‹ Fourier; sa vie et sa théorieChapitre 6 sur 66 · PREFACE. XIX · texte numérisé non relu

PREFACE. XIX

a toujours existé entre les différentes classes, cette guerre a mainte fois déjà éclaté en réalités désastreuses, en collisions et en batailles : calamités d'où nous ne sortons aujourd'hui que pour y retomber demain peut-être, en dépit de toutes les précautions; chacun en a le triste pressentiment. Tant que les causes subsistent, c'est vainement qu'on s'attaque aux efiFets.

Qu'ils veuillent donc bien, je les en conjure, les bons esprits, les grands esprits même, jusqu'à présent absorbés dans les théories et dans la pratique de la politique purement gouvernementale et dans la tâche de Sisyphe qu'elle leur impose; que tous les esprits sincères et les hommes de bon désir veuillent bien arrêter un instant leur attention sur le simple aperçu qui précède et sur cette chaîne d'irrécusables déductions (liberté, minimum, travail attrayanl)(l)!

(I) Tbavail attratakt! a cette seule expression, J'aperçois le sourire de pitié moquear, le haussement d'épaules de nos hommes positif t. Voilà, vont-ils se dire, le trait signalétique de la folie do Fourier et des partisans de son système ; tout gtt dans l'accouplement de ces deux mots incompatibles , contradictoires : Travail et plaisir. — Pourtant, prenez garde, ô maîtres si prompts à décréter riropossibiiité de tout ce que vous n'avez ni vu ni prévu ; prenez garde que dans une salle d'armes, dans une partie de chasse ou de paume, dans un bal bien animé, surtout vers la fin, lorsque la jeunesse, ardente an plaisir, redoute le signal du départ donné parles mamans ou les maris : prenez garJe, dis-jc, qu'il se dé-

XX PRÉFACE

Il y a là, si. je ne me trompe, dans les quelques lignes que j'ai citées, de quoi dissiper bien des

pcDse là loat autant de fatigue pour le moins que dans beaucoup de rudes travaux des champs ou de Tatelier. Ce qui répagne dans ceux-ci ce n*est donc pas surtout l'effort et la fatigue, puisque fatigue, effort, on les obtient dans certaines circonstances sponta^ nément, par entraînement passionné, grâce à un certain charme qui les fait oublier ou plutôt même désirer, rechercher vivement, avidement.

Pourquoi donc serait-ce folie pure et rêve chimérique d'essayer de réunir dans les travaux productifs quelques-unes des conditions qui, à la chasse, par exemple, et au bal, transforment en plaisir l'eiTort musculaire poussé jusqu'à la fatigue ?

Mais vous qui rejetez tout d'abord et sans examen la possibilité du travail attrayant, savez-vous bien que par cela même vous justifiez, vous consacrez, pour Tavenir comme pour le passé, tous les modes d'oppression et d'exploitation des travailleurs? Oui, tous, y compris l'esclavage. A défaut d'attrait qui porte librement l'homme au travail et qui l'attache à son œuvre, il faut, c'est indispensable et fatal, une contrainte : elle sera le fouet du maître, les angoisses de la faim présente ou prévue, n'importe; cela exclut, dans les deux cas, la liberté et relègue bien loin la fraternité, l'égalité. Aussi, une fuis mis à l'écart pour toujours , le travail attrayant, convaincu d'impossibilité, il ne reste plus de Tévangélique devise de la révolution rien qu'une lettre morte et un leurre.

Le grand problème a ét^ est et sera toujours : Comment, par quel mobile amener, fixer l'homme au travail ? C'est là, partout, sous tous les climats et vis-à-vis de toutes les races, la difficulté suprême. Elle n'a de solution libérale, humaine, religieuse dans la vraie acception du mot, que par le travail attrayant.

L'instruction généralisée, chose excellente à coup sûr, mais qui n'est point une panacée, comme tant de braves gens se le persuadent; l'extension de toutes les libertés, recommandée dans son livre sur les Associations ouvrières, par M. le Comte de Paris, en attendant qu'un jour peut-être il nous les mesure lui-même avec parcimonie, rien de cela ne suiBt pour couper court à la guerre sociale, engagée sur la question du travail. « Si tout le monde

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