‹ < > fourmis de la Suisse notices anatomiques et physiologiques, architecture, distribution géographique, nouvelles expériences et observations de moeursChapitre 17 sur 139 · VE · texte numérisé non relu

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à la base des pédoncules du cerveau (commissures reliant de chaque côté de l'œsophage le cerveau proprement dit au ganglion sous-œæsophagien) par un pédoncule secondaire convexe en dehors. Ces masses sont les corps pédonculés de Dujardin ; elles sont toutes deux entourées d'une substance corticale celluleuse qui donne à chaque hémisphère ou lobe sa forme hémisphérique. Les corps pédonculés ne sont chez aucun insecte aussi développés

que chez les fourmis ; ils sont même rudimentaires chez la plupart des insectes. Viennent ensuite les lobes cérébraux primordiaux, la formation ganglionnaire primitive du cerveau, laquelle se trouve chez tous les insectes (Fig. 35, c. prim.).

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Ils formerit ensemble une seule masse transversale, un peu éme!

rétrécie au milieu, qui recouvre la partie inférieure des corps

pédonculés. Au milieu de chaque, on voit par transparence

un très gros noyau qui, regardé de derrière, semble divisé en deux moitiés: ce n'est que le commencement de la commissure ‘allant au ganglion sous-æsophagien ; cette commissure paraît être double (de chaque côté) d'après Leydig. À droite et à gauche, les lobes cérébraux primordiaux se continuent pour former les lobes ou neris optiques (Fig. 35, n. opt.) qui se rendent aux yeux composés. En avant et en bas, les lobes cérébraux portent chacun un lobe conique, le lobe olfactif ou antennal (Fig. 35, lob, olf.) d'ou part le nerf antennal (n. ant]. Entre les deux nerîs antennaux, on voit deux nerfs très fins qui partent aussi du cerveau ; ce sont les nerfs de la lèvre snpérieure (n. labr.). Chez les fourmis qui ont des ocelles, ces derniers ont chacun un gros nerf très facile à voir, et si éqais qu'on peut presque le regardercommeun

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lobe cérébral ; ces nerfs partent directement des corps pédonculés ; celui du milieu (de . l'ocelle antérieur) a deux racines, une dans chacun des hémisphères. Leydig a déjà montré que le développement des ocelles n'est point nécessairement en rapport avec celui des corps pédonculés, car ces derniers sont beaucoup plus développés chez la F. ruta $ que chez l'abeille, tandis que les ocelles sont plutôt plus petits, proportion gardée, Il laisse cependant la question en suspens, regardant toutefois comme très. probable que les corps … pédonculés sont avant tout le siège des facultés intellectuelles supérieures, Je puis lever ce dernier doute de Leydig, car je me suis assuré que les corps pédonculés se trouvent très développés chez des fourmis qui n'ont pas trace d'ocelles, telles que le Camponotus ligniperdus 8 (Fig. 35, corp. ped.), le Lasius flavus © etc, Chez les fourmis sans ocelles, plus aucun nerf visible ne part donc des corps pédonculés. Hâtons-nous de dire que ce | fait ne prouve pas que les nerfs des ocelles soient, là où ils existent, indépendants des . corps pédonculés, mais seulement qu'ils n'en sont qu'une dépendance accessoire. Le cerveau proprement dit n'est pas identique chez toutes les fourmis, Je n'ai malheureusement que fort peu de données à cet égard. Les corps pédonculés sont énormes chez les $ du genre Formica qui renferme les fourmis les plus intelligentes ; et, chose très remarquable, ils sont plus petits chez les © et beaucoup plus petits chez les (; de ce même genre. Ce fait est si frappant que je l'ai fait constater, sans l'avoir prévenue, à une personne tout à fait étrangère aux sciences naturelles. Or la © et le sont bien plus grands que la 8, et ont

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(le « surtout) les ocelles et les nerfs ocellaires infiniment plus développés. Voilà donc enccre une preuve que la vue ocellaire n'est qu'une fonction accessoire des corps pédonculés, Mais nous savons combien l'intelligence des rj et même celle des © est inférieure à celle des ©, Chez le C. ligniperdus © (Fig. 35), les corps pédonculés sont plus petits, proportion gardée, que chez la F. pratensis % et surtout que chez la F. sanguinea Ë, ce qui tient soil au manque d'ocelles, soit plutôt à ce que l'intelligence est moins développée. Les lobes ou nerfs optiques sont en général fort épais, à peine rétrécis entre leur partie péri- - phérique et le lobe cérébial primordial ; chez les espèces à petits yeux, ils sont cependant - bien plus étoits, ainsi déjà chez le C. ligniperdus © (Fig. 35, n. opt.). Les lobes anten- Ù naires sont très développés.

La partie inférieure du cerveau (ganglion sous-æsophagien) est beaucoup plus petite

que le cerveau proprement dit ; elle lui est unie par des commissures extrêmement massives . qui ne laissent entre elles qu'une petite ouverture pour l'œsophage, Ce ganglion ne paraît rien offrir de bien particulier, et ceux qui veulent l'assimiler au cervelet ou à la moëlle

3 allongée n'ont pas de preuves sérieuses à l'appui de leur assertion. Leydig (1 c. p. 231).

dit lui-même que sa structure ne diffère de celle des ganglions thoraciques que par un - plus grand développement des commissures transversales. C'est de lui que partent les nerîs - des mandibules, des mâchoires et de la lèvre inférieure ; on ne le voit pas dans la fig. 35 où il est caché par le cerveau proprement dit. | ; Les trois ganglions thoraciques sont gros et distincts l'un de l'autre, mais les gan- » glions mesothoracique (Fig. 35, G. mesot.) et metathoracique (Fig. 35, G. metat.) sont très rapprochés l'un de l'autre, séparés seulement par des connectifs épais et fort courts. Le - ganglion prothoracique (Fig. 35, G. prot.) est par contre séparé du ganglion sous-æso- - phagien et du ganglion mesothoracique par de longs et forts connectifs, Del chaque gan- » glion thoracique part une paire de gros nerfs pour la paire de pattes correspondante ; . l'éloignement des ganglions l'un de l'autre correspond du reste à peu près à celui des

paires de pattes l'une de l'autre, Chez la ©, l'arrangement est exactement le même ; mais

il y a de plus les nerfs des ailes qui partent des connectiis situés entre le ganglion prothoracique et le ganglion mesothoracique, plus près de ce dernier dont leurs fibres sont

| évidemment originaires ; ils en sont encore assez éloignés chez le C. ligniperdus ©. Leydig … (L c. p. 196) donne d'autres exemples de nerfs partant des commissures. Les ganglions prothoracique et mesothoracique sont protégés chacun par un solide anneau chitineux - implanté derrière le ganglion, de chaque côté des connectifs, et le recouvrant en partie.

Les connectifs qui partent du ganglion metathoracique pour aller au ganglion du

pédicule sont assez épais à leur origine, mais ils se ramincissent bien vite, et deviennent beaucoup plus étroits que ceux des ganglions antérieurs. Le ganglion du pédicule (F. 35, . G. petiol.) et très petit, rond chez la F. pratensis © et %, allongé chez le C. ligniperdus N © et y il se trouve sous l'écaille, dans là partie renflée du pédicule, ordinairement plutôt au devant de cette partie renîflée, C'est le premier ganglion abdominal qui chez certains insectes est situé encore dans le thorax. Les nerfs qui partent de ce ganglion . vont principalement dans l'abdomen (Fig. 35, n. pet. abd.). Chez certains Myrmicinae, l'enveloppe chitireuse du corps est si transparente qu'on peut voir au travers toute la chaîne nerveuse centrale, dans des individus conservés au baume du Canada. Je me suis

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ainsi assuré que chez le Cremastogastér sordidula 8 et chez la Pheidole pallidula %, le | ganglion du pédicule se trouve dans le premier nœud, au milieu. Il n'y a aucun ganglion . dans le second nœud. Les deux ganglions abdominaux qui suivent (Fig. 35, G. abd. IT . et G. abd. III) sont à peine plus grands que le ganglion du pédicule ; ils sont ronds chez . la plupart des fourmis, séparés l'un de l'autre et du g. du pédicule par de longs et minces . connectifs. Le dernier ganglion (Fig. 35, G. ult) se compose de deux ganglions soudés | (Meinert) ; il est ordinairement allongé, toujours plus grand que les trois précédents, et | relié au troisième ganglion abdominal par deux connectifs assez courts, parfois très courts. …

Il envoie des nerfs latéraux, et deux nerfs postérieurs terminaux (Fig. 35, n. res qui ressemblent par leur position aux connectifs, Ces deux nerfs vont à la matrice, et de là probablement aux organes qui entourent le cloaque.

Le système nerveux des fourmis a besoin d'être encore étudié avec beaucoup de soin.

Sans parler des systèmes pneumogastrique et sympathique encore inconnus, il y a, surtout |

dans le cerveau, une foule de détails très compliqués qui demandent des recherches

spéciales approfondies, pour lesquelles l'étude d'espèces aveugles, de formes à intelligence | peu développée {Ponera) et d'autres à intelligence très grande {Formica), en un mot .

l'étude comparative des formes, surtout des formes extrêmes, serait d'une grande ressource,

B. Notices physiologiques, La ‘physiologie du système nerveux chez les insectes a k

été beaucoup étudiée, Déjà Swammerdam (1637 à 1680) considère le ganglion sus-æso-

phagien des insectes comme l'analogue du cerveau des vertébrés. Dans le XIX° siècle nous avons les noms de Treviranus, Rengger, Dujardin, Yersin, Faivre, etc. qui tous ont cherché

par des vivisections à se rendre compte des fonctions de l'ensemble et des diverses parties

de la chaîne nerveuse. Dugès (Physiologie comparée 1838) croit les ganglions thoraciques .

intelligents (je cite d'après Faivre). Bergmann et Leuckart (vergl. Anat. u. Phys. 1852)

trouvent tout simplement absurde l'opinion qui assimile le ganglion sus-æsophagien au cerveau des vertébrés, et ils ne se donnent pas la peine de la réfuter ; c'est juger sommaitement et bien à la légère une question aussi difficile. Cette manière de voir n'est du reste pas celle de la plupart des autres auteurs qui ont en général conservé celle de . Swammerdam, et cela pour de bonnes raisons. Treviranus avait déjà trouvé que le cerveau était beaucoup plus développé chez les hyménoptères vivant en société que chez les autres : insectes, et Dujardin découvrit que ce développement tenait à des organes particuliers : qu'il décrivit le premier et nomma Corps pédonculés. Il trouva que ces corps pédonculés … étaient surtout très gros chez les hyménoptères vivant en société, qu'ils étaient en rapport |

avec l'intelligence des insectes, qu'ils disparaïissaient presque totalement chez les insectes . peu intelligents. Ces organes sont tout particulièrement développés chez la Formica rufa ® - (encore bien plus grands, proportion gardée, que chez l'abeille), Leydig observa chez elle : leur liaison avec les pédoncules du cerveau, ainsi que beaucoup de détails histologiques. :

Avant d'examiner l'opinion des physiologistes proprement dits, je tiens à dire un

mot de ce qu'on entend par actions ou mouvements « réflexes », « coordonnés », ”

« automatiques », « volontaires ». Il est peu de termes qui prêtent plus à la confusion .

que celui de réflexe. Une action réflexe est à proprement parler la simple contraction d'un muscle provoquée uniquement et immédiatement par l'excitation d'un nerf sensible, Ün mouvement réflexe ne peut donc avoir lieu que par l'intermédiaire d'au moins une

cellule nerveuse (certainement de plusieurs) qui puisse changer la direction centripète . de l'excitation en une direction centrifuge, c'est-à-dire la faire passer de la fibre nerveuse sensible à la fibre nerveuse motrice. Le mouvement réflexe simple se fait le plus souvent. dans la localité du corps où l'excitation sensible a eu lieu. De là le mot « réflexe ». Une action automatique est une action coordonnée, souvent rythmique ou continue, se produisant sans la participation de la volonté, évidemment sous l'influence cachée d'un

agent qui excite certains centres nerveux ou certains nerfs sensibles internes (telles est

en grande partie l'action du cœur des vertébrés). L'action volontaire est celle qui paraît n'être causée par aucun agent excitateur sensible ni externe, ni interne, maïs par une impulsion spontanée venant du cerveau. La logique et de nombreux faits réclament cepen-

dant des agents excitateurs sensibles comme cause première des actes volontaires ; mais

alors les cellules du cerveau doivent être capables de conserver à l'état latent les impres-

. # 2 æ 0 LS . Ve sions qu'elles ont reçues des agents excitateurs (mémoire), de rappeler à diverses époques

ces impressions sous telle ou telle influence en agissant les unes sur les autres, ce qui

fait qu'elles ont « conscience » (images de mémoire, représentations), d'associer les représentations pour en former de nouvelles ou des idées (pensée, réflexion, raison), enfin d'agir

sur les muscles par l'impulsion d'une idée, d'un raisonnement, ou tout au moins d'une simple représentation (volonté), ce qui a lieu. très probablement par l'intermédiaire des

centres nerveux secondaires qui président aux mouvements coordonnés, L'action volontaire

pure est donc le résultat des sensations combinées par la pensée. Les mouvements coordonnés

scnt ceux dans lesquels un ensemble de muscles agissent de concert, sans se contrarier, chacun d'eux tendant d'après sa capacité à l'exécution commune d'une action qui a un but.

L'action réflexe simple telle que nous l'avons définie est loin d’être la plus fréquente. On entend le plus souvent par mouvement réflexe la contraction brusque d'un ensemble

de muscles, lorsqu'elle est causée immédiatement par l'excitation périphérique de quelque partie bd La première question qui se présente est celle-ci : une action réflexe peut-

elle être coordonnée, c'est-à-dire la contraction de chaque fibre peut-elle être adaptée à

ï celle des autres fibres irritées en même temps, de telle manière qu'il en résulte un ensemble

ayant un sens ou une utilité quelconque ? Les expériences prouvent que oui, car on

cbtient encore des mouvements coordonnés, rythmiques, avec quelques fibres nerveuses

unies par quelques cellules, ainsi dans un cœur séparé du corps, et même dans un mor-

* ceau de cœur, La moëlle épinière est considérée comme le siège des réflexes chez les

vertébrés, et l'on sait qu'un vertébré décapité est capable d'exécuter des mouvements coordonnés encore très complexes ‘]. Mais une fois qu'on a accordé ce point,, on ne sait où s'arrêter, car l'agent excitateur et par suite le mouvement qu'il produit peuvent se compliquer beaucoup, ce dernier surtout par suite de complications dans l'appareil nerveux

central. En effet, l'excitation des cellules qui servent d'intermédiaire à l'action réflexe

peut provoquer latéralement l'irritation d'autres cellules qui produisent à leur tour un

1) Ainsi une grenouille décapitée se frotte le corps avec la patte dès qu'on la touche, comme pour enlever l'agent excitateur, etc. Hermann (Grundriss der Physiologie des Menschen, 1870, p. 418, 436 et suiv.) insiste sur l'importance des réflexes coordonnés.

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mouvement associé au premier, Nous sortons déjà par cette porte de la définition du pur

réfiexe. On est forcé de se représenter qu'il y a dans le système nerveux des groupes

souvent très considérables et très étendus de cellules ganglionnaires agissant toujours

ensemble d'une même façon (coordonnée) sur des groupes de muscles correspondants lorsqu'ils sont excités par une même excitation sensible ou par une même impulsion volontaire ; c'est ainsi qu'on s'explique certains mouvements coordonnés des plus complexes (vol, nage) qui peuvent avoir lieu d'une façon consciente ou inconsciente, par une action volontaire ou réflexe, Nous voilà déjà bien loin du point de départ. Nous trouvons donc toute une série de transitions entre les mouvements réflexes les plus simples et les mouvements réflexes coordonnés les plus compliqués, Les actions automatiques primaires sont au fond aussi des actions réflexes, seulement l'excitation sensible est interne, et produite par

des phénomènes vitaux, Ainsi la simple action directe du soleil sur un insecte privé de .

cerveau suffit pour produire des mouvements coordonnés très complexes, lesquels sont donc causés soit directement par l'action de la chaleur sur les nerîs sensibles (réflexes

coordonnés), soit indirectement par l'accélération et l'augmentation des phénomènes vitaux (circulation, secrétion, assimilation). L'exemple le plus remarquable que je connaisse en

ce genre, celui qui ressemble le plus à un acte volontaire instinctif, est le suivant, rapporté par Yersin à propos d'un grillon « auquel il avait coupé les deux connectiis entre

le ganglion sous-æsophagien et le ganglion prothoracique, ef qu'il avait mis au soleil (Bullet. de la soc. vaudoise des sciences natur, Tome V, N° 41, p. 289): «Un mâle,

« quarante jours après l'opération, sort brusquement de sa torpeur habituelle, il marche <en stridulant du chant d'appel d'une manière parfaitement normale, et fait sortir un « spermatophore bien conformé ; bientôt après ce égrillon cherche à le faire tomber en « frottant l'extrémité de son abdomen sur le sol, ce qui exige de tout le corps un ensemble

«de mouvements assez compliqués. Ce même insecte, placé peu de temps après au .

« dessous d'une femelle opérée comme lui et dans la position des grillons pendant

« l'accouplement a fait tous les mouvements que nécessite cet acte. La femelle qui d'abord »

«se débattait vivement, a fini par se prêter aux désirs du mâle et par prendre la position

«qui facilite le dépôt du spermatophore. » Le premier de ces actes du mâle opéré est

évidemment dû à l'action du soleil qui a excité tout l'organisme et par là indirectement

les organes génitaux, ce qui a produit cette sorte d'onanisme, Le second me parait un simple réflexe coordonné provoqué par le contact de la femelle, et cela d'autant plus facilement que les organes génitaux du avaient déjà été excités, Ces mêmes fgrillons se nettoyaient avec leurs pattes quand Yersin les pinçait (acte bien certainement réflexe), aussi bien que quand il les exposait au soleïl. Ils ne cherchaient plus à s'enfuir d'une manière conséquente lorsqu'on les irritait, Les © opérées ne pondirent pas,

À l'aide des agents excitateurs internes (de celui qui produit la faim p. ex), on arrive à certains actes instinctifs qui donc au fond rentrent dans la catégorie des réfle-

xes), mais ici il y a presque toujours une association d'impressions sensibles dans le.

temps, ce qui suppose une mémoire et des représentations, si peu conscientes qu'elles puissent être, et c'esi ce qui nous sort peu à peu du domaine réflexe,

P.-S. — (1919), Aujourd'hui, je constate que les pages qui précèdent et auxquelles je n'ai rien modifié, sont aussi justes qu'elles l'étaient il y a 45 ans, en 1874 (voir la «mnème» de Semon). Mais il n'en est pas de même de leur suite immédiate, dans laquelle je mêlais alors à la physiologie la notion de la « conscience du moi» dont le sens m'était encore obscur, Il faut donc éclaircir la chose,

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La conscience de soi ou introspection est un phénomène qui nous apparaît d'une façon purement

. subjective et que personne ne peut connaître chez d'autres, pas même chez son prochain humain qui,

malgré de grandes différences individuelles, se ressemble beaucoup chez chacun et communique ses pensées

par la parole, quand il n'use pas de cette dernière pour les dissimuler, Or, dès notre naissance, nous

chservons et nous étudions les objets qui nous entourent a l'aide de nos, sens comparant entre elles

les impressions ou engrammes (Semon) qu'ils nous procurent, à l'aide de nos mouvements, Conservés dans notre cerveau à l'état latent, ces engrammes (inscriptions dues à nos sens) sont ecphorés (remémorés) chaque fois qu'une sensation ou un souvenir analogue vient nous frapper. RES

- Notre pensée intérieure et nos sentiments, ceux-ci bien plus généralisés que les premières, ne sont donc qu'un jeu perpétuel entre des engrammes complexes combinés (associés) entre eux el toujours ecphorés et modifiés à nouveau. Il s'ensuit. que toute notre connaissance du monde extérieur ne repose que sur les introspections (états de conscience) comparées entre elles et mille fois combinées

à l'aide de nos mouvements dans notre for intérieur, c'est-à-dire dans notre âme-cerveau, Ce que nous

bloc volonté, ce sont les résultantes d'énergies cérébrales, tant immédiates que préparées dès longtemps

et médiates, dirigées sur nos muscles, et pfovenant du travail intérieur cérébral de nos pensées et de nos sentiments. Les perceptions ne sont que des sensations déjà combinées, les représentations ne sont que des perceptions ecphorées et déjà notablement plus combinées, enfin les abstractions ne sont que des repré-

sentations si généralisées et combinées qu Ales en perdent leurs rapports directs avec les TÉPRSENAIONS

de nos sens,

Donc, l'essence même de notre conscience du monde extérieur et de nous-mêmes nous demeure inconnaissable, c'est-à-dire métaphysique, et nous ne pouvons la supposer chez les autres hommes et à plus forte raison chez les animaux, que par comparaison ou analogie. Malgré cela, toutes nos connaissances, si grandes qu'elles soient, sont dues au travail d'induction, de comparaison, d'observation et, d'expériences que nous accomplissons par nos propres introspections, à l'aide, il est vrai, du travail intellectuel et sentimental de nos ancêtres, travail compilé dans les livres, |

Or, précisément en comparant par cette méthode, appelée scientifique, le cerveau des animaux et ses fonctions avec le nôtre et les leurs, nous trouvons qu'ils n'en diffèrent que par degrés, en qualité

: comme en quantité, Mais auparavant, il nous faut examiner certains autres faits,

Les études récentes faites sur l'hypnotisme et la psychanalyse ont jeté un jour fout nouveau sur ce qu'on nomme notre subconscient ou sous-conscient, ainsi que sur nos rêves, sur les prétendus miracles

de l'occultisme et. de ses « médiums» et sur nos automatismes secondaires, Le point culminant de notre

conscience de nous-mêmes sont les états dits attentionnels, À côté ou en dehors du point central de l'attention se trouvent des sensations où perceptions bien plus indistinctes qui constituent le premier

* degré de sous-conscient, Or les pensées ou actes souvent répétés, tendant à devenir habituels, deviennent

par là même plus ou moins machinaux, apparemment inconscients, en réalité de plus en plus subconscients,

et constituent ainsi peu à peu les « automatismes secondaires », différents des automatismes primaires qui, eux, sont héréditaires, c'est-à-dire instinctifs, Maïs le sommeil et les rêves constituent une autre forme, celte fois dissociée du sous-conscient. Dans ses variétés les plus profondes, cette forme dissociée du sous-conscient, va jusqu'à la léthargie analogue à la mort apparente que présentent certains somnambules, La preuve d'un véritable état « inconscient » n'est pas absolument donnée, car elle exclurait toute possibilité

d'ecphorie ou de remémoration. Maïs, précisément dans le somnambulisme, apparaissent des ecphories vraiment extraordinaires, impossibles, parce qu'oubliées, à l'état de veille,

Tous ces faits nous obligent à une révision complète des notions usuelles et traditionnelles de la psychologie humaine et comparée. Notre sous-conscient, en tant qu'il peut encore être ecphoré, est

tout entier fonction de nôtre grand cerveau de même que tout ce qui nous est conscient dans notre âme.

Les réflexes et les automatismes primaires héréditaires sont plus ou moins subordonnés chez nous au grand cerveau, quoiqu'élaborés dans les centres nerveux inférieurs (moëlle épinière, cervelet, corps strié, etc.) qui les communique à leur seigneur et maître, Mais ce dernier, le grand cerveau, a, lui aussi, son hérédité

et les automatismes primaires propres à celle-ci,

L'évolution des êtres nous prouve, nettement par l'anatomie comparée que nos centres nerveux inférieurs sont plus anciens qüe notre grand cerveau et qu'ils ont perdu depuis des millions d'années l'indépendance relative dont ils jouissaient au début, Des ‘expériences physiologiques précises faites sur

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divers animaux le prouvent clairement. Donc, en expérimentant sur les fourmis, il s'agit de tenir compte de tous ces faits et notamment de édévemlance relative de leur grand cerveau, à elles, de la. plasticité acquise et non héréditaire (non instinctive) de leurs faits et gestes, avant tout de leur mémoire et de celles des ecphories de cette dernière qu'on peut prouver. É

Dans son œuvre de génie sur la mnème et les sensations mnémiques (1, « Die Mneme », 2. « Die Mnemischen Empfindungen », parus tous deux chez Wilhelm Engelmann, éditeur à Leipzig) Richard Semon a fait une synthèse grandiose de tous les phénomènes vitaux des animaux et des plantes, y compris ceux du cerveau-âme humaïr, mais à l'exclusion des phénomènes physiques des objets inanimés. Il a compris le néant des disputes oiseuses entre vitalistes et mécanistes, ainsi que la stérilité de leurs théories, tant que nous n'aurons pas pu fabriquer artificiellement une cellule vivante avec ses énergies héréditaires. L'instinct, avait déjà dit Ewald Hering, n'est qu'une mémoire héréditaire de l'espèce.

Je reprends ici mon ancien texte de 1874:

Cela dit, à quoi reconnaîtrons-nous un acte volontaire chez les insectes ? Ce n'est. pas chose facile, car la plupart de leurs actes sont instinctifs, c'est-à-dire qu'ils n'ont pas eu besoin d'être appris par chaque individu, et ils sont accompagnés de nombreux mouvements réflexes coordonnés. Les fourmis qui renferment les formes d'insectes les plus intelligentes seront donc mieux appropriées à notre but qu'aucun autre insecte. Si nous arrivons à observer quelque acte positivement contraire à l'instinct de l'espèce, à l'habitude servile, si nous remarquons de grandes « variations individuelles dans quelquesuns de ces insincts », nous pourrons conclure que la pensée et la volonté jouent un rôle prépondérant ; or nous verrons chez les fourmis un grand nombre d'actes de ce genre : (Expériences de mœurs VI, 4; VI, 6; XXII). Les actes compliqués desquels on sait positivement qu'ils sont le résultat de connaissances acquises par l'individu depuis sa naissance (non pas d'instincts hérités à un certain âge) ont nécessairement été raisonnés. Tel est le cas pour les fourmis du fait d'apprendre à distinguer leurs compagnes des © de même espèce, mais d'autres fourmilières ; il leur faut presque toujours une certaine attention pour cela, car elles se trompent souvent au premier instant, et les expériences de mœurs IL 5, IV et VI. 6 qud nous verrons plus tard démontrent qu'elles ne l'apprennent qu'après leur éclosion ; elles peuverit par ce moyen s’habituer à vivre bien avec des espèces tout à fait différentes, avec lesquelles elles n'ont jamais de rapports dans l'état naturel, . tout comme à devenir les ennemies acharnées de fourmis de leur propre espèce. Enfin les actes instinctifs eux-mêmes, actes conséquents, ayant une durée et un but, doivent, être autant que possible distingués des mouvements réflexes et automatiques. Tel est l'instinct de fuir un danger d'une manière conséquente et par divers moyens quand un seul ne suffit pas, celui de chercher une certaine nourriture d'une certaine façon jusqu'à ce qu'on y arrive, celui de retourner à un lieu où on avait trouvé quelque objet utile lors même que cet objet a disparu, celui de remplacer dans ses fonctions un organe lésé par. un autre qui ne les remplit pas d'ordinaire, et celui de défendre sa communauté chez les fourmis, etc., etc,

Avec ces prémisses, si insuffisantes qu'elles sont, nous pourrons mieux apprécier les opinions des auteurs et nous en former une.

Faivre {Du cerveau des Dytfiques considéré dans ses rapports avec la locomotion, dans les Annales des Sc, nat. 1857-58, Zoologie ; Vol. 8, p. 245, Vol. 9, p. 23) compare un dytique (coléoptère aquatique) auquel il: a enlevé le cerveau proprement dit au. pigeon auquel Flourens avait enlevé les grands hémisphères du cerveau. Je ne puis qu'abonder

ns: son sens. Dans les deux cas, en effet, l'animal conserve à un haut degré la faculté d'exécuter des mouvements coordonnés les plus compliqués, mais ses actions sont, soit

D llenes, soit automatiques primaires. L'excitation sensible peut encore provoquer ee lui

l'action coordonnée d'un ensemble de cellules qui par l'héridité et la sélection naturelle

. ont fini par former un tout agissant toujours d'une certaine façon, mais il ne peut plus - associer de représentations. L'impulsion volontaire raisonnée! fait absolument défaut. Si on le jette en l'air, il vole, mais sans but, en ligne droite, et sitôt qu'il tombe sur un

… objet, il se pose dessus ; la chute dans l'air est pour lui l'agent excitateur qui produit

d'ordinaire le vol par action réflexe, et le contact d'un corps solide celui qui provoque d'ordinaire la station en équilibre, aussi par action réflexe. Mais une fois debout, il ne fait plus rien à moins qu'on ne recommence à l'exciter : alors il fait soit des mouvements de fuite, soit des mouvements de défense qui continuent parfois un moment après que l'excitation a cessé, chaque nouvelle impulsion étant immédiatement provoquée par l'excitation qui la précède. Si on lui met des aliments dans la bouche, il les avale (pigeon), mais il ne sait pas les prendre si on les met devant lui ; il ne sait donc

- plus remémorer, en les adaptant à des buts utiles, les impressions produites dans ses P P

centres nerveux d'un côté par la faim et de l'autre par la vue de la nourriture, impressions

qui sont associées entre elles dans le grand cerveau, De plus, tandis qu'il se laisse mourir de faim avec de la nourriture devant lui si elle n'entre pas directement dans sa bouche,

il avale au contraire tout ce qu'on lui met dans la bouche, même lorsqu'il est déjà » bourré jusqu'au cou, ce que ne fait jamais un animal qui réfléchit On ne peut

guère juger de ce phénomène chez les insectes privés de cerveau, car les antennes et les

veux sont lésés dans le cerveau; on cbserve par contre qu'ils sont très capables de

faire des mouvements de défense ou de fuite, maïs ils ne les font qu'au moment où on vient de les exciter, at cela d'une manière inconséquente et inutile. En un mot, les phénomènes musculaires de chaque action prise à part sont parfaitement coordonnés (vol), mais les diverses actions ne sont pas coordonnées entre elles en vue d'un but actuel. Yersin, dont les expériences sur le grillon sont pourtant les plus soigneuses et

les plus consciencieuses de toutes, ne paraît pas avoir tout à fait cette opinion {Bulletin

- de la soc. suisse d'entomologie Vol. II, n° 2 p. 99) quoique il parle parfois de la volonté

normale ou céphalique du grillon {Bulletin de la soc. vaudoise des sciences naturelles,

Tome V, p. 305). Ses expériences (antérieures du reste à celles de Faivre) me paraissent néanmoins amener à la même conclusion que celles de cet auteur (voy. l'expéridnce citée

plus haut). Mais Yersin confond sous le nom de mouvements volontaires les actions

automatiques, les actions réflexes coordonnées, les instincts et les actes d'intelligence ou de volonté raisonnée ; c'est là ce qui l'induit en erreur dans ses conclusions fl. c. p. 284 etc.). |

En résumé donc, c'est dans le cerveau proprement dit des insectes qu'est le siège de toutes les associations de représentations et de la volonté proprement dite, en général médiate. Ce siège paraît être plus spécialement localisé dans les corps pédonculés, le reste du cerveau étant en relation plus directe avec les nerfs des organes des sens, et le développement des corps pédonculés étant plus porportionnel à celui de l'intelligence et des instincts supérieurs. Ce dernier fait demande cependant pour pouvoir être généralisé à

être confirmé par l'étude comparée de nombreux cerveaux d'animaux articulés,

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Avant de citer une ou deux expériences à l'appui de ce qui précède, qu'il me soit permis de réfuter une opinion de Faivre, opinion basée encore sur un mauvais sens donné à l'expression «centre des mouvements coordonnés ». Faïvre regarde le ganglion sousœsophagien (portion inférieure du cerveau) comme l'analogue du cervelet parce qu'il est un centre de mouvements coordonnés, Or si un vertébré décapité exécute des mouvements très bien cordonnés, un insecte décapité en fait d'encore mieux coordonnés. Les mouvements ataxiques observés dans les lésions du cervelet indiquent, il est vrai, une perturbation dans la coordination, mais cette perturbation semble bien plutôt provenir d'une irritation, d'une collision entre l'action volontaire et l'action réflexe, que de l'absence d'un organe et de sa fonction, Faivre essaie encore du reste d'autres localisations tout aussi malheureuses, ainsi celle du centre respiratoire dans le ganglion métathoracique, localisation qui a été réfutée par d'excellentes expériences de Baudelot {De l'influence du syst, nerv. sur la respiration

des insectes, dans la Revue des sociétés savantes, 1864). D'après Baudelot, chaque ganglion.

est un centre spécial pour la partie du corps qu'il occupe, mais il y a en outre une centralisation générale plus ou moins forte suivant les types. Une centralisation générale pour les actions automatiques et réflexes coordonnées générales doit être admise, puisqu'il se produit

des mouvements coordonnés de tout le corps en l'absence du cerveau (marche, crampon-

nement de tout le corps dans l'acte de piquer).

Si la petitesse des fourmis offre des inconvénients, ceux-ci sont largement rachetés par l'intelligence relative de ces insectes qui permet d'apprécier infiniment mieux la valeur de leurs actes si variés que celle des actes beaucoup plus uniformes des insectes peu intelligents. Il est bien remarquable, de voir à quel point à cette intelligence correspond un

plus grand développement du cerveau, surtout des corps pédonculés, et surtout chez les

5, Je crois donc pouvoir recommander fcertement les fourmis aux physiologistes (surtout les genres Camponotus et F ormica). Voici en attendant le résultat de quelques observations ou expériences éparses que j'ai Rise et qui sont très incomplètes.

Toute lésion profonde du Cerveau chez les fourmis produit d'abord RÉ convulsions et de nombreux mouvements réflexes, coordonnés, maïs très variés, et sans but, sans coor-

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