‹ < > fourmis de la Suisse notices anatomiques et physiologiques, architecture, distribution géographique, nouvelles expériences et observations de moeursChapitre 57 sur 139 · ER UN LA · texte numérisé non relu

ER UN LA

9, Lorsqu'une de leurs compagnes est légèrement blessée ou un peu malade, les fourmis ! …

Et

la soignent. Si elle est mourante ou languissante, ce qui se voit à un dessèchement ou à

une flétrissure des tarses et des bouts des antennes, elles la considèrent comme perdue, et l'emportent loin du nid pour l'y laisser mourir, Ebrard l'a déjà démontré (L. c. p. 31 et 32).

10. Les fourmis ne mangent presque jamais un ennemi de leur taille : je ne déciderai , LL ! « , , pas si c'est parce qu'elles le trouvent trop coriace ou pour une autre raison. Il semblerait

7 U 174 , fé # s Li x # qu'en déchirant son abdomen elles y trouveraient une bonne nourriture facile à lécher. Par contre les petites fourmis savent fort bien dépecer les grosses, et certaines grosses (F. san-

guinea) savent aussi sucer des espèces petites et molles, après les avoir écrasées entre leurs mandibules, Cela varie du reste suivant les espèces dont quelques-unes sont plus carnassières que d'autres (T. erraticum, T. caespitum). Par contre les fourmis sont très avides des larves, des nymphes, et souvent des © et des « d'autres espèces ; elles mangent même parfois leurs propres larves comme je le montrerai, Jamais des fourmis amies ne s'attaquent les unes les autres ; elles se laissent plutôt mourir toutes de faim. 11. La plupart des fourmis, cultivent des pucerons et des gallinsectes, les unes dans

leur nid, les autres sur des plantes, Elles les protègent contre leurs ennemis et, en retour, les pucerons leur donnent leurs excréments qui sont un liquide sucré : ils savent même

hâter l'excrétion de ce liquide et en augmenter la fréquence lorsque les fourmis les sollicitent beaucoup avec leurs antennes. Je renvoie à Huber pour plus de détails sur ce sujet qu'il a

étudié très à fond (voy. du reste XXXIV). Les pucerons sont privilégiés : ceux d'une branche

p. ex. peuvent passer successivement à cinq ou six fourmilières différentes ; ils seront

toujours traités en amis, et seront aussi généreux pour la dernière que pour la première. 12, La question de l'accouplement, celle des © fécondes après l'accouplement, puis l'origine des fourmilières, les œufs, larves et nymphes, ainsi que beaucoup d'autres questions

sercnt traitées à part à la fin de ces expériences (XXX, XXXI, XXXIII) ; il est inutile d'en parler ici. D'autres se comprendront et s'expliqueront par les expériences elles-mêmes,

! 13, Appareils. Je veux décrire en quelques mots les principaux procédés dont je me suis servi. À. Pour creuser dans les nids, en enlever des parties, etc., je me sers d'un ciseau de menuisier ou d'une truelle de botaniste, B. Pour transporter des fourmilières avec une partie de leur nid je me sers de sacs de toile, J'ai soin d'y mettre une petite branche d'arbre,

pour éviter que la terre se tasse trop, lorsque le transport doit être long, et j'y ajoute de l'eau. C. Pour établir les grandes fourmilières de grosses fourmis, je me sers d'un appareil analogue à celui d'Huber, C'est une grande boîte plate dont les deux grandes faces sont - vitrées et distantes l'une de l'autre de moins de trois centimètres, Une grande feuille de fer-

blanc criblée de trous sépare encore cet espace en deux parties, larges de moins de 1 # cm. chacune. Deux volets extérieurs peuvent s'ouvrir et se fermer en s'appliquant contre les

grandes faces de verre, Un des côtés étroits de cette boîte (qui doit reposer verticalement sur

un de ses autres côtés étroits) peut s'ouvrir sur toute sa longueur, Là j'ai modifié le système d'ouverture d'Huber qui est incommode. Un trou traverse le côté qu'on peut ouvrir. Un conduit de fer-blanc s'engage depuis l'extérieur dans ce trou. Une mangeoire ou cage bien fermée en toile métallique un peu fine, munie d'un tube de caoutchouc gros et court, peut

s'adapter au conduit de fer-blanc. On peut faire à la mangeoire une autre ouverture qu'on bouche avec du caoutchouc. Cet appareil est aïnsi très portatif et peu gênant. On perce un

trou dans la face étroite supérieure pour y verser de l'eau de temps en temps. Une modification avantageuse serait de remplacer la feuille de fer-blanc par une feuille en bois (moins

SV se à

bon conducteur de la chaleur) percée de peu de trous, et de donner à cet appareïl une très grande surface et une épaisseur encore un peu moindre, On peut observer ainsi les mœurs des fourmis à travers le verre, dans leur intimité, car l'étroitesse de leur boîte les force à se servir du verre comme paroi de toutes leurs cases, En mettant l'appareil au soleil, on leur permet d'y trouver deux températures différentes grâce à la feuille médiane. On n'ouvre les volets que pour les observer. On les nourrit par la mangeoïire, D, Une modification très simple de cet appareil est une boîte en fer blanc de même forme ayant ses deux grandes faces vitrées et distantes d'un centimètre au plus, sans feuille médiane, sans côté ouvrable. Un trou fait dans un des côtés sert à adapter une mangeoïre, Cela convient à des fourmilières de petites espèces ; il faut être très prudent et éviter une trop forte chaleur, surtout le soleil. Deux feuilles de carton servent à couvrir le verre, L'humidité s'y conserve seulement {rop bien et la moisissure s'y met facilement. E. Arènes de gypse. C'est le meilleur procédé que j'aie trouvé pour l'éducation des fourmis de taille petite ou moyenne, Le gypse

en poudre très fine ne nuit aucunement aux fourmis, maïs si l'on en fait un mur un peu élevé

et vertical en le comprimant et en le modelant avec les doigts (ce qui est facile, car cette poudre est très cohérente), il leur est impossible de l'escalader, car chaque fois qu'elles

tentent de le faire, le gypse s'éboule et elles tombent à la renverse toutes blanchies ; cet

insuccès les dégoûte bientôt et elles renoncent à leur essai. Seuls des T. caespitum ont réussi à faire des tunnels dans mes murs de gypse (voy. architecture hors des nids). Je dispose un mur pareil en arène sur une planche ; je dépose au milieu de cette arène un peu de terre recouverte ou non d'un morceau de verre : celui-ci est alors recouvert à son tour d'une feuille de bois ou de carton. Je mets ensuite mes fourmis dans l'arène formée par le mur de gypse, et je les laisse s'y établir à leur guise. Je puis agrandir, rapetisser, ouvrir mon arène à volonté : je puis aussi la mettre en communication avec un appareil comme ceux décrits sous les rubriques C et D ; c'est même le moyen le plus simple de faire entrer les fourmis d'ellesmêmes dans ces derniers. On peut faire aller les fourmis là où l'on veut ; il suffit d'entretenir de l'eau, de la terre humide, dans l'endroit où l'on désire qu'elles se rendent (dans l'appareil p. ex.) tandis qu'on laisse le reste s: dessécher ; on est sûr que les fourmis iront toutes là où sera l'humidité, Une arène de gypse remplace souvent avec avantage la mangeoire en treillis de fer d'un appareil. Une seule précaution à prendre est d'éviter avec soin que le gypse se mouille, car alors il devient compact et les fourmis peuvent passer dessus. C'est pour cela que ces appareïls ne peuvent rester dehors en permanence à cause de la pluie. ‘) e

1) P.S, (1919). Plus tard des grands progrès ont êté faits, Dès 1874 Sir John Lubbock a commencé

ses observations sur les mœurs des fourmis, Ses nids artificiels se composaient d'un cadre en bois situé entre deux feuilles de verre, l’une cimentée en cadre et servant de plancher, l'autre mobile et servant de plafond. Lubbock donna de la terre à ses fourmis pour bâtir leur nid, Il leur servait la nourriture par en haut en les

laissant sortir dans une arène, Wasmann a modifié la chose en faisant communiquer deux nids de Lubbock …

entre eux par un tube, l'un des nids servant de mangeoire,

En 1893 Charles Jamet inventa ses célèbres nids artificiels, bâtis en plâtre, pour les fourmis, On des a vus dans diverses expositions contenant des fourmilières vivantes, visibles pour le public au travers du verre dont les nids sont couverts, Fort ingénieux, ces nids Janet contiennent différents appartements, mangeoires, etc, Ils imitent souvent les nids naturels, sont très solides et peuvent être humectés sans contenir de terre, Mais ils n'évitent pas encore la moisissure, |

ol déni le die de Le eh tie audi di 26" EL

ire saisir et transporter des fourmis individuellement sans leur faire de mal, je me

sers de pinces très fines et je prends l'insecte par une patte, On peu fort bien saisir aussi

les grosses espèces avec les doigts sans leur faire aucun mal, quand on en a l'habitude. Je

nourris mes fourmis captives avec du miel et des insectes que je tue ou leur donne vivants. J'y ai ajouté parfois des pucerons, du sucre, des confitures, etc. Je ne répéterai pas ces détails à propos de chaque expérience ; ils seront sous-entendus, Je dois renouveler fréquemment la nourriture de mes fourmis pour éviter qu'elle se moisisse,

En lisant les observations et les expériences qui vont suivre, on trouvera que beaucoup manquent d'un but quelconque et que d'autres sont incomplètes ou inachevées. J'ose cependant les présenter telles quelles, n'étant pas de ceux qui croient devoir absolument chercher un but et trouver une borne à tout dans la nature.

G I Femelles fécondes isolées

Huber a montré le premier que les femelles des fourmis, après avoir été fécondées

dans les airs et s'être arraché les ailes elles-mêmes (j'ai confirmé ce dernier fait bien souvent)

en leur faisant faire des mouvements extrêmes dans tous les sens, savent se faire un petit nid dans la terre, y pondre des œufs, soigner ceux-ci, et nourrir les larves qui en éclosent

jusqu'à ce qu'elles soient devenues ouvrières parfaîtes, Il a donc prouvé qu'elles peuvent fonder seules une nouvelle fourmilière. Il cite plusieurs faits très concluants à l'appui du

commencement de leur histoire ; il vit, dit-il, des © seules dans une case avec leurs œufs, et même avec de petites larves qu'elles élevèrent un certain temps. Il vit aussi des fourmilières composées de quelques 8 avec une © féconde et des nymphes. Il donna des nymphes ® à des © fécondes, et elles surent les faire éclore en ouvrant leurs cocons ; elles leur aidèrent même à se défaire de leur peau de nymphe, comme le font les %, mais il ne trouva jamais

une © féconde seule avec de grosses larves ou avec des nymphes. Il ne cite pour cela qu'une

observation rapportée par un de ses amis (M. Perrot) qui a trouvé une © seule soignant des nymphes.

Ebrard a fait des expériences à ce sujet, Il avait souvent trouvé des © seules dans une case dans la terre, avec ou sans œufs, mais jamais travaillant à chercher des pucerons,

jamais avec de grosses larves ou des nymphes. Il lui parut impossible qu'une © seule pût élever ses larves (elle devrait dans ce cas les laisser souvent seules pour aller chercher de la

nourriture), Pour le prouver, il prit 20 © fécondes de F. fusca et les mit dans des vases

Le dernier progrès a été réalisé par Miss Adèle Fielde, à New-York {Portable Ant- Nest ; Biological

Bulletin. Vol. VII n° 4, 1904). Ses nids sont entièrement en verre, recouverts de carton, Leurs parois sont |

collées et leur intérieur divisé en une mangeoire tenue au sec et en une habitation humectée par une éponge. Ces nids sont donc analogues à ceux de Lubbock, mais ils évitent entièrement toute terre, Chaque semaine Miss Fielde nettoie les cellules de ses fourmis en les lavant à l'eau chaude et au savon, ainsi que l'éponge

qu'elles contiennent, et en rinçant le tout ensuite à l'eau courante. C'est ainsi qu'en évitant toute moisissure

d'une foçon absolue, Miss Fielde a pu conserver de longues années ses fourmis en vie et faire sur elles des

observations minutieuses,

Si

Page 1