‹ < > fourmis de la Suisse notices anatomiques et physiologiques, architecture, distribution géographique, nouvelles expériences et observations de moeursChapitre 31 sur 139 · Nids sculptés dans le bois proprement dit · texte numérisé non relu

Nids sculptés dans le bois proprement dit

Éee nids sont le pendant des nids minés dans la terre; seulement la charpente étant d'une matière plus résistante, les fourmis peuvent lui donner plus d'élégance en diminuant È + l'épaisseur des murs et des colonnes. Les représentants typiques de cet art sont quatre formes du genre Camponotus, les C. ligniperdus, herculeanus, vagus, fallax. Les C. herculeanus et ligniperdus font, soit dans des arbres sains où ils trouvent vers le pied un défaut d'écorce, soit dans les troncs coupés qui ne sont (au moins en partie) pas encore pourris, soit dans les racines encore solides, soit enfin dans les poutres des maisons, dans les plan- ches, les ponts de bois etc, des labyrinthes qui ne le cèdent souvent guère à ceux des LE fuliginosus (voir plus bas) pour l' ‘élégance, et qui ont toujours l'avantage d'être beaucoup plus solides car ici l'on ne trouve jamais de carton ligneux. Les plus fines parois qui sont à k peine plus épaisses qu'une carte (7 millimètre) laissent toujours reconnaître les fibres me ligneuses dans leur ordre naturel lorsqu'on en observe de fines tranches sous le microscope, aussi ont-elles une résistance, une élasticité qui manque complètement au carton des fuligi- nosus. Ces fourmis n'observent ordinairement aucun crdre dans la disposition de leur nid : elles la font varier suivant les circonstances. Le bois est tellement perforé en tout sens qu'on ne peut ordinairement distinguer les cases des galeries dans la partie centrale ; mais on $ remarque en général que les vides laissés ont une forme allongée dans le sens des fibres du bois et comprimée dans l'autre sens. De cette manière les parois existent surtout aussi dans le sens des fibres et les colonnes dans le sens qui leur est perpendiculaire, Cette disposition donne beaucoup plus de solidité à l'édifice, tout en donnant moins de peine aux fourmis, Une couche de bois de plus d'un centimètre d'épaisseur est toujours laissée à l'extérieur pour protéger le tout et n'est percée que de quelques trous pour les communications avec le dehors. Je n'ai jamais vu l'écorce d'un arbre vivant attaquée par ces fourmis, C'est surtout le C. hercu- leanus qui vit dans les arbres, dans les forêts, tandis que le ligniperdus, plus ami du soleil, habite plus souvent les troncs coupés dans les clairières, les poutres, planches, etc. Il est très rare que ces espèces forment des colonies, et celles-ci sont toujours très restreintes. Presque toujours un seul nid suffit à une fourmilière, Le bois miné conserve sa couleur naturelle ; à : peine le voit-on quelquefois un peu enfumé chez le C ligniperdus, Lorsqu'un accident met à découvert.une partie du nid, les fourmis en abandonnent la portion avancée et bouchent les galeries ouvertes avec de la sciure et des débris divers, Le C vagus diffère en quelques points des précédents, Ses galeries et ses cases sont plus marquées parce qu'il laisse plus d'épaisseur aux parois. [Il n'attaque ordinairement qu'un bois très dur et très sec. Partout il montre une affection particulière pour les ponts de bois, les poutres isolées, en général pour le bois desséché et durci au soleil. Il craint les bois touftus, l'ombre en général, et recherche les lieux arides et exposés au midi. À Sierre on le trouve surtout dans les troncs coupés, mais aussi dans les pieds vivants du Pinus montana où ses nids sont d'une solidité à toute épreuve. Un de ces troncs, coupé à six décimètres au-dessus du sol, était encore recouvert d'une écorce morte de deux à trois centimètres d'épaisseur, extrêmement dure et adhérant solidement au bois ; cette écorce était percée extérieurement d'un ou deux gros trous d'où scrtaient des C. vagus, J'en enlevai non sans peine quelques morceaux dont la face interne se montra percée d'une foule de trous de 5 à 15 millimètres de diamètres, et distants de

1 14 à 10 centimètres les uns des aütres ; à chacun d'eux correspondait un trou analogue à

Se

la surface de l'aubier. La couche moyenne de l'écorce était entièrement sillonnée de galeries

et de cases larges et aplaties, contournées en tout sens et contenant des larves, En Tessin les grands châtaigniers ont presque toujours des défauts d'écorce souvent considérables. On y trouve souvent des nids de C. vagus établis de la même manière que dans les pins de Sierre. J'ignore s'ils sculptent aussi la couche subéreuse morte de l'écorce vivante. Le

C, fallax Nyl. vit en petites fourmilières et est très peureux. Roger dit aussi qu'il est très

timide, et ajoute qu'on le trouve partout en Allemagne sur les vieux chênes. Je n'en ai

découvert que quatre nids. Le premier se trouvait près de Zurich, à l'extrémité d'une des

branches mortes d'un gros chêne, branche élevée de 10 1» mètres au-dessus du sol. L'arbre était abattu depuis peu et je pus l'étudier à mon aise. La branche morte avait à peine cinq ou six centimètres de diamètre ; le bois mort en était déjà de consistance un peu liégeuse. L'extrémité cassée ne montrait pas de trou ; mais deux ouvertures ovales se trouvaient sur

le pourtour latéral, près du bout de la branche. Deux galeries, partant de ces trous, se .

rejoignaient à 4 cm. de profondeur ; de là une galerie centrale, sinueuse, parcouraït le centre de la branche jusqu'à un décimètre de profondeur ; là elle se terminait par trois ampoules en forme de cases n'ayant pas plus de 2 cm, carrés de surface, Sur son parcours, cette galerie envoyaïît à peine trois ou quatre courtes galeries latérales qui se terminaient aussi chacune par une case ; les cases et les galeries étaient un peu aplaties dans un même sens, c'est-à-dire que leur coupe transversale était en général elliptique. C'était là le nid tout entier de nos fourmis, nid peuplé de 150 8 environ et de larves. Un second nid de même taille et tout semblablement disposé se trouvait à Vaux, en entier dans la couche subéreuse de l'écorce du tronc d'un gros noyer, vers le pied. Un troisième nid se trouvait aussi à Vaux dans un vieux poteau. Il venait, je pense, d'être fondé par les ? qui étaient encore occupées à y apporter leurs larves et leurs compagnes ; elles descendaient du haut d'un poirier où était évidemment leur ancienne demeure, Je n'ouvris pas ce nid. Le quatrième nid de C. fallax que je pus examiner, le plus considérable, se trouvait dans le jardin de l'hôpital des aliénés à Vienne, dans une maîtresse branche morte de Paulonia. Cette branche avait deux décimètres de diamètre. Les fourmis en scrtaient d'abord par une ouverture principale pratiquée

sur l'extrémité coupée franc d'une branche secondaire (morte aussi, naturellement), puis par une seconde ouverture plus petite située dans un défaut d'écorce de la branche principale,

à un mètre environ de la première, et enfin par une troisième ouverture très petite correspendant au vide central (à la moëlle) d'un très petit rameau cassé qui partait directement de la grosse branche, entre les deux premières issues. Peu de temps après ma découverte, l'arbre ayant été abattu, je démembrai la branche, ce qui me permit d'observer en même

temps le nid et la fourmilière, Celle-ci, composée de 5, de Q, de « et de larves, pouvait

comprendre environ mille fourmis. Le nid était composé : 1° du vide central cylindrique de

la maîtresse branche, correspondant à la moëlle ; 2° d'étages concentriques correspondant

aux couches du bois. Chacun de ces étages était très bas, mais très étendu et formait plutôt ‘4

une grande salle à cent méandres que des cases et des galeries séparées, Par contre les étages communiquaient entre eux ainsi qu'avec le vide central et les ouvertures extérieures seulement par de rares et étroits passages, Le nid était concentré dans les couches médianes du bois ; les couches plus extérieures n'étaient perforées que par les canaux de

sortie dont le principal débouchait du reste par le vide central de la branche secondaire |

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