‹ < > fourmis de la Suisse notices anatomiques et physiologiques, architecture, distribution géographique, nouvelles expériences et observations de moeursChapitre 126 sur 139 · S FRERE · texte numérisé non relu

S FRERE

LE Ds

: La légende populaire ‘) qui date des temps les plus reculés (Proverbes de Salomon, Esope) | raconte comme quoi les fourmis amassent en été des graines dans leur nid afin de n'être » pas au dépourvu pendant l'hiver, Cette légende a été déjà réfutée par Swammerdam

dé. fer 1

les fourmis ne différaient en rien des autres animaux à sang froid, qu'elles s'engourdissaient - lorsque la température s'abaissait à un certain degré, et que, chez nous, elles ne faisaient point de provisions, Ebrard (L c. p. 21) prétend, il est vrai, que les fourmis mineuses (rufibarbis) ne s'engourdissent pas en hiver, mais c'est une erreur ; elles s'engourdissent tout comme les autres, Il faut ajouter que cet alinéa d' Ebrard ne renferme que des erreurs, Cet auteur * est singulièrement inégal, À côté d'chservations remarquables par leur exactitude, il raconte

(sauf Gould) oublient qu'elle vient de la Grèce et de l'Orient où il y a d'autres fourmis

que dans le nord de l'Europe ; si Huber avait bien cherché, il aurait même pu trouver le mot de l'énigme sur le Petit-Salève, Nous avons vu, en effet, que les Messor structor et barbarus (dont le premier se trouve en Suisse) amassent réellement des graines diverses dans leur nid (voy. tableau des espèces et des races), et que ces graines servent, d'après

germination, Or, ces deux espèces sont parmi les fourmis les plus communes du midi de l'Europe et des pays qui entourent la Méditerranée, tandis qu'elles ne se trouvent pas dans le nord. M. Moggridge a décrit récemment, dans tous leurs détails, les greniers *) des Messor.

Ki,

en hiver, ils sont donc engourdis, ou peu s'en faut, et ne mangent rien ou presque rien. Les phénomènes chimiques et physiques de leur corps, ainsi la respiration, sont presque nuls. Si l'on met, p. ex., un coléoptère aquatique {Dyticus) dans un bocal dont l'eau est à + 1°,

1) Dans les Proverbes de Salomon, chap. VI, versets 6, 7 et 8, il est dit que les fourmis amassent leur nourriture pendant la moisson, et qu'elles n'ont ni princes ni chefs. L'exactitude de cette dernière assertion n'est pas sans intérêt, surtout si l'on pense à l'opinion contraire erronée d'Ebrard (XX. 5).

2) Gould ajoute cependant : « Pourtant il se peut qu'il en soit autrement pour les fourmis exotiques, «car quoique durant le froid de notre hiver les fourmis soient généralement engourdies et aient à peine « besoin d'un peu de nourriture, dans les régions plus chaudes, durant la saison des pluies, quand elles sont « probablement confinées dans leur nid, d'abondantes provisions leur sont peut-être nécessaires» (traduit d'après la citation de Moggridge)]. Ce passage, remarquable par la perspicacité et la modération qu'y montre Gould (1747), contraste avec les affirmations souvent méprisantes ou ironiques des auteurs subsé-

quents, voire même d'Huber (1 c. p. 20), sur la légende en question ; il peut encore servir aujourd'hui

d'exemple, pour un véritable esprit scientifique,

à 3] P. S. (1919). Du reste, comme l'ont montré Emery et plus tard d'autres, ce n'est pas pour l'hiver, mais au contraire pour la saison torride, où tout est desséché, que les fourmis amassent des graines dans leurs greniers, D'autres fourmis, de la région des steppes et des déserts, ont de grandes © dites

« nourrices », dont elles remplissent de miellée le jabot, énormément distendu, pour être alimentées durant la

“sécheresse,

) (XVIIre siècle), par Gould *), puis par Christ, Latreille, Huber, etc., qui ont prouvé que

des faits inexacts ou très mal observés. La légende a pourtant sa raison d'être ; ces auteurs

Lespès, à les nourrir, grâce à la transformation d'une partie de l'amidon en sucre par la

On peut dire, sans risquer de se tromper beaucoup, que le besoin de nourriture! chez DS insectes croît en raison directe de la température, de même que leur activité, Chez nous,

on le verra rester au fond pendant plusieurs heures, sans venir respirer (ces insectes sont

obligés de venir respirer l'air à la surface) : si, au contraire, l'eau est à “+ 20° ou + 25°

centigrades, il montera à chaque instant pour ouvrir ses stigmates à la surface, Huber a montré de plus, pour ce qui concerne les fourmis, que les pucerons s'engourdissaient en « même temps qu'elles, et que, lorsque la température s'élevait pendant quelques jours en

hiver, elles savaient aller les trouver, du moins les plus voisins de leur habitation; la peine est encore moins grande pour les espèces qui élèvent ces insectes sur les racines croissant dans leur propre nid. Donc plus il fait chaud, plus les fourmis sont actives, plus elles sont agiles, plus elles sont adroites, plus elles bâtissent, plus elles élèvent de larves, plus elles font d'ouvrage en peu de temps, en un! mot ; mais aussi plus elles mangent, plus elles cocnsument rapidement leurs forces et leur vie, plus leurs larves croissent et se

transforment rapidement, En un mot l'activité vitale {Stoffwechsel et Kraftwechsel) des

Îcurmis, comme celle des insectes en général, augmente et diminue avec la température ambiante,

Dès que l'hiver chez nous s'approche, les fourmis se retirent peu à peu au fond de

leurs souterrains cù elles s'entassent les unes sur les autres avec leurs larves, quand elles en

ont à ce moment, et restent dans une immobilité complète. Il ne faut pas croire cependant que leur volonté n'ait aucune part dans cet acte. Elles ne vont point s'endormir toutes à la fois, mais les unes après les autres, et, tandis qu'une grande partie de la fourmilière est engourdie, quelques.* travaillent enccre et sortent du nid au milieu du jour, quoique d'un pas languissant. Enfin ces dernières © vont se joindre aux autres, et lorsqu'on ouvre alors le nid on ne trouve plus que des ? engourdies, Pendant les journées chaudes de l'hiver, dans les lieux abrités, on voit souvent quelques $ qui se promènent, ce qui a fait croire à certains auteurs que quelques espèces ne s'engourdissaient pas. Ici encore ce ne sont qu'un très petit nombre de © qui se réveillent pour quelques heures. On voit

cependant des fourmilières se réveiller presque totalement pendant les hivers exception-

nellement doux, et cela surtout lorsque cette température élevée a duré un certain temps et pénétré dans la terre. C'est ainsi que les 1 et 4 janvier 1873 j'ai observé aux environs de Morges, dans les lieux abrités et exposés au soleil, des fourmilières fusca et pratensis

presque entièrement réveillées. Les & d'une de ces dernières se. promenaient en grand

nombre sur leur dôme et étaient fort vives, [Il en est au printemps de même qu'en automne, et dans chaque fourmilière une partie des 8 se réveillent avant les autres. J'ai constaté ce fait à diverses reprises, J'ai observé de plus que chez la même espèce le moment du réveil varie suivant l'exposition du nid et suivant sa profondeur. Les © des nids exposés au midi et à l'abri du vent se réveillent beaucoup plus tôt que les autres, Les 8 des

nids anciens et très profonds se réveillent plus tard que celles des nids superficiels, car

la chaleur du soleil pérètre moins vite jusqu'à elles. Ce dernier fait explique pourquoi l'on voit souvent les © de deux nids de F. fusca, p. ex., situés tout près l'un de l'autre, et exposés de la même manière, se réveiller les unes huit ou quinze jours plus tard que les autres.

Pendant l'hiver, nous l'avons vu, les dômes maçonnés s'aplatissent, les cases et les galeries superficielles sont peu à peu détruites, obtruées par de la terre (le gel et le dégel y contribuent pour leur part), de sorte que les fourmis à nids de terre pure ne peuvent sortir

au printemps, du moins le plus souvent, qu'en minant de bas en haut ; ce fait est très facile à

ché soit

Faite Fa | 1

observer chez les F. fusca qu'on voit surgir ainsi à la surface les unes après les autres. Les

F. rufa, pratensis et {runcicola sortent de leurs souterrains et viennent sur leur dôme se

chauffer au soleil sans s'éloigner de leur nid, pendant plusieurs jours de suite après leur réveil. Elles forment ainsi d'énormes amoncellements de # immcbiles entassées les unes sur les autres, comme les abeilles qui essaiment en forment autour de leur reine. Si l'on répand

l'alarme parmi elles à ce moment, elles s'enfoncent aussitôt en masse dans leur nid, jusqu'à

ce que le tas y ait presque totalement disparu ; alors celles qui restent et qui ont pris terre se mettent sur la défensive.

Mais toutes les fourmis n'ont pas de souterrains ; les Leptothorax, p. ex., s'endorment

. simplement dans leur écorce, les L. fuliginosus dans leur arbre, etc. Lorsqu'on conserve,

en hiver, des fourmis dans une chambre chauffée, elles ne s'engourdissent pas, En résumé

l'on peut donc dire que les fourmis s'engourdissant en hiver elles n'ont pas besoin de nourriture, mais que lorsqu'elles se trouvent dans un lieu où le soleil peut provoquer pendant cette saison, à certains moments, une température un peu élevée, une partie d’entre elles se réveillent : dans ce dernier cas elles trouvent de quoi se nourrir, car les pucerons et les autres insectes du même lieu se réveillent aussi en même temps ; de plus ces endroits abrités sont ceux où les plantes se mettent souvent à pousser en plein hiver (violettes, primevères, etc.).

Il est évident que dans les pays chauds les fournis ne s'engourdissent pas, et que dans les

pays très froids elles passent la plus grande partie de l'année endormies, Lorsque la tempé-

rature ne s'élève suffisamment qu'au milieu du jour, les fourmis s'engourdissent de nouveau pendant la nuit, et même le matin et le soir. C'est le cas dans les Alpes, sur les plus hauts

pâturages ; là leur activité est bornée le plus souvent à deux ou trois mois de l'année, tout au plus, et, pendant cette période même, à quelques heures du jour, tandis qu'elles travaillent à Vaux pendant les nuits entières lorsqu'elles sont très chaudes. HSE

I1 se présente ici plusieurs questions fort importantes, Les nids des fourmis ont-ils

une température plus élevée que celle des environs (on sait que c'est le cas des ruches

d'abeilles) ? Les fourmis ont-elles une température propre ? À quel degré s'engourdissent-

elles ? Quel degré de froid peuvent-elles suporter sans périr ? Je ne prétends point

résoudre ces problèmes d'une manière absolue, mais je crois pouvoir donner au moins une

idée conduisant à leur solution.

Mayr (Form. Austr.) croit que la température des nids des fourmis est assez élevée, et qu'en hiver elles s'arrangent pour être toujours dans un milieu au-dessus de O°. Il

» ' \ 3 » 4 a # C x C] Lo) é rapporte deux expériences thermométriques qui n'ont, à mon avis, aucune valeur, vu qu'il a oublié de mesurer la température du terrain aux environs du nid. Or, la température

momentanée de l'air n'est en aucun rapport constant avec celle des zones souterraines. Il a trouvé une fois une température de 0,6° centigrades plus élevée que celle de l'air, et l'autre fois de 12,5°.

Avant d'aller plus loin, je veux rapporter quelques observations que j'ai pu faire : 1° Dans un grand nid de L. flavus, près de Zurich, le 18 XII 1867, la température, à six pouces de profondeur, était de +7 à +71/2°.c.; à la même profondeur, dans le terrain environnant, elle était de +6 %4° c. |

Le 2 I 1868, au même endroit, aussi chez des L. flavus, à la même profondeur, la |

température était de 0° à + 12° c.; dans le terrain environnant, de —2° c. ; la température de l'air était de —— 14° c. Le froid durait depuis assez longtemps.

En JDD

2° Le 30 IIT 1869, je fis diverses observations sur des F. pratensis qui étaient en tas sur leurs nids ; on verra par les résultats qu'il faut se garder de faire des conclusions | hâtives, Le soleil brillait depuis midi ; la température de l'air à 2.12 heures était de + 7. centigrades à l'ombre, à 4 heures elle était de + 7 !2 centigrades. À 2 12 heures j'enfonçai

mon thermomètre de 7 !> centimètres dans la terre compacte d'un talus exposé en plein au

soleil ; il monta à + 13° centigrades. Enfoncé ensuite de 9 centimètres au milieu d'un nid

À de F. pratensis à surface horizontale et ne recevant que des rayons solaires très obliques, il monta rapidement jusqu'à + 22° ; les fourmis se trouvaient en masse dans cette partie

du nid, et y étaient en pleine activité, Je le mis ensuite à la même profondeur, dans une

partie inhabitée du même nid, un peu plus à l'ombre, il est vrai, et de côté, là où il y 40 plus de terre et moins de matériaux ; il redescendit à + 7 42°, Sur un autre nid B, je plaçai la boule du thermomètre au milieu du tas de fourmis qui étaient sur le dôme, sans l'enfoncer

däns le nid ; la température monta à + 18° c.: je la mis ensuite sous une feuille sèche, tout à côté, mais dans un endroit sans fourmis, et la température redescendit à + 14° c. Sur un autre nid C, «exposé en plein au soleil, les & étaient en tas à la surface : je mis la boule du thermomètre au milieu d'elles, ce qui les agita beaucoup, et la température monta à + 31 42° c. Je cherchai ensuite à obtenir la plus haute température possible parmi des feuilles sèches situées à côté de ce nid et exposées de même ; j'arrivai ainsi à + 30° c. On voit, par ce qui précède, que la température dépendant avant tout du soleil, de la profondeur, et des corps qui se trouvent à la surface du terrain, il faut être prudent dans ses conclusions ; les feuilles sèches et les matériaux des F. pratensis se réchauffent bien plus vite que la terre humide. D'un autre côté beaucoup de fourmis en activité, serrées les unes contre les autres, paraissent produire une certaine élévation de température.

° Le 8 I 1870, je trouvai une fourmilière de M. laevinodis avec des larves, des ©.

re et un Afemeles emarginatus. Je mis toute la famille dans une boîte en carton,

entre les doubles fenêtres de ma chambre exposées au midi. La fenêtre extérieure fermait | | très mal, de sorte qu'il gelait pendant la nuit dans cet espace, tandis que de jour les rayons :

du soleil y produisaient une forte chaleur. Je conservai ainsi ces fourmis jusqu'au 3 III. Pendant le jour elles étaient en pleine activité, soignaient leurs larves et leurs © ; l'Afemeles

courait au milieu d'elles. Je laissai la boîte ouverte, et elles ne cherchèrent pas à s'enfuir, car le froid qui régnait dehors les rebutait. Mais dès que le soleil s'abaissait, elles perdaient . peu à peu leur activité, et finissaient par s'engourdir totalement, Le matin, entre 7 et.

8 heures, je fis à plusieurs reprises des observations au thermomètre. À cet effet je plaçai la boule de mercure au milieu des fourmis, la recouvrant même entièrement de Ÿ engourdies, É et je la laissai ainsi pendant vingt minutes ou une demi-heure. La température descendit …

plusieurs fois à — 3°, —— 4° c., une fois même à — 5° c, (la température du dehors était de — 12° à — 14 c.).

Il est évident que cette température représentait bien celle du corps des fourmis ; il

ne peut en être autrement. Les ® étaient dans une immobilité complète, leurs pattes et :

leurs antennes à demi repliées ; mais elles n'étaient point raides : leurs membres se laissaient mouvoir dans toutes les directions, leur corps était flexible. L'Afemeles était engourdi

au milieu des ?, et comme elles. Ces mêmes insectes étaient pleins de vie et d'activité deux heures plus tard, car la température du milieu qui les entourait montait jusqu'à

ALT CE ne

+ 20° c. pendant le jour. Mes fourmis restèrent, ainsi que leur Afemeles, près de deux | mois exposées journellement à ces grandes variations de température, sans être recou- : vertes par le moindre cbjet, et sans paraître souffrir, Je leur donnai de temps en temps un peu d'eau et de miel qu'elles mangèrent. Elles s'évadèrent le 3 III, par une journée chaude, à travers les jointures de la fenêtre. |

4 J'ouvris plusieurs fois en hiver, lors des plus grands froids, les dômes des nids de L. flavus qu'on avait .enlevés avec la pelle, retournés, et laissés ainsi dans les prés sous forme de mottes, Les agriculteurs du canton de Vaud s'imaginent par ce moyen détruire les fourmilières. J'y trouvai le plus souvent les # complètement engourdies dans les cases dont les parois étaient incrustées de glace, mais jamais je n'en découvris de mortes ; elles

. se réveillèrent toujours après que je les eus réchauffées un moment dans ma’ maïn.

5° Le 27 février 1873 je remplis deux bocaux à peu près égaux, l'un (A) d'une portion de nid de F. pratensis avec ses habitants, l'autre (B) de matériaux de F. pratensis sans” fourmis, et je les mis sur ma fenêtre, Je mesurai la température dans les deux bocaux en enfonçant la boule du thermomètre à la même profondeur et de la même manière, seulement dans le bocal À j'eus soin de la faire entrer dans une case pleine de $ engourdies.

Dans les deux bocaux le thermomètre marqua + 0,5° Celsius. Le lendemain la température

du bocal À, dans la case pleine de %, descendit à — 0,59 c. Toutes ces 8 se réveillèrent quand je remis le bocal dans ma chambre. | Les faits qui précèdent montrent qu'une température au-dessous de zéro ne cause pas la mort des fourmis, lors même que ce n'est point seulement le milieu ambiant qui se | reftoidit ainsi, mais aussi leur propre corps. Cela n'a rien d'étonnant ; l'eau seule gèle à. | zéro, mais non pas l'eau qui contient d'autres substances en dissolution, ni les liquides organiques. Il serait facile de déterminer par des expériences suivies à quel degré la température doit s'abaisser pour causer la mort des divers insectes, et des fourmis en particulier ; il est probable que cela varie suivant les espèces, et qu'une F. fusca p. ex. peut supporter plus de froid qu'une P. pallidula. Pour ce qui en est de la température propre des insectes, il est connu qu'elle se rapproche d'autant plus de celle du milieu ambiant que leur activité est moins grande ; lorsqu'ils sont engourdis c'est à peine sil y a une différence, et il est évident que cela doit surtout être le cas chez les petits insectes où la surface du corps est énorme par rapport au volume ‘), isa Il est parfaitement vrai que les feurmis se cachent en hiver au fond de leur nid et * s'y entassent, mais est-ce bien seulement pour se procurer plus de chaleur ? J'ai deux - cbjections à faire à cette supposition. Premièrement je rappelle au lecteur la variété infinie des nids de fourmis. Tel nid est situé sur une surface plane, à l'abri du vent, dans une terre végétale ; il est protégé du rayonnement par un groupe de sapins ; les fourmis qui, l'habitent depuis longtemps lui ont donné une grande profondeur. Ici les habitants jouiront en hiver d'une température égale, et n'auront jamais à craindre le gel; au printemps:

1) Plateau, dans une brochure dont je n'ai pris connaissance que pendant l'impression de ce travail (Recherches physico-chimiques sur les articulés aquatiques ; Bruxelles, chez Hayez) a fait des expériences sur ce sujet. Ses résultats ne concordent guère avec ce que j'ai observé chez les fourmis, mais il n'a opéré que dans l'eau, Il croit que c'est la privation de mouvement qui cause la mort des insectes pris dans la glace, Mais le froid les prive de mouvement sans eau ni glace, et ils ne meurent pais.

par contre la chaleur ne pénétrera que lentement et tard jusqu'à eux. Tel autre nid (de … Leptcthorax acervorum p. ex.) est situé sur la pente abrupte d'un rocher des Alpes, à 2,200 mètres d'élévation, dans une légère anfractuosité contenant à peine quelques atomes … à de terre et une petite motte de Silene acaulis : un petit caillou plat le recouvre ; les fourmis 2% ne peuvent s'enfoncer bien profond, car elles ne savent pas creuser le roc ; la pente est trop raide pour que la neige puisse jamais y tenir. Ces petits insectes qui ne savent pas même employer des matériaux pour se faire un dôme seront soumis à des variations énormes de température, et surtout à un froid excessif, Feu mon ami Eugène Rambert !) a fait cette observation à propos des plantes alpines, il y a plusieurs années. Il a montré que le prétendu manteau de neige qui devait les protéger du froid en hiver n'existait pas pour toutes celles qui se trouvaient sur les arêtes battues par le vent, dans les anfractuosités des rochers abrupts, en un mot dans tous les lieux où la neige ne peut tenir. Au printemps, ce seront par contre les fourmilières mal protégées qui se réveilleront les premières, dès que le soleil viendra réchauffer la pierre qui recouvre leur nid: elles travailleront le jour et s'engourdiront la nuit, comme mes M. laevinodis et leur Atemeles, Remarquons bien que les deux cas extrêmes que je viens de supposer se rencontrent souvent chez la même espèce, ainsi chez la F, fusca qui habite les hauts pâturages des Alpes comme les forêts de la plaine,

La seconde cbjection que j'ai à faire au prétendu besoin de chaleur des fonpnis est plutôt une autre supposition. N'est-ce pas l'humidité plutôt que le froid que les fourmis veulent éviter en se cachant en hiver ? En effet, si une température de zéro degré et

au-dessous n'est pas directement nuisible aux fourmis, elle peut le devenir si le milieu qui les entoure est très humide, Une fourmi prise dans de l'eau qui gèle doit beaucoup souffrir de la dilatation que subit celle-ci ; son corps doit risquer d'être comprimé ou même déchiré. J'avoue que c'est une pure hypothèse, mais il serait facile de la confirmer par des expériences ?)]. Il y aurait ainsi une raison pour engager les fourmis à se retirer dans des ‘endroits à l'abri du gel, et surtout dans des lieux où l'eau ne GERS arriver en quantité suffisante à la fois pour les mouiller.

Je dois dire que chez quelques espèces de are ainsi chez la F. rufa, un ensemble de circonstances semblent concourir pour conserver une certaine dose de chaleur .

1) Les Alpes Suisses, 1. série, 1866, page 296 et Bibliothèque universelle, Tome XXXIII, No 139 (1er octobre 1868) page 192. L'auteur fait observer que la théorie de certains botanistes qui veulent que les plantes alpines soient très sensibles au froid et protégées en hiver par un manteau de neige est au moins fort risquée. En effet, on a observé depuis nombre d'années que la température atteint souvent en hiver, dans les Alpes, à une élévation de 2,000 mètres et au-dessus, un minimum de 25 degrés Celsius au-dessous de zéro. Or, passé une certaine inclinaison, les parois rocheuses ne retiennent pas la neige, et les sommets battus par les vents sont sans cesse balayés et mis à nu, en sorte que toutes les plantes qui habitent ces stations-là sont peu ou-point garanties. Exemples : les Gentfiana imbricata qui habitent le sommet du Drômaz (2,950 m.) ; maintes touffes de Rhododendron situées à 2,000 et 2,200 mètres contre | des rochers ardus où la neige ne peut tenir, etc, Eugène Rambert, en racontant une course qu'il fit lui-même A au sommet du Rigi (1,800 mètres) au milieu de l'hiver, dit : « Jusqu'au sommet du Rigi, nous rencontrâmes de longues plates-bandes dénudées, dont les gazons affrontaient bravement les gélées d'un rude hiver. »

2) Plateau (1. c.) croit prouver que la dilatation de l'eau qui gèle ne comprime pas les corps qui y sont plongés, Et pourtant les Dytiques meurent dans l'eau gelée. sa

dans les nids en hiver. Les nids de ces fourmis sont très grands; leur dôme est composé

de matériaux, végétaux pour la plupart, qui laissent entre eux de nombreux interstices : ; au-dessus des souterrains qui sont très profonds se trouve un labyrinthe de cases qui . fonctionne comme un mur creux. Tout cela fait obstacle au refroidissement, Enfin ces

fourmis sont grandes et très nombreuses : il est probable que, lorsqu'elles sont entassées les unes sur les autres, leur chaleur propre devient sensible, Le fait est que le gel ne pénètre jamais bien profond dans ces nids. Maïs il faut se garder de vouloir généraliser ces données comme l'ont fait quelques auteurs, car toutes les circonstances que je viens . d'énumérer, ou du moins presque toutes, font défaut chez la plupart des espèces. IL est

évident que dans un nid de Leptothorax, composé de 30 ou 40 petites # et d'une ©, ni.

l'agglomération des fourmis, ni la profondeur du nid, ni la superposition des cases, ni les matériaux ne seront capables de s'opposer au refroidissement. Je rappelle par exemple les : nids de Colobopsis, de Leptothorax et d'Hypoclinea situés dans les ramilles sèches des arbres, . ainsi que ceux qui sont sous une petite pierre reposant elle-même sur un roc nu et compact.

% Pour ce qui en est des températures élevées, je n'ai pas fait de mesures exactes ; cela

sur un mur sec, tandis que le C. herculeanus se cache toujours au frais et à l'ombre. C'est principalement la chaleur sèche qui nuit à nos insectes, car elle fait évaporer les

et surtout les rayons directs du soleil. Ces derniers joignent l'action de la lumière à celle de la chaleur : ils sont surtout évités par les fourmis à vue faible [S. fugax, P. con- … fracta, L. flavus). Mais la F. pratéensis, p. ex., recherche autant que possible les rayons solaires directs au printemps et en automne, tandis qu'au mois de juillet elles les fuit

et marche toujours à l'ombre au milieu du jour. Ceci nous amène à parler de l'influence £

de la lumière sur les fourmis ‘).

Influence de la lumière sur les fourmis. Travail de nuit

À 2 Les opinions les plus does ont été émises sur ce sujet, Déjà Gould vit que . les fourmis travaillaient la nuit; Huber montra que cela différait suivant les espèces ; - Kirby ‘vit des F. rufa en pleine activité à deux heures du matin au clair de la lune; - Ratzeburg les trouva sur les plantes, auprès de leurs pucerons, de nuit comme de jour ; - Mavyr au contraire (Form. austriaca) ne les vit travailler de nuit que lorsque leur nid avait été endommagé.

Pour nous rendre compte de la vérité, nous avons trois facteurs à considérer : 1° la température, 2° l'espèce ou la race de fourmi à laquelle nous avons affaire, 3° le genre du travail. 6

Le plus important de ces facteurs est sans contredit la température, Il fait presque 4 toujours plus froid de nuit que de jour ; il s'ensuit qu'au printemps et en automne les

1) Plateau donne 33,5 à 46,2 degrés centigrades comme maximum supporté sans accidents par les f: articulés aquatiques,

. paraît varier du reste suivant les espèces ; ainsi le C. scufellaris supporte un soleil ardent

liquides de leur corps. La plupart des fourmis craignent donc une température trop élevée,

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fourmis travaillent à l'ordinaire de jour seulement, tandis qu'en été, lorsqu'il fait une chaleur « trop forte, elles travaillent surtout de nuit. Cela varie naturellement suivant la situation … des nids, J'ai vu des F, pratensis qui ne sortaient presque pas de tout le jour pendant une en période très chaude du mois de juillet déboucher par milliers de leur nid dès le soir, inonder # Le tous leurs chemins, et aller à une distance assez grande traire leurs pucerons sur les arbres. ‘ Je les trouvai par une nuit obscure, à l'aide d'une lanterne, sur des branches de pins et de. sapins en compagnie de leurs pucerons. Cette activité n'est point interrompue de toute la - nuit, car de grand matin elle n'a pas diminué, J'ai fait la même observation pour la F. pressilabris, le L. niger, la M. scabrinodis, etc. Par contre, au printemps, ces mêmes fourmis ne. sortent souvent de leur nid qu'à huit ou neuf heures du matin pour y rentrer avant cinq heures du soir. Dans mes appareils j'ai fait la même observation ; les fourmis y étaient très actives de nuïît quand il faisait chaud, même plus actives que de jour ; elles dormaient. par contre lorsqu'il faisait froid.

D Pour ce qui concerne les différentes espèces de fourmis, nous devons, avant tout avoir égard à leur genre de vie, puis au développement de leurs sens, Nous avons ainsi à distinguer trois catégories de fourmis qui sont loin d'être tranchées, mais dont les types. extrêmes sont au moins fort distincts : 1° Fourmis souterraines ; 2° Fourmis à odorat ou « toucher très développé ; 3° Fourmis à vue développée. Il va sans dire que nous ne parlons “ que des ©, La lumière n'a guère d'effet sur les premières {L. flavus, S. fugax, P. contract) ; elles vivent toujours dans leur nid, sans se préoccuper du jour ni de la nuit ; la température a seule de l'influence sur elles, Elles ont en même temps la vue très peu développée Celles de la seconde catégorie {L, emarginatus, T. erraficum, Myrmica, Camponotus) sortent … beaucoup de leur nid; elles n'ont pas d'ocelles, mais leurs yeux composés sont assez w grands ; elles se distinguent par le développement de leurs antennes, soit en longueur « (T. erraticum), soit en épaisseur {Myrmica). Ces fourmis sortent indifféremment de nuit et de jour : leur allure est mesurée, toujours la même. La température paraît aussi presque * mes seule les influencer. Enfin les dernières sont les fourmis à ocelles (P. rufescens, F. rufa, etc). Celles-ci ont les antennes moins développées et se dirigent en partie au … moyen de la vue. De jour leur allure est ordinairement saccadée, brusque ; de nuit elle est lente et mesurée. Elles paraissent préférer en général le jour à la nuit pour sortir de chez

. elles, à moins que la chaleur ne soit trop forte.

… Une partie du travail des fourmis, savoir le soin des larves, les occupations de l'intérieur en général, se fait toujours dans l'obscurité. Il leur est donc inutile de distinguer dans ce cas entre le jour et la nuit, Cependant la présence du soleil rend les variations de température plus grandes de jour, ce qui force les fourmis à changer plus souvent leurs larves dé place. Je renvoie du reste le lecteur à ce que j'ai pu dire plus haut sur ce sujet à propos des captives de mes appareils. Un second genre de travail est celui de l'architecture ; la nuit se prête avantageusement aux constructions des maçonnes, car la terre se diessèche ” moins vite que pendant le jour, et la cohésion des parcelles qui servent de mortier aux fourmis a le temps de devenir plus complète, Les fourmis à matériaux {F. rufa, etk.), par contre, « bâtissent surtout de jour. On voit souvent le matin des dômes entiers de fourmis maçonnes . (L. niger, T. erraticum) là où le jour précédent on n'eût pas soupçonné l'existence d'une fourmilière, Du reste c'est ici l'humidité qui est l'important, et les $ maçonnes travaillent fort |

ien de jour, Rs il fait une ee fine cu one on arrose leur nid (L. flavus). Enfin le”

M P. rufescens DE etc, varie énormément suivant les espèces ; nous en avons déjà suffisamment

; ne. nids. Ce fait a été souvent observé dès lors. Toutes les fourmis savent faire cela, mais chaque espèce emploie les matériaux qui lui sont propres, Ce n'est pas particulièrement le soir et le matin que les F. rufa ferment et ouvrent les entrées de leur nid ; on peut dire en

demeure que pendant qu'elles les utilisent, et qu'à tout autre moment elles les ferment plus ou moins complètement. Ainsi les S. fugax et les L. flavus ont à l'ordinaire des nids entièrement fermés, ou peu s'en faut, maissau moment du départ desQ et des ( le dôme s'ouvre de toute part ; les $ y font aussi des trous depuis dedans lorsqu'elles veulent bâtir un nouvel étage, Elles ferment ensuite les portes avec des grains de terre, Les F. rufa barricadent leurs entrées avec des poutres (tiges de graminées, etc.) ; elles ferment en temps de pluie et lorsqu'il fait froid : une # garde ensuite à l'ordinaire chacune des portes en restant près de la Sortie, -: ;: | Ebrard (L c. p. 33) prétend faire jouer aux fourmis le rôle que le bacon lui- même remplit si imparfaitement ; il assure qu'elles prévoient à l'avance la pluie et le beau temps, et cite des faits à l'appui de cette thèse, Je crois devoir protester contre son assertion, Il est vrai que les F. rufa, pratensis et quelques autres rentrent chez elles quand il pleut et ferment leurs portes, mais elles ne sont pas plus habiles à prévoir le cas que le premier humaïn venu. J'ai vu trois fois des P. rufescèns surpris par la pluie, et pas seule- ment par une averse passagère, au milieu de leur expédition ; j'en ai vu d'autres, qui se

repartir plus tard lorsque le soleil eut reparu (ils auraient dû prévoir dès l'abord qu'il ne pleuvrait pas). Une armée d'amazones surprise par une averse à 30 pas de son nid fut fort effrayée et fit d'abord un brusque mouvement général en arrière ; puis elle s'arrêta complètement, et reprit lentement le chemin de son nid lorsque le gros de l'averse fut passé. Quand elle rentra chez elle à vide, la pluie avait cessé, Des F. sanguinea furent aussi incndées sous mes yeux pendant une de leurs expéditions, ce qui ne les empêcha pas de la continuer, Enfin je vis même des F. pratensis surprises par la pluie pendant qu'elles étaient en pleine activité sur tous leurs chemins, et que leurs portes étaient tout ouvertes, Quand la pluie arrive subitement par un temps chaud, les fourmis sont ordinairement surprises ; si le mauvais temps se prépare peu à peu et avec un abaissement de température, elles rentrent à temps chez elles.

travail du dehors qui consiste à aller butiner, chercher des pucerons, faire des esclaves. |

Huber a montré que les F. rufa et pratensis savaient fermer et cuvrir les portés de

thèse générale que les fourmis quelles qu'elles soient ne conservent des ouvertures à leur :

préparaient à partir, rentrer dans leur nid parce que le ciel s'était un peu couvert, puis

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