi? Il en fait le plus précieux ressort d*émulation et d'honneur pour les corporations enfantines qui sont juges d'elles-mêmes» juges de leurs propres membres comme les autres corpo* rations , avant d'être , quant à leurs œuvres et à leurs produits, soumises à l'appréciation de la masse ou des autorités compétentes.
L'entretien de l'enfant est aux frais de la société jusqu'au moment où il commence à intervenir activement et d'une manière lucrative dans les travaux, et, grâce au soin qui aura été pris d'exercer ses facultés naissantes, ce sera dès l'âge de 4 ou 5 ans. Pour ses progrès ultérieurs, l'enfant n'aura guère désormais qu'à suivre le courant au milieu duquel il est lancé. A chaque pas dans la carrière, il y a des stimulants et des épreuves pour le tenir constamment en baleine. Ainsi l'on ne passe de chacune des six tribus de l'enfance à la tribu suivante qu'après avoir fait preuve de capacité et avoir produit. des états de service qui justifient cette promotion. Jusqu'à 9 ans, les épreuves roulent sur le matériel plus que sur le spirituel ; au delà de 9 ans , c'est l'inverse.
Nulle distinction des sexes dans la basse enfance, afin que les goûts naturels se développent en plus entièi*e liberté, et que la dilTérence de costume ne soit pas un obstacle à ce qu'une petite fille prenne parti dans une industrie masculine si elle y est portée, et réciproquement pour un petit garçon. Cette disposition existe, en effet, chez certains sujets de l'un et de l'autre sexe, à empiéter sur les attributions industrielles du sexe opposé : disposition heureuse
THEORIE SOCICTAIRE. 65
en ce que, entremêlant dans toute fonction une projxortion variable d^hommes et de femmes, elle y fait naître une utile rivalité entre les deux sexes.
§ix.
Moyenne et haute enfance.
Les jeunes tribus de moyenne et haute enfance (âges de 5 à 9 ans et de 9 à 15) sont divisées eu deux corporations : les Petites Hordes, vouées aux travaux répugnants pour les sens ou Famour-propre ; les Petites Bandes , que des inclinations contraires portent à faire régner partout Félégance et le bon ton. Ces deux corporations emploient utilement les instincts que Ton cherche vainement à comprimer'dans chaque sexe , le goût de la saleté chez le plus grand nombre des petits garçons, celui de la parure chez la plupart des petites filles ^.
La Petite Horde est le corps du dévouement, lumilicede Dieu y comme Fourier Fappelle, le soutien de F unité et de la concorde sociale. G^est elle qui s^empare de toute branche d'industrie susceptible d'avilir, de déconsidérer la classe du peuple qui Texercerait par intérêt et par besoin, et qui serait dès lors dédaignée, tebutée : d'où un obstacle insurmontable à la sociabilité générale, aux bonnes et amicales relations entre toutes les classes ; d'où le maintien forcé , en un mot , des castes que présente la Givili* sation comme la Barbarie , castes incompatibles non-seulement par préjugé de naissance, mais surtout par préjugé d*état. Voilà ce qui doit disparaître à jamais par l'intervention des Petites Hordes. Elles sont le foyer de toutes
* D' autres contrastoa de gp6ts et d'aptitudes se font remarquer entre les doux sexes dès l'ftge le plus tendre. Ainsi les petites filles , en général , saisissent mieux les modifications du coloris que les différences des .formes. Elles distinguent très -vite du bleu de plusieurs nuances , et les petits garçons distinguent mieux une losange d'un carré , un hexagone d'un octogone.
66 THEORIE SOCIETAIRE.
les vertus religieuses et civiques; aussi, quoique chargées du travail le plus répugnant et le plus difûotle , sont-elles de toutes les Séries la moins rétribuée , si ce q'est en gloiro et en prérogatives d'honneur. Dans les cérémonies publiques , elles ont le pas sur toutes les autres corporations , et Ton montre par là quelle place doit occuper le dévouement sincère dans Festime des l)ommés. iV titre de confrérie religieuse^ les Petites Hordes se relient au sacerdoce, et, 4anB rezercioe de leurs fonctions, elles portent sur leurs habita un signe religieux , une croix 0|i autre emr blême. (Fourier, Xouv. Monde ind., p. 248.)
Mais trouvera-t-Qn le^ enfants disposés h exécuter pair goût, par point d'honneur et esprit de charité, ce qui rentre dpns les attribiitious de la Horde ?'— C'est hq M\ d'observation qu'il y a, au grand déplaisir ie$ parants» qu'il y a bien le9 deux tiers des petits garçpns qui: n§ \^ moigueut riea moins que de h répugnance pour le manie* ment des choses sales. Ils aiment à 96 vautrer (lap9 lu fanga, à braver les intempéries, à effronterie danger en dépit de toutes les défense^. Que fait-^on par nnstitntion de la Horde, si ce n^e^t employer dans unbilt social eesainr guliers penchftnts que la nature n'a pas donnés peut - âtm à l'enfance sans quelque motif? Pout* ce qui e«t du pninl dlionneur, du sentiment de charité, ilf ne annt j^iniaiii plus puissants qq'i cet 4ge , dont la générosité netnrellc et le désintéressement irréfléchi sqnt »MUF^nt m lutte ftyeç \% prudence déliante et çalcuUtnce d^ s pèrev, « Çe$t çh^z )w enfants, dit Fourier, que IWitlé pent prendre un be) es-? sor; e|)e n'y est contrariée ni p^r la cup|4ité, p\ par
Famniir, nj p»r les intérêts de farpille, l^'aipitié, danslfs bas âge, confondrait touf les rangs, si les pèj:^ n'inter^ venaient pour habituer leurs fils à Torgueil. »
Je ne parle pas ({e pl^8ie^rs ^n^orpies qu'aur^ , §uiv^nf Fourier, la haute Harmonie pour attirer les enfants à la corporation du dévouement socjal , à \^ Pet.itÇ Hprje ; je
THÉORIE SQCIBTAmE, «T
ne ferai pqipt, cqmmp lui» caracoler et manœuvrer c^ttfi troupe enfantine sur ses petits obevaui^ nains, parée 4e 1^9 dplmaps éçl|[tants et variés, qui remplaceront , )§ tâche une foî§ accomplie, le sàrreau de travajl. J'omets gussi de dire que, parmi les attributions de la Petite Horde, se trouve la police du règne animal ; celui qui maltraiterait un animal quelconque se verrait traduit, quel que fât sonâge, devant 06 tribunal d'enfants, comme inférieur en rai» son aux enfiints mêmes.
Cette protection des animaux, qui n-est encore instituée législatiirement qu'en Angleterre, ne serait pas sans inv fluence sur la conduite et les sentiments des hommes les uns à l-égard des autres. Celui qui fait souffrir ou qui 'voit souffrir avec indifférence de» êtres vivants est bien près d'en agir de même envers ses semblableçi.
La Horde est pour les caractères fortement trompés qui ne roulent devant aucune épreuve, pour ces enfants amis du vacarme, rudes d'écoree, au (on rogue et fiarouohe, dont la rebelle inflocilité fait souvent aujourd'hui le désespoir des parents et des maitres^ Mais chei la majorité des petites filles ce sont des dispositions contraires que l'on re* marque. Elles allient à une humeur douée et pacifique le goût précoce de la parure et des belles manières. Déliqats comme elles, un certain nombre de petits garçons leur ressemblent beaucoup par le caractère : tels sont surtout ceux qui, de bonne heure, u^q^utcp^^t ^ç {'jnclination pour l'étude et les arts. Cette seconde catégorie d'enfants va former les Petites B^ndeê, comprenant 3/3 de filles et 1/3 de gar-
* Quelques écrivains Judicieux avaient kenti ce qu'il y avait de faux dans cette lutté 'de Teducation contre le naturel de l'enfant. « Pas trop élever, dit avec raiioa Diderot, ott une rouime qui convient surtout aux garçons. J'aime qu'ils soient violents, étourdis, capricieux. Une tète ébouriffée me plaît plus qu'uqe t<fte hien peit]néo. |^ai>son8>le8 prendre une physionomie qui leur appartienne. Nos petits ours mat léchés de province me plaisent cent fois plus que tons v«i petits épagnciiU |i flfmuy«iif«fneot drimés. •
68 THEORIE SOCIETAIRE.
çons. Les deux corporations sont, quant à leur effet, caractérisées comme il suit par Fourier :
Les Petites Hordes vont au beau par la route du bon; Les Petites Bandes vont au bon par la route du beau.
Les Petites fiandes fdnt ainsi contraste avec les Petites Hordes. Elles sont conservatrices du charme social, appliquant leurs goûts pour la parure et la recherche, leur sentiment délicat du beau , non dans un but de vanité iodividaelle, mais au luxe collectif, à Fornement du canton tout entier en matériel et spirituel. Les modèles de costumes corporatifs à offrir au choix des Séries , la décoration des salles de réunion, le soin des espèces animales difficiles à élever, la surveillance des parterres et des serres, la police du règne végétal , regardent les Petites Bandes. Passionnées pour la politesse et Fatticisme, elles ont aussi la censure des mauvaises manières et du mauvais langage, prévenant par là une duplicité de ton et de parler qui s^opposerait à la fusion des classes , œuvre spéciale des Petites Hordes. Mais notre corporation d* enfants serait-elle en mesure d* exercer avec compétence cette seconde partie de sa tâche critique? Ceci nous conduit à parler de renseignement
Enseignement.
Il n'y a que le plaisir que les homfliefl prennent à ce qu'ils ibnt, ou à ce qu'ils doivent faire, qui leur donne de l'application ; et il n'y a que l'application qui fasse acquérir du mé» rite, d'où vient l'estime et la réputation...
CotBBRT , Instr, à ion fit.
Bien des gens seront étonnés sans doute que, traitant de Féducation, nous soyons venu jusqu^ici sans dire un mot de ce qui semble à peu près seul la constituer aujour-
THKORIE SOCIKTAIRE. 69
d'hui. Quoi! penseront-ils, nul souci d'apprendre aux enfants à lire , à écrire et à calculer comme dans nos écoles^ primaires, ou le latin et le grec comme dans nos collèges ? — Si fait , vraiment. Loin de nous Tidée de sacrifier 4a culture intellectuelle proprement dite , Finstructiôn scientifique et littéraire, sauf à l'approprier aux besoins de la Société. Il s*agit seulement de savoir si, par la marche que nous voulons suivre, nous n'aurons pas rendu l'acquisition de ces connaissances beaucoup plus facile, l'enfant se trouvant amené par ses occupations industrielles mêmes à en sentir le besoin, à en solliciter l'enseignement. Indépen» damment des motifs d'amour-prôpre qui ne lui permettront pas de rester illettré au milieu d'une réunion instruite, in* dépendamment de ce qu'un certain degré d'instruction sera pour lui la condition du passage d'une tribu inférieure à la tribu plus élevée, croyez-vous qu'il ira bien loin dans l'exercice d'un art mécanique quelconque sans s'apercevoir de l'avantage qu'auront sur lui ceux de ses collaborateurs qui peuvent s'aider de quelques notions de géométrie, de calcul et de dessin, ou des données théoriques qu'ils puisent dans les livres qui traitent de ce même art ? C'est donc de l'enfant lui-inêmé que viendront le désir et la demando de l'instruction; il la sollicitera comme une faveur, ce qui est une condition de l'accord affectueux du maître et de l'élève, et la meilleure garantie des progrès de celui-ci. Je me borne à indiquer le principe, tout à fait méconnu dans l'enseignement actuel, qui se voit obligé de suppléer par la contrainte aux dispositions favorables qu'il n'a pas sii faire naître chez les enfants. L'immobilité , le silence prolongés leur sont impossibles , et c'est justement ce qu'on exige d'eux. L'étourderie et la gaieté , naturelles au jeune âge, leur sont ' imputées à crime. Renfermés dans une classe sombre et triste, en dépit des instincts et dés besoins mêmes de leur âge qui réclame le grand air, le soleil et le mouvement, condamnés à pâlir sur des livres, à marmotter
70 TSKORIK SOCJKT.^IRE.
des choses qui n'ont aucun rupport avec leur situation présente, avec les faits de leur vie réelle, de leur vie de passion, e'est^-rdire avec leurs jeux ou iivec U part qii^l# peuvent prendre cbes leurs parents j^ quelques travaux productif, *— comineiit les $nfan(s ne concevraient-ils pfis pour r^tude et pour qeux qui la l^qr imposant |a fép»** gnance et Taverfion qu ils montrent généralement ?
Voilà le fruit que Téducatian civilisée retire 4e »c« pré^ tentions à contrarier la nature. Car p*est la pâture qm pousse Peinant h exercer se§ facultés cprpore}|es avant ses facultés inteUeçtneUes ; e'est elle qpi veut qfie Tenfant soit attiré par la pratiqi^e fi la tMorie, qn*îl remonte dee faits aux notions abstraites qui les résument et les copr-^ donnent, En suivant ia marche inverse, outre que vpna fsites de renfftnt un membre pour bien 4aa ann^ey mutili^ à la Soeiété et restant tout ce temps à la cbarge de eeUp-cj, vpus n'arrives qu'à bpurref sa jeune tête 4e mQ(a • vnna rbébétes en quelque sorte -par un e^^F^ice rQUtîpier et quasi méeanique de la mémoire. C'est pitié qu'on ne songp à développer nos faeu|tés intellectuelles qu'à ^'^i^a des li** vres, suivant le procédé seolastique* Aussi çqpsuUe' les hommes qui se sont trouvés en contact avee d^s popnlft* tions barbares, telles que les Arabes OU les Kt^bflês de lu régence d'Alger; ils vous diront que là, sans evuiF j^-mais fréquenté 4'éeo|ps d'aucune espèce, les s^rçonjs 4^
dix à quin<« ws se u^^nirept eu géuérel biep supérieurs
aux nôtres par là finesse et le jugement- Pour le ^^velup*" pemept sennitif , il n>st pas besoin 4^ ^ixp re^uarquer à quel pptpf P^f«'fi édueation «oùs laisse en arrière 4ps Bur^ bares et des Sauvages ; même infériorité de notre part SQU9 le rapport 4u 4évelopppu|pnt pbysique, spus le rapport de la vigoenr et de là santé, malgré r^yantqge que 4«vw}l nous donner sur eux uue pourriture plus àbftWîl»nle f\ plus variét'i
Faut-il conclure do ce qui précède que l'enseignement
THÉORIE SOCIKTAlRE. 71
scientifique et littéraire doirë perdre de son ifni>ortance en régime phalanstérieii ? Loin de là i il eêi reiidu accessible à tdttë sans Traiis, iknÈ 6èp\ûceiÀ^i edùieilt; A eotttitittè pdtit dhaetiH ditftînt tout le cdbrs d« la vleV Associé qu'il est saiië cfifKse àuÉ dftrerseé otcniptttiotift et ttuï rétmiohft iiiStae purement de plttislr. Ne eroyes p6s toutefois que cet éusëlgnemeiit tiWra pa« son arganisatlon régulière. U iëfa, Goninie toute autre fbfietioh{ f oeuvre d'uuë ou de plunieiirs Sériel dànn lesqueifes ehdeuh) syivfltft m goûti^
pourra s^enrôler et prendre la part qui lui conviéiil de 1& tioble tâehe de développel* et d*tfgrflndir rintelligence de ses leiiiblablés, pourvu qu'il fAiie m preut.ei de capaeité> pourtrn qu'il saehe de filire Agréer et de seft eollabortttebri du corps eiiselguàtit et dés éiëtreé appelé! à suitre seà leeotisS Les itiotifs qui poiirraient pdrter aujourd'bdi à écarter un cdndidat dé mérité dont ou craindrait la riira^ lité militeront au eontriiire eti sa faveur, puisque la Série t<nit entière chargée de Tenielgneiiient sera rétribuée en raiaoti de ses succès d'ensettible; elle aura intérêt par conséquent à s'adjoindre tout individu capable d'y Contribuer, enfant, vieillard, homme ou femme. La leçon d'un enfant k d'autres enfants moins avancés profitera souvent béUu^ coup plus que si elle aVait été dounée par une grande personne. C'eftt un germe qu'ont entrevu les fondateurs de l'eiiseiguëment mutuel) biais qu'ils n'oiit su employer qu'en mode simple^ et qu'il fallait allier à tous les autres moyens susceptibles de rendre rin^tmction attrayante^
Au lieu d'une méthode unique d'enseignement appli«* qué<^ indistilictement à totis les élèvel , l'Harmohié en em« ptoie toujours plusieurs qtii s'addptent à la- diversité des caractères. La concurrence qui s'établit entre ces mé« tbodes Vivifie les études et devient un nouveau gage de leurs progrès^
t \in tiArmônic, t'insfriiclioli doit être »o!tleitée; il faut qu'il y ait attraction respective do la part de rélèfeet du maître, accord affoctoeas eotre l'on et l'aotre»
72 THEORIK SOGIKTAIRË.
Autant la société actuelle fait un sort mesquin aux instituteurs de Fenfance, autant rHarinonie relève cette fonction par les avantages «i les honneurs qu*elle y attache. C'est une des voies qui conduisent aux plus hautes distinctions dans cet ordre , où la justice distributive n'est pas un vain mot, où les fonctions s'apprécient suivant leur importance réelle et suivant leur concours an bien général. Et quelle mission plus importante et plus noble que celle de préparer, d'initier -la jeune génératfon à l'œuvre sociale?
Les principes élémentaires de toutes les sciences sont enseignés dans chaque Phalanstère, ainsi que tontes les industries usuelles. Mais chaque Phalanstère, on le sent bien , ne saurait posséder la réunion d'hommes éminenfs et les collections diverses qu'exige le haut enseignement scietitifique, littéraire et artistique. Il y anra donc toujours des points qui seront plus particulièrement le siège de ce haut enseignement et dans lesquels il concentrera ses ressources ; des foyers où se réuniront, 'pour se féconder par une action réciproque, tous les éléments de la vie intellectuelle.
D'un autre côté, il arrivera que telle Phalange, par suite de sa position , du goût de ses habitants , ou bien par l'effet de quelque autre circonstance, aura perfectionné une branche spéciale d'industrie ou d'étude : c'est là qu'on viendra des autres Phalanges, compléter son instruction dans cette partie. Mais, en quelque lien que se rende la jeunesse harmonienne dans un pareil but, trouvant partout les industries de base organisées comme dans sa Phalange natale , elle peut s'y employer activement et se défrayer par son travail, tout en acquérant les connaissances qu'elle était venue chercher. Une autre excellente école de perfectionnement se rencontrera dans les armées induS" trielleSy appliquées à l'exécution de tous les grands travaux d'un intérêt général. — Mais j'anticipe ici sur des
THëORIË SOGIËTAIRE). 73
dispositions de TOrdre sociétaire qui ne sont pas encore censées connues du lecteur.
On naura pas manqué de faire cette remarque, qu^à propos d'éducation et d'enseignement nous retombons toujours sur le terrain de Tindustrie. C'est, en effet, un des caractères distinctifs de la conception de Fourier en cette matière, d'avoir rattaché à l'industrie productive tous les moyens de développement que l'éducation peut employer à l'égard de l'homme. Facultés de l'esprit, de l'âme et du corps, trouvent dans l'industrie purifiée, ennoblie, agrandie par l'Association, le champ dans lequel elles doivent être cultivées parallèlement, conjointement; où elles vont croître, fleurir et fructifier ensemble. Et quoi d'étonnant à cela si , comme Fourier l'admet , comme les saintes Ecritures elles-mêmes nous l'enseignent, la destinée de l'homme ici-bas est VexploUation et la gestion du Globe qui lui a été donné pour domaine? Tout, dès lors, ne doit-il pas se rapporter plus ou moins directement à cette fonction pivotale et à l'industrie qui en est l'agent? Le rôle ainsi assigné à l'homme est, au reste, loin de le rabaisser. Il fait de lui, suivant la belle expression d'Amédée Paget, «un fonctionnaire intelligent de l'univers; il le fait participer, en quelque sorte, à la direction suprême du mouvement dont Dieu tient les ressorts entre ses mains ^ »
Dans cette analyse , je suis loin d'avoir indiqué toutes les vues de Fourier sur l'éducation. Je n'ai rien dit, par exemple, d'un puissant ressort qu'emploiera, suivant lui, l'Ordre sociétaire pour former l'enfant à l'unité mesurée, source de nombreux avantages. L'opéra, cette école de toutes les harmonies matérielles, est le moyen dont il s'agit et que possédera presque sans frais tout Phalanstère, sinon au début de rAssociation , (hi moins au boni d'un
' liilvoilnclUni h l'étude Je la Science xorinh-.
THI*X>ftlK SOCIKTAIHK.
t)crt:ti:i (cii»{)s a pris qu'e^ aura été établio. Mais je me suis abstenu de parler de lopéra, parce qu'il aurait fallu entrer iaos les détails nécessaires pour montrer que cette ÎBstitBlioB n^aura plus aucun des inconvénients qu on peut à bon droit lui reprocher aujourd'hui, u L'opéra n'étant parmi nous , pour me servir des termes de Pourier, qu'une aràne de galanterie, un appât à la dépense, il n'est pas -étonnant qu'il soit réprouvé par la classe morale et religieuse. » En régime sociétaire, c'est tout antre chose : l'opéra, dans lequel figurent activement, soit à l'orchestre, soit sur la scène, tous les habitants de la Phalange, l'opéra et les autres divertissements , sans perdre aucun de leurs charmes artistiques , sont en liaison intime avec le iravail productif et coopèrent à ses progrès. Ai-je besoin d'ajouter qu'en tant que moyen d'éducation pour l'enfance, l'opéra ne lui offrirait pas le spectacle des mêmes passiotis qu'il étale parmi nous devant tous les âges indistinctement ? La remarque s'applique pareillement à tous les autT^s genres dramatiques, qui pourront être employés dans l'éducation phalanstérienne.
Redoutant les fausses interprétations en sens divers auxquelles pourraient donner lieu ces quelques lignes sur le théâtre, je renvoie, pour des notions plus complètes à ce sujet, aux ouvrages de Fourier [Traité de V Association y t II, p. 190 et suiv.; nouv. éd., t. IV, p. 75; Nouveau Monde ind.y p. 260). Je rappellerai toutefois ici que les Jésuites, qui ont été, à certains égards, les meilleurs instituteurs qu'ait produits la Civilisation, ne négligeaient pas l'action théâtrale comme moyen de former la jeunesse, et que Bacon, qui les en loue, attribue aussi une grande utilité à ce moyen.
TOBOitlK SOeiKTAIftÉ. 75