‹ < > fourmis de la Suisse notices anatomiques et physiologiques, architecture, distribution géographique, nouvelles expériences et observations de moeursChapitre 47 sur 139 · Colonies polycaliques · texte numérisé non relu

Colonies polycaliques

J'en ai déjà si souvent parlé dans ce qui précède qu'il y aurait à peine besoin d'y “ revenir si ce qui y a trait était déjà assez connu d'autre part. Huber seul, à mà connaissance, en dit quelques mots exacts à propos des migrations des F. rufa, mais il ne s'y arrête pas,

et paraît les considérer comme une exception {l. c. p. 146). Ebrard les cite bien {L. c. p. 39),

mais il a l'air de les regarder comme étant toujours plus ou moins provisoires. Or, pour bien pénétrer les mœurs des fourmis, il est de toute importance d'avoir une idée claire sur les colonies, Une colonie, nous l'avons vu, est une fourmilière qui habite plusieurs nids en même temps, C'est ce qui nous explique pourquoi nous voyons à un endroit les habitants de deux nids de même espèce avoir entre eux des rapports amicaux continuels, tandis qu'ailleurs ceux de deux autres nids, de même espèce aussi, se livrent des combats acharnés : dans le premier cas nous avons à faire à une colonie, non pas dans le second, Toutes les fourmis suisses, sauf les espèces des genres Sfenamma, Tapinoma, Polyergus, Leptothorax et Myrmecina font plus ou moins souvent des colonies, Chez les espèces à vie souterraine, les. colonies sont difficiles à reconnaître, car les communications sont aussi minées sous terre, et des observations assidues seraient encore nécessaires à leur sujet. Les nids des colonies sont ordinairement situés le long d'une même ligne d'exploitation, ainsi le long d'une même haie, sur la lisière d'un même bois, du même côté d'une rue de faubourg {F. cinerea), dans un même jardin {L. niger), dans une même maison {L. emarginatus). Chez la plupart de

nos fourmis, les colonies Comprennent trois ou quatre nids au plus. Tel est le cas des

espèces des genres Camponotus, Myrmica, Ponera, Plagiolepis, des F. fusca, rufibarbis, sanguinea avec esclaves et fruncicola. Chez les Lasius niger, emarginatus, brunneus, alienus

‘ et flavus, les F. rufa et pratensis, le T. caespitum, le S. festaceus, les genres Pheidole et :

Aphaenogaster, nous trouvons déjà des colonies un peu plus grandes. Enfin les espèces suivantes : L. fuliginosus, F. sanguinea sans esclaves, F. exsecta et pressilabris, F. cinera sont les seules fourmis qui fassent, en Suisse, à ma connaissance, des colonies vraiment considérables, Je ne mesure pas la grandeur des colonies à l'espace qu'elles occupent, car on doit tenir compte de la taille des fourmis : les nids sont plus rapprochés et plus petits chez les petites espèces, ainsi chez le Las. niger et le T. caespitum. Dans une colonie, on trcuve presque toujours des nids de taille différente, des nids énormes et d'autres très. petits, commençants, Quelquefois, dans les petites colonies, un seul gros nid peut être regardé comme la capitale, et les autres comme des dépendances, mais ce n’est pas l'ordinaire. Les nids d'une colonie doivent tous renfermer des larves, nymphes, etc., doivent avoir leur population plus ou moins propre, sans quoi ils ne seraient que des stations, À côté de

tout cela, on trouve toujours dans les colonies un peu grandes des nids abandonnés, soit

complètement, soit en partie, soit temporairement, soît pour toujours. Mais ces nids ne

deviennent pas la proie d'autres fourmis, car la colonie veille à leur conservation. Une

colonie de F. exsecta, composée de plus de 200 nids (j'en ai compté 200, mais elle s'étend certainement plus loin), occupe dans une clairière des forêts du Mont-Tendre, au-dessus de l'Isle, environ les trois quarts d'un espace circulaire de 150 à 200 mètres de rayon. Tous ces nids, la plupart grands, sont reliés entre ‘eux par des millions de fourmis circulant dans tous les sens. Les plus grands nids ont jusqu'à 18 décimètres de diamètre à la base et 7 à 8 décimètres de hauteur. Ils sont disposés plus ou moins par petits groupes de trois ou quatre nids à peine distants d'un mètre l'un de l'autre. Dans tout l'espace occupé par la colonie, on ne peut découvrir aucune autre espèce de fourmi, sauf quelques fourmilières de T, erraticum qui s'y hasardent grâce à leur agilité. Sur les confins de la colonie, on voit quelques nids de L. flavus dont les exsecta s'emparent les uns après les autres. Outre ces 200 nids, il y en a encore un assez grand nombre d'abandonnés. Sur le Petit-Salève, près

GAS et Le

à de Gelève. entre Mornex et Monnetier, il y a une colonie analogue de F. pressilabris ; elle est

un espace couvert d'arbustes rabougris sur lesquels les fourmis élèvent leurs pucerons. La preuve que les habitants de tous les nids de ces deux colonies sont bien amis se trouve tout d’abord dans le fait que des bandes de fourmis les unissent tous, et ensuite dans l'expérience que je fis de mettre ensemble des fourmis des nids les plus éloignés ; elles se reconnurent aussitôt et s'entr'aidèrent pour mettre en ordre ce que j'avais bouleversé. L'instinct de . colonisation est si inné chez les F. exsecta et pressilabris, que lorsqu'on en établit une quantité un peu considérable en un seul tas, dans un pré, elles fondent aussitôt trois ou

quatre nids à quelques décimètres les uns des autres. On comprend combien cette répartition d'une fourmilière en plusieurs centres qui restent alliés peut donner de puissance à ces 8 insectes par son extension. Nous en verrons des exemples plus tard. On peut, sans exagé- “ ration, comparer ces nids aux cités d'un même empire, comme le fait Huber, ou mieux, aux villes d'une même république. J'ai parlé des colonies des F. cinerea et des L. fuliginosus à propos de leur architecture ; je n'y reviendrai pas.

J'ai traité un peu longuement l'architecture, la regardant comme une base nécessaire pour comprendre bien les mœurs et pour se rendre compte de la distribution géogra- ) phique des fourmis. Beaucoup de points sont certainement incomplets ou même inexacts ;

è Je rappelle que tout ce qui a été dit s'applique à la Suisse ; l'art de bâtir chez certaines

À enfin ci-dessous la conclusion que tire Huber de ses observations sur les fourmis maçonnes, … sur la F. fusca en particulier ; je crois qu'elle résume fort bien l'art architectural chez toutes les fourmis: !)

1) (Huber L. c. pag. 49— 51). « D'après ces observations et mille autres semblables, je me suis assuré que chaque fourmi agit indépendamment de ses compagnes. La première qui conçoit un plan d'une exécution facile en trace aussitôt l'esquisse ; les autres n'ont plus qu'à continuer ce qu'elle à commencé : celles-ci jugent par l'inspection des premiers travaux de ceux qu'elles doivent entreprendre ; elles savent “ toutes ébaucher, continuer, polir ou retoucher leur ouvrage, selon l'occasion : l'eau leur fournit le ciment dont elles ont besoïn : le soleil et l'air durcissent la matière de leurs édifices ; elles n'ont d'autre ciseau que leurs dents, d'autre compas que leurs antennes, et de truelle que leurs pattes de devant, dont elles se servent d'une manière admirable pour appuyer et consolider leur terre mouillée. »

«Ce sont là les moyens matériels et mécaniques qui leur sont donnés pour bâtir ; elles auraient __ donc pu, en suivant un instinct purement machinal, exécuter avec exactitude un plan géométrique et inva- … riable: construire des murs égaux, des voûtes dont la courbure, calculée d'avance, n'aurait exigé qu'une obéissance servile ; et nous n'aurions été que médiocrement surpris de leur industrie ; mais, pour élever ces dômes irréguliers, composés de tant d'étages ; pour distribuer d'une manière commode et variée les appartements qu'ils contiennent, et saisir les temps les plus favorables à leurs travaux ; mais surtout pour savoir se conduire suivant les circonstances, profiter des points d'appui qui se présentent, et juger de l'avantage de telles ou telles opérations, ne fallait-il pas qu'elles fussent douées de facultés assez rapprochées de l'intelligence, et que, loin de les traiter en automates, la nature leur laissât entrevoir le but des travaux

auxquels elles sont destinées ? »

PAU P. S. (1919). Mac Cook a observé, dans les Alleghennies une colonie polycalique de F. exsecloïdes comptant environ 1500 à 1600 nids, Les nids de cette espèce atteignent jusqu'à un mètre de hauteur.

| presque aussi considérable que la précédente, mais les. nids sont plus petits. Elle occupe :

le lecteur voudra bien les excuser, ou encore mieux les rectifier par de nouvelles observations.

F. espèces peut fort bien être différent sous un autre climat, dans un autre terrain. Je cite

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