S XI
Complément sur VEdueatUm. — Adolescence.
II n'y a pa» d'autre morale pour nous que ceUe dn. eœor de IT^ohum.
Am^Tipra.
L^aspect ntililaire âe la qnestk»» d'édueatioa esl dont certaines geiis nous reprockeroot peul-étre de nous laisser trop exclusivement préoccopef. C'est par là sortoQt que nous avons opposé Téducation j^lanstéri^ine à réducation civilisée : Tune, on ne saurait trop le re* dire, obtenant dès le bas âge le concours spontané de Findividu à F œuvre de la production , et cela sans négliger le développement d'aucune de ses facultés, sans que jamais le présent dérobe rien à Favenir; Vautre, au mépris de ce vieil axiome du bon sens qui dit que c'est en forgeant qu'on devient forgeron ^ conduisant toute cette partie de la jeunesse, objet de ses soins privilégiés^ la jeunesse des collèges et des bautes écoles, jusque par delà les deux tiers de la durée moyenne de Fexistence, sans lui faire prendre Une part quelconque aux travaux par lesquels la Société subsiste. Écoutez Victor Considérant exprimer cette vue d'une manière saisissante, avec sa verve caractéristique: «Médecins, légistes, élèves des écoles ci- » viles et militaires, nous enfin qui sommes les gens ék»- » vés, bien élevés ^ comme on dit, n'aurions-nous pas eu, » en mourant à vingt-deux, vingt-quatre, vingt-cinq ans, » à nous rendre ce témoignage : que nous avions beaucoup » mangé, absorbé, consommé, coûté, sans avoir produit la » valeur d'une obole * ? »
Mais si le côté de la question qui répond à Futilité matérielle est celui sur lequel nous avons plus particulière-
I Extrait dn 3« volnme*do Destinée tocitUe,
ment insisté, nous pourrions montrer également que, sous tous les autres rapports, pour tout ce qui tient aux sentiments religieux et moraux , l'éducation sociétaire ne remporte pas moins sur l'éducation actuelle. Sans élever de controverses au sujet des croyances religieuses , sans slmmiscer dans les affaires du culte , Fourier cependant n*a laissé, on peut le dire, en dehors du cadre qu*il trace à Féducation, aucune de ces grandes idées relatives à la destinée ultérieure de Fhomme : Dieu, l'immortalité de Tâme. Seulement, en sa qualité de réformateur industriel, et procédant du point de vue purement humain , il a dû s'attacher à signaler l'influence heureuse du milieu dans lequel il plaçait l'homme , quant à la religiosité et à la moralité , quant aux sentiments de celui-ci, en un mot, soit«nvers la Divinité, soit envers ses semblables.
L'influence du milieu civilisé, au contraire, obscurcit ou efface toutes les notions du juste qu'on s'efforce d'inculquer à la jeunesse. En présence des faits que leur met continuellement sous les yeux la Société actuelle, comment pourrait-on faire entrer dans la tête des enfants et y entretenir, vive et pure, l'idée de la justice? Ils voient d'une part l'oisif dans l'opulence , d'autre part le travailleur utile dans la détresse. Là, on regorge de tout sans mériter; ici, l'on ne jouit de rien , quoique produisant tout. La richesse est dévolue aux frelons de la ruche sociale. Pour donner aux enfants des leçons fructueuses de morale , il faut d'àbord leur offrir le spectacle et l'exemple d'une société où règne la justice distributive (qui est la, justice - mère) ^ et où les bonnes mœurs soient observées. C'est l'opposé de la pratique d'aujourd'hui ; c'est une condition que pourra seul réaliser l'Ordre sociétaire.
Nous avons vu les principales causes , tirées de la méthode d'initiation aux fonctions industrielles et du mode d'exercice du travail , qui enflammeront de zèle et d'ar-
deur les enfanls de la Plmlange. D'autres causes influeront non moins heureusement pour développer chez eux Ta* mour et Thabitude de toutes les vertus. Et dans ce but, ce n'est pas aux leçons d'une morale verbeuse qu'on aura, recours. On pourra dire des mœurs phalanstériennes ce que dit, dans un drame de Gesiier, une jeune princesse élevée au village où elle se trouve libre et heureuse : « Nos mœurs » sont simples, naturelles et s'apprennent toutes seules. » Parmi nous on ne voit personne en donner des leçons ; » on s'en moquerait comme de quelqu'un qui voudrait ap- » prendre à un oiseau un autre chant que le sien. »
Ce qui nous rappelle encore ces vers de M. de Lamartine dans Jocelyn :
■ J'étais libre avec lui commo l'oisean des champs , B Et toutes mes vertus n'étaient que mes penchants. ■
Au Phalanstère^ on se garde bien de fatiguer l'enfant de sermons, de lui bourrer la tête de préceptes, -qui ne servent la plupart du temps qu'à l'hébéter sans profit pour la morale ^ C'est par l'exemple surtout qu'on y parle aux enfants.
Né rencontrant autour d'eux que bienveillance et affection , ils sont eux-mêmes animés de ces sentiments , soit
' L'institntenr d'Alcxandre-le-Grànd , Aristote, avait bien remarqué « qae a les jeunes gens n'ont point d'aptitude pour la morale et sont de mauvais disn riples en ce genre. » [hlor. \icom. , liv. I, chap. 1.)
Dans le même écrit, ce philosophe disait (liv. II , chap. I.) , pour montrer que l'habitude ne peut rien contre les penchants naturels : « On a beau jeter » une pierre en haut mille fois de suite , elle n'en acquiert pas plus de tenn dancc à monter d'elle-même. ■
Aristote touchait ici du doigt à la découverte de Fourier (analogie do l'Attraction matérielle et de l'Attraction passionnelle). Pourquoi ces grands esprits, qui ont brillé dans tous les âges, se sont- ils montrés si timides ou bien ont-ils apporté tant d'insouciance et d'inattention à déduire les conséquences de leurs observations les plus justes, qni auraient pu devenir si fécondes pour le progrès social, pour le bonheur des hommes? 11 serait aisé d'en donner la raison principale, raison qui n'est guère à l'honneur des morales et des religions civilisées. toutes aussi tolérantes à peu près les unes que les autres. Disons tootefoirf, i leur décharge , que cette intolérance est pour elles une nécessité de position , une condition d'existence.
les uns à Fégard des autres, soit pour tout ce qui les entoure. Si déjà il suffit d'ôtre compagnons d^étude, pendant une ou deux années, dans un établissement tel queTÉcole polytechnique, pour contracter des liens qui résistent ensuite dans le monde aux divergences dMntérêt, aux rivalités d'ambition , combien ne doit-on pas attendre des liens beaucoup plus forts et plus intimes qui uniront les jeunes Harmoniens , coopérateurs depuis Tenfance dans les mêmes Groupes et dans les mêmes Séries ! Sans cesse encouragés et stimulés à bien faire , n'ayant devant les yeux que des exemples de loyauté, de concorde et de dévouement, sentant rharmonie en eux-mêmes et hors d'eux par l'accord de leurs impulsions entre elles et avec tout ce qu*on exige d'eux, n'ayant jamais aucun intérêt à dissimuler, à feindre ni à mentir, ils seront droits, francs, ouverts, ils parleront toujours selon leur pensée et leur cœur.
C'en est fait de toutes ces qualités morales ; elles feront place à autant de vices, si les impulsions que l'enfant reçoit de ce qui l'environne sont en désaccord les unes avec les autres, comme il arrive dans l'état présent. Sur ce point, laissons parler Fourier lui-même, lorsqu'il analyse avec tant de sagacité et qu'il met en saillie d'une manière si piquante les enseignements contradictoires dont l'éducation civilisée se compose. >c Le tableau en serait plaisant, dit-il , si les résultats n'en étaient déplorables. »
t QUADRILLE DE CONFLITS EN ÉDUCATION CIVILISÉE.
« Nos politiques, si exigeants sur ronité d'action, n'ont pas observé que l'éducation civilisée, quel que soit le système adopté à regard d*un élève , entrentet pour rendoctriner quatre agences hétérogènes en principes et en intérêts ; qu'elles sont toutes quatre en conflit pour lui donner, durant son enfance, autant d'ioHpulsions contradictoires, lesquelles, à l'âge de puberté, sont absorbées par une impulsion pivotale, qui est Y esprit du monde ^ Vimmaralité fardée et souvent affichée. Analysons ce bisame mécanisme.
THÉORIE SOCÏÉTAraE. 79
» D'ordinaire, un enfant de la classe aisée reçoit, dans son bas âge, quatre sortes d'éducation :
1» La Dogmatique; 3* L'Insurgente;
%^ La Cupide; k^ VEvasive*