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« Là s'élevait un mur d'attente ; il semblait placé de manière à devoir soutenir une voûte encore incomplète jetée depuis le bord opposé d'une grande case ; mais l'ouvrière qui l'avait commencée lui avait donné trop peu d'élévation pour le mur sur lequel elle devait reposer : si elle eut été continuée sur le même plan, elle aurait infailliblement encontré cette cloison à la moitié de la hauteur, et c'était ce qu'il fallait éviter : cette.
remarque critique m'occupait justement, lorsqu'une fourmi arrivée sur place, après avoir
visité ces ouvrages, parut être frappée de la même difficulté, car elle commença aussitôt à détruire la voûte ébauchée, releva Îe mur sur lequel elle reposait, et fit une nouvelle voûte, sous mes yeux, avec les débris de l'ancienne, »
« C'est surtout lorsque les fourmis commencent quelque entreprise, que. l'on croirait ‘voir une idée naître dans leur esprit, et se réaliser par l'exécution. Aïnsi, quand l'une d'elles découvre sur le nid deux brins d'herbe qui se croisent et peuvent favoriser la formation d'une loge ou quelques petites poutres qui en dessinent les angles et les côtés, on Ma voit examiner les parties de cet ensemble, puis placer, avec beaucoup de suite et d'adresse, des parcelles de terre dans les vides et le long des tiges ; prendre de toutes ‘parts les matériaux à sa convenance, quelquefois même sans ménager l'ouvrage que d'autres ‘ont ébauché : tant elle est dominée par l'idée qu'elle a conçue, et qu'elle suit sans distracion, Elle va, vient, retourne jusqu'à ce que son plan soit devenu sensible pour d'autres fourmis. »
“** (Ebrard, Etud. de mœurs, Genève 1864. p. 3.) « Le sol était mouillé et lès travaux ‘en pleine activité. C'était un va-et-vient continuel de fourmis sortant de leur demeure : scuterraine et apportant des morceaux de terre qu'elles aidaptaient aux constructions anciennes, Ne voulant pas disséminer mon attention, je la fixai vers la salle la plus vaste. Une seule fourmi y travaillait, L'ouvrage était avancé, et cependant, malgré une saillie prononcée en dedans de la partie supérieure des murs, un espace de 12 à 15 millimètres restait à couvrir. C'était le cas, pour soutenir la terre restant à placer, d'avoir recours, comme le font plusieurs espèces de fourmis, à des piliers, à de petites poutres, ou bien à des débris de feuilles sèches ; maïs dos de ces moyens n'est pas, ai-je dit, dans les habitudes des fourmis noir-cendrées, »
« Notre ouvrière paraissant quitter un moment son ouvrage, se dirigea vers une plante de graminée peu distante, dont elle parcourut successivement plusieurs feuilles (feuilles linéaires, c'est-à-dire longues et étroites). Choisissant la plus proche, elle alla chercher de la terre mouillée qu'elle fixa à son extrémité supérieure, Elle recommença cette opération jusqu'à ce que, cédant sous le poids, la feuille s'inclinât légèrement du côté de la salle à couvrir. Cette inclination avait lieu malheureusement plutôt vers l'extrémité de la feuille, laquelle menaçait de se rompre. La fourmi, parant à ce grave inconvénient, la rongea à sa base externe, de sorte qu'elle s'abaissa dans toute sa longueur, au-dessus de la salle, Ce n'était point assez : l'apposition n'était pas parfaite ; l'ouvrière la compléta en
Te à déposant de la terre entre la base de la plante et celle de la feuille, jusqu'à ce que le rapprochement désiré fut produit : ce résultat obtenu, elle se servit de la feuille de sr en guise d'arc-boutant, pour soutenir les matériaux destinés à former une voûte. » ;
"** (Huber I. c. pag. 31.) « Cette fourmi (Las. niger), l'une des plus indusfio construit son nid par étages de 4 à 5 lignes de haut, dont les cloisons n'ont pas plus d'une demi-ligne d'épaisseur, et dont la matière est d'un grain si fin que la surface des murs. intérieurs en paraît fort unie, Ces étages ne sont point horizontaux ; ils suivent la pente de la fourmilière ; de sorte que le supérieur recouvre tous les autres, le suivant embrasse! tous ceux qui sont au-dessous de lui, et ainsi de suite, jusqu'au rez- -de-chaussée, qui. communique avec les logements souterrains, Cependant ils ne sont pas toujours arrangés. avec la même régularité, car les fourmis ne suivent pas un plan bien fixe ; il semble, au contraire, que la nature leur ait laissé une certaine latitude à cet égard, et qu'elles peuvent, selon les circonstances, le modifier à leur gré; mais quelque bizarre que puisse paraître! leur maçonnerie, on reconnaît toujours qu'elle a .été formée par étages concentriques. » »
« Si l'on examine chaque étage séparément, on y voit des cavités travaillées avec soin, en forme de salles ; des loges plus étroites et des galeries allongées qui leur servent. de communication, Les voûtes des places les plus spacieuses sont supportées par de petites. colonnes, par des murs fort minces, où enfin par de vrais arcs-boutants, Ailleurs, on voit des. cases qui n'ont qu'une seule entrée ; il en est dont l'orifice répond à l'étage inférieur : on peut encore y remarquer des espaces très larges, percés de toutes parts et formant une. sorte de carrefour, où toutes les. rues aboutissent, Tel est à peu près l'esprit dans lequel sont construites les habitations de ces fourmis : lorsqu'on les ouvre, on trouve les cases et les places les plus étendues remplies de fourmis adultes ; mais on voit toujours que leurs nymphes sont réunies dans les loges plus ou moins te de la surface, suivant les. heures et la température, car à cet égard les fourmis sont douées d'une grande sensibilité, et paraissent connaître le degré de chaleur qui convient à leurs petits, »
« La fourmilière contient quelquefois plus de vingt étages dans sa partie supérieure, et, pour le moins, autant au-dessous du sol. Combien de nuances de chaleur doit admettre une telle disposition, et quelle facilité les fourmis ne se procurent-elles pas par ce moyen pour la graduer ? Quand un soleil trop ardent rend leurs appartements supérieurs plus chauds qu'elles'ne le désirent, elles se retirent avec leurs petits dans le fond de la fourmilière, Le rez-de-chaussée devenant à son tour inhabitable pendant les pluies, les fourmis de cette espèce transportent tout ce qui les intéresse dans les étages les plus élevés, et c'est là qu'on les trouve rassemblées avec leurs nymphes et leurs œufs, lorsque les souterrains sont submergés, » ) |
""" (Huber, I. c. pag. 36—41.) « Chaque fourmi apportait donc entre ses dents une petite pelote de terre qu'elle avait formée en ratissant le fond des souterrains avec le bout de ses mandibules (ce que j'ai vu souvent au grand jour) : cette petite masse de terre étant composée de parcelles réunies seulement depuis quelques instants, pouvait aisément se prêter à l'usage que les fourmis voulaient en faire ; ainsi, lorsqu'elles l'avaient appliquée à l'endroit où elle devait rester, elles la divisaient et la poussaient avec leurs dents, de manière à remplir les plus petites inégalités de leur muraïlle. Leurs antennes suivaient tous leurs mouvements, en palpant chaque brin de terre, et quand ils étaient disposés ainsi, la
fourmi les RE en en les pressant légèrement avec ses pattes antérieures : ce travail allait fort vite, »
« Après avoir tracé le plan de leur maçonnerie, en plaçant çà et là les fondements des.
piliers et des cloisons qu'elles voulaient établir, elles leur donnaient plus de relief, en “ ajoutant de nouveaux matériaux au-dessus des premiers, Souvent deux petits murs, destinés à former une galerie, s'élevant vis-à-vis l'un de l'autre et à peu de distance ; lorsqu'ils étaient à la hauteur de 4 ou 5 lignes, les fourmis s'occupaient à recouvrir le vide qu'ils laissaient entre eux, au moyen d'un plafond de forme cintrée : cessant alors de travailler en montant, comme si elles avaient jugé leurs murs assez élevés, elles plaçaient contre l'arête intérieure de l'un et de l'autre, des brins de terre mouillée, dans un sens presque horizontal, de manière à former au-dessus de chaque mur un rebord qui devait, en s'élargissant, rencontrer celui du mur opposé : leur épaisseur était ordinairement d'une demi-ligne. La largeur des galeries qui résultaient de ce travail était le plus souvent d'un quart de pouce. »
« [ci plusieurs cloisons verticales formaient l'ébauche d'une loge qui communiquaïit avec différents corridors par des ouvertures ménagées dans la maçonnerie ; là c'était une véritable salle dont les voûtes étaient soutenues par de nombreux piliers ; plus loin on ” reconnaissait le dessin d'un de ces carrefours dont j'ai parlé ci-dessus, et auquel abou- . tissent plusieurs avenues. Ces places étaient les plus spacieuses ; cependant les fourmis ne paraïissaient point embarrassées à faire le plancher qui devait les recouvrir, quoique elles eussent souvent deux pouces et plus de largeur : c'était dans les angles formés par la rencontre des murs, puis le long de leurs bords supérieurs, qu'elles en plaçaient les premiers éléments ; et de la sommité de chaque pilier s'étendait, comme d'autant de centres, une couche de terre horizontale et un peu bombée, qui allait se joindre à d'autres parties de la même voûte, partant de différents points de la grande place publique. »
« Cette foule de maçonnes, arrivant de toutes parts avec la parcelle de mortier qu'elles voulaient ajouter au bâtiment : l'ordre qu'elles observaient dans leurs opérations, l'accord qui régnait entre elles, l'activité avec laquelle elles profitaient de la pluie pour augmenter l'élévation de leur demeure, offraient l'aspect le plus intéressant pour un admirateur de la nature, » |
« Cependant, je craignais quelquefois que leur édifice ne pût pas résister à sa propre
pesanteur, et que ces plafonds, si larges, soutenus seulement par quelques piliers; ne s'écroulassent sous le poids de l'eau qui tombait continuellement, et semblait devoir les démolir ; mais je me rassurai en voyant que la terre apportée par ces insectes adhérait de toutes parts au plus léger contact et que la pluie, au lieu de diminuer la cohésion de ses particules, semblait l'augmenter encore, Aïnsi loin de nuire au bâtiment par sa
- chute, elle contribue donc à le rendre plus solide. Ces parcelles de terre mouillée, qui ne
tiennent encore que ‘par leur juxtaposition, n'attendent qu'une averse qui les lie plus étroitement, et vernisse, pour aïnsi dire, la surface du plafond qu'elles composent, ou les murs et les galeries restées à découvert. Alors les inégalités de la maçonnerie disparaissent ; le
dessus de ces étages, composés de tant de pièces rapportées, ne présente plus qu'une.
seule couche de terre bien unie, et n'a besoin, pour se consolider entièrement, que de ia chaleur du soleil. »
«Ce n'est pas qu'une pluie trop violente ne détruise quelquefois plusieurs cases, surtout lorsqu'elles sont peu voûtées ; mais les fourmis ne tardent pas à les relever avec une patience admirable, »
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« Ces différents travaux s'exécutaient à la fois sur toutes les parties de la fourmilière qu'on vient de décrire: ils se suivaient de si près dans ses nombreux quartiers, qu'elle se trouva augmentée d'un étage complet en 7 à 8 heures. Car toutes ces voûtes,
jetées d'un mur à l'autre, étant à la même distance du plan sur lequel elles s'élevaieni,
ne formèrent qu'un seul plafond lorsqu'elles furent terminées, et'que les bords des unes
, . ï | atteignirent ceux des autres. »
« À peine les fourmis eurent-elles achevé cet étage qu'elles en bâtirent un nouveau : mais elles n'eurent pas le temps de le finir; la pluie cessa avant que leur plafond fût entièrement construit. Elles travaillèrent cependant encore quelques heures, en profitant
de l'humidité de la terre : maïs le vent du nord s'étant levé avec violence, il la dessécha trop promptement ; de manière que les fragments rapportés n'avaient plus la même
adhérence, et se 1éduisaient en poudre : les fourmis voyant le peu de succès de leurs efforts,
se découragèrent enfin, et renoncèrent à bâtir ; mais, ce dont je fus étonné, c'est qu'elles détrüisirent toutes les cases, et les murs qui n'étaient pas encore recouverts, et répartirent les débris de ces ébauches sur le dernier étage de la fourmilière. » :
Nous avons donc une première catégorie de maçonnes se rattachant au type du
Lasius niger. Ce type se distingue par un certain ensemble dans le travail des ouvrières, |
par une certaine régularité dans la construction qui laisse plus où moins reconnaître des étages concentriques superposés, et enfin par l'emploi de piliers en terre pour soutenir les voûtes, Les plus grands dômes du L. niger, ayant plus ou moins la forme régulière typique, appuyés quelquefois contre une grosse pierre ou contre un tronc d'arbre, peuvent dépassér 0",3 en hauteur et 0",6 en diamètre de base ; ces dômes sont permanents. La race L. alienus bâtit de même, ! mais vit plus souvent sous les pierres. Les dômes À de ces deux races ont en général plusieurs ouvertures latérales, Le L. flavus bâtit des dômes aussi grands et souvent même plus grands que le L, niger. Son architecture est analogue à celle du précédent, mais se rapproche un peu de celle de la F, fusca; ses constrctions beaucoup plus massives et résistantes que celles du L. niger laissent voir moins de piliers, et les étages y sont peu nets. Ses dômes sont permanents, sauf les petits dômes secondaires : apries
perchés sur le principal, petits amas de cases que Fig: #1 cette fourmi, comme les autres maçonnes, bâtit légèrement, dans un but provisoire, et qu'elle appuie ordinairement à une touffe d'herbe ou à une tige quelconque. Les dômes de cette espèce, fermés le plus souvent en temps ordinaire, sont ouverts de tout côté par les 8 lorsqu'il pleut et lors de la sortie des © et ©. Le L. flavus est une des plus pures fourmis maçonnes ; il ne bâtit que très rarement son nid d'une façon différente, L'espèce L, umbratus et ses
races, surtout le L. mixtus, font quelquefois des dômes maçonnés. Leur architecture n’a
rien de saillant, sinon que les galeries et les cases sont grandes et espacées ; le tout est
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très massif, ce qui rapproche leurs nids de ceux des Camponotus. Elles s'établissent volcntiers dans les terrains marneux. Je vis une seule fois un nid de L. mixfus au milieu d'un pré avec un petit dôme assez plat, fraîchement maçonné, très léger, percé de : . nombreuses et larges ouvertures. Ce nid exceptionnel ressemblait extérieurement beaucoup - à un nid de F. rufibarbis ; il était très peuplé de © et de «. Les dômes de l'espèce umbratus . | Sont ordinairement complètement fermés, Tous les dômes des espèces du genre Lasius oi: ont quelque chose de commun dans l'aspect Les brins ou touffes d'herbe, les tiges de. plantes n'entrent que rarement dans leurs constructions et y sont accessoires, Si le nid 125 est dans le gazon, les tiges de graminées traversent le dôme tout droit, sans changer La la disposition des étages.
Vient ensuite le type Camponotus, représenté par le C. aethiops. Cette fourmi fait ASS des. dômes très plats, étendus et irréguliers, d'une maçonnerie extrêmement compacte, De - Tout y est spacieux ; ce sont surtoût de larges galeries tortueuses qui après quelques ” méandres dans le dôme s'enfoncent rapidement à une grande profondeur sous terre. Le nid a ordinairement l'aspect d'un placard de boue humide et homogène qui a été séché - au soleil ; il ne laïsse apercevoir aucune ouverture à sa surface, sauf lorsque les ouvrières : sont occupées à maçonner, auquel cas il ressemble à un nid de Formica fusca en formation. Ce nid ne s'ouvre que par des trous latéraux cachés ou par des galeries tortueuses peu || ATP profondes, s'éloignant du dôme et s'ouvrant à une distance souvent assez grande. Très A souvent plusieurs dômes éloignés de quelques pieds les uns des autres sont en commu- 1 * nication par de pareïlles galeries. D'autres fois ces dômes se touchent tous et n'en forment ME qu'un très étendu et très irrégulier occupant souvent plusieurs pieds carrés de terrain. Pl faut ordinairement une assez grande habitude pour reconnaître que cette terre nue, com- » pacte, à peine bombée est le dôme d'un nid de fourmis. Le Camponotus ligniperdus fait souvent des nids maçonnés identiques à ceux du C. aethiops. C'est aussi quelquefois le cas du RUES | C. herculeanus et du C. vagus. Le C. lateralis fait rarement des nids à dômes, quoique, M. comme l'aefhiops, il niche presque toujours en terre. Ses nids sont toujours petits; le dôme, “a . quand il y en a un, est plat, restreint et fermé ; les cases et galeries sont plus analogues » à celles des F. fusca qu'à celles du C. aethiops. Le type des Camponotus se rapproche . de celui des F. fusca par son irrégularité et par le manque de piliers et d'étages distincts, mais aussi de celui des AO par la rareté de l'emploi de végétaux comme soutiens de Ja maçonnerie, |
Un Loisiene type, celui de la F. (Serviformica) fusca, est des plus répandus, Nous avons vu la description qu'en font Huber et Ebrard. Ce type se distingue par sa grande irrégularité venant de ce que les ouvrières travaillent dans une indépendance complète les
unes des autres, Les étages ne sont pas du tout marqués aussi nettement que le dit Huber ; les fourmis ne construisent pas ad hoc de piliers de soutien, maïs les gros trous percés en
| fout sens font que des pans de mur ressemblent à des piliers. Pour la même raison les Aa cases et les galeries se confondent le plus souvent. Un trait distinctif de ce type est l'emploi Re
. de tous les objets qui se présentent pour rendre les constructions plus solides, ou bien ‘ plus élevées et plus spacieuses. Une touffe d'herbe servira d'échafaudage, une coquille 4 d'escargot vide fera une case, une feuille de plantin fera un plafond ; une tige tortueuse ou
- un rhizome grimpant sur un bloc qui surplombe servira de centre ou d'appui à une tour qui