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pas si je continuais ainsi, à la manière de la plupart des auteurs qui ont écrit sur ce sujet. Quelques faits généraux nous éclaireront beaucoup mieux. Nous verrons ailleurs assez de détails.
il y à fourmis et fourmis. Il y a plus de différence entre une Plagiolepis pygmaea et un C. ligniperdus © qu'entre une souris et un tigre. Une fourmilière de L. fuliginosus est à une fourmilière de Leptothorax fuberum ce que Paris est à un hameau. Si l'on ajoute à
cela la rareté de beaucoup de formes, on verra que le nombre de celles qui jouent un rôle
vraiment important est assez restreint, Des fourmis comme les Myrmecina, les Temnothorax, les Leptothorax, les Ponera ne s'élèvent ici que peu au-dessus des insectes vivant
solitaires, LC]
2° Nous avons vu combien l'habitat des fourmis est varié. Certains lieux sont cepen-
dant plus ou moins complètement à leur abri, Ce sont d'abord les champs cultivés qu'on
laboure toutes les années ou au bout d'un cycle de peu d'années (champs de céréales, de colza, de pommes de terre, etc. ; prairies artificielles), Ce fait était déjà connu de Latreille. [1 n'a guère besoin d'explication ; le labour détruit les nids, ce qui, joint à une trop grande infériorité de végétation, engage les fourmis à émigrer. Les F, rufibarbis, sanguinea et fusca bravent souvent ces inconvénients. Les marais proprement dits sont peu habitables pour les fourmis, On est cependant étonné de trouver encore des fourmilières florissantes de L. flavus et de M. laevinodis dans des prairies marécageuses qui sont submergées pendant une partie
de l'année ; il semble qu'elles devraient être noyées. Les parties centrales, touffues des forêts, où aucun rayon de soleil ne peut pénétrer, sont le plus souvent sans fourmis ; à peine
la F. rufa i. sp., le C. herculeanus i. sp. et le L, fuliginosus s'y aventurent-ils quelquefois. Il en est de même du centre des villes, des rues étroites et fréquentées en général. J'ai vu encore des fourmilières de T. caespitum à Vienne, dans la Laudongasse, rue large et peu ‘animée,
3° Domaine des fourmilières. Chaque fourmilière un peu considérable a son domaine, son territoire qu'elle semble considérer comme une propriété. Cela résulte directement du fait que toutes les fourmilières sont ennemies les unes des autres. Une grande fourmilière pratensis peut ainsi posséder tout un pré, plusieurs arbres, une haie ; de ce domaine sera exclue toute autre fourmilière pratensis, rufa, sanguinea, truncicola, fuliginosus ; des P, rufescens ne sauraient pas y vivre sans peine. Les autres formes plus petites et à vie plus souterraine pourront cependant y exister, Nous avons vu plus d'un exemple de ce genre : au-dessus de l'Isle, sur le Mont-Tendre, j'ai vu une colonie polycalique (à nids multiples) comprenant plus de 200 nids en relations amicales, Les colonies de L. fuliginosus sont
souvent aussi fort grandes. Huber l'a fort bien dit : les fourmis n'ont pas d'ennemis plus
‘terribles que leurs semblables. Les disputes de territoire à la frontière de deux grandes fourmilières sont la cause ordinaire des guerres les plus acharnées, maïs ces guerres ellesmêmes finissent par fixer une limite où s'arrêtent les © de chaque parti; les arbres à pucerons sont la pomme de discorde la plus fréquente (XXI. F. exsecta 3), Les Lasius flavus, T. caespitum, etc., ont des domaines souterrains qui se composent de canaux minés et de racines de plantes ; ils ne sont pas moins disputés que la surface du sol, Les fourmis n'ont guère d'ennemis dangereux (à part les autres fourmis). Certains oiseaux, surtout le
pivert, qui pénètre en hiver dans les nids des F, rufa et pratensis pour manger ‘) les & engourdies, divers parasites dont nous parlerons ailleurs, l'homme, et peut-être encore les
araignées et les larves de fourmilions sont les seuls qui méritent d'être mentionnés, pois la
Suisse du moins,
IT
Les fourmis sont en général rangées parmi les animaux nuisibles à l'homme. Latreille (Hist. nat. des fourmis) les accuse d'une foule de méfaits qui ne leur incombent qu'en partie, et il indique divers moyens pour les détruire. D'autres auteurs, ceux qui ont observé avec soin, savoir Huber et Mayr, les regardent comme étant à la fois utiles et nuisibles, Enfin les forestiers, en particulier Ratzebourg, se sont’accordés depuis nombre d'années pour leur attribuer une bonne influence dans les bois où elles préservent les arbres de l'invasion d'autres insectes nuisibles, Aussi le gouvernement prussien prit-il, il y a peu d'années, la décision (à jamais mémorable dans les fastes de la myrmécologie !) de promulguer un édit
interdisant la destruction des fourmis. Cette mesure est parfaitement justifiable, comme.
j'espère le montrer bientôt, Maïs toutes ces appréciations péchent par un point capital : on y ‘juge toujours les fourmis en général, et l'on oublie qu'il ne faut pas attribuer aux unes ce que font les autres. Je crois pouvoir affirmer que certaines formes sont essentiellement nuisibles, tandis que d'autres sont essentiellement utiles, et d'autres encore, la plupart
même, tout à fait indifférentes en ce qui regarde l'homme. Nous allons passer en revue les
divers attributs qui rendent les fourmis suisses intéressantes au point de vue utilitaire, en indiquant chaque fois les formes que cela concerne.