‹ < > fourmis de la Suisse notices anatomiques et physiologiques, architecture, distribution géographique, nouvelles expériences et observations de moeursChapitre 66 sur 139 · A ST RÉ · texte numérisé non relu

A ST RÉ

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un courage de toute autre nature; beaucoup plus raisonné, et sait fort bien se retirer, se

détourner, Icrsqu'un danger la menace ; une &, lorsqu'elle fait partie d'une pareille armée, s'écarte le moins possible des autres, et s'enfuit dès qu'elle se trouve entourée de trop d'ennemis. J' ai fait plus de mille fois ces remarques dont une seule expédition bien observée

fournit déjà une quantité.

3. Les haltes, durant une expédition, sont considérées par Huber comme servant à attendre la queue de l'armée, et par Ebrard comme des arrêts au-dessus de fourmilières

fusca si cachées que les P. rufescens ne peuvent découvrir l'entrée de leur nid. Or ces

deux cas se présentent, le premier plus souvent que le second, et nous avons en outre

‘une troisième sorte de haltes que je regarde comme la plus fréquente, et qui vient d'une … hésitation dans le chemin à suivre. Cette hésitation peut provenir soit de ce qu'une partie des amazcnes vcudraient aller dans une direction et les autres dans une autre (de ce que.

les unes ont en vue une certaïne fourmilière et les autres une autre ; parfois même cela

provoque une séparation de l'armée en deux), soit de ce que les lieux où elles arrivent

leur deviennent inconnus. J'ai même vu plusieurs fois des P. rufescens s'égarer complètement, ce qu'Huber n'a vu qu'une fcis Les observations suivantes gagneront, du reste,

beaucoup en intérêt si on les compare à celles d'Huber et d'Ebrard dont elles confirment la plus grande partie.

. 4, Heure du départ. Organisation de l'armée. Comme le dit Huber, c'est presque jours, entre 2 et 5 heures de l'après- midi que les P. rufescens partent de leur nid. Von Hagens en vit partir à 6 heures ; j'ai observé deux départs à une heure et demie ; ce sont les deux cas extrêmes, à ma connaissance ; cn n'a jamais chservé d'expéditions le matin. Ebrard dit que dans les premières expéditions (mois de juin) ils partent très tard, et que dès lors ils partent tous les jours un peu plus tôt. Je n'ai jamais rien vu de semblable. J'ai vu

+ [e même jour les amazones (nom donné par Huber à cette espèce, et que nous émploierons

aussi) de deux fourmilières différentes partir les unes à deux heures et un quart, les autres à quatre heures et un quart. Par contre j ‘ai remarqué que les amazones de la même fourmilière partent souvent pendant quelques jours de suite toujours à la même heure. L'heure du départ dépend dans la règle de la température ; plus il fait chaud, plus les

amazones partent tard, et vice-versa, Les amazones de la même fourmilière partirent la

même année, le 1 VII à 3 14 heures, le 23 VIT à 5 heures, le 10 VIIT à 3 heures, le 12 VIIT à 1 %# heure, le 14 VIII à 4 * heures, etc. Les départs du 10 et surtout du 12 VIIT corres D dtient à un fort et subit abaissement de la température ; celui du 14 VIII à un fort retour de chaleur. Suivant les fourmilières, les expéditions commencent du milieu de juin au commencement de juillet (peut-être plus tôt dans les lieux très chauds), et finissent du milieu d'août au commencement de septembre. Les P. rufescens se promènent à l'ordinaïre assez longtemps sur leur dôme avant de partir. Tout à coup quelques-uns rentrent précipitamment dans le nid, et des flots d'ouvrières de cette espèce en ressortent, se frappant de leur front les unes les autres, puis partent dans une direction, en armée plus ou moins longue et plus ou moins large, mais toujours compacte. Leurs esclaves n'y font presque pas attention. Les observations d'Huber sur la marche de ces armées sont très justes. Une tête formée de quelques fourmis avance en se renouvelant continuellement, les

premières retournant en arrière jusqu'à la queue de l'armée à laquelle elles donnent la

SRE ES :

direction en frappant de leur front toutes les fourmis qu'elles rencontrent. Il n'y a aucun chef. Il y aurait trop de généralités à dire encore, et je renvcie aux cas particuliers. Huber dit que ces fourmis ne sortent que lorsque la température de l'air est au moins de 16 degrés Réaumur (20 centigrades) : je n'ai jamais fait d'observations thermométriques, maïs je ne doute pas que cela ne soit vrai, à l'ordinaire du moins. .

5, Dénombrement de l'armée. Sa vitesse. Aucune donnée exacte n'existe à ce sujet. Cependant il n'est pas difficile de compter une armée d'amazones à son retour, alors que les fourmis sont plus espacées., Je comptai ainsi une armée des plus petites qui se trouva exactement de 375 & (comptées sur le gravier où elles passaient), Une autre, plus grande,

mais enccre assez faible, se composait d'environ 560 fourmis. L'armée de cette dernière

fourmilière, repartie le lendemain par une journée plus chaude, comptait de 1200 à 1400 fourmis ; je ne pus la dénombrer plus exactement, mais cela suffit pour prouver que les amazones d'une fourmilière sont loin de partir toujours toutes ensemble le même jour. Je puis même affirmer qu'elles ne partent jamais toutes à la fois ; on en trouve toujours un certain nombre dans le nid pendant l'absence de l'armée, .J'ai compté encore plusieurs armées d'amazones d'une façon plus ou moins exacte ; j'en ai trouvé de 830, 900, 1095, 1200 fourmis. Ce dénombrement ne peut se faire qu'au retour de l'armée, et encore fautil qu'elle soit très espacée, si elle est considérable, pour qu'il soit possible. À cet effet, il suffit de fermer les ouvertures du nid envahi avec de petites pierres, lorsque l'armée

y est entrée; on peut arriver ainsi à ne laisser sortir les amazones presque qu'une à une, On trace alors un sillon sur le terrain, à un endroit découvert où l'armée doit passer,

et on compte les ® à mesure qu'elles dépassent le sillon. Il n'y a pas longtemps que j'ai fait de pareils dénombrements, mais les données que j'en ai obtenues, jointes au

souvenir que j'ai de la grandeur des nombreuses armées d'amazones que j'ai vues, me

permettent de dire que le chiffre d'un de ces corps d'expédition peut varier de moins de 100 fourmis à plus de 2000. Ces chiffres sont fort petits relativement à la grandeur de la plupart des fourmilières, mais les auxiliaires forment peut-être les sept huitièmes de la peuplade. :

Vitesse de l’armée en marche. Elle est très remarquable. Elle varie 1° Suivant la température ; la chaleur l'augmente, le froid la diminue. 2° Suivant le terrain. Plus le

terrain est uni, plus les amazones courent vite ; c'est dans le gazon que leur marche est

le plus gênée, les tiges et les feuilles enchevêtrées formant autant d'obstacles que chaque fourmi doit contourner ou franchir, La vitesse est surtout grande à la descente, plus petite sur un terrain plat, encore plus à la montée, 3° Suivant que les fourmis sont chargées ou non. L'armée au retour, lorsqu'elle est chargée de nymphes, marche environ

d'un tiers plus lentement qu'à l'allée. 4 Suivant les fourmilières, suivant la disposition :

des %, bref suivant des circonstances qui échappent souvent à l'observation, Dans l'expérience IX nous verrons une armée marcher lentement en phalange serrée parce qu ‘elle va attaquer un ennemi redoutable.

De plus la vitesse moyenne calculée sur la durée de toute une expédition dépend du temps employé au pillage de la fourmilière ennemie, et surtout du plus ou moins grand nombre d'arrêts (ceux-ci sont souvent, comme nous le verrons, à peine marqués, et l'hésitation se manifeste seulement par un ralentissement de la marche),

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Cela dit, voici quelques chiffres :

1° Une armée qui alla piller une fourmilière fusca située à 20 mètres de chez elle, en passant moitié sur du gravier, moitié sur du gazon, employa 35 minutes pour toute son expédition, soit pour parcourir 40 mètres (les arrêts et le pillage compris). Donc un mètre fut parcouru, moyenne totale, en 52 # secondes dans cette expédition. 2° Une armée alla piller une fourmilière située à 30 mètres de chez elle et employa une heure pour toute l'expédition. Ici la vitesse moyenne totale est d'un mètre par minute. 3° Une

armée était en marche dans un gazon serré; je mesurai sept fois de suite sa vitesse, autant que possible dans les moments où la marche était en ligne droite et sans arrêts

appréciables, Un mètre fut parcouru en 48, 37, 48, 37, 37, 45, 42 secondes ; donc en moyenne en 42 secondes, Une autre fois la même armée en marche dans le même gazon commença une expédition par le soleil, maïs, un orage menaçant, le ciel s'assombrit rapidement et la vitesse de l'armée diminua à vue d'œil : il lui fallut d'abord 48 secondes,

puis 53, puis 64 pour parcourir un mètre. Les amazones d'une expédition décrite plus

loin arrivèrent à parcourir dans le gazon un mètre en 33 # secondes. 4 Une armée à

. scn allée, marchant sur le gravier, parcourut un mètre en 26 # secondes. 5° Une armée

à son retour, chargée de cocons, et marchant dans le gazon, parcourut un mètre une fois en 58 et une fois en 59 secondes.

On peut donc admettre qu'une armée marchant à toute vitesse sur un terrain découvert (une route p. ex.) arrive à parcourir un mètre en 25 secondes, soit 4 centimètres par seconde. C'est une vitesse énorme si l'on pense qu'on a affaire à des insectes de 5,5

à 7,2 millimètres de longueur ‘), et que ce n'est point la vitesse de chacun d'eux (qui dcit être encore plus grande), mais celle de leur horde dans son ensemble, horde com-

posée scuvent de 1000 à 2000 individus. La vitesse moyenne de toute l'expédition, arrêts et pillage compris, peut être considéré, sans qu'on risque de s'écarter beaucoup de la

. vérité, comme étant d'un mètre par minute, Ceci permet de calculer avec facilité la durée probable d'une expédition, quand on sait la distance du nid sur lequel elle est dirigée. Par

fusca j'entends toujours ici la race glebaria Nyl

6. Un jour, à 4 heures de l'après-midi, l'armée d'une fourmilière amazone-fusca (soit à esclaves fusca) située sur un pré en pente rapide part en descendant cette pente et arrive bientôt au coin d'une vigne dont elle suit le bord. Elle s'arrête une première fois ; les fourmis se rassemblent et se répandent de tout côté ; puis elles repartent dans la même direction. Arrivées au bout de la vigne, à quarante pas de leur nid, elles s'arrêtent de nouveau et s'éparpillent. Cette fois l'arrêt dure longtemps. À chaque instant l'on voit un

mouvement se produire dans le centre de l'armée, et un peloton partir dans une direction,

puis un autre dans une autre; mais au bout d'un instant les fourmis de ces pelotons s'écartent, cherchent à droite et à gauche, puis reviennent au centre en décrivant des courbes. Cet arrêt dure un quart d'heure au bout duquel l'armée entière s'ébranle pour

1) Si nous supposons la vitesse exactement proportionnelle à la taille, si nous admettons 6,5 mm. comme taille moyenne du P. rufescens, et si nous prenons un homme de 1,60 mètre de hauteur (l'homme mesuré des pieds à la tête est plutôt plus massif que le P. rufescens mesuré de la bouche au bout de l'abdomen), cet homme devrait faire plus de 35 kilomètres à l'heure pour marcher aussi vite en proportion qu'une armée d'amazones lancée à toute vitesse. Il lui faudrait pour cela courir aussi vite que le chemin de fer.

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reprendre le chemin de son nid, sans avoir rien trouvé. Nctons ici en passant le fait que les

amazones suivent presque toujours, à leur retour, exactement le chemin qu'elles ont pris pour aller, même lorsqu'elles ont fait un grand détour et qu'elles pourraient, semble-t-il, revenir en ligne droite, Elles ne font d'exceptions à cette règle que pour les lieux situés près de chez elles et qu'elles connaissent à fond. Tel est du moins le résultat de mes observations. Revenons à notre expédition. Pendant le retour de l'armée, je pose 7 ou 8 cocons de F. rufibarbis sur son passage. Deux amazones, des premières, en prennent chacune un; les autres passent dessus sans y faire attention ou du moins sans les prendre. L'armée entière, revenue à son nid, passe sur le dôme sans s'y arrêter un instant, à mon grand étcnnement, et se dirige en sens inverse de la première fois, en remontant le pré. Les deux © chargées de cocons rentrent seules dans le nid, L'armée avance péniblement, car la pente est très raide ; une fatigue marquée devient sensible lorsqu'elle est arrivée à 70 pas de son nid. Elle ne s'est arrêtée que deux ou trois fois en tout, et pendant peu de temps, continuant toujours en ligne presque droite, Sa marche devient alors très lente, Cependant, en cherchant, je vois un beau nid de F. fusca situé droit devant elle, à quelques pas ; je ne doute pas qu'elle ne l'attaque, Mais l'armée étant arrivée à trois pas de ce nid, soit à 80 pas du sien, il se passe un singulier phénomène : sans que la moindre hésitation dans la direction à suivre se fasse remarquer, sans qu'une seule ouvrière s'écarte des autres, je vois le nombre de celles qui retournent en arrière pour donner aux autres la direction prendre une proportion de plus en plus forte, si bien qu'au bout d'un instant la tête cesse d'avancer, et que, toutes les ouvrières faisant peu à peu volteface, l'armée entière se remet lentement en marche pour son nid, de nouveau à vide, Elle n'y arrive qu'à 7 heures du soir, donnant les signes les plus visibles d'une grande fatigue (les $ se traînent maladroitement), après avoir parcouru en trois heures un espace long de 240 de mes pas, ce qui fait approximativement un mètre par minute en moyenne, Et tout cela en manquant deux fois de suite son but, la première pour s'être trompée de chemin, la seconde probablement par fatigue (l'heure tardive y était certainement aussi pour beaucoup).

7. L'armée d'une autre fourmilière mixte amazone-fusca partit un soir à 5 heures.

Arrivée à 60 pas de son nid, elle entra dans l'ombre d'un noyer, et dut traverser un sentier, puis une petite coulisse au fond de laquelle coulait un filet d'eau. Pour passer cette coulisse, les amazones furent forcées de grimper sur les brins d'herbe qui s'entrecroisaient au-dessus de l'eau, ce qui leur donna beaucoup de peine, car elles employèrent un quart d'heure à ce seul trajet. Arrivée de l'autre côté, l'armée se remit en marche, parcourut

encore l'espace de deux ou trois pas, puis fit brusquement volte-face, sans avoir cherché :

ni hésité un seul instant (exactement comme celle du cas précédent la seconde fois), et revint sur ses pas. Or ici de nouveau elle ne se trouvait plus qu'à un mètre d'une fourmilière de F. fusca lorsque le découragement la prit. J'enlevai alors promptement une partie du nid des F. fusca avec des cocons et des fourmis, et je mis le tout à côté des amazcnes. Celles-ci s'en aperçurent aussitôt, se jetèrent sur le tas que je venais de déposer et pillèrent tous les cocons ; les fusca bousculées n'eurent pas l'idée de se défendre, Près d'un tiers de l'armée put se charger, et le reste revint à vide. Mais le passage de la

coulisse dcnna beaucoup de peine aux fourmis qui pcrtaient des cocons, et plusieurs d'entre

elles étant tombées dans l'éau durent y abandonner leur fardeau pour sauver leur vie. Elles arrivèrent ensuite sans encombre chez elles.

D 8. Un jour, à 3 * heures, des amazones-fusca se mirent en marche, et, arrivées à 15 | pas: de leur nid, elles se trouvèrent au bord d'un champ de blé. Là, la tête de l'armée s'arrêta : la queue l'ayant rejointe, les fourmis se mirent à se croiser dans tous les sens ‘en se parlant avec leurs antennes, puis elles s'éparpillèrent dans toutes les directions. Bientôt elles se réunirent de nouveau et s'engagèrent non sans hésiter dans le champ de blé. Mais elles ne s'y étaient pas avancées de six décimètres qu'elles s'arrétèrent encore, revinrent jusqu'au bord du champ, à la place de leur premier arrêt, et y firent halte de nouveau, Cette fois ce ne fut plus seulement l'armée dans son ensemble qui n'avança pas pendant un moment, mais toutes les fourmis, qui restèrent chacune pendant une ou deux minutes dans une immobilité si complète qu'on les eût dit paralysées. Cet aspect était singulier. Cependant un cinquième environ de l'armée se remit en mouvement, et entra de nouveau en colonne dans le champ de blé, tandis que le reste des amazones conservaient - leur immoebilité, Cette colonne s'avança de quatre mètres environ, en hésitant et en cher- ‘chant à droite et à gauche sans rien trouver. Puis elle revint sur ses pas et trouva le gros de l'armée toujours dans une immobilité à peu près complète, Ce fut le signal du retour général. Toute l'armée s'ébranla et rentra au nid sans rien rapporter.

Le lendemain à quatre heures, les mêmes amazones repartirent dans la même direction. Arrivées au champ de blé, elles s'y engagèrent sans hésiter, mais en cbliquant à droite, à de sorte qu'elles en ressortirent bientôt par l'autre bord pour tomber à l'endroit même n sur un gros nid de F. fusca.') Elles l'envahirent par une galerie ouverte sur le dôme et y disparurent toutes en un instant. Bientôt je vis sortir quelques fusca qui grimpèrent sur les brins d'herbe avec des nymphes qu'elles portaient. Puis les amazones ressortirent “en assez bon ordre, chargées chacune d'une nymphe. Les dernières d'entre elles furent chassées par les fusca. L'armée arriva à son nid à 4 %4 heures, mais au lieu d'y entrer, es amazcnes déposèrent leurs nymphes en tas devant une de leurs portes, et repartirent ‘aussitôt pour le nid pillé. Les amazones qui repartirent les premières passèrent à côté de

1) J'ai vu très souvent des cas analogues où les amazones d'une fourmilière, après être allées un our dans une direction en hésitant, en faisant des zigzags, en s'arrêtant à chaque instant pour s'éparpiller et chercher, puis en revenant finalement à vide, partirent le lendemain dans la même direction, mais cette fois sans hésiter et en allant droit au but, La manière dont les armées de P. rufescens se dirigent et * déccuvrent des fourmilières fusca ou rufibarbis n'est, à mon avis, pas si simple que le pensent Huber et -Ebrard. Je la crois au contraire fort complexe, quoique je ne puisse encore m'en rendre un compte exact malgré mes nombreuses observations à se sujet, Mais il y a une chose dont je suis persuadé, c'est qu'une ouvrière qui a découvert une fourmilière ne peut y conduire toute l'armée à de seule. En effet, une 8 isolée peut bien retrouver son chemin ; mais seulement en cherchant à droite et à gauche et en faisant de ‘détours ; jamais sans hésiter, à moins qu'elle ne soit tout près de son but ou dans un lieu qui lui est ‘entièrement familier, Elle peut aussi, à un moment donné, si elle fait partie de l'armée, former une tête, c'est-à-dire donner à un certain nombre de ses compagnes une impulsion dans telle ou telle direction, mais son action s'arrête là, car elle est aussitôt dépassée par le flot qu'elle a mis en mouvement et qui la “déborde : elle doit suivre alors à son tour sans avoir le temps de reconnaître le chemin qu'elle avait pris “autrefois, et, lorsqu'ensuite un nouvel arrêt a lieu, c'est probablement une autre & qui donne la nouvelle + impulsion. Bref, l'armée entière se dirige mieux et surtout plus rapidement qu'une © seule, ce qui vient, je

la bande de celles qui revenaient encore chargées de cocons, et non au milieu d'elles, afin de ne pas les troubler dans leur marche ; il y eut donc deux courants parallèles, mais en sens contraire, J'ai fait cette observation presque chaque fois que j'ai vu la tête d'une armée amazone revenir sur ses pas à vide en croisant la queue qui arrivait chargée de nymphes. Pendant ce temps les F. fusca avaient barricadé les entrées de ‘leur nid avec des grains de terre, La tête de l'armée amazone arrivée derechef vers ce nid attendit un moment le gros de la bande, puis envahit en un instant le dôme des F. fusca, déblaya les grains de-terre amoncelés devant les galeries et y pénétra en bousculant sans effort les défenseurs, Un certain nombre de ceux-ci s'enfuirent alors de leur nid en emportant des nymphes, ce qui n'empêcha pas les amazones de rentrer chez elles en rapportant un riche butin qu'elles introduisirent elles-mêmes dans leur souterrain, Elles ne sortirent plus ce. jour-là. Les fusca pillées rentrèrent bientôt chez elles avec le reste de leurs nymphes. La résistance des F. fusca est presque toujours nulle, ou à peu près, du moins sur le dôme. Dans le nid elle doit être assez faïble, car je n'ai trouvé que rarement un P. rufescens mort ou à demi-mort, | 9. Une autre fois les amazones de la fourmilière dont je viens de parler assaillirent | une fourmilière de F. fusca qui avait des cocons (Huber prétend qu'elles ne le font | jamais), Tandis que le gros de l'armée se remettait en marche chargé de cocons 8, je vis. quelques amazones sortir à reculons des galeries des F. fusca en traînant ceux de (4, Or ces derniers étaient très gros, et les amazones qui les tenaient, arrivées sur le dôme des fusca, se mirent à les retourner dans tous les sens en cherchant à les emporter, mais elles n'y. parvinrent pas. Cependant les F. fusca qui sont plus petites peuvent bien les porter. ee D'où vient cette différence ? Cela me fit regarder de près et me rendit attentif à un fait dont ne parlent ni Huber ni Ebrard. Les amazones ne portent point les cocons comme les autres fourmis; elles ouvrent autant que possible leurs mandibules étroites et très

crois, de ce que chaque fourmi peut, à un moment donné, reconnaitre le chemin à tel ou tel indice qui échappe ; aux autres, Sans avoir une statistique suffisante, je crois cependant avoir remarqué que lorsqu'une armie amazone part dans une direction qu'elle n'a pas suivie depuis longtemps, elle hésite, louvoie, et s'arrête . beaucoup plus que dans le cas contraire ; chaque 8 étudie le terrain ; l'expédition manque ordinairement, Mais le lendemain l'expérience de la veille a profité à toutes ; la première partie du trajet se fait sans hésitation, : et dans là seconde on arrive au but, RACE 48

Je mis un jour sur le nid d'une petite fourmilière rufibarbis, située à 5 mètres au plus d'une fourmilière amazone, une poignée de ces dernières prises dans l'armée qui allait ailleurs, Ces rufibarbis * avaient été pillées l'année précédente, mais pas encore cette année-là, Les amazones envahirent le nid, et les rufibarbis, vu leur petit nombre, prirent la fuite avec leurs nymphes et leur (®) féconde. Les envahis- .seuses se chargèrent de cocons, mais quand elles voulurent revenir chez elles, elles ne surent de quel côté aller ;-la plupart cherchaient bien dans la bonne direction, mais beaucoup aussi dans la mauvaise, Leurs fardeaux les empêchaient de se concerter, Quelques-unes qui n'avaient pas de cocon- avaient l'air aussi embarrassées que celles qui en portaient un, Je voyais telle & chercher pendant plus d'un quart 1 d'heure dans une direction, puis revenir au nid rufibarbis pour aller ensuite chercher dans une ‘autre, Cependant un grand nembre de ces amazones, après de longues recherches, finirent par reconnaître à peu ? près la bonne direction, par s'approcher de leur nid qui était très peu éloigné, par trouver tout à coup un | endroit connu, et par s'élancer alors, sans hésitation, vers leur but, Je ne pus m'empêcher de penser que si L ces © avaient été plus nombreuses, sans charge, et qu'elles se fussent concertées, elles auraient trouvé * beaucoup plus tôt leur route, et qu'aucune ne se serait perdue, à s

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arquées, de manière à ce que le cocon soit compris en partie dans cet arc, au point que les bouts des mandibules arrivent à peu près à son milieu ou même le dépassent un peu ; ainsi le cocon ne peut tomber, et elles n'ont besoin ni de pincer la coque, ni de serrer fortement. Leur fardeau ainsi pris, elles font avancer un peu leurs mandibules vers celle de. ses extrémités qui est en avant, de manière que la plus grande partie du cocon vienne ba à se trouver entre leurs jambes, sous leur tête et leur prothorax. En faisant ainsi, elles peuvent courir très vite malgré leur charge, celle-ci ne s'accrochant pas continuellement “aux hérbes entrecroisées. Les autres fourmis portent les cocons et même les nymphes . nues en en pinçant une petite partie entre leurs mandibules dentelées qui s'y accrochent … facilement sans la blesser. Quand les amazones veulent en faire autant, elles enfoncent Es deux poignards dans la nymphe qui est tuée ; j'ai vu faire parfois cet acte stupide à des © de cette espèce qu'un combat trop violent avait surexcitées. Mais lorsqu'un 4 D scens veut prendre un cocon fou une nymphe) trop gros pour qu'il puisse l'entourer | de ses mandibules, et surtout pour qu'il puisse marcher en le tenant entre ses jambes, il se trouve dans un embarras insurmontable, d'autant plus qu'il ne sait pas le traîner à L Dans notre cas, ces quelques amazones étaient arrivées, grâce aux points d'appui, à

4 faire avancer ; quand elles étaient à cheval sur eux, leurs pattes ne touchaient pas terre . assez pour qu'elles pussent marcher, et leurs mandibules glissaient sur le cocon. Elles se consumèrent pendant un quart d'heure en efforts inutiles, et, après avoir culbuté plus de 1? vingt fois avec leur fardeau, elles finirent par l'abandonner et par rentrer à vide chez - elles longtemps après le reste de l'armée. .

F 10. Le lendemain de l'expédition précédente, les mêmes amazones se mettent en . marche le long de la coulisse à sec et du sentier au bord duquel était leur nid. Mais leur ” mouvement s'arrête bientôt ; on voit autant de fourmis revenir en arrière qu'il y en a qui . avancent ; les unes suivent la coulisse, les autres le pré ; enfin toutes reviennent peu à peu È sur le dôme du nid sans que la queue de l'armée l'ait jamais entièrement quitté. Ces fourmis se répandent alors de tout côté ; on voit un mouvement se produire dans une | partie de l'armée ; le reste suit peu à peu, mais le flot qui s'était élancé dans une direction faiblit après avoir parcouru quelques décimètres de chemin, et l'indécision générale recom- . mence encore plus forte. Pendant une heure cet état d'effervescence dura parmi l'armée amazone qui, du dôme de son nid, partait tantôt dans une direction, tantôt dans une autre, * quelquefois se séparaïit en deux bandes dont l'une allait à droite et l'autre à gauche, mais toujours pour revenir au bout d'un moment. Enfin toutes les ? revinrent sur leur dôme, puis partirent avec assez d'ensemble dans une direction, mais au bout d'un instant elles 4 retournèrent de nouveau en arrière et rentrèrent toutes définitivement dans leur nid.

Be. J'ai revu depuis lors plusieurs fois des scènes analogues, mais deux ou trois fois, entre “autres chez des amazones-rufibarbis, l'armée finit par se décider, et par aller piller une

PA rtent de leur nid, soit (oaau ‘elles e arrêtées et dec au nie de Le course, | vient toujours à la suite de l'impulsion donnée par un petit noyau d'ouvrières, tantôt

tirer ces cocons © hors du nid, maïs, une fois là, elles firent de vains efforts pour les.

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de celles de la tête, tantôt de celles de la queue, tantôt de celles du gros de l'armée, Tandis que l'armée entière indécise cherche de tout côté, on voit tout à coup à une place quelconque un mouvement très restreint, de quelques fourmis qui précipitent leur allure, se frappent de leur front, et s'élancent dans une direction, serrées les unes contre les autres en fendant la foule des indécises, Celles-ci ne les suivent point toutes à la fois, mais, parmi celles qui ont donné le signal, il y en a qui retournent continuellement en

arrière, et qui se jettent au milieu des indécises, les frappant l'une après l'autre de leur: front ; dès qu'une fourmi a reçu cet avertissement, elle suit le mouvement. Les amazones

veulent être suivies. Si une tête d'armée s'est formée comme je viens de l'indiquer (peutêtre est-ce une seule fourmi qui commence le mouvement), et si, malgré les émissaires qu'elle envoie en arrière elle n'est pas suivie par le gros de l'armée ou au moïîns par un certain nombre de fourmis, on la voit hésiter, faiblir, puis retourner en arrière, C'est ainsi que lorsque deux têtes se forment à la fois dans deux directions différentes, la plus faible cède le plus scuvent et revient sur ses pas. Nous verrons que ce n'est pourtant pas toujours le cas. C'est surtout afin de s'assurer qu'elles sont suivies, que les $ marchant en tête, retournent constamment en arrière, laissant leur place à celles qui les suivaient immédiatement, comme l'a observé Huber. ;

11. Des amazones-fusca partent un jour, et, arrivées à 20 pas de leur nid, elles s'arrêtent. Mais au lieu de s'éparpiller dans toutes les directions, elles se mettent à chercher

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