‹ < > fourmis de la Suisse notices anatomiques et physiologiques, architecture, distribution géographique, nouvelles expériences et observations de moeursChapitre 2 sur 139 · OR A · texte numérisé non relu

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us minute de sa vie.

: Abstraction faite de tout ce por tre Forel a rendu son nom célèbre Hat 1e diffé & es sciences ; et dont le livre présent est, lui aussi, un lémoignage, il peut nous dire, Sous ce FPRore le modèle inoubliable d'un homme et d'un lutteur. : | EX

. Les êtres vivants ont atteint leur RATE sous ee formes : dans É espèce des

(Traduit de l'allemand par Joseph Chapiro)

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Préface de l'auteur à la seconde édition

Sur la demande de « l'Action sociale » et avec le consentement de la Société helvé- tique des sciences naturelles, je me suis décidé à rééditer en seconde édition le présent travail, actuellement épuisé, Il a été écrit en 1872, époque où il obtint le prix Schläfli, donc

‘à il y a 48 ans. Il fut publié en 1874 et de nouveau gratifié du prix Thore de RAA française des sciences.

On comprendra sans peine que dès lors les progrès énormes de nos connaissances m'ont obligé à faire de nombreuses corrections, non seulement dans la nomenclature, mais surtout dans l'interprétation de faits alors encore incompris. Mais ces derniers eux-mêmes demeurent vrais, quand ils ont été consciencieusement observés, et, sans me vanter, je puis dire si ‘ils le furent.

bar

Né en 1848, j'étais un enfant de 6 à 7 ans quand je me mis à observer avec passion les

À mœurs des insectes, en particulier des fourmis, Parti pour toujours, à l'âge de 8 12 ans, du : village de Lonay, j'y avais observé auparavant les expéditions de nos deux fourmis esclavagistes, le Polyergus rufescens et la Formica sanguinea, entrevoyant, alors déjà, chez cette dernière du moins, qu'il devait s'agir d'esclavagisme. Mais le cadeau que me fit en 1859, à l'âge de 11 ans, ma grand'mère paternelle du livre de P. Huber, détermina ma volonté ‘de devenir historien des fourmis. Avant l'âge de 11 ans j'avais découvert la Lestobiose du Solenopsis fugax et je vis qu'Huber, dont le livre me devint du reste une révélation, une ‘bible, n'avait pas connu les mœurs de cette petite fourmi. Dès lors la lestobiose fut prouvée chez de nombreuses autres espèces étrangères.

2 On comprendra donc ainsi le fait que, disposant des nombreuses Etes de la jeunesse, et les utilisant presque toutes à l'observation de mes chères fourmis, j'aie pu, malgré mes études de médecine, atteindre, à l'âge de 24 ans, la maturité nécessaire pour écrire l'œuvre en question, La méthode scientifique inductive procède par l'observation et l'expérience. - Ainsi, d'erreurs corrigées en erreurs corrigées, elle parvient peu à peu à la seule vérité, toujours relative et toujours à réviser, que l’ homme puisse connaître. Telle est la maxime que les fourmis m'ont enseignée.

Dans la seconde édition, qui doit être populaire, c'est-à-dire à la portée de tous, j'ai supprimé la trop longue et ennuyeuse partie systématique, du reste surannée, la remplaçant par un court et simple tableau des sous- -familles, genres, espèces et races de la Suisse. Quiconque veut étudier cette question n'a qu'à Connaoder chez G.-A, Bäschlin, à Berne, mon tableau analytique descriptif « Die Ameïsen der Schweiz », paru en allemand en 1915. En français il y a le travail de Bondroit : « Les fourmis de France et de Belgique », Société entomologique de France, 28, rue Serpente, Paris 1918. À mon avis Bondroit, dont le travail est du reste assez exact, a eu le grand tort de supprimer les races ou sous-espèces, transfor-

Deux mots encore pour de.

Q Un même e idéal devrait 1 unir see hui tous les hommes pour r action

Introduction à la deuxième édition

4 ne a la 1° et la 2e Édraba du présent ouvrage 46 ans se sont écoulés, mais les de scientifiques vrais n'ont pas changé. Ce qui a changé, par contre, c'est la situation sociale des hommes ; cela est dû aux progrès rapides de la technique humaine, Mais ces | progrès techniques eux-mêmes sont,fondés sur des bases scientifiques acquises et emmaga- sinées dans notre cerveau à l'aide des livres, où sont aussi, au fur et mesure, emmagasinées et coordonnées entre elles les découvertes de nos ancêtres, comme le sont les nôtres. C'est là ce qu'on a appelé la perfectibilité humaine. Si aucun animal ne la possède, ce n'est pas par pure bêtise, mais par le défaut de la technique du langage, surtout du langage écrit,

défaut qui l'empêche d'emmagasiner dans son cerveau ce que lui apprennent les expériences de ses prédécesseurs et de ses contemporains, Il ne juge guère que d'après ce qu'il a vu et . senti lui-même, pendant sa vie individuelle, le combinant à ses aptitudes héritées, c'est à dire à sa mnème héréditaire (Semon). Si nous pouvions comparer un homme eurôpéen adulte, ayant vécu tout seul, dès sa naissance, dans une forêt vierge, avec un éléphant, avec un chimpanzé ou avec un orang-outang, nous serions étonnés de le voir sans aucun doute plus semblable à eux qu'à nous dans sa mentalité. De la sorte nous exagérons constamment notre vraie valeur héréditaire actuelle qui est plutôt en baisse. Nous la confondons avec l'encyclopédie que nous devons à nos ancêtres.

| C'est ainsi que, par contre-coup, nous dénigrons à tort les animaux. D'autre part il

faut bien nous garder de leur octroyer nos pensées abstraites qui sont elles-mêmes un produit du langage oral et écrit. Avec raison l'on a flétri pareille erreur par le terme d'« anthropomorphisme ». Aucun animal ne peut avoir d'histoire, parce qu'aucun d'eux n'a d'encyclopédie,

ni d'hiéroglyphes, ni de monuments. Selon la grandeur de leur cerveau, les animaux « pensent », « se souviennent » et « réfléchissent » plus ou moins, mais chacun d'après ses dispositions héréditaires propres, et chaque espèce autrement que les autres espèces. La mentalité d'un chimpanzé est relativement moins différente de la nôtre que de celle d'une fourmi, Et si nous sommes francs, nous devrons accorder que nous jugeons nous-mêmes souvent mieux de la mentalité de notre prochain par ses regards, par sa physionomie, par ses gestes ou par ses cris, que par ses paroles, ou par ses écrits souvent hypocrites, car personne n'a conscience d'un autre que de soi-même.

Donc un bon observateur pourra plus ou moins scruter la mentalité des animaux, sans toutefois leur attribuer des calculs de racines carrées et autres abstractions du même genre, narrées par MM. von Ostern et Krall, ainsi que par M"° Môckel. Ces gens ont été dupes de leur imagination et du sens intuitif des animaux, qui les observaient mieux qu'ils n'étaient observés par eux. En effet, ces personnes étaient tout entières occupées de leurs raisonnements abstraits, tandis que leurs chevaux ou leurs chiens prétendus savants ne

indubitablement prouvé MM. Neumann, Karl Mae ” d'autres.

Néanmoins les fourmis, de même que du reste les termites, possèdent : une véritable, N

supériorité mentale sur tous les autres animaux, y compris l'homme ; c'est celle de leur instinct social dont nous parlerons dans le présent ouvrage. Leur supériorité leur permet [a >

vie en sociétés communistes parfaitement organisées, dans l'anarchie la plus complète, … c'est-à-dire sans aucun commandement personnel ou directeur, tous les individus ayant

absolument les mêmes droits. S'il existe chez elles certaines castes ou sexes à forme ou à

cerveau différents, chacune d'elles a des devoirs appropriés qu'elle remplit par un instinct À qui leur est adapté et elle n'entre en aucun conflit avec les autres castes ou sexes. Si les fourmis se livrent des guerres acharnées, c'est toujours entre sociétés différentes, jamais entre individus du même groupe social, de la même fourmilière, et aussi parce que ces

insectes sont trop petits’ pour pouvoir former une sociabilité internationale sur le globe .

terrestre. Si quelques espèces font des esclaves, ces esclaves sont aussi libres, même plus libres, parce que moins dépendants, que leurs « maîtres » (le travail rend libre !). Si certaines fourmis sont parasites, c ‘est en trompant instinctivement l'instinct d'autres espèces qui ne s'en doutent pas.

Et néanmoins tout n'est pas instinct hérité, automatique et machinal che les fourmis. Nous verrons qu'elles ont de la mémoire individuelle, qu'elles apprennent à profiter de leurs expériences, à distinguer les individus de leur société de ceux d'autres groupes de la même espèce, à conclure des alliances, même avec d'autres espèces et cela selon des circonstances souvent fortuites, à varier individuellement leurs procédés, etc. Donc ce ne sont pas des machines automatiques, comme certains auteurs l'ont prétendu, mais des êtres vivants doués d'une certaine faculté plastique d'adaptation individuelle auxëcirconstances, c'est-à-dire d'une certaine « intelligence » et même de sentiments émotifs (colère, frayeur, découragement, etc.) qui se trahissent indubitablement à nous, et que nous pouvons même comparer ainsi aux nôtres, sans en faire des synonymes à proprement parler.

Cela dit, une comparaïson entre les sociétés des fourmis et nos sociétés humaines s'impose. Cette comparaison je l'avais déjà faite en 1873 dans les dernières pages de la 1" édition de mes « Fourmis de la Suisse », comme on le verra. Mais la terrible et tragique guerre mondiale, qui vient à peine de se terminer, donne à ce sujet üne actualité palpitante. On peut la résumer comme suit : « La guerre entre l'Entente et les Centraux représente la première guerre de l'humanité presque entière entre deux coalitions d'alliés sur notre globe. » Et de plus cette guerre a été allumée par les motifs les plus futiles basés sur l'orgueil, la cupidité et la passion de domination, greffés eux-mêmes sur la crainte et les armements réciproques. Ceux-ci sont un fruit du militarisme impérialiste, du régime capitaliste, ainsi que de l'inégalité des « classes sociales » et des droits des sexes chez l'homme.

Dès longtemps j'avais insisté sur un point tragique de l'histoire de l'humanité : « l'opposition mentale croissante qui résulte en nous-mêmes de nos instincts hérités féroces et dominateurs, donc naturels, (instincts bien plus féroces que ceux des singes) d'une part et des nécessités de plus en plus urgentes d’une bonne organisation sociale entre les hommes de l'autre part.» — L'individu humain a une soif instinctive de liberté pour lui, maïs de domination et d'exploitation des autres. Il crie quand on l'opprime, maïs il ne songe lui-même

Le. et . autres nagent dans la ue, ou dans es Mae dès qu'on veut | restreindre ses liberté au profit du tout social, il hurle comme un loup et préfère la guerre à la vraie liberté, qui consiste dans l'éducation de tous, dès l'enfance, à un travail social qui - doit devenir nécessairement ‘obligatoire et « légal », puisqu'il n'est pas instinctif, c'est-à-dire hérité et naturel, Tels sont les faits, et la guerre mondiale vient de nous les révéler à nouveau . d'une façon si saisissante que même le plus aveugle doit les voir et ne peut les nier que par de stupides sophismes. — L'humanité peut-elle, oui ou non, se sortir de cette tragique impasse ? Voilà la question. Je réponds nettement « oui ». Mais pour cela il faut qu'elle fasse

table rase de ses vieux préjugés.

Il nous est impossible d' imiter l'organisation anarchique des fourmis, parce que notre : instinct héréditaire est tout autre que le leur et que nous ne pouvons le modifier en moins 6 - de cent mille ans. Nous ne pouvons que changer l'éducation guerrière et individualiste de nos . enfants en une éducation sociale et égalitaire au travail, éducation qui seule pourra prouver à l'homme la vraie liberté relative à laquelle puisse tendre son idéal sans léser celui de ses 24 semblables. Le travail social c'est la liberté ; les fourmis nous le démontrent, »

Mais les fourmis nous démontrent encore autre chose. Si elles ont disons 97 % d'ins-

tinct hérité et seulement 3 % de facultés individuelles d'adaptation aux circonstances exté-

tieures imprévues, (de faculté plastique, de modificlation intelligente), nous autres hommes

nous avons seulement peut-être 50 % de dispositions héréditaires et 70 % de facultés

éducatives, Ce dernier fait est à notre actif, Nous n'avons pas l'estomac social des fourmis,

mais nous pouvons organiser de bonnes lois pour l'éducation de la jeunesse, contre les abus

chauvins et haineux de la presse, donner le droit de vote à nos femmes, prohiber les boissons

. alcocliques, qui nous rendent encore plus fous et plus féroces que nous le sommes de nature, Nous pouvons même pratiquer l'eugénisme de nos races humaines.

Et surtout les progrès de notre technique ont tellement supprimé les distances qui “ 2 séparaient autrefois les peuplades humaines sur le globe terrestre, qu'une fédération se e mondiale, c'est-à-dire supernationale des peuples (société des peuples) s'impose d'elle-même Re aujourd'hui, On commence enfin à le comprendre. Impossible aux fourmis, elle est possible à l'humanité, qui se compose d'une seule espèce avec races et variétés, — Si pareille fédération est bien organisée par de bonnes lois, comme le propose par exemple l'« Avant-projet de la ligue suisse pour la Société des Nations » (Imprimerie Sonor, S. A., rue du Stand 48, Genève), les armements, les armées et le militarisme pourraient bientôt être partout réduits

à de simples polices locales, et en fin de compte venir orner des musées d'antiquités, comme | aujourd'hui les anciens instruments de torture. Alors, ne pouvant pas tirer du canon sur quelque planète, la férocité humaine, plus ou moins matée par l'éducation sociale, en sera è réduite à restreindre l'effet de ses passions antisociales, à des querelles de personnes ou de Fi partis, querelles pour la répression desquelles les lois, les tribunaux et, au pire des cas, les prisons et les asiles d'aliénés suffiront.

Mais comment en arriver bientôt au socialisme nié et non anarchiste, qui:

s'impose de plus en plus aujourd'hui et dont l'urgence devient brûlante ? Certes ce n'est pas

- Ja folie des anarchistes qui nous y conduira ; ils ne l'ont que trop prouvé en voulant servi-

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lement imiter les fourmis, sans tenir compte de l'hérédité humaine. Et l'homme n'y parviendra. À pas non plus en voulant violemment adapter d'un seul coup au communisme marxiste la mentalité d'un peuple de 80 % d'analphabets, comme le peuple russe à la façon bolchéviste

de Lénine et de Trotzky. Violence et dictature d'une « classe » engendre violence et réaction ;

mais l'aveuglement passionnel des hommes les fait toujours recommencer leurs anciens

errements, malgré les enseignements de l'histoire,

Pour abréger, je renvoie simplement ici aux œuvres de certaines personnes sensées

(parmi lesquelles j'ai la vanité de me compter moi-même) qui, à mon avis, ont trouvé la juste

. note des réformes sociales progressives pratiques de socialisation qu'on peut entreprendre dès aujourd'hui, et parmi lesquelles se range en premier lieu l'Avant-projet cité ci-dessus: John de Kay : Die Welt-Allianz (The world allies). Verlag, Ernest Kuhn, Berne, 1918.

John de Kay : (Traduit en français.) The Womens and the new social state. Lucerne, Steinhof-Castle, 1918.

Walther Rathenau : Der neue Staat. S. Fischer, Verlag, Berlin, 1919. Walther Rathenau : Von kommenden Dingen. G1. Verlag, 1918. Walther Rathenau : Die neue Wirtschaît, GL Verlag, 1918.

Jos. Popper Lynceus : Die allgemeine Nährpflicht als Lôsung der sozialen Fragen, 1912.

‘ Rudolf Goldscheïid : Staatssozialismus oder Staatskapitalismus. Wien, Anzengruber, Verlag, 1917.

Genève.

Oïlet Paul : Constitution mondiale de la Société des Nations, etc, Genève, édition

ÂAtar, 1917. |

Brandt Maximilian : Die Arbeït als Grundlage für die innerstaatlich-soziale Wirtschaftsneuordnung. Wien, 1918. Anzengruber Verlag.

George Henry : Fortschritt und Armut, 1890.

Forel Auguste : Les Etats-Unis de la terre. Lausanne, Peytrequin, rue Haldimand 18,

Naine Charles : Dictature du prolétariat ou Démocratie. Lausanne, 1918. Imprimerie Populaire, rue de Genève 5.

: Carl Zimmermann : Staatserbrecht, Klarastrasse 19, Bâle, 1920.

On pourrait encore citer bien d'autres œuvres, mais je me borne à celles-là. Et

là-dessus revenons-en aux fourmis, à mes vieilles petites amies, Elles m'ont servi de modèle en m'enseignant d'un côté le travail social et de l'autre la méthode inductive de l'investigation scientifique, qui parvient, à force de peine, à trouver la vérité.

Je leur dédie ce livre pour leur témoigner ma profonde reconnaissance. Elles n'en

sauront rien: tant mieux, car. elles ne se vantent pas comme nous de leurs travaux !

11 juin 1920, | Auguste FOREL.

rt)

Otlet Paul : Les problèmes internationaux de la guerre, 1916. Librairie Kündig,

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