‹ < > fourmis de la Suisse notices anatomiques et physiologiques, architecture, distribution géographique, nouvelles expériences et observations de moeursChapitre 52 sur 139 · PR AT ONE PERS · texte numérisé non relu

PR AT ONE PERS

seuls, et si les plantes en souffrent d'autant plus ‘). Or, l'expérience nous apprend que ce sont surtout les plantes cultivées qui périclitent sous l'influence des pucerons et des gallin-

sectes, principalement dans les jardins. Les fourmis des jardins seront donc celles que

nous devrons surtout accuser, et en réalité les Lasius niger i. sp., alienus et emarginatus, le

T. caespitum, aïnsi que quelquefois les F. cinerea et glebaria sont les formes les plus nuisibles à ce point de vue, le L. niger i. sp. avant tout, Les Camponotus vivant presque exclusivement de pucerons peuvent être aussi considérés comme nuisibles. Les pucerons des racines, devenus trop célèbres depuis qu'on a découvert que l'un d'eux (Phylloxera vastatrix) était cause de la terrible maladie qui ravage les vignes, sont beaucoup plus répandus qu'on ne le croit en général. Il en existe plusieurs espèces sur les racines des

diverses plantes de nos prairies, Or, nous verrons qu'une des fourmis les plus communes, le

L. flavus, s'entretient uniquement en cultivant ces insectes. Les monticules des L. flavus sont fort connus des agriculteurs-qui les accusent non seulement de gâter les faux lors de

Ja fenaison, maïs encore de nuire à la croissance de l'herbe, Je ne me charge pas d'élucider

entièrement la question ; il faudrait en faire une étude spéciale, maïs j'ai fait cent fois la

remarque suivante : les nids de la plupart des fourmis dans les prairies, surtout ceux des

F. pratensis et sanguinea, maïs aussi jusqu'à un certain point ceux des F. fusca, rufibarbis,

P. rufescens, etc., sont entourés d'une zone d'herbe plus épaisse, plus verte que celle des

environs, ce qui les fait souvent reconnaître de loin, Or cela n'est point du tout le cas des nids de L. flavus autour desquels l'herbe paraît être plutôt maigre. Je crois du reste que cette zone de gazon épais est due aux débris organiques que les fourmis rejettent autour de leur nid après les avoir sucés, et qui font l'office de fumier, Le L. flavus est la seule fourmi qui puisse être considérée comme sérieusement nuisible chez nous en élevant des pucerons de

racines,

2. On a beaucoup accusé les fourmis de s'attaquer directement aux fruits, aux fleurs et aux graines, Huber, et plus tard Mayr les ont justifiées en assurant qu'elles ne rongeaient jamais un fruit non entamé, mais qu'elles venaient seulement lécher le suc des plaies faites aux fruits par d'autres animaux, Je puis en somme confirmer cette assertion ; on sait du reste que Îes fourmis ne peuvent ni ronger ni mâcher, mais seulement scier, déchirer, puis lécher les substances liquides ou visqueuses, Aucune fourmi suisse ne s'attaque aux graines,

à part le Messor structor qui ne se trouve qu'au sud du Tessin et rarement sur le Salève. Mais dans le midi de l'Europe cette espèce, et surtout le M. barbarus, causent parfois ur

grand tort aux récoltes de blé, de riz, etc., en emportant des millions de grains dans leurs souterrains, Diverses fourmis, surtout les F. fusca et rufibarbis, vont souvent lécher le liquide sucré qui se trouve dans la corolle des fleurs sans leur causer aucun dommage, comme le font les abeilles, les bourdons, les guêpes, etc ; ce fait s'observe le plus souvent sur les Ombellifères, Donc en somme, les fourmis ne sont directement nuisibles ni aux fruits, ni aux fieurs, ni aux graines (en Suisse du moins).

1) Bos en a donné la preuve irréfutable par une expérience comparative, en élevant, en même temps, dans un même terrain, des fèves ayant des pucerons, mais en empêchant absolument l'accès d'un des carreaux aux fourmis, Sur ce dernier, les pucerons ne se développèrent qu'en petit nombre et la récolte fut belle, Les fèves où les fourmis eurent accès furent par contre abîmées par les pucerons et ne donnèrent qu'une faible récolte,

3. Forêts, bois en général. Aucune fourmi ne fait directement tort à la végétation des

arbres, Les C. herculeanus, C. ligniperdus, C. pubescens peuvent néanmoins causer certains dommages en minant le bois, et en lui ôtant ainsi sa solidité ; mais ces dommages se réduisent en somme à peu de chose dans notre pays : ici c'est la chute prématurée d'un arbre, là celle d'une poutre ou d'un plancher, Les fourmis ne cachant pas leurs travaux comme les termites, on peut toujours prévoir ces accidents à l'avance. Exemples : chute d'un grand châtaignier où des Camponotus ligniperdus avaient établi leur nid ;: poutres, ponts de bois (Vaud) et poutres des maisons (Valais) minés par les C. pubescens. Le tort que certaines formes (F. rufa, F. pratensis, L. fuliginosus) semblent pouvoir faire aux arbres en y cultivant des pucerons est plus que compensé par le fait qu'elles les préservent d'autres ennemis beaucoup plus dangereux : Ratzeburg l'affirme, et toutes mes observations viennent à son appui. Quand le L. fuliginosus infeste une maison, il s'agit simplement de trouver son nid et de le détruire, ce qui est facile, car il est en carton, à une seule place, entre deux parois ou planchers.

4, Maisons. Il est connu de tout le monde que dans les faubourgs, dans les villages, dans les campagnes isolées, les maisons sont souvent infestées de fourmis qui deviennent une véritable plaie, Elles pénètrent partout, s'attaquant surtout au sucre, aux confitures et au miel, mais aussi à tous les autres aliments, aux insectes vivants qu'on élève (XXIIL. L. emarginatus), bref, à tout ce qui peut leur convenir d'une manière ou d'une autre. Lors de l'accouplement, les © et les volent de nuit dans les chambres, viennent s'abattre lourdement sur la figure des personnes qui dorment, sur la table où l'on travaille, ce qui

ne laisse pas que d'être fort désagréable ; j'en parle par expérience. La seule fourmi qui mérite, dans toute la Suisse, le titre de fourmi des maisons est le Lasius emarginatus. C'est à cette forme que se rapporte, tout spécialement, ce que je viens de dire. Son odeur nauséabonde la rend encore plus détestable, Nous devons aussi mentionner le Monomorium Pharaonis qui commet les mêmes dégâts, maïs vit seulement dans les dépôts de Genève et partout dans les tropiques. Quelques autres formes se trouvent parfois dans les maisons, mais elles y sont beaucoup moins désagréables (sauf le L. fuliginosus dans quelques rares cas) ; ce sont les L.brunneus, fuliginosus et niger i. sp., les C. ligniperdus, herculeanus i. sp.

pubescens. Certaines fourmis viennent aussi, paraît-il, manger le miel dans les ruches

d'abeilles peu peuplées (Christ).

Dans les jardins, les L. niger i. sp. et emarginatus se rendent aussi fort incommodes, les premiers par leurs constructions qui grimpent sur toutes les plantes, ainsi que par le sansgêne avec lequel ils montent sur les jambes et les vêtements des personnes, les seconds par la mauvaise odeur qu'ils donnent aux fruits (pêches, fraises, framboises) sur lesquels ils se promènent, La F. cinerea mérite une mention spéciale. Elle ne pénètre pas dans l'intérieur

des habitations, mais elle peut devenir un véritable fléau dans les jardins. Elle y épuise les

plantes par la culture des pucerons, et elle en rend parfois le séjour intolérable par la manière dont elle grimpe sur les personnes, s'introduisant avec une agilité inouïe dans tous les replis des vêtements, et venant vous mordre avec fureur jusqu'à la figure, sans qu'on puisse s'en débarrasser. Je connaissais dans le temps un jardin, à Zurich, où l'on ne pouvait pas entrer ni faire quatre pas au milieu des allées sans être couvert de F. cinerea des pieds à la tête, À ce propos je ferai remarquer que toutes les fourmis ne s'attaquent point à

te

Foie

k l'homme de cette manière, pas même quand on détruit leur nid, Celles qui se montrent les plus hardies après la F. cinerea sont la F. rufibarbis, puis les F. exsecfa, pressilabris et san-

guinea, les Lasius fuliginosus et niger, . Myrmica rubida, ruginodis et laevinodis, et le 1: caespitum.

5, Piqûre. — Tout le monde craint la piqûre des fourmis, et néanmoins, sur plus de cent formes existant en Suisse, il en est tout au plus quatre ou cinq qui soient réellement

capables de traverser notre épiderme avec leur aiguillon, et de nous causer ainsi une légère

inflammation circonscrite qui se traduit par une démangeaison ou par une douleur plus ou moins aiguë, ainsi que par un léger erythème avec ou sans enflure, Ces formes sont les suivantes : 1° M. rubida. La piqûre de cette fourmi est vraiment très douloureuse ; la douleur

qu'elle produit est, à mon avis, au moins aussi forte et surtout plus aigué que celle d'une

piqûre de guêpe ordinaire {Vespa vulgaris ou Vespa germanica). Mais la M. rubida est moins

agressive que les suivantes ; elle n'est pas très commune, et ses nids sont sur des lieux découverts où on les voit aussitôt, de sorte qu'on n'en est pas souvent atteint, 2° M. laevi-

nodis et ruginodis. Ces formes connues sous le nom de fourmi rouge, rousset, rousselet, etc., sont les seules dont le public ait souvent à souffrir. Lorsqu'on s'assied dans les bois, sur la mousse ou sur un tronc d'arbre, au bord des ruisseaux et des rivières, il est rare qu'on

n'entre pas en collision avec elles, Elles envahissent promptement les vêtements, et l'on sent

bientôt, à divers endroits, comme autant de piqûres d'épingles cuisantes. La douleur est

beaucoup moins forte que celle produite par la M. rubida, et elle disparaît le plus souvent

au bout de quelques minutes. Les races scabrinodis et lobicornis ne piquent presque jamais, car leur humeur n'est point agressive comme celle des précédentes, et leur aiguillon est

* plus faible, 4 Le T. caespitum mord avec fureur, mais son aïiguillon est trop court pour

traverser l'épiderme, à moins que celui-ci ne soit très fin (enfants, visage, etc.). Dans ce dernier cas il provoque une légère douleur ; sinon (et c'est l'ordinaire) une simple démangeaison, Les autres Myrmicines et Ponérines suisses sont incapables de nous piquer, leur

aiguillon étant trop faible ou trop court (chez les Leptothorax, c'est surtout le manque de

courage qui en est la cause), |

Les Camponotines peuvent être fort désagréables malgré et manque d' Allons et cela de trois manières : 1° simplement en s'introduisant sous les vêtements et en grimpant

‘sur les bras, sur les jambes, sur tout le corps, en entrant dans les oreilles, etc, (Las. niger et fuliginosus, la morsure de ces espèces étant trop faible pour qu'on la sente ; 2° en

pinçant douloureusement la peau avec leurs mandibules et en versant dessus du venin qui produit en outre une démangeaison (formes des genres Camponotus, Formica et Polyergus); les F. cinerea, rufibarbis, exsecta et sanguinea joignent ce désagrément au précédent ; 3° en éjaculant à distance du venin qui peut atteindre les yeux et faire assez mal (F, rufa, pratensis et fruncicola).

6. Enfin nous avons vu à propos du L. flavus (pucerons) qu'il se rend fort désagréable aux faucheurs par ses innombrables dômes maçonnés qui parsèment les prairies. Les dômes en matériaux des F. pratensis et autres n'ont aucun inconvénient sérieux.

Page 1