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séparés avec de la terre. Le lendemain elles avaient déjà creusé des galeries, Il les nourrit de miel, d'un jaune d'œuf et de sauterelles tuées. Au bout d'une semaine elles avaient pondu des œufs et en avaient fait de petits tas ; les petites larves étaient, dit-il, déjà écloses, Dans trois des vases il mit deux 8 de la même espèce, mais pas dans les autres. Au bout de huit nouveaux jours, il y avait dans ces trois vases de nombreuses larves assez grosses, tandis que dans les autres vases la plupart d'entre elles avaient disparu ; deux ou trois seulement avaient survécu et un peu grossi « aux dépens de celles qui avaient disparu », dit Ebrard. Enfin, cinquante jours après le commencement de l'expérience, toutes les femelles et les larves avaient péri dans les vases sans ouvrières, tandis que les trois autres contenaient beaucoup de cocons. Mayr {Das Leben und Wirken der einhgimischen Ameisen) a aussi trouvé des © seules dans une case avec leurs œufs, mais pas avec des larves ni avec des nymphes. Il ne dit pas qu'il ait cherché à les élever. Comme j'ai fait plusieurs de mes expériences avant d'avoir connu celle d'Ebrard, il sera intéressant de les comparer :
1. Le 18 avril 1868 je trouvai une femelle féconde de e ligniperdus soignant seule de petites larves dans une case, dans la terre,
2. Le 21 juin de la même année je trouvai une seconde © féconde de C. ligniperdus dans le même cas, mais sans œufs ni larves. Je la pris et la mis dans une boîte avec un peu de tourbe, du miel et des insectes morts que je renouvelai fréquemment, Le 22 juin elle avait pondu un œuf, Le 25 elle l'avait abandonné et avait creusé une grosse case dans sa tourbe.
Le 27 elle avait fait deux œufs qu'elle se mit à lécher et à soigner. Le 28 elle en avait 4 ou 5
qu'elle soignait. Ayant trouvé des L. fuliginosus avec leur famille, je lui donnai une 8 de cette espèce ainsi qu'une larve et un cocon, Elle tua la © d'un coup de dent, mais le lendemain ses propres œufs avaient disparu tandis qu'elle avait l'air de prendre soin de la larve du cocon de L. fuliginosus. Le 2 juillet elle soignaïît toujours ces deux êtres, maïs de plus elle avait pondu 5 nouveaux œufs qu'elle soignaît aussi, Je lui donnai deux cocons de F. rufa qu'elle mordit avec colère, rejeta hors de sa case et couvrit de sciure, Le 9 juillet elle tua de même des cocons de F. cinerea et des mouches, puis les rejeta sans les manger ; elle
ne touchait qu'au miel. Elle avait agrandi sa case en agglomérant la sciure de sa tourbe, et |
pondu de nouveaux œuîfs, qu'elle soignait aïnsi que les anciens, la larve et le cocon de L. fuliginosus. Le 15 elle avait laissé périr sa larve de L. fuliginosus et la rejeta hors de sa
case ; ses œufs avaient pris une teinte jaunâtre. Elle prenait peu à peu des allures de bête
fércce dans sa cage ; chaque fois que je mettais devant sa case un nouvel objet quelconque, un cocon de fourmi, une parcelle de bois, peu importe, elle le mordait avec fureur à plusieurs reprises, puis le portait à l'autre bout de la boîte et l'enfouissait dans de la sciure de tourbe. Le 29 un de ses œufs était éclos et avait donné une petite larve bien maigre. Le 5 août je remarquai que le cocon de L. fuliginosus qu'elle portait toujours et mettait avec ses œufs et ses larves, car presque tous les œufs étaient éclos, avait un aspect noirâtre et racorni. Je le lui arrachai et l'ouvris ; il renfermait une nymphe morte, mais si formée qu'elle devait avoir passé le temps de l'éclosion ; évidemment la © avait négligé de l'ouvrir à temps. Je lui 1endis cette nymphe morte sans coque ; d'abord elle ne la reconnut pas et lui donna quelques coups de dents ; puis l'ayant palpée avec ses antennes, elle la prit tout à coup, l'emporta dans sa case et se remit à la lécher comme s' elle eût été vivante. Elle continua aïnsi à la
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scigner pendant un certain temps. Le lendemain seulement elle se décida à la jeter hors de - sa case, Il est évident que cette nymphe était morte depuis plusieurs jours, et elle ne s'en - était pas aperçue. Le 16 août, après qu'elle eût laissé péricliter puis périr ses larves l'une après l'autre, il ne lui en resta plus que deux qu'elle soignait, Je lui donnai alors 7 ou 8 larves assez grosses prises dans une fourmilière de son espèce {C. ligniperdus). Elle les accueillit bien, les porta çà et là dans sa case, maïs les laissa péricliter ne les nourrissant qu'insuffisamment ou pas du tout ; une de ces larves mangea sous mes yeux un peu de miel que je “ mis sur sa bouche ; une autre se refusa à ce mode anormal d'alimentation. Puis ma © - ligniperdus laïssa périr ses deux petites‘ larves encore vivantes. Le 12 septembre les larves que je lui avais données vivaient encore en partie, mais dans un état pitoyable ; la © ellemême avait l'air malade. Dès lors elle s'affaiblit toujours plus et périt le 19 septembre après trois mois d'existence dans sa boîte,
3, Le 14 décembre 1868, M, Kublit m'apporta une © féconde de Leptothorax tuberum prise seule avec trois petites larves dans une galle vide qui se trouvait dans une tige de Rubus fruticosus. Je la mis dans une petite boîte de carton (voy. appareils : F) où elle resta deux jours sans soigner sa progéniture qui périclita. Le 16, elle était accroupie sur ses petites larves qui avaient pris meilleure apparence ; elles étaient plus grasses et plus luisantes, Le 25 janvier 1869, il faisait —14° centigrades dehors ; ma © soignait toujours ses larves et les léchait souvent. Celles-ci avaient, semblait-il, légèrement grossi et se portaient fort bien ; je pouvais tout observer dans une petite case artificielle vitrée que j'avais faite et où ma © s'était établie, La larve la plus grosse était comme la moitié de la tête de la ©. Mais de là au 14 avril les larves ne grossirent plus et perdirent peu à peu leur bonne - apparence ; la © ne pondit pas ; le 15 elle abandonna les deux plus petites larves qui “ moururent, Quelques jours après la dernière périt aussi, abandonnée par sa mère, La © elle-même se portait cependant à merveille, mais ne pondaïit toujours pas. Elle ne pondit jamais, du moins je ne m'en aperçus pas ; la petitesse extrême des œufs de cette espèce en est peut-être cause, Le 20 juillet 1869, elle se portait encore à merveille, vivant toujours seule dans sa boîte. Le 4 août elle devint languissante, et elle mourut le 6, après avoir passé près de huit mois dans la prison où je l'observais.
4, Le 31 mars 1868 je pris une © féconde de C. aethiops, seule dans une case à deux ou trois centimètres au-dessous du niveau du sol ; elle n'avait pas de larves. Je l'établis dans une boîte avec deux # d'une autre fourmilière de son espèce. Ces & périrent bientôt, la vie en boîte ne leur convenant pas ; j'eusse dû leur donner de la terre humide. J'en mis à plusieurs reprises de nouvelles, prises dans des fourmilières différentes, et elles ‘eurent toujours le même sort au bout de cinq à six jours. La © mourut le 15 avril sans avoir pondu. Le fait intéressant de cette expérience est que chaque fois les & provenant de fourmilières très diverses ne firent aucun mal à la ©, s'allièrent avec elle et la soignèrent. Elles s'allièrent aussi les unes aux autres, après s'être évitées pendant un temps très court seulement,
: 5, Le 13 août 1869 je trouve une © de P. rufescens ayant perdu ses ailes et rôdant “ sur la route, Or l'ouvrière de cette espèce ne sait ni maçonner la terre ni même manger seule ? Que fera la © ? Je la prends et la mets dans une assez grande boîte en carton avec case artificielle, Je la vois bientôt boire avidement de l'eau, ce que ne fait jamais une &
+8 Li jé ROME +
rufescens. Je lui donne alors 10 & de F. fusca prises dans un nid‘quelconque. La première $ fusca qui rencontre la © la saisit par une patte et la menace de son abdomen, mais elle la relâche aussitôt, Dès lors elles s'approchèrent toutes de la femelle et ne lui firent plus de mal ; elles s'allièrent à elle complètement, la frappant amicalement de leurs antennes et la léchant ; la © se laissait faire. J'observai cette intimité pendant deux jours ; elle ne cessa pas. Je mis alors la © rufescens et ses fusca dans un appareil de fer blanc (système D) où j'eus le tort de les négliger complètement, et où toutes périrent du 18 au 20 août, Je ne trouvai aucun signe de combats à leurs cadavres, En 1872, en observant une expédition de P. rufescens, je vis tout à coup un violent combat dans l'herbe ; l'armée avait rencontré une © féconde isolée de son espèce, mais évidemment d'une autre fourmilière (voy. VIII, 13), et déjà plusieurs © s'étaient jetées sur elle et la mordaient avec fureur. Je me hâtai de la délivrer, et je la mis dans un bocal avec de la terre et une douzaine de F. rufibarbis © d'une fourmilière non mixte. Ces rufibarbis s'allièrent dès l'abord à la © et vécurent pendant une semaine en parfaite intelligence avec elle. Mais au bout de ce temps la © rufescens périt.
En 1866, j'avais aussi trouvé une © féconde isolée de P,-rufescens, et l'avais mise dans une grande boîte avec de la terre humide, toute seule, Elle avait su manger un peu, et avait cherché à se glisser dans les fentes de la terre, maïs elle n'avait jamais cherché à maçonner une case, et avait fini par périr sans avoir pondu.
6. Le 31 août 1869 je trouvai dans les Vosges une fourmilière de Leptothorax acervorum au milieu desquels se trouvait une © aptère de Strongylognathus testaceus. Je ne pus malheureusement pas les garder vivants. Ce fait est intéressant à deux points de vue : d'abord parce qu'on n'avait encore jamais trouvé le S. fesfaceus ailleurs que chez le T. caespitum, et ensuite parce qu'il jette une certaine lumière sur l'origine des fourmilières des espèces fainéantes ; il n'y avait pas de S. festaceus $ dans cette fourmilière.
7, Le 9 mai 1871 je trouvai une © féconde, aptère, isolée, de S. fugax, cachée dans une des cloisons de terre d'un nid de P. rufescens. Ce fait mérite mention pour être comparé à ceux que j'ai relatés sur les mœurs de cette espèce {Bulletin de la soc. suisse d’entom.
Vol. III n° 3),
8. Le 27 juin 1871, je trouvai au bord de la route du Simplon, non loin du sommet du col, en soulevant une pierre, plus d'une cinquantaine de F. rufa ©, toutes les unes sur les autres ou à côté des autres, et toutes ayant perdu leurs ailes (donc presque sûrement fécondes). Ce qu'elles faisaient là, je l'ignore ; je relate le fait tel que je l'ai vu ; il n'y avait pas une seule $ parmi elles, ni œufs, ni larves, ni nymphes. Sous une autre pierre, à peu de distance, je trouvai 10 © rufa semblablement établies. Six jours plus tard, je trouvai en Tessin, à Loco, sous une pierre, une fourmilière de F. fusca dont une moitié environ se composait de © aptères, et l'autre moitié seulement d'ouvrières, Des faits analogues ne sont décrits nulle part, que je sache, |
9, Je trouvai une autre fois sous une pierre au Salève une jolie case habitée par.
deux © fécondes de Las. flavus qui s'y trouvaient seules, sans œufs, Le 3 août 1873 mon frère m'apporta dans un morceau de marne une © féconde de L. niger qui vivait seule avec un paquet d'œufs dans une case fermée. Le 4 juin 1873, je découvris sous une pierre une © féconde isolée de Myrmica scabrinodis dans une jolie petite case sphérique en terre, très proprement arrangée, et contenant des œufs avec de tout à fait petites larves. Je ne parle
LE A > à AUS INT VE
: pas ne foule d'autres © fécondes de C. ligniperdus, pubescens, herculeanus, etc., que je
trouvai ainsi établies seules dans des cases avec ou sans œufs, et qui ne me présentèrent rien de particulier, Le 9 juillet 1872, je découvris encore sous l'écorce d'un tronc de mélèze
abattu, entre Martigny et la Forclaz, un grand nombre de © fécondes isolées de C. hercu-
leanus, établies chacune dans un de ces petits nids que se font les larves de capricornes pour y passer leur état de nymphe, et que l'insecte parfait abandonne, Aucune de ces @
fécondes n'avait d'œufs ni de larves, Jamais je n'ai trouvé une © féconde seule avec des
larves un peu avancées, ni avec des cocons ou des nymphes,.
P. S, (1919). Les observations qui précèdent montrent qu'avant 1874 je n'avais pas su fournir aux ©
fécondées leurs conditions normales de vie et de développement, nécessaires à leur progéniture, L'expérience
suivante, faite en 1901 et 1902, et publiée peu après dans les Annales de la Société entomologique de Belgique, 1902, confirme l'opinion d'Huber, comme l'ont déjà fait du reste Mac Cok, Blochmann et Lubbock : On sait surtout qu'on trouve les femelles fécondes isolées en général enkystées dans une case
fermée de toute part, parfois sans rien, parfois avec un petit paquet d'œufs, rarement avec des larves, plus
souvent avec quelques ouvrières de taille minuscule, évidemment leurs premiers enfants. Bien peu d'élevages artificiels ont réussi jusqu'ici. a:
À la fin d'août 1901, mon ami et collègue, M. le professeur Emery, m'apporta de Montricher, au
pied du Jura, où il était en villégiature, une femelle féconde isolée de Camponotus ligniperdus qu'il avait
trouvée dans une case fermée avec un petit paquet d'œufs, Ne voulant pas l'emporter à Bologne, il me demanda si je voulais essayer de l'élever, ce que j'acceptai,
Elle était placée dans sa case, avec sa motte de terre, dans un petit bocal à confitures. Un petit motceau de verre remplaçait la pierre de couverture. Je plaçai un morceau de carton sur le verre, La case
avait 22 millimètres de long sur 14 environ de large et 10 de haut, Je plaçai le bocal sur une étagère de ma
chambre de travail, ajoutant souvent un peu d'eau pour maintenir la terre humide, maïs bien décidé à ne rien ajouter d'autre sous quelque prétexte que ce fût, Ma chambre est bien chauffée tout l'hiver, La femelle
de C. ligniperdus ne reçut donc aucune nourriture dans sa case fermée,
Je laïssai ainsi cet insecte, sans même soulever le verre, jusqu'au 2 février 1902, m'assurant seulement qu'il continuait à se mouvoir, donc à vivre, Je constatai tout au plus la présence d'un paquet d'œufs,
mais je ne puis garantir que ce fussent les mêmes qui se trouvaient là iorsque M. Emery me l'apporta.
Le 2 février je soulève le verre et je découvre quatre larves de diverses grosseurs et un ou deux œufs, Donc la Q@ avait pu nourrir ces larves sans recevoir de nourriture du dehors,
Le 7 février, une larve qui était fort grosse s'est mise en cocon, Le cocon n'a que 6 millimètres environ, c'est-à-dire la taille des plus petites ouvrières, telles qu'on les trouve avec des femelles fécondes commençant une fourmilière ; mais cela suffit ; la difficulté fondamentale est surmontée,
Le 13 février, une seconde larve s'est mise en cocon, un peu plus grosse que la première, La © est vive, alerte et pas trop maigre. Les larves grossissent rapidement, Il y en a encore trois, dont l'une très petite, mais plus d'œufs,
Le 17 février, une troisième larve se met en cocon. Plus que deux larves, l'une moyenne, l'autre fort petite. Lorsque je soulève le verre pour observer, la © saisit un cocon ou une larve et les porte au fond de la case, Je change le verre, car il est devenu trouble (par la salive de la © ?), J'observe que chaque fois que j'ai soulevé et nettoyé le verre, la © .se hâte de reboucher hermétiquement la fente qui le sépare de la terre, en y appliquant des grains de terre mouillée avec ses mandibules.
24 février, — Depuis que les trois plus grosses larves se sont mises en cocon, les deux restantes ont prospéré à vue d'œil et ont beaucoup grossi. Aujourd'hui un œuf fraîchement pondu est venu s'ajouter comme
sixième rejeton,
26 février, — Un deuxième œuf.
ler mars, — 5 œufs, 2 larves, 3 cocons.
4 mars, — 6 œufs, 2 larves, 3 cocons.
J'interromps ici mon observation pour discuter le cas. Nous avons devant nous le fait indiscutable d'une femelle de fourmi demeurée d'août 1901 en mars 1902, sans autre nourriture que de l'eau suintant à
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travers la terre, et qui, dans une chambre chaude, est demeurée non seulement alerte et bien portante, enfermée dans une prison dont elle n’a pu ni voulu sortir, mais qui a pondu des œufs et élevé cinq larves, dont trois sont arrivées à maturité et se sont transformées en chrysalides.
De quoi ces larves se sont-elles nourries ? Tenant avant tout à mener l'expérience à bien, je n'ai pas cherché à observer leur nutrition, Du reste, mon appareil en terre naturelle ne vaut rien pour cela, Il faudrait une case artificielle en plâtre système Janet, «
Les seules possibilités matérielles sont les suivantes :
1. La © nourrit ses larves d'une façon ou d'une autre avec les sucs de son corps ;
2, Les larves dévorent les œufs subséquemment pondus, à mesure qu'ils le sont (ce qui en reviendrait indirectement à 1) ;
3. Elles sucent l'eau qui suinte à travers la terre et doit contenir certaines parcelles nutritives de l'humus ;
4, Les trois moyens ci-dessus, ou deux d'entre eux, sont utilisés alternativement,
Je ne vois pas d'autre possibilité,
Il me paraît certain que le n°0 3, à lui seul, ne peut suffire, maïs tout aussi sûr que l'eau joue un grand rôle dans la nutrition des larves. Dans une case sèche tout périrait, En employant une case artificielle système Janet, et en l'humectant d'eau distillée, il sera facile, à l'avenir, d'éliminer de 3 tout autre élément nutritif que l'eau pure, Réussira-t-on alors ? C'est à voir. |
1 et 2 reviennent, au fond, au même, car, par eux, c'est toujours le corps de la mère qui, seul, nourrit la progéniture jusqu'à maturité, Jusqu'ici, je n'ai pas vu de larves dévorer d'œufs, maïs après les cbservations de Janet, Wheeler, etc., il est probable qu'elles le font. Il est cependant curieux que les œufs n'aient fait qu'augmenter en nombre, du 24 février au 4 mars, à côté de deux larves voraces et grossissant,
La question la plus complexe est, sans doute, celle de la première alternative. Dénhoîff (Einstäter Bienen-Zeitung, 1858), Fischer, (Ebenda, 1871, p. 130) et Paulus Schiemenz (Ueber das Herkommen des Futtersaftes, die Speicheldrüsen, etc. bei der Biene, Dissertation der Univ. Leipzig, Wilh. Engelman, 1883) ont montré que le suc nourricier que les abeïlles dégsorgent à leurs larves se prépare principalement dans la paire dorsale des glandes salivaires de couleur jaunâtre qui est placée sous le vertex, glande fort développée aussi chez les fourmis {glandula verticis de Meïinert), En serait-il de même chez les fourmis ® nourrices ? Il semble impossible que leur jabot puisse encore contenir des matières alimentaires après un jeûne aussi prolongé. Il ne reste donc que la sécrétion des glandes salivaires et les œufs, Peut-être ces deux sources d'alimentation sont-elles utilisées pour les larves ? L'observation et la dissection finiront par tirer la chose au clair, :
12 mars, — Même état, Les six œufs ont jauni, Une des larves est adulte, 20 mars, — Un cocon a disparu, La larve adulte ne se met pas en cocon. Plus que deux ou trois œufs. 28 mars. — La ® à mangé une de ses larves ! Hier elle en avait mangé la moitié, aujourd'hui le reste ;
c'était la grosse, Les œufs avaient tous disparu, sauf un, mais aujourd'hui il y en a un nouveau paquet, Donc plus que deux cocons et une larve, La © commence à dégénérer.
23 avril. — J'ai été absent trois semaines. Pendant ce temps, ma fille a soigné la ® qui a actuellement encore deux cocons, une larve et un paquet d'œuis,
26 avril, — La deuxième larve est mangée.
28 avril, — Les œufs sont encore mangés. Les cocons sont presque mûrs.
1er mai, — L'un des cocons est abîmé. La © dégénère, Elle devient agitée, remue ia terre de tout côté, néglige les cocons, creuse en divers sens, ,
7 mai. — Une 8 est éclose! Mais elle est assez éclopée, La © a remué beaucoup de terre et
creusé une galerie, L'autre cocon est détruit, Je place le nid sur de la mousse, sur un plateau entouré d'eau, au soleil,
12 mai, — La © est devenue très agitée, Elle a continué sa galerie et finalement elle est ainsi sortie de sa cage; mais elle y est rentrée d'elle-même. L'ouvrière éclose et encore très pâle est faïble,. mal éclose, et ne se fortifie pas, La © étant sortie aujourd'hui, je lui donne pour la première fois de la confiture, Elle n'y touche pas,
Devant m'absenter, je la remets aux soins de ma secrétaire, Mlle Tobler, qui fait les observations suivantes :
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19 mai. — L'ouvrière est HHOUvES morte, es du trou de la se qui communique avec le dehors, Mile T, la remet dans la case et donne du miel à la ®,
20 mai, — L'ouvrière morte est de nouveau rejetée au dehors, 21 mai, — Le miel a disparu.
23 mai. — Mlle T, observe la ® mangeant du miel, dont le liquide disparait peu à peu dans sa
bouche. La Q® fait quelques essais de fuite,
PRE TR be à
à dirépd( id ist à
24 mai, — Donné du miel. Un essai de fuite, 26 mai, — La © mange du miel. Puis elle entre dans une grande agitation, court en tous sens, essaie de fuir, puis creuse plus profond, 27 mai, — Toujours plus agitée, creuse en tout sens, cherche à s'enfuir, 28 mai, — S'est enfuie pendant la nuit ; elle est sans doute tombée de la fenêtre, après avoir réussi
… à traverser l'eau du plateau,
La fin de mon observation prouve plusieurs choses : 1° Probablement ensuite de dérangements trop fréquents, ma Q s'est mise à dégénérer peu à peu depuis la fin de mars. Si je l'avais laissée plus tranquille, j'aurais pu la voir fonder une nouvelle fourmilière,
car tout le nécessaire était fait, et l'éclosion d'une 8 prouve que la @ était capable de vaquer à ce travail
d'acccucheuse, On peut donc considérer le fait fondamental, c'est-à-dire celui de mener à bien, sans alimentation, l'éclosion de quelques $, comme démontré. Sans doute la © a mangé des œufs et une larve. Maïs ce n'était que des produits de son propre corps, Elle est restée sans autre alimentation de la fin d'août au 23 mai, Comme elle jeûnait sans doute depuis un certain temps déjà lorsque M. Emery la trouva, on peut admettre, sans se tromper, qu'elle est demeurée neuf mois au moins sans autre nourriture que de l'eau et les produits de son propre corps, peut-être encore ce que l'eau, suintant à travers la terre, a pu prendre d'orga-
+ nique à cette dernière,
20 Dès l'éclosion d'une 8, la © est devenue agitée, a creusé une galerie, et est sortie pour la première fois d'elle-même de sa prison,
39 Deux semaines après, mais seulement après la mort de l'ouvrière, elle a mangé pour la première fois du miel, donc depuis plus de neuf mois,
40 Peu après la mort de l'ouvrière, une agitation croissante l'a conduite à fuir sa demeure, pour aller où ? À la recherche d'ouvrières de son espèce ?
Les derniers faits présentent un intérêt indubitable, Il s'agira de voir s'il sont constants,
Il semble en tout cas que dès que les cocons, élevés par une © cloîtrée, sont éclos, l'instinct du cénobitisme cesse, Est-ce la ® ou sont-ce les 8 qui, à l'état normal, ouvrent la première galerie pour sortir de la longue prison volontaire de la première ? L'instinct du jeûne a cessé aussi peu après, Cela était à prévoir, Quant à l'agitation finale et à la fuite, elles sont sans aucun doute dues à la mort de l'ouvrière, jointe à la dégénération des instincts de la mère.
P, S, Dès lors Ch, Janet a prouvé que les forts muscles des aïles que s'arrachent les ® fécondées
se résorbent assez promptement et en entier dans leur prison. De Îà résulte une 4me source — interne, celle-là — d'alimentation pour la mère et sa progéniture, source à laquelle je n'avais pas songé en 1902.
Fourmilières mixtes artificielles, obtenues librement dans les champs
Déjà en 1861, pendant l'été, je me préparai sans le savoir une surprise pour l'année
suivante, Dans le but d'observer leurs combats, je portai à diverses reprises des sacs remplis
de F. pratensis avec leurs cocons auprès de quelques fourmilières de F. sanguinea. Je remarquai que les sanguinea, ayant vaincu chaque fois, pillèrent avec une rapacité peu commune tous les cocons des F. pratensis et les emportèrent dans leur nid. J'étais persuadé qu'elles les mangeraient, ayant déjà souvent remarqué que lorsqu'on donnait à une espèce des cocons d'une autre espèce, c'était l'usage qu'elle en faisait, Néanmoins je fus fort étonné, l'année suivante, en allant voir ces fourmilières sanguinea, de trouver le dôme de leur nid couvert
de F. pratensis à sa surface. Je n'en crus pas mes yeux quand je vis ces deux espèces,
ennemies si acharnées à l'ordinaire, courant côte à côte sur le même nid, s'aidant à réparer la brèche que je venais d'y faire, et emportant en commun les cocons dans leur souterrain, Mais à côté de cela il y avait encore dans ces fourmilières les auxiliaires ordinaires des F. sanguinea, savoir des F. rufibarbis dans les unes et des F, fuscaà dans les autres. Ce fait méritait d'être suivi et je résolus de sacrifier une de mes peuplades mixtes à une expérience. J'allai prendre un gros sac de F. pratensis étrangères et le versai devant celle des fourmilières où les pratensis étaient le moins abondantes, Un violent combat s'engagea ; les pratensis alliées des sanguinea combattirent avec celles-ci contre les nouvelles venues, en montrant autant de fureur que les sanguinea elles-mêmes. Les pratensis que j'avais apportées étaient si nombreuses qu'elles eurent le dessus et vinrent assiéger les alliées sur leur dôme. Ces dernières se sentant perdues se mirent à fuir en emportant leurs larves, leurs nymphes et les jeunes fourmis fraîches écloses. Je vis les pratensis de la fourmilière mixte s'enfuir avec
les sanguinea, leur aidant à porter la couvée, Toutes ensemble allèrent s'établir à quelque
distance de là et firent en commun un nouveau nid. Je refis dès lors plus de vingt fois ces expériences, et voici les faits que j'en recueillis :
1° Il est rare que les F. sanguinea élèvent tous les cocons de F. pratensis qu'on leur donne. Elles en mangent souvent une grande partie. J'ai même observé une fourmilière
sanguinea à laquelle je donnai une quantité fabuleuse de cocons de F. pratensis dans le.
courant d'un été et qui n'en éleva pas un seul ; il en fut de même pour plusieurs autres fcurmilières auxquelles, j'en donnai moins. Je ne sais à quoi tiennent ces différences.
2° Dans toutes ces fourmilières mixtes je trouvai un certain nombre de F. fusca où rufibarbis, tout autant que dans une fourmilière normale de F. sanguinea. La présence des F. pratensis n'empêche donc pas les F. sanguinea de faire leurs expéditions ordinaires et de piller des fourmilières de F. fusca et rufibarbis. Je n'ai malheureusement jamais pu assister à une expédition d'une de ces fourmilières mixtes, m'étant presque toujours trouvé hors de chez moi à l'époque voulue ; il eût été intéressant de voir si des F. pratensis s'y mêlaient ; maïs c'est fort improbable.
3° L'architecture des nids de ces fourmilières offre un grand intérêt en ce qu'elle est exactement intermédiaire entre celle des F. sanguinea et celle des F. pratensis. Dès que ces dernières sont un peu nombreuses, c'est leur manière de bâtir qui l'emporte, car elles sont très actives dans ce genre de travail. L'aspect d'un de ces nids est des plus curieux quand on observe ses habitants, Le dôme est à l'ordinaire couvert de F. pratensis, et on ne se douterait souvent pas qu'il y a des F. sanguinea à l'intérieur ; les pratensis vont et viennent en tout sens, apportent des matériaux sur le dôme, se chauffent au soleil, etc, Mais si vous les effrayez ou si vous apportez des fourmis ennemies vers le nid, la scène change comme par enchantement en un clin d'œil. Tandis que la plupart des F. pratensis s'enfuient au fond du souterrain pour chercher du secours, vous voyez le dôme se rougir à vue d'œil de F. sanguinea qui se jettent avec fureur sur l'ennemi. Bientôt les ouvrières des deux sortes concertent leurs efforts, tout en combattant chaque espèce à sa manière, Les F. sanguinea étant plus agiles et plus courageuses (les F. pratensis ne savent bien combattre qu'en rangs serrés), sont toujours les premières à la charge.
4 Dans une de ces fourmilières mixtes, les pratensis surpassaient en nombre les :
Pen des F. pratensis et des F. née Hd tacténent et es portaient dans le nouveau domicile. Mais, chose curieuse, les F. pratensis ne prenaient aucune part active à ce déménagement ; elles se laissaient porter, mais ne portaient jamais. Il me parut même qu une partie de celles qui étaient portées par les sanguinea dans le nouveau nid retournaient al ancien, car dans ce dernier il ne restait que peu de sanguinea, tandis que dans le nouveau il n'y avait par contre que peu de pratensis. Je dus malheureusement m'absenter et ne pus voir la fin du déménagement.
5° Une fourmilière sanguinea se trouvait au bord d'une haie à dix pas d'une fourmilière
| pratensis, et était constamment en lutte avec elle, Ces deux fourmilières restèrent cependant < plusieurs années en présence sans que l'une d'elles se décidât à s'éloigner. Je pris un jour, en 1866, un gros sac de ces pratensis, rempli surtout de cocons, et le mis devant les F. sanguinea. Les pratensis furent vaincues et leurs cocons pillés. En 1867 la fourmilière Sanguinea était mixte ; un grand nombre de F. pratensis travaillaient avec elles dans la plus À parfaite harmonie, Or ces F. pratensis n'étaient qu'à dix pas de leurs sœurs, soit des —. pratensis du nid voisin, écloses aussi des cocons de l'année précédente. Le fait était piquant. …. Je pris une poignée de pratensis de la fourmilière naturelle et les plaçai devant la fourmi- lière mixte. Leurs sœurs, alliées des sanguinea, se trouvaient à ce moment en assez grand nombre sur le dôme et se jetèrent sur elles avec fureur, les couvrant de venin, les mordant, et les tuant en un temps fort court ; le combat fut des plus violents ; jamais je ne vis les
D nent inondés de venin. Ce fait n'a pas besoin de commentaires ; il est (2 clair. Il explique suffisamment pourquoi les F. pratensis de la fourmilière mixte n'étaient pas retour- - nées à la fourmilière qui leur avait donné le jour et au sein de laquelle elles avaient passé leur état de larves et une partie de celui de nymphes. Le 15 avril 1868 la fourmilière des … sanguinea était encore mixte ; je refis la même expérience avec un résultat identique. Les : pratensis naturelles étaient toujours dans leur ancien nid, et la fourmilière mixte dans le sien.
6° Quelle est la durée et le sort de ces fourmilières mixtes obtenues artificiellement ?
Celles que je pus suivre et auxquelles je ne redonnai pas de cocons de F. pratensis ne . durèrent que deux ou trois ans au plus. Néanmoins, tandis que les unes finirent par redevenir » entièrement sanguinea, les autres devinrent entièrement pratensis. Je ne sais pas d'une manière positive comment cela arriva, mais comme je donnai souvent aussi des cocons © et C; pratensis aux sanguinea, la chose n'a donc rien d'étonnant. La seconde année on voyait déjà, le plus souvent, ou bien une fourmilière de pratensis au milieu de laquelle couraient encore quelques rares sanguinea, ou bien le contraire. Lorsque j'essayai de donner pendant plusieurs années de suite des cocons de pratensis à une même fourmilière de sanguinea ne mixte et où les sanguinea avaient repris le dessus numériquement, elles renon- “ cèrent la plupart du temps à les élever de nouveau ; elles les mangèrent, et la fourmilière - redevint entièrement sanguinea (ainsi en fut-il dans le cas cité précédemment sous la rubrique 5). Une fois, une fourmilière sanguinea qui avait été mixte-pratensis cessa de