‹ < > fourmis de la Suisse notices anatomiques et physiologiques, architecture, distribution géographique, nouvelles expériences et observations de moeursChapitre 56 sur 139 · NAT · texte numérisé non relu

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. la décapiter en mouvant ses pinces comme deux scies par une impulsion de la tête de droite à

gauche et de gauche à droite, Il est rare qu'il sépare complètement la tête du thorax, la

destruction de la chaîne nerveuse suffisant à son but, C'est le plus souvent par surprise,

lorsqu'un des ennemis a vu ou senti l'autre le premier, qu'il réussit à le saisir ainsi sur le dos. On voit aussi quelquefois une fourmi se jeter sur une ouvrière ennemie, l'inonder de venin, puis s'enfuir,

Quand l'une des fourmis ennemies est plus grosse que l'autre, le genre de combat ne diffère guère qu'en apparence ; la grosse cherche avant tout à éviter d'être prise par les pattes et tâche de saisir la petite sur le dos ou sur la tête, Il lui suffit alors le plus souvent

- de serrer une fois fortement ses mandibules, pour tuer la petite, à laquelle elle coupe le

corps ou le comprime si fortement qu'elle disloque d'un coup tous les organes internes, La petite, de son côté, cherche à éviter cela, et tâche de saisir la grosse de manière à ne pouvoir être mordue par elle, en la prenant par une antenne, par la base d'une patte, par le pédi-

cule, etc, Lorsqu'un des combattants est très petit et l'autre gros ou très gros, ce dernier ne distingue souvent pas ou presque pas son ennemi, ce qui donne au combat un caractère

très comique (S. fugax ou P. pygmaea avec une grosse fourmi ; voy. XXVII).

Chez les fourmis à mauvaise vue, les combats sont toujours plus lents ; elles ne se

» reconnaissent que lorsqu'elles se touchent presque. Chez les espèces à corps très dur, les combats sont aussi moins vifs, mais beaucoup plus acharnés, On ne peut pas toujours dire

comme le prétend Huber qu'à grandeur égale une fourmi à aiguillon l'emporte sur celle qui n'en a pas ; cela dépend avant tout de la dureté de la carapace chitineuse, puis de la force

; de l'aiguillon, de la vélocité et de l'audace,

e) Un genre de combats doit surtout attirer notre attention ; c'est ce que je nommerai

…. combats à froid ou combats chroniques. Nous verrons plus bas les causes qui les déterminent, Ces combats commencent presque toujours par ce que j'appellerai des firaillements : les . fourmis se prennent par les pattes ou par les antennes, et se tirent sans violence, sans grands - efforts, mais avec une ténacité étrange, se palpant d'une manière continue avec leurs

antennes. Là les deux adversaires ne s'inondent jamais de venin, ne recourbent jamais leur

abdomen, Presque toujours l'un des deux est patient et l'autre actif ; le premier se laisse

faire sans se défendre, avec une résignation stoïque, L'autre fait à peu près ce que font les Indiens à leurs prisonniers ; il prend une antenne de sa victime et travaille avec une tran-

quillité vraiment infernale à la couper ou plutôt à la scier avec ses mandibules ; cela faït, l

coupe une patte ou l'autre antenne, et ainsi de suite, jusqu'à ce que sa victime, affreusement mutilée maïs parfaitement en vie, soit dans l'impuissance la plus complète de se défendre ou même de se guider seule, Alors il l'achève quelquefois en lui coupant le cou ou le thorax,

mais plus souvent il l'emporte et va la déposer en un lieu écarté où elle doit nécessairement périr. Ce n'est pas une fois, mais plus de cent fois que j'ai fait cette triste observation. Une

modification plus douce de cet acte a lieu lorsque la plus forte, voulant simplement se débarrasser de l'autre, sans lui faire de mal, l'emporte aussi loin que possible, l'abandonne, et se

hâte de revenir. Ce fait est aussi assez fréquent.

f) Nous n'avons parlé que des combats singuliers. Lorsqu'une fourmi est saisie par

deux ou plusieurs ennemis, elle est ordinairement perdue, à moins qu'ils ne soient beaucoup plus petits qu'elle. Elle se défend vivement, lors des combats violents, mais, couverte de

venin, tirée dans tous les sens, elle succombe bientôt, Ordinairement une de ses assaillantes profite de ce que les autres la tiennent pour arriver à son cou et la décapiter ou chercher à

le faire. Il ne faut du reste pas non plus vouloir trop généraliser ; les procédés varient suivant les genres et les espèces de fourmis (XX, XXI). Lorsque le combat n'est pas vif, la

fourmi surprise par plusieurs ennemies est faite prisonnière, comme on est convenu de le dire. Ces prisonnières, emmenées dans le nid ennemi, ne.sont jamais mangées ni réduites en

esclavage, ainsi qu'on l'a souvent prétendu, maïs elles sont exécutées à froid comme je viens de le décrire ci-dessus, Ceci m'amène à dire que le plus souvent la victime de ces exécutions à froid a non pas un seul, mais plusieurs bourreaux qui travaillent chacun à un de ses

membres. L'exécution achevée, où à demi achevée, la victime est emportée au loin et aban-. donnée morte ou vivante. Lorsque plusieurs ennemis s'attaquent simultanément, il se forme.

souvent des chaînes de combattants comme les décrit Huber, Deux fourmis s'étant saisies, d'autres des deux camps s'attachent à leurs pattes ou les prennent sur le thorax, jusqu'à ce

qu'un des partis, le plus fort, emporte la chaîne, et la rompe en faisant prisonniers tous ses

ennemis.

£) Si l'on observe des fourmis ennemies, ensemble dans un bocal ou dans une boîte, ou les voit se séparer bientôt en deux camps aussi éloignés l'un de l'autre que possible. Quand deux ? ennemies se rencontrent, elles s'évitent, se menacent ou se battent, On x voit . en tout ou en partie les scènes que je viens de décrire.

h) Une fourmi qui a le dessous saisit souvent un membre de son adversaire, y cram-

ponne ses mandibules de toutes les forces qui lui restent, et périt en y demeurant attachée. Ce n'est pas chose facile pour l'autre que de s'en débarrasser, car le corps mort de ces petits insectes, placé à l'air, se dessèche avant qu'un relâchement putride des muscles ait pu commencer, Aussi doit-elle le plus souvent traîner ce corps après elle jusqu'à ce qu'une de ses amies l'allège en séparant le tronc de la tête ; quant à la tête, elle la conserve longtemps, plusieurs jours souvent, jusqu'à ce que le frottement ou les efforts de ses compagnes finissent par la détacher. Le P. rufescens sait éviter cet inconvénient. Il a une singulière manière de

combattre qui n'appartient qu'à lui et aux Sérongylognathus. Toutes les fois qu'un ennemi ne

le prend par la patte, il lui saisit la tête avec ses mandibules arquées et pointues, de manière à ce que l'une soit Hxée sur le front et l'autre sur la face inférieure de la tête. Cette menace suffit ordinairement pour faire lâcher prise à l'ennemi. S'il ne le fait pas, le Polyergus enfonce ses deux mandibules comme deux poignards, se servant pour cela du même mouve-

ment de tête de droite à gauche et de gauche à droite qui sert aux autres fourmis à scier,

et il laboure ainsi la tête de son ennemi. Chose incroyable, il a toujours l'instinct de choisir la place où se trouve le cerveau {les ganglions de la tête), et arrive ainsi en un instant à le détruire. On voit alors l'ennemi, pris tout à coup de convulsions, lâcher le membre qu'il

avait saisi, les nerfs mandibulaires étant nécessairement mis hors de fonction par la destruction de leur centre. Si le Polyergus a mal planté ses mandibules la première fois, on ne tarde pas à le voir ressortir l'une d'elles ou toutes les deux, et les enfoncer à une autre place pour atteindre son but. Ce fait est d'une constance si remarquable que je ne comprends pas

comment Huber n'en fait aucune mention, C'est grâce à ce seul expédient que les Polyergus

réussissent à s'échapper tous ou presque tous sains et saufs des fourmilières de F. rufibarbis qu'ils ont pillées.

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ee Nous voyons donc que les symptômes ne manquent pas pour distinguer les fourmis amies et ennemies. Cependant une foule de ces faits ont été pris par les auteurs pour tout autre chose que pour ce qu'ils sont en réalité, et c'est pour cela que j'y ai tant insisté. Huber est à peu près le seul qui ait vraiment compris leur signification, Ebrard lui-même, à la suite d'une ou deux expériences (p. 25 et 26 de ses Etudes de mœurs), a cru que jamais des fourmis de même espèce ne se tuaient. Il faut donc observer avec beaucoup de persévérance, et expérimenter d'une manière aussi variée que possible, pour arriver à son but, « Gardons-nous en particulier de confondre une certaine brusquerie, même une certaine bru- - talité qu'ont entre elles des fourmis amies lorsqu'elles sont pressées, ainsi lorsqu'une recru- “ teuse cherche une compagne à emporter lors d'une migration, avec de véritables symptômes hostiles, lesquels ne sont parfois souvent rien moins que brusques (combats à froid).

2. Une précaution à prendre chaque fois qu'on observe les fourmis est de mettre la main gauche devant la bouche et le nez, en l'appuyant sur ce dernier, afin d'éviter que la plus légère haleine ne vienne atteindre les fourmis, car je ne connais rien qui les effraie - autant, Un souffle suffit souvent pour faire avorter l'expérience qui marchait le mieux, : Il est inutile d'ajouter qu'il ne faut intervenir activement que le plus rarement possible, » une fois qu'une expérience marche bien. Mieux vaut tout brouiller une bonne fois que de . chicaner légèrement des fourmis à cinq ou six reprises ; cela les dérange beaucoup moins.

3. Nous verrons, dans le cours de nos expériences, comment les fourmis 8 traitent

he

4 quefois les © qui se défendent ee un ennemi les attaque et savent fort bien distinguer un ami d'un ennemi,

4, Le courage de toute fourmi augmente chez la même espèce en raison directe de la quantité de compagnes ou amies qu'elle sait avoir, et diminue en raison directe de l'isole- “ ment plus grand où elle se trouve de ces compagnes. Chaque habitant d'une fourmilière - très peuplée est beaucoup plus hardi qu'une © exactement semblable d'une très petite

montrera extrêmement timide, évitant le moindre danger, même une fourmi beaucoup plus . faible qu'elle, lorsqu'elle sera isolée, à vingt mètres de son nid. Formez une fourmilière en : miniature de 8 à 10 &, avec des larves, une © féconde, etc, et vous verrez qu'elles chercheront à peine à se défendre, et fuiront au moindre danger. C'est une vérité des plus générales, applicable à toutes les espèces, aussi les # des fourmilières très grandes sont-elles toujours les plus hardies. Cela n'exclut pas les degrés de courage suivant les espèces, - hâtons-nous de le dire; ainsi un P. rufescens sera toujours infiniment plus courageux qu'un C, fallax. Ce n'est pas du tout la crainte de la mort qui est la cause de cette différence, Si vous prenez deux fourmis ennemies acharnées, choisies au milieu d'un combat, et que vous . les mettiez délicatement dans une boîte assez petite, vous les verrez s'éviter, se menacer É lorsqu'elles se rencontrent, se tiraïller peut-être un instant, mais jamais se faire du mal. Mettez cent fourmis de chaque camp dans une arène deux cents fois plus grande, et vous : êtes presque sûr que beaucoup se tueront. Rien n'est plus approprié que ce principe à la conservation de l'espèce ; il est évidemment plus avantageux pour une petite société de fuir - sans chercher à résister, car chacun de ses membres lui est précieux, tandis qu'une grande peuplade aura avantage à sacrifier un certain nombre de ses ouvrières pour conserver ses domaines, ses nids, etc,

les ©, ©, larves, nymphes et œufs amis et ennemis. Tous jouent un rôle passif, sauf quel-

peuplade, La même © qui se fera tuer dix fois lorsqu'elle est entourée de ses compagnes, se

5, Je ne donne pas ici de détails sur les fourmilières mixtes, en ayant déjà dit un

mot dans le tableau systématique des espèces à propos des P. rufescens, S. testaceus et Huberi, genre Formica, etc. Je renvoie du reste pour cela à Huber, Ebrard, et v. Hagens. Je dirai simplement qu'une fourmilière mixte est une fourmilière composée de deux ou plusieurs espèces différentes vivant comme des sœurs, en parfaite intelligence. Nous les diviserons en deux classes : 1° Celles où l'une des espèces est entièrement fainéante. Ici rentrent celles des P. rufescens avec les F. fusca ; celles des Str. féstaceus, Str. Huberi et À, atratulus avec les T. caespitum. 2° Celles où toutes les espèces travaillent. Ici nous avons les fourmilières des F. sanguinea, puis celles des F. pratensis, truncicola, exsecta et T. erraticum avec les F. fusca, rufibarbis et B. meridionalis qui sont dues à l'adoption parasitique de la © fondatrice, On sait que les P. rufescens et F. sanguinea pillent les cocons des nids de F. fusca et rufibarbis, et que telle est l'origine de leurs fourmilières mixtes ; de là le nom d'esclaves donné aux deux dernières espèces. Ce nom rend mal les faits ; j'aime mieux celui d'auxiliaires employé aussi par Huber. Les fourmilières mixtes des S. Huberi, F. pratensis, truncicola et exsecta, ainsi que celles du T. erraticum avec le B, meridionalis n'étaient encote décrites nulle part lorsque je les découvris entre 1867 et 1872,

6, Les fourmis ont un besoin absolu d'humidité, comme nous l'avons vu dans le chapitre de l'architecture à propos des dômes et des pierres. Mettez des fourmis quelconques dans un bocal en verre dont l'ouverture n'est fermée que par de la mousseline, et il suffira souvent de quelques heures pour qu'elles périssent toutes si vous ne leur donnez pas d'eau. Si le bocal est bouché, elles vivront beaucoup plus longtemps, l'évaporation étant plus faible. On se fait ordinairement une idée entièrement fausse des soins à donner aux fourmis et aux insectes en général qu'on veut élever. Ils ont presque toujours assez d'air, même dans les

boîtes qui ferment le mieux. Si l'on emploie des bocaux, on ne risque rien en les bouchant,

pas trop solidement il est vrai, avec un bouchon de liège. C'est toujours l'eau qu'on néglige. Mais il ne faut pas de lacs risquant de noyer les prisonniers. J'ai trois systèmes : 1° Une

. éponge qu'on imbibe d'eau, et qu'on met dans la boîte ou dans le bocal ; cela a l'inconvénient

d'être trop vite sec. 2° Lorsqu'on a beaucoup de terre dans le lieu de l'expérience, il suffit de l'humecter directement. 3° On a de l'eau dans un verre ou autre récipient, et au moyen d'une bande de papier à filtrer on la met en communication avec la terre ou le bois des fourmis, La capillarité l'y fait aller petit à petit. Ce système est excellent pour les arènes de gypse que nous verrons bientôt. En général il vaut mieux tenir les fourmis dans des appareils assez bien fermés où l'humidité de la terre ne s'évapore que peu.

7, Les fourmis aiment la chaleur quand elle est humide, Maïs il ne la leur faut pas trop forte, Je n'ai pas fait de mesures thermométriques sur la température des endroits où elles tiennent leurs larves en été, mais lorsque le soleil est au zénith, et que le nid se trouve exposé à ses rayons, elles sont toujours cachées au fond de leurs souterrains avec leur famille, à moins que la température de l'air ne soit pas trop élevée. Lorsqu'il fait froid, elles

recherchent au contraire de tout leur pouvoir les rayons solaires, Elles peuvent, du reste,

supporter beaucoup de froid ; je le montrerai plus bas (XXXVI).

8. Je renvoie aux notices anatomiques et physiologiques pour d'autres faits que nous

ÿ avons vus.

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