‹ < > fourmis de la Suisse notices anatomiques et physiologiques, architecture, distribution géographique, nouvelles expériences et observations de moeursChapitre 122 sur 139 · PEN A APE NE · texte numérisé non relu

PEN A APE NE

hybrides, De rares exceptions (© fondatrices associées) ne font que confirmer cette règle.

Je résume ici les belles expériences physiologiques et biologiques de .Miss Fielde, quoiqu'elles eussent pu être aussi ajoutées à la deuxième partie ou aux premiers chapitres de la cinquième,

Depuis trois ans, Miss Fielde, à New-York, s'est mise à faire une série de recherches que j'ai {toujours considérées comme devant fournir de très beaux résultats, mais qui nécessitent un temps considérable, de sorte que je n'ai jamais pu les entreprendre systématiquement, Il s'agit de suivre au jour le jour, non seulement des fourmilières en appareïl, comme l'ont fait Huber, moi-même, Lubbock, so et d'autres, mais de suivre la conduite individuelle de certaines fourmis,

Miss Fielde s'est surtout attachée à une espèce, l ha dite Fos Roger, var. picea. Je ne veux indiquer ici que quelques-uns de ses résultats qui sont de haute ‘importance :

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1. Miss Fielde juxtaposa, pendant un an, deux fourmilières de l'A. fulua, C et G. Malgré l'odeur commune qui semble avoir dû résulter de la juxtaposition, l'inimitié était aussi complète au bout d'un an qu'à l'origine de l'expérience entre les habitants des deux fourmilières,

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2, Deux © vierges, aïlées, écloses le 5 août, furent fécondées le 22 août (âgées de 17 jours) par des &@ éclos depuis peu de jours et de la même fourmilière, Isolées aussitôt après, elles firent elles-mêmes tomber leurs ailes en peu de jours.

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3, Une © vierge peut vivre, par exemple, un an sans s'accoupler, et conserver ses ailes. Si elle s'accouple alors avec un @ éclos depuis peu (d'un an plus jeune), elle s'ôte les aïles et se met à pondre,

Miss Fielde décrit en détail deux cas de ce genre, La lumière et la chaleur stimulent les © et les 4 l'accouplement. Lorsque l'éclosion a lieu tard dans l'été, les ® et les -; hivernent sans s'accoupler, attendant l'été, suivant, même lorsqu'ils demeurent ensemble, En effet, il découle clairement, des nombreuses expériences de Miss Fielde, que les ®, comme l'avait montré du reste Huber le premier, s'enlèvent les ailes dès qu'elles sont fécondées, mais qu'elles les gardent indéfiniment quand elles sont vierges, Là donc où, 4 et @ demeurant ensemble, ces dernières conservent leurs ailes, Miss Fielde en conclut avec raison qu'il x a pas eu d'accouplement,

Il est fort important de constater ce fait, qu'une © vierge, conservant un an ses ailes, ne pondit pas d'œufs parthénogénétiques, tandis qu'immédiatement après l'accouplement elle se mit à pondre, Ceci tend à faire penser que les 4 proviennent, souvent au moins, comme je l'ai montré, sinon toujours, des pontes parthénogénétiques des 8.

4. Mémoire. Le 22 août 1901, Miss Fielde sépara des nymphes de la fourmilière C et mit à part les fourmis écloses entre le 4 et le 10 septembre. Ces fourmis ne furent mises en contact avec aucune autre, mais Miss Fielde leur donna une nymphe de Formica subsericea que les Aphaenogaster soignèrent comme les leurs. Le 26 septembre, la Formica sortit de sa rymphe et continua à être amicalement soignée. Le | 6 octobre, les Aphaenogaster ayant un mois et la Formica dix jours, Miss Fielde sépara cette dernière de ses mères nourricières, la mettant dans une autre cellule propre, et faisant de même pour les Aphaenogaster.

Le 24 novembre, après 50 jours de séparation, elle mit de nouveau les Aphaenogaster dans une cellule propre et y replaça la Formica. Celle-ci fut prise d'une panique complète, s'enfuyant, puis mordant lorsqu'elle se croyait acculée, Les Aphaenogaster, au contraire, demeurèrent toutes pacifiques. Peu à peu la Formica se tranquillisa, et au bout d'environ 15 jours l'ancienne amitié était revenue, avec attouchements réciproques d'antennes,

Alors Miss Fielde plaça deux Aphaenogaster étrangères (d'une autre fourmilière) dans une cellule po et mit la Formica vers elles. Hein les Aphaerogaster attaquèrent la Formica et l'eussent tuée sans l'intervention de Miss Fielde, :

F Cette contre-expérience faite, Miss Fielde remit la Férnicé vers ses mères nourricières pendant une

semaine, Puis elle les sépara de nouveau en l'isolant et en lavant les cellules de chaque partie, chape , semaine,

a 5, février 1902, c'est-à-dire après de nouveau 50 jours de séparation, elle replaça la Formice veré ses anciennes mères nourricières. Cette fois il n'y eut pas la moindre dispute, L'amitié, de part et d' autre, fut immédiate, Aucun symptôme de crainte, ni de répulsion ne se manifesta,

: Miss Fielde en conclut fort judicieusement que la mémoire des fourmis s'améliore Moulins avec l'âge, à moins que la plus longue résidence de la Formica à sa seconde réunion avec les Aphaenogaster ne soit la cause de sa réaction amicale à sa troisième réunion, tandis qu'elle avait été d'inimitié à la deuxième,

MER Pour s'assurer que la réaction éivsle des Aphaenogaster aux deux rencontres n'était pas due à une

‘indifférence générale, Miss Fielde mit une Aphaenogaster étrangère dans leur cellule ; celle-ci fut aussitôt

attaquée, Du reste les mêmes Aphaenogaster attaquèrent violemement une Formica subsericea étrangère

(d'une autre fourmilière que celle de leur fille adoptive) le 11 juin 1902,

L- __ Cette expérience est du plus haut intérêt. Elle confirme entièrement celles que j'ai faites et relatées

| ci-dessus, ainsi que celles de von Buttel-Reepen sur la mémoire des abeilles, Je la recommande tout spécia-

lement à la méditation du Dr Albr. Bethe, Miss Fielde en a fait plusieurs du même genre avec des résultats similaires.

en, 5. D'autres expériences, trop longues à raconter ici, Miss Fielde infère que l'odeur du père ne se + propage pas à sa progéniture, mais seulement celle de la mère. Ces expériences nombreuses sont extré- 1 Ha curieuses et jettent un jour tout nouveau sur l'odeur familiale, Elles confirment aussi le fait que | l'âge des fourmis modifie leur odeur tout en améliorant leur mémoire. Les vieilles fourmis sont moins facilement acceptées que les jeunes dans les alliances, Ce fait explique probablement les cas que j'ai : chservés à propos d'alliances entre fourmilières différentes et relatés plus haut, J'avais fait remarquer que certaines fourmis s'acharnaient individuellement sur quelques autres, alors que le reste des deux fourmilières étaient déjà allié et amalgamé.

< | Miss Fielde arrive donc à la conclusion que l'inimitié primordiale, entre fourmis de différentes

colonies, tient surtout à deux causes qui se combinent à tous les degrés : «) La différence dans la ligne de parentèle maternelle ; b) la différence d'âge des individus et surtout des ® fondatrices,

M Du reste, aucune de ces causes n'est absolument incoërcible, puisque d'un côté l'on peut obtenir des alliances entre espèces et même sous-familles différentes d'âges les plus divers. Il ne s'agit que de degrés. En effet, d'un autre côté, des fourmis de même lignée généalogique maternelle deviennent ennemies par le fait qu'une partie d'entre elles ; en particulier là où les mères de la fourmilières sont devenues vieilles et ont donné leur odeur à la fourmilière, Mais ces causes primordiales d'inimitié ou d'amitié viennent se' compliquer des causes acquises dues à l'habitude et à la mémoire.

Pour être plus sûre de l'âge de ses fourmis, Miss Fielde les marque avec de la couleur, les séparant de toute nymphe et de toute larve.

à 6. Miss Fielde a repris les expériences de Lubbock et les miennes sur l'effet des couleurs sur les fourmis. Elle trouve que les rayons d'ondes plus longues que le violet ne les affectent pas, et qu'elles ne » paraissent voir que deux couleurs, l'une qui, pour elles, est presque égale à l'obscurité et qui va du rouge au

. vert, et l'autre qui est pour elles la lumière qu'elles fuient et qui comprend surtout le violet et l'ultra violet, En somme elle confirme simplement mes résultats à ce sujet, Elle montre aussi qu'on peut habituer peu à peu les fourmis à la lumière et leur faire perdre ainsi leur photophobie,

Les fourmilières finissent, s'éteignent donc comme toute, chose, les unes plus tôt, les autres plus tard. On remarque alors, en général, que les dernières générations ne comprennent plus que des G ; j'en ai fait souvent l'observation. Le manque de soleil, la perte d'une source importante d'alimentation (d'un arbre, p. ex.), l'apparition d'une puissante rivale sont les causes qui paraissent souvent aussi faire péricliter une fourmilière,

Relülions des fourmis avec les pucerons et les gallinsectes

, Réaumur, Degeer et Christ avaient déjà remarqué que les fourmis léchaient les excréments des pucerons, mais c'est Huber qui a pénétré le premier les rapports intimes des \ fourmis avec ces insectes. Il a montré que les pucerons sont les animaux domestiques, le bétail des fourmis. Dès lors cette observation a été faite fcrt souvent ; on n'a pu la mettre en doute comme d'autres, car les faits sent trop évidents, Nous en avons déjà parlé dans le tableau des espèces et dans plusieurs des expériences précédentes ; nous ne reviendrons pas sur les détails concernant les diverses formes de fourmis considérées à ce point de vue.

Lcrsqu'une fourmi veut avoir de la liqueur de puceron, elle frappe ces insectes avec ses deux antennes, comme elle frappe l'épistome des autres fourmis pour leur demander à manger. Quand un puceron le peut, il fait sortir lentement de son anus (et non des cornes . qui sont à côté) une goutte d'un liquide transparent :) ; la fourmi lape aussitôt cette miellée. Huber a montré le premier que les fcurmis, par leurs instances, pouvaient déterminer une excrétion plus fréquente que de coutume chez les pucerons.

Quand il n'y a pas de fcurmis, les pucercns rejettent leurs excréments en l'air par une scrte de ruade, fait que j'ai aussi observé fort scuvent. Lorsqu'il y a des fourmis, ils attendent par contre qu'elles s'approchent en les flattant de leurs antennes : ils font alors sortir une goutte de leur miellée. Le même puceron peut servir ainsi plusieurs fourmis de suite, Quand il n'y a pas de fourmis, on peut cbserver longtemps les pucerons sans les voir rejeter leurs excréments ; quand les fourmis y sont, les gouttes se succèdent très rapidement, : Les excréments de ces insectes sont un liquide sucré, ce dont on s'assure facilement. Comme les planies qu'ils sucent ne sont ordinairement pas sucrées, il doit se faire une transiormation chimique dans le canal intestinal des pucerons.

L'alliance entre les fourmis et les pucercns consiste en un échange de bons services, car les fourmis protègent leur bétail contre ses nombreux ennemis, soit contre les larves de coccinelles, de diptères, etc. Nous avons vu que certains genres de fourmis (Lasius) savent transporter leurs pucerons d'un endroit à l'autre, et même soigner les œufs de ces insectes, Nous avens aussi vu qu'un certain nombre d'espèces cultivent les pucerons des racines, et qu'elles les amassent dans leur nid même; cela devient alors leur unique source de nourriture (L. flavus). Les gallinsectes ou Coccinae (Chermes, Coccus) rendent exactement les mêmes services aux fourmis. Dans plusieurs contrées tropicales et subtropicales, ce sont les larves de divers Homcptères {Cercopis, etc.) qui remplacent les pucerons auprès des fourmis ; celles-ci les protègent aussi en retour. D'après une communication faite au mois d'octobre 1872 à la Société entcmclog. italienne par M. le professeur Delpino, ce naturaliste a observé un fait analogue en Italie. Il a vu des Camponctus pubescens demander à des larves de Tettigometra virescens et recevoir d'elles la miellée, comme ils le font pour les pucerons,

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1) Les pucerons possèdent pour la plupart deux cornes creuses, une de chaque côté de l'anus ; de ces tubes sort aussi une sécrétion, mais elle est moins liquide que celle de l'anus (Réaumur). C'est probablement le produit d'une glande, Les fourmis boivent la goutte que le puceron fait sortir de son anus, du moins à l'ordinaire, et non point la sécrétion de ses cornes, comme l'ont prétendu certains auteurs. Il est facile de s'en assurer en les observant à la loupe avec quelque précaution pour ne pas les effrayer.

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Fi pucerons et les gallinsectes fournissent aux fourmis, dans nos pays, à Ode la ins grande partie de leur nourriture. Mais il y a là encore d'énormes différences, suivant les formes. Les Leptothorax ne paraissent jamais élever de pucerons : ils en est de même des Pheiïdole, Tapinoma, Dolichoderus et M. structor, à ce que je crois. Ces fourmis ont d'autres | moyens de subsistance : les unes sont plutôt carnassières comme les Pheidole, les Tapinoma, les Tetramorium ; les autres lèchent directement les sucs des fleurs et des arbres (Lepto-

thorax, Dolichoderus) ; d'autres encore amassent des graines qu'elles font germer à moitié pour avoir du sucre {M. structor). Quelques formes vivent exclusivement de pucerons

(L. flavus, L. brunneus), ou presque exclusivement (L. niger, Camponotus divers), D'autres savent varier leurs moyens, lécher elles-mêmes les fleurs, tuer des insectes et cultiver des

pucerons ; telles sont surtout les espèces du genre Formica. Le genre Lasius montre une grande variété au point de vue qui nous occupe. Les espèces flavus et umbratus ne cultivent

absolument que des pucerons de racines. Le L. fuliginosus ne cultive que des pucerons de

l'écorce, des tiges et des feuilles. Le L. brunneus ne paraît cultiver que des pucerons de

l'écorce, Les L. niger et alienus cultivent des pucerons de racines et des pucerons de la partie.

extérieure des plantes. Ils savent transporter aussi ces derniers d'un lieu à l'autre. Enfin le

L. emarginatus n'élève que peu de pucerons, et seulement sur la partie extérieure des plantes. :

Certaines espèces de pucerons ne sont pas cultivées par les fourmis, ainsi celui du

rosier. Un jour j'observai dans un lieu aride, près de Martigny, une quantité de plantes de Stachys en pleine floraison, et au milieu d'elles beaucoup de petites plantes d'une autre

famille. Ces dernières étaient couvertes de pucerons noirs, mais je ne pus y voir aucune

fourmi, tandis qu'une foule de T. caespitum © entraient dans les corclles des Sfachys pour

en lécher les sucs. D'autres plantes des environs avaient des pucerons en petit nombre,

lesquels étaient cultivés par des L. alienus. Nous avons vu que certaines fourmis {L. niger,

brunneus et emarginaius, M. laevinodis et scabrinodis) savent bâtir autour des tiges de plantes couvertes de pucerons des pavillons en terre souvent assez élevés afin de mieux protéger leur bétail. | |

Divers gros pucerons du chêne sont tout particulièrement recherchés par les L. fuliginosus, F. gagates, C. lateralis. Lorsqu'on voit des fourmis grimper sur un arbre, c'est le plus souvent pour y aller solliciter leurs pucerons, mais il faut quelquefois une certaine attention pour remarquer ces derniers. Il y en a par exemple une espèce grise, assez agile, qui vit sur les feuilles des conifères, et que les F, rufa et pratensis cultivent avec prédilection : il faut beaucoup de peine pour l'apercevoir, tandis que les fourmis le sentent ou le

voient à distance, Les fourmis qui vont sur les poiriers, les pommiers, les pêchers, les orangers,

| y vont uniquement à cause des pucerons et des Coccinae, point du tout pour manger les fruits dont elles n'entament jamais la pelure. Je n'ai jamais vu, pas plus qu'Huber, les fourmis | manger leurs pucerons ; même des L. flavus que je laissai avec ces insectes sans leur donner

ni plantes ni nourriture ne leur firent aucun mal. Par contre Leuret {Anafomie comparée du système nerveux) raconte que M. Duveau vit une fourmi impatientée écraser un puceron et le manger.

On voit de quelle haute importance les pucerons sont dans l'économie des fourmis, Il suffit de deux ou trois portions d'excréments de ces insectes pour remplir le jabot d'une

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