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de fusca, et je le plaçai ouvert, sans le verser, devant une armée de rufescens en marche. Celle-ci n'y entra qu'en partie, mais je pris ce qui y entra en fermant le sac que je mis
ensuite en communication avec une arène de gypse, et celle-ci avec un appareil vitré.
Après avoir tué un certain nombre de fusca, les amazones finirent par s'allier à elles. Le teste n'eut pas d'intérêt, sinon que ces amazones remises quelques jours plus tard vers leur fourmilière ne furent pas reconnues tout d'abord par leurs anciennes sœurs qui se jetèrent sur deux d'entre elles et les tuèrent ; mais leurs anciennes esclaves les reconnurent par contre bientôt, et les portèrent de l'appareil dans le nid.
L'armée dont j'avais enlevé une partie par surprise pour l'enfermer dans mon sac ne continua pas sa marche et resta obstinément en place en tâtant le terrain, Un quart
d'heure après elle voulut retourner chez elle ; je mis alors un sac plein de pratensis avec
leurs cocons à côté d'elle, Les amazones se jetèrent dessus, mais ne pillèrent rien et se mirent à tuer les cocons et les pratensis. Pendant ce temps une partie de l'armée se remit à tâter le terrain à côté, Cependant le temps s'assombrissait ; deux ou trois violentes averses se succédèrent ; l'armée rufescens resta en place, tuant les prafensis et tâtant le terrain, Au bout d'une heure seulement je remarquai un mouvement particulier parmi les amazones qui se jetèrent sur un point où elles tâtaient le sol depuis longtemps, y creu-
sèrent, et pénétrèrent dans une galerie. Toute l'armée s'y enfila petit à petit et les ama-
zones en ressortirent ensuite une à une chargées de cocons de fusca. Il leur avait fallu une heure pour trouver le moyen d'entrer dans ce nid souterrain éloigné seulement de
cinq mètres du leur, et elles ne l'auraient certainement pas trouvé sans les circonstances .
anormales amenées par moi.
32, Je vis souvent des amazones © courant seules à de grandes distances de leur nid à diverses heures de la journée, et cherchant de côté et d'autre. On les voit ordinaire- ment partir tard dans la matinée, éparses, mais parfois en assez grand nombre ; elles marchent par saccades, et non point d'une manière continue comme dans les expéditions ; elles vont dans toutes les directions. J'en vis souvent à 30 pas et plus de distance de chez elles, Je pense comme Huber qu'elles cherchent aïnsi des fourmilières de fusca dont elles savent ensuite le chemin quand elles font partie de l'armée.
33. Les fourmilières amazones sont toujours éloignées les unes des autres de 80 à 100 pas au moins d'après ce que j'ai vu. Je doute du reste qu'elles puissent subsister à une plus grande proximité, car leurs armées respectives se rencontraient inévitablement une fois ou l'autre, et s'anéantiraient réciproquement,
34; Les P. rufescens sont, comme Huber l'a montré, dans une dépendance absolue de leurs auxiliaires ou esclaves. Ils ne savent ni maçonner, ni soigner les larves, ni même manger eux-mêmes. Ce fait démontré par une expérience d'Huber où 30 amazones enfermées dans une boîte se laissèrent « mourir de faim en deux jours », du moins en partie, et où une seule esclave rétablit l'ordre et rendit la vie à celles qui n'étaient pas mortes, en leur dégorgeant le miel qui était devant elles et qu'elles n'avaient pas su prendre, ce fait, dis-je, est parfaitement exact. Il n'y a qu'une erreur d'interprétation, c'est que les fourmis ne périssent pas de faim en deux jours, mais seulement de soif ; on peut en conserver vivantes pendant un mois sans leur donner à manger si l'air qui les entoure est humide. M. Lespès a confirmé du reste par des expériences nouvelles le fait que les P.
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rufescens ne peuvent pas manger seuls {Revue des cours scientifiques 1866, p. 257). Mais M. d'Esterno prétend que tout cela est faux, que parler d'un animal ne sachant pas manger seul est dire une absurdité et que d'après ses expériences des amazones enfer- | mées seules dans des boîtes « dévorèrent de la viande ». Elles sont carnassières, dit-il, et le miel d'Huber ne leur plut pas à cause de cela. Si elles mangent celui que leur desbe gent leurs esclaves, c'est, dit-il encore, parce qu'il s'est animalisé (textuel !), Il finit par les comparer aux chiens et aux loups qui flairent le gibier, et par dire qu'elles mangent les cocons qu’elles pillent, et qu'elles s'établissent dans les nids de fusca dont. elles forcent les habitants adultes à devenir leurs esclaves. Il prétend à l'appui de cette dernière assertion avoir vu des © fusca (« noires ») dans une fourmilière rufescens. Or, de même qu'Huber et Ebrard, je n'ai jamaïs vu dans les fourmilières amazones autre chose que des © et des nymphes (ou de grosses larves) © de l'espèce esclave ; par contre des ©, d et © rufescens. Les assertions du comte d'Esterno reposent, j'ose l'assurer, sur une suite ininterrompue d'erreurs ; tout y est faux d'un bout à l'autre. Mais comme elles pourraient paraître justes à quelqu'un qui ne connaît pas les mœurs des fourmis, j'ai cru devoir faire l'expérience qui suit pour la rapporter ici :
: Dans un bocal avec de la terre humide, je mis le 5.juin 1871 douze Ÿ rufescens d'une fourmilière amazone-rutibarbis. Je leur donnai un cocon ©, 7 cocons 8 et 5 larves #, tous de F. rufibarbis, et tous pris dans une fourmilière ordinaire (non mixte). J'y mis de plus une araignée tuée, une larve de capside (hémiptères mous dont les fourmis prennent et tuent beaucoup) vivante, un petit morceau de viande de bœuf, et une goutte de miel sur un morceau de verre. Les rufescens portèrent d'abord les cocons çà et là, puis finirent par les abandonner sans les mettre en ordre, et par s'entasser les uns sur les autres, sans toucher à rien de ce qui était dans le bocal. Ils ne bougeaient plus dans leur coin, Le lendemain absolument rien n'avait changé. Je soufflai légèrement sur les amazones pour les mettre en mouvement, L'une d'elles arrivée vers la goutte de miel toujours intacte (qui eût complètement disparu pendant la nuit si une seule rufibarbis avait été là), la tâta de ses antennes et appliqua sa bouche dessus, maladroïtement et sans l'avancer ; je lui vis faire un ou deux mouvements de la bouche, ce qui me prouva qu'elle en avait goûté, mais cela ne dura pas dix secondes, et, voulant se retirer, elle s'embourba dans le miel, le mordit, y englua ses antennes et se sauva dans un coin. Toute la manière dont elle accom- plit cet acte fut si peu naturelle, si contraire à ce que j'ai vu faire à toutes les autres fourmis qui avancent délicatement leur bouche en retirant leurs antennes quand elles veulent manger que c'est à mon avis une preuve de l'ineptie de cette espèce à manger seule, Du reste, toutes les autres © que le hasard amena vers le miel l'évitèrent au lieu d'y toucher, et je ne pus dès lors être témoin d'une seconde scène analogue. Par contre j'observai ensuite à plusieurs reprises un fait bien plus curieux. Nous savons que quand une amazone a faim, elle sait fort bien solliciter une de ses esclaves en lui frappant le -chaperons de ses antennes, puis lécher la goutte que celle-ci lui dégorge. Or une de mes prisonnières s'approcha d'une des autres et se mit à la solliciter ainsi. Il paraît que cela donna à l'autre la même idée, car elle se mit à solliciter la première à son tour. Toutes deux se dressèrent, l'une contre l'autre, ouvrant à demi les mandibules, se frappant mutuellement le chaperon de leurs antennes, et se léchant la bouche l'une l'autre. Mais comme
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toutes deux demandaient, et qu'aucune ne dégorgeait, je ne vis passer aucune goutte entre
les deux bouches. Le fait que chacune frappait le chaperon de l'autre suffisait du reste
pour montrer qu'aucune ne dégorgeait. Je revis plus de dix fois ce fait, toujours la
même chose ; aucune ne dégorgea du liquide à une autre. Je pus ‘les observer en effet
pendant plusieurs jours, sans qu'aucun changement survint, Le Capside resta vivant; la viande, l'araignée, le miel ne diminuèrent pas d'un atome ; mais les amazones demeu-
rèrent en bonne santé grâce à l'humidité, sauf deux d'entre elles qui étaient déjà infirmes
le premier jour et qui périrent bientôt, Les cocons restèrent sans soins. Les larves, ne recevant aucune nourriture, devinrent très maigres, Lorsqu'une amazone s'approchait de l'une d'elles, la larve se démenait vivement pour demander à manger, mais la fourmi se contentait de la frapper une fois ou deux de ses antennes, puis l'abandonnaït. Au bout de sept jours d'expérience (12 juin), tout était dans le même état. J'ôtai alors l'araignée et la viande qui s'étaient moîïsies, et je mis dans le bocal une 8 rufibarbis prise à la fourmilière des amazones (une de leurs esclaves). La nouvelle arrivée fut à l'instant même assiégée par les amazones qui l'implorèrent toutes ensemble pour recevoir de la nourriture. Mais elle refusa d'abord, puis, ayant trouvé le miel, elle s'en remplit le jabot en moins de dix minutes, Cela fait, elle se mit à le dégorger aux amazones, les unes après les autres.
Ici le dégorgement était tout à fait normal ; la rufibarbis, les mandibules ouvertes et les
À lab le s Li Li L D antennes immobiles comme tout le corps, faisait sortir de sa bouche une goutte claire,
grosse comme la tête de l'amazcne, tandis que celle-ci jouait des antennes et des pattes
antérieures sur sa bienfaitrice, tout en lapant la goutte. La rufibarbis mangea ainsi tout le miel, et le distribua aux rufescens. Il est inutile de dire que les amazones n'ayant pas touché aux huit coccns ni aux cinq larves, aucun d'eux n'avait été « dévoré », et que la rufibarbis prit soin des premiers ; les secondes avaient péri d'inanition (on saït que les larves ont plus besoin de nourriture que les insectes parfaits), Le lendemaïn, comme la
rufibarbis ne maçonnaït pas la terre, je lui donnai une compagne, et, à elles deux, elles :
bâtirent plusieurs cases où elles portèrent les cocons et les amazones. Je gardai mes fourmis jusqu'au 17 juin, jour où les rufibarbis avaient tiré une ou deux nymphes de leurs coques
et les scignaient. Je les remis alors toutes, sauf 3 amazones, sur leur nid où elles furent. reconnues et bien accueillies. Je donnai aux trois amazones restantes trois & rufibarbis d'une autre fourmilière. Celles-ci ne voulurent d'abord pas s'allier à elles malgré les sollici-
tations des amazones, et n'y censentirent que le lendemain.
35. Les rapports sociaux des Polyergus avec leurs esclaves ont été si bien décrits
par Huber que je ne m'y étends pas ; on en verra du reste plusieurs traits dans l'expérience suivante, Je signale ici seulement deux observations :
Le 20 juin 1872 les expéditions d'une de mes fourmilières amazone-fusca n'avaient
pas encore commencé (elles ne commencèrent que le 4 juillet). De deux à quatre heures.
de l'après-midi, les amazones sortirent en assez grand nombre du nid, s'éloignant même
de plusieurs centimètres du dôme. Mais leurs esclaves avaient l'air de ne rien comprendre à :
cela, car elles étaient activement occupées à courir après les amazones, à les prendre par
une mandibule et à les rapporter dans le nid. Ces dernières qui n'avaient pas l'air d'être encore disposées à partir, quoique il fit très chaud, se laissaient faire le plus souvent, et
s'enroulaient autour de la tête des fusca, Mais une fois dans le nid elles ressortaient
DT PRE MENT EPA SES PT PE EL d
fréquemment. Je n'ai jamais chservé ce fait d'une manière aussi générale, et cela semble montrer que chaque année les esclaves doivent s’habituer aux expéditions des amazones pour arriver à les considérer comme quelque chose de naturel et à ne plus s'y opposer. Huber (L c. p. 257) a aussi été témoin de faits analogues, mais il leur donne une autre signification, Il croit que cela doit empêcher les amazones d'aller trop tôt en expéditions, car elles pilleraient alors des nymphes :ÿ et © de leurs esclaves ce qui épuiserait les fourmilières de celles-ci. Nous avons vu (VIII, 9) qu'il y a d'autres empêchements de nature mécanique à ce fait, et d'ailleurs un accident pareil compremettrait bien plutôt l'existence des fourmilières amazones, car les esclaves préféreraient certainement conserver des femelles de leur espèce pour entretenir la fourmilière mixte, dès que cela leur serait possible.
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Le 23 août 1872 des amazcnes qui avaient fait un ample butin l'avaient emmagasiné en entier dans la partie sud de leur nid. Leurs esclaves commencèrent aussitôt après à déménager ce trep plein dans la partie nord qui était plus spacieuse. Je ne sais pourquoi tout ce transport eut lieu à l'extérieur, sur le dôme, et non à l'intérieur. Les fusca transportaient non seulement des cocons, mais aussi des # rufescens, car l'armée s'était entassée elle-même à l'endroit où elle avait déposé le produit de son pillage.
SL ed ét ‘on uit à
Polyergus rufescens Histoire d’une fourmilière élevée en appareïl, et mise plus tard en liberté
5 1. Le 11 avril 1869 j'enlevai à l'aide d'une pelle le nid d'une fourmilière amazone- - fusca à peu près en entier avec ses habitants, y compris une © féconde. Il n'y avait pas d'œufs. Je le déposai dans une grande arène de gypse en cemmunication avec mon appareil » vitré à côté en bois (système d'Huber, C), dans lequel j'avais mis de la terre humide. Un déménagement actif de l'arène dans l'appareil commença bientôt ; il avançait surtout pendant la nuit. Les fusca seules portèrent tout, y compris les rufescens, et bâtirent des - galeries et des cases en étages superposés dans la terre de l'appareil. Le 13 avril je pus 3 déjà supprimer l'arène de gypse qui était presque vide, et mettre une mangeoire en toile métallique. Ma fourmilière prospéra ; les © fusca venaient lécher du miel et prendre des insectes que je mettais dans la mangeoire ; d'un autre côté elles y jetaient tous les débris qui les gênaient : cadavres de fourmis, surplus de terre, insectes desséchés dont elles avaient léché les sucs après les aveir déchirés, etc. On eût dit qu'elles avaient compris mon but. Je voyais tous leurs faits et gestes dans leurs appartements à travers le verre. De temps en temps je vidais la mangeoire, la nettoyais et la remettais en place.
- mis des L. niger avec leurs larves dans la mangeoire. Je donnai dès lors souvent à mes amazones des larves et des cocons de L. niger et flavus comme nourriture ; les fusca les mangèrent le plus souvent, quelquefois les rejetèrent, mais jamais elles n'en élevèrent. Elles ne les tuaient pas tous à la fois, mais les ménageaient comme provision ; j'en vis qu'elles ne tuèrent qu'au bout d'une cu deux semaines, Le 13 mai je revis la © ; les œufs
4 - Le 2 mai je vis un petit paquet d'œufs frais pondus dans une case. Le 10 mai je
avaient augmenté en nombre. Le 31 mai de petites larves étaient écloses et se trouvaient dans les étages supérieurs. Le 10 juin les larves étaient grosses, et le 19 il y avait des
cocons. Le 26 juin, les rufescens étaient en masse sous le toit de leur prison ; il y avait beaucoup de cocons et des larves de toute taille. Cela continua les jours suivants où l'allure
des amazones me parut devenir belliqueuse, Maïs elles avaient fait le 18 avril le voyage . de Vaux à Zurich, et je n'avais là guère que des F. cinerea ou cinereo-rufibarbis à ma
portée, à moins d'aller assez loin. Je me décidai pourtant à tenter l'expérience.
Le 10 juillet, à 234 heures, je portai mon appareil dans le jardin de l'hôpital et
j'ôtai la mangecire, laissant mes fourmis libres de sortir. Je l'avais placé sur une allée,
à trois décimètres d'un nid miné de F. cinereo-rufibarbis dont les trous s'ouvraient parmi.
le gravier, et j'avais adapté au tube de sortie un tube en cacutchouc qui allait jusqu'à terre. Les fusca de l'appareil sortirent bientôt en quantité, et se battirent avec les cinereorufibarbis. Contre mon attente, elles eurent le dessus, entraînèrent une foule de cinereorufibarbis prisonnières dans l'appareil, et allèrent assiéger leurs trous. Il est vrai que c'était une petite fourmilière dont les habitants étaient aussi très petits ; c'était le cas du
reste de toutes celles de cet endroit, Bientôt cependant, quelques amazones sortirent une à une de l'appareil et s'éloignèrent dans divers sens. Mais mes fusca commençaient à envahir
le nid des cinereo-rufibarbis ; afin de les en empêcher j'allai chercher une poignée de
F, rufibarbis (cinereoïdes) que je mis devant elles. Ces nouvelles venues furent bientôt. vaincues par les fusca, lesquelles montrèrent une audace que je ne leur ai jamais vue lorsqu'elles sont en liberté. Vers quatre heures les amazones commencèrent à sortir par le tube, d'abord un petit peloton seulement, puis un second plus grand et aïnsi de suite,
Enfin une troupe assez forte pénétra dans le nid des cinereo-rufibarbis ; bientôt toute
l'armée sortit et l'y suivit. L'étroitesse des cuvertures rendit nécessairement l'invasion fort … lente ; au bout d'un certain temps cependant, les amazones ressortirent avec des nymphes
qu'elles allèrent poser devant l'entrée du tube de caoutchouc pour retourner au pillage. Ce petit nid fut bientôt vidé, et l'armée indécise se disposait à rentrer, quand une tête se forma, et après quelques hésitations partit en droite ligne ; l'armée suivit et serra ses rangs. J'étais fier de voir la belle armée que contenait mon appareil et l'assurance avec laquelle elle marchait, sans que je pusse comprendre comment elle trouvait son chemin. Cependant
elle vint tomber en drcite ligne et sans s'être arrêtée sur un autre nid plus considérable -
de cinereo-rufibarbis, situé à environ cinq mètres de l'appareil, mais toujours au bord de l'allée que mes amazones n'avaient pas quittée. Le nid fut envahi presque sans résistance ; les cinereo-rufibarbis ne sortirent pas même ; ce fut exactement comme une attaque sur des fusca, Les amazones revinrent chargées de cocons © qu'elles déposèrent devant le tube pour retourner aussitôt au pillage. Cette fois elles sortirent du nid des cocons «j et
une nymphe nue (ÿ qu'elles purent porter et portèrent jusqu'à l'appareil grâce à la petitesse de cette variété (voy. VIII. 9). Pendant ce temps les fusca s'occupaient activement à porter les cocons pillés dans l'appareil. Les cinereo-rufibarbis du premier nid profitèrent de cela pour s'enfuir avec leur © féconde, des © aïlées, etc. Mais en même temps les
fusca emportaient hors de l'appareil une foule de débris et de cadavres, puis faisaient, dans les environs, une chasse active à des © fécondes de L. niger et à divers insectes,
les entraînant vivants dans l'appareil. Elles essayèrent, il est vrai, une ou deux fois de.
Pde éménager dans le premier nid des F. cinerec- rufibarbis, maïs je les en empêchai en bouchant les trous. Elles emportèrent de l'appareil les cadavres de plus de cent cinereo- . rufibarbis qu'elles y avaient tuées. Les amazones ne retournèrent pas une troisième fois au . pillage ; à 614 heures presque toutes les fourmis étaient rentrées d'elles-mêmes dans 4 l'appareil que je fermai et rapportai chez mci. Comment l'armée découvrit-elle ce nid . éloigné, et surtout comment fit-elle pour y aller en ligne drcite et sans hésiter ? En supposant qu'une des amazones qui s'étaient éloignées plus tôt l'eût découvert et fût ensuite revenue — le dire aux autres, comment fit-elle pour donner à elle seule la direction à toute l’armée ? Le lendemain tout allait bien dans l'appareil : une masse énorme de cocons encom- - braient les cases. Le 23 juillet une dizaine de (7 rufescens étaient éclos. Le 24 juillet à 4 heures je posai mon appareil vers le mur de la maison que À ‘habitais. Trente à quarante amazones sortirent aussitôt, se dispersèrent en tout sens, et - allèrent jusqu'à 10 ou 15 pas de distance en courant sur la route et le long des murs. Une petite troupe d'amazcnes sortit une heure plus tard et suivit le mur de la maison ; - elle déccuvrit un petit trou d'où sortaient quelques F. cinerea, et chercha en vain à y . entrer ; il était trop étroit. Il se passa ainsi une seconde heure. Vers six heures le temps . s'assombrit, le vent se mit à souffler ; un orage menaçait. À ce moment toute l'armée de mes amazones sortit de l'appareil et partit en suivant le mur de la maison après avoir . hésité un mcment. Elle marcha lentement, essayant à chaque instant de gravir ce mur; E mais il était trop lisse, et les amazones retombaient une à une; elle avança cependant Re peu à peu ainsi devant la façade exposée au midi. Arrivée devant la porte d'entrée elle ne chercha pourtant pas à s'introduire dans la maison, mais passa outre et se mit à grimper un escalier extérieur qui longeait le mur. Parvenue en haut, elle se trouva à l'angle de la maison, et se retourna contre le mur qu'elle s'obstina à vouloir gravir. Maïs les fourmis - retombaient dès qu'elles étaient montées de quelques décimètres. Au même instant le 4 vent, redoublant de violence, les fit voler et les porta à plus d'un mètre de distance sur … Je gravier en les éparpillant complètement. Elles se rassemblèrent de nouveau ; une partie - d'entre elles redescendaient déjà l'escalier, lorsqu'un noyau se forma en avant, courut en arrière au milieu de celles qui retournaient, et les rappela en un clin d'œil en haut où l'armée entière chercha encore à gravir le mur oriental de la maison. Le vent emportait de nouveau les amazones, mais elles recommençaient toujours ; la pluie s'en mêlait. Enfin elles È se décidèrent à revenir dans un désordre affreux. Toutes ces fourmis en débandade surent pourtant retrouver leur chemin et rentrer dans l'appareil. Mais les dernières ayant trouvé un second trou de cinerea, non loin de l'appareil, elles y entrèrent et en ressortirent des | cocans. Cela suffit pour donner de nouveau l'éveil à toute l'armée qui repartit à 7 heures » du soir pour le pillage, envahit ce nid en pratiquant une nouvelle ouverture, et s'y chargea + assez bien de nymphes, puis rentra peu à peu dans l'appareil non sans avoir encore couru un certain temps dans les environs. Tout ne fut rentré qu'à 8 heures du soir. Deux ou trois - incidents méritent d'être notés : 1° Je vis une amazone prendre une fusca par les mandibules, | près de l'appareil ; celle-ci se replia sous sa tête, et se laissa porter par le Polyergus jusque dans le tube de cacutchouc. Huber cite un cas (1. c. p. 254) où une armée amazone, ayant trouvé un nid de fusca abandonné, revint chez elle, puis où chaque rufescens prenant une fusca, toute la fourmilière fut ainsi déménagée dans ce nid. Je n'ai jamais revu ce singulier
— 196 — ses
fait qui ne peut être mis en doute, 2° Plusieurs fusca rapportèrent dans l'appareil des amazones qui s'étaient perdues. 3° Quelques amazones erraient çà et là, portant un cocon de cinerea, et ne trouvaient pas l'entrée de l'appareil, Une fusca prit le cocon de l'une d'entre elles ; mais l'amazone, au lieu de lâcher prise, s'enroula autour du cocon, et la fusca porta ce double fardeau dans l'appareil. Je fus deux fois témoin de ce fait,
Le 3 août, mon appareil refit le voyage de Zurich à Vaux. Le 4 août je le plaçai sur une allée, à deux pas d'une fourmilière sanguinea située sur le gazon, au bord de l'allée, Les fusca sortirent d'abord, et attirèrent l'attention des sanguinea, lesquelles se répandirent peu à peu sur l'allée en nombre toujours plus grand. Les sanguinea tuèrent | ainsi un bon nombre des fusca de mes amazones, Bientôt l'allée fut rouge de sanguinea qui approchaient de la porte de mon appareil. Une dizaine d'amazones se décidèrent alors à sortir et se jetèrent au milieu des sanguinea. Cela suffit pour retarder la marche de ces dernières, Maïs ces quelques fourmis eurent beau se multiplier, elles disparurent sous le nombre des ennemis qui les incndaient de venin et arrivaient en nombre toujours plus. grand. Alors je vis les amazones sortir deux à deux du tube de caoutchouc et tomber sur les sanguinea qui formaient un front imposant. Chose curieuse, il n'en sortit pas plus d'une soixantaine, et cette petite troupe tenta seule le combat. Cela suffit pour arrêter … net la marche des sanguinea. Les amazones n'attaquèrent pas en corps, mais se jetèrent toutes pêle-mêle au milieu des sanguinea, mordant à droite et à gauche, transperçant la tête | de leurs ennemies et trouvant toujours moyen de se dégager lors même que dix ou vingt sanguinea étaient aux prises avec chacune d'entre elles, Je vis alors un mouvement de recul s'opérer dans toute la masse des sanguinea. Ce mouvement s'accentua toujours plus, quoique les amazones n'opposassent aucun front d'armée à leurs ennemies et ne reçussent absolument aucun renfort. Bientôt les sanguinea eurent reculé jusqu'au bord de l'allée, aux portes de leur nid. Les amazones, toujours au milieu d'elles, gravirent en même temps qu'elles les pentes du dôme, combattant toujours avec la même ardeur, sans avoir l'idée de fuir quoique plusieurs d'entre elles eussent péri et que beaucoup d'autres eussent reçu du venin. Rien n'était curieux cemme cette lutte ; les amazones s'arrêtaient pour se gratter l'abdomen et les pattes postérieures après chaque combat singulier contre ces ennemies plus grandes et beaucoup plus nombreuses qu'elles, lesquelles se voyaient pourtant battues, À ce moment les sanguinea avaient perdu courage, Quelques fusca, leurs esclaves, sortirent bientôt des nymphes du nid, et cinq minutes ne s'étaient pas écoulées qu'une panique incroyable s'empara de la fourmilière, Toutes les sanguinea, ainsi que leurs esclaves, sortirent à la fois du nid en emportant des nymphes dont elles abandonnèrent même une grande partie sur le dôme qui en fut couvert, et s'enfuirent dans toutes les directions sans faire plus aucune résistance, En dix minutes elles eurent totalement évacué le nid, y laissant presque toutes leurs nymphes. On apercevait à peine les quelques amazones qui avaient été cause de cette scène et qui rôdaient sur le dôme sans entrer dans leur conquête. Cependant quelques-unes prirent enfin des cocons et les portèrent dans l'appareil. Elles n'y étaient: pas depuis deux minutes que toute l'armée qui n'avait pas donné signe de vie jusqu'alors sortit par le tube de caoutchouc et alla piller les nymphes du nid conquis, L'abondance était telle qu'une chaîne non interrompue d'amazones s'étant établie, il se forma bientôt un tas énorme de nymphes qui cbsiruaient complètement l'entrée du tube et que les fusca
ne pouvaient suffire à introduire dans l'appareil. Le pillage dura jusqu'à 8 L2 heure du soir; je dus couper quelques essais de déménagement commencés par les fusca dans le : nid des sanguinea. Une trentaine d'amazones au plus avaient péri, sur les soixante environ ; qui avaient mis en fuite à elles seules toute la fourmilière sanguinea ; la plupart étaient mortes par suite du venin qu'elles avaient reçu. Une foule de cadavres de sanguinea couvraient l'allée. Le butin était trop considérable, et toutes les nymphes de sanguinea . furent mangées ou jetées par les fusca qui ne conservèrent que celles de leur espèce dont beaucoup avaient été pillées (les sanguinea avaient auparavant pillé elles-mêmes des nids de fusca). Les sanguinea ne revinrent dans leur nid que plusieurs jours après. Elles s'étaient fait de a nids provisoires dans l'herbe,
10 P. S. (1919). Je crois devoir intercaler ici une observation faite bien plus tard, le 26 juin 1907, à Chigny près Morges, où j'habitais alors. Une grande fourmilière de F. sanguinea se trouvait sur le sommet d'un mur de deux mètres de haut qui était au ras de notre terrasse. Ce mur bordait une route qui se trouvait donc deux mètres plus bas que la terrasse. Ce jour-là je vis les sanguinea descendre le mur vers l'est et traverser en troupes, à une heure et demie, obliquement la route, Supposant une expédition ordinaire, je
1 cherchai une fourmilière fusca de l'autre sôté de la route. Au lieu de cela j'en découvris une de Polyergus
ke
“ rufescens sur laquelle se dirigeaient directement les sanguinea.
4 Etant pressé, j'activai les choses; je plaçai quelques fusca avec leurs cocons ainsi que deux Polyergus devant le front des sanguinea. Selon leur coutume, les deux Polyergus se jetèrent sur l'ennemi en vrais Japonais employant le jiu-jitsu, Maïs ils furent tués. J'allai encore prendre des fusca dans une
autre fourmilière (ordinaire) pour hâter la rencontre. Celle-ci ne tarda pas, les sanguinea ayant déjà traversé
, la route et pillant les cocons des fusca. À ce moment les Polyergus du nid commencèrent à sortir,
2 Alors commença une des scènes les plus comiques que j'aie vues dans ma vie, Les sanguinea
… s'étaient sans doute imaginé aller à l'attaque d'un nid ordinaire de fusca et mon appât avait encore attisé
jeur courage, Maïs elles avaient compté sans leurs hôtes ! Vingt-cinq à trente Polyergus, sortis de leurs
nids, commencèrent leur jiu-jitsu ordinaire contre cet insolent ennemi, qui se battit énergiquement, Mais
- un seul Polyergus, grâce à sa tactique, terrassait 5 à 7 adversaires presque en même temps. Plus même,
… plusieurs sarguinea eurent le cerveau transpercé par les terribles crocs des Polyergus. Alors seulement les
agresseurs commencèrent à comprendre leur erreur et reculèrent, d'abord lentement, tandis que le nombre des
- Polyergus croissait à vue d'œil, Le combat proprement dit avait débuté à 2% heures ; à 2 % heures, les
songuirnea, en pleine déroute, s'enfuirent dans leur nid en remontant le mur, après que les Polyergus les eurent
poursuivies jusqu'au milieu de la route, Les jours suivants, elles se gardèrent bien de revenir,
E Le fait intéressant ici, c'est que le conflit entre les deux troupes de brigands avait été spontané, tandis que dans le cas précédent c'était moi qui l'avais provoqué, Quoique la fourmilière sanguinea fût très grande, ainsi que la taille de ses 5, elle eût dû s'enfuir tout entière en déroute si les Polyergus s'étaient âvisés d'aller plus loin et de grimper le mur, De plus, le fait que les sanguinea se gardèrent bien de recommencer prouve la mémoire individuelle acquise par leur défaite. Selon la théorie des tropismes de Lœb et Bethe, elles eussent dû recommencer, :
PR
Le 8 août 1869, à 4 heures, je portai mon appareil vers une fourmilière ennemie
d' amazones-fusca. L'armée de celle-ci n'osa pas partir, et un peloton qui sortit de mon
| appareil engagea un combat terrible avec elle. Ces amazones se battaient avec une fureur
incroyable, Elles se saisissaient mutuellement le thorax, et il se formait ainsi des paquets de
cinq ou six fourmis qui roulaient par terre en se mordant sans qu'on püût distinguer les
amies des ennemies, Les miennes furent toutes tuées, mais le gros de l'armée ne sortit pas, # je rapportai mon appareil à la maison.
Le 15 août ma fourmilière allait toujours bien, Beaucoup de (j rufescens étaient
. éclos. Je posai l'appareil sur le gazon, devant un nid de F. rufibarbis situé à côté de la
maison de mes parents, et je l'ouvris entièrement, Le temps était froid ; un combat très
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mou eut lieu, surtout entre fusca et rufibarbis. Beaucoup de ces dernières furent tuées. Le
lendemain cependant elles s'étaient enfuies, et les fusca déménagèrent tout le contenu de l'appareil dans leur nid, y compris les (j. Je ne remarquai ni cinereo-rufibarbis, ni sanguinea parmi les esclaves de mes amazones. Evidemment les fusca avaient mangé ou jeté les nymphes de ces espèces.
Le 17 août le temps était chaud ; mes amazones sortirent en une petite armée et
allèrent piller les rufibarbis qui s'étaient établies à un mètre de là. J'allai chercher beaucoup d'amazcnes et de leurs esclaves dans l'ancien nid d'où j'avais tiré quatre mois auparavant les fourmis de mon appareil, et je les mis vers ces dernières, Elles se reconnurent presque aussitôt, et les nouvelles arrivées furent transférées dans le nid.
De nouvelles © fraîches écloses se joignirent à l'armée qui se retrouva bientôt.
grande, mais très bigarrée, car beauccup de ces nouvelles étaient très petites et foncées, Je mis encore plusieurs fois des fusca avec leurs cocons aux alentours du nid ; elles furent
loujours pillées.
En 1870 je ne pus passer que quelques jours à Vaux où je roue le 17 ile mes
amazcnes dans leur nid.
Au printemps 1871 je ne les retrouvai pas. Le 21 juillet 1871 je vis près de cet
endroit une petite armée amazone en marche, qui s'arrêta bientôt, ne trouva rien, et revint sur ses pas. Elle alla rentrer dans un trou caché dans le gazon, exactement à la place
de l'ancien nid (qui avait été pris le 15 août 1869 à des rufibarbis). La fourmilière existait
donc toujours. Je lui vis dès lors refaire plusieurs expéditions bien réussies sur des.
fourmilières fusca ; deux autres méritent d'être mentionnées.
Le 31 juillet 1871 l'armée part et marche lentement. Elle arrive à cinq pas de sa demeure vers un nid que j'avais vu abandonner quelques jours auparavant par des rufibarbis qui l'habitaient. Elle s'y introduit, y reste pendant quelques minutes, puis revient à vide chez elle et ne repart pas. Croirait-on que le 2 août, trois jours après, ces mêmes amazones
retournèrent à ce même nid vide, et y entrèrent une seconde fois pour revenir de nouveau
chez elles à vide ?
Cependant je remarquai que parmi les esclaves fusca de ces amazones il y avait
quelques rufibarbis. J'observai de singuliers faits à leur égard : plusieurs fois je les vis tirail-
lées par les fusca. D'autres fois j'en vis qui se laissèrent faire en se repliant et que des fusca empcrtèrent et déposèrent à une certaine distance du nid. La plupart, lorsqu'elles
revenaient vers l'entrée du nid, s'y précipitaient tout à coup en courant pour éviter d'être reprises par les fusca (comparer avec VI. 6. fin). Je vis’aussi un ou deux cadavres de
rufibarbis emportés par des fusca.
Le 13 août je trouvai l'armée de mes amazones aux prises à six pas de son nid avec
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une fourmilière rufibarbis assez forte et composée de grosses 8, Le combat était très viclent, Le gros de l'armée revint chargé de cocons, maïs les rufibarbis poursuivirent en … désespérées les amazcres jusqu'à leur nid où elles se trouvèrent avoir affaire aux fusca
esclaves ; les. © rufescens durent déposer leurs cocons à la hâte pour défendre leur propre.
nid et délivrer beaucoup de leurs compagnes de petite taille faites prisonnières par les
rüfibarbis. 11 y eut une masse énorme de rufibarbis tuées, On aurait dit qu'elles cherchaient
la mort, Quelques-unes s'étaient attachées aux pattes d'amazones qui ne purent s'en débar-
rasser et qui ne revinrent pas chez elles, car elles s'obstinaient à mordre le cadavre qui les | gênait, et à tâcher de l'arracher. Un petit nombre d'amazones périrent sous le venin de leurs nombreuses ennemies, Le lendemain les amazones retournèrent piller la même fourmilière en bataillon serré, formant presque un carré, et marchant très lentement. Le reste se passa comme la veille ; elles revinrent chargées de nymphes. Les rufibarbis esclaves des amazones combattirent ne celles de la fourmilière pillée qui avaient de nouveau poursuivi l'armée jusque chez elie, Dès lors le nombre des esclaves rufibarbis augmenta dans la fourmilière amazone, et les fusca cessèrent de les tirailler, C'est la seule fois avec une autre que j'ai vu une fcurmilière mixte amazone-fusca-rufibarbis. En 1872 elle prospérait toujours - et avait toujours des esclaves des deux sortes.
2. Je place ici, à la suite de ce qui précède, les observations que j'ai faites sur le P. rufescens pendant l'été de l'anñée 1873, car elles ont presque toutes été faites sur la - fourmilière dont nous venons de parler, soit sur mes anciennes élèves.
Au printemps 1873 les fusca élevèrent un grand dôme maçonné, preuve que la four- | milière avait. prospéré. On ne voyait plus de rufibarbis parmi elles ; il paraît qu'en 1872 « les amazones n'avaient plus pillé de fourmilières de cette race. Le 29 juin les amazones E. scrtirent pour la première fois, et je fus étonné de la grandeur de leur armée qui devait » certainement comprendre environ 1500 fourmis. Parties vers 5heures seulement, elles n'allèrent pas loin, ne trouvèrent rien, et rentrèrent chez elles, Le 1°" juillet elles allèrent à 314 heures piller une fourmilière fusca, et rentrèrent avant 4 heures. Le 2 juillet, elles allèrent piller une autre fourmilière fusca assez grande, située près d'un sapin ; elles décri- 4 virent une courbe en s'engageant dans le gazon, et passèrent à côté d'une fourmilière » rufibarbis sans l'attaquer. Le butin fut considérable. L'armée retourna piller les fusca une » seconde fois, mais elle ne rapporta que quelques larves, puis elle rentra chez elle, Cette . même fourmilière fusca fut pillée une troisième fois par mes amazones le 10 juillet, c'est- “ à-dire 8 jours après ; chose curieuse, elles passèrent alors par une allée, en suivant un tout autre chemin que les deux premières fois, c'est-à-dire en décrivant une courbe en sens . inverse, Ces 8 jours avaient suffi aux fusca pour élever de nouvelles larves qui étaient déjà en cocons, car l’armée amazone revint chez elle amplement chargée de cocons. Elle n'alla plus ce jour-là au nid pillé ; mais 15 jours plus tard, le 25 juillet, elle y retourna pour la quatrième fois, et cette fois de nouveau par le chemin qu'elle avait suivi le 2 juillet. Elle y fit encore une ample récolte de cocons, et eut même l'impudence de repartir aussitôt, quoique en hésitant, pour aller de nouveau le piller, Mais cette cinquième fois elle n'en rapporta presque rien. Il est à remarquer que, lors de cette expédition du 25 juillet, les amazones eurent de la peine à pénétrer dans le nid des fusca dont le dôme aplati était entièrement fermé, et qui ne s'ouvrait qu'à trois décimètres de là par un canal souterrain. Le 14 août mes amazones retournèrent piller pour la sixième fois la même fourmilière fusca. Elles prirent la ligne droite, entre les chemins qu'elles avaient suivis les 2 et 10 juillet. Elles eurent de la peine à entrer dans le nid, mais chacune en rapporta une nymphe ou une larve.
Les fourmilières rufibarbis abondent aux environs du nid de mes amazones, Dans une de leurs expéditions, celles-ci s'arrêtèrent non loin d'une de ces fourmilières rufibarbis et se mirent à chercher partout, Je pris de la terre, des fourmis et des nymphes dans le nid des rufibarbis, et jetai le tout dans la direction des amazones, Bientôt la partie de
l'armée qui en était le plus rapprochée se mit à marcher dans cette direction et à rappeler les autres amazones. Mais en même temps une tête s'était formée dans une autre direction,
et l'armée fut bientôt divisée en deux corps. Celui que j'avais attiré du côté des rufibarbis
attaqua celles-ci; mais à mon grand étonnement il ne se trouva dans cette fourmilière
presque rien d'autre que des cocons de © et des larves à six pattes (de Coléoptères)
dont je parlerai ailleurs (XXXV)., Ces larves que les rufibarbis. défendaient avec autant d'acharnement que leurs propres cocons furent ravies en assez grand nombre par les amazones, Mais ces dernières ne purent pas emporter un seul cocon © rufibarbis ; ils étaient trop gros pour l'arc de leurs mandibules (VIII. 9), L'autre corps d'armée alla après de nombreux arrêts et zigzags piller une fourmilière fusca plus éloignée. Les F. rufibarbis dont nous venons de parler furent pillées de nouveau par mes amazones le 16 août ; il n'y avait plus de larves à six pattes, mais le butin en cocons et larves © rufibarbis fut
en revanche tel que l'armée alla quatre fois de suite au pillage, et revint chaque fois entière-
ment chargée. Le 18 août, nouveau pillage, mais maigre butin.
Une autre fois mes amazones, après avoir pillé des fusca, repartirent aussitôt dans la même direction apparemment pour retourner au même nid, quoique la queue de l'armée n'eût pas trouvé de quoi se charger. Mais arrivées au tiers du chemin, elles s'arrêtèrent, s'éparpillèrent, et ccmmencèrent à rebrousser chemin. Voilà un cas où leur retour n'était certainement pas dû au fait qu'elles ne savaient pas leur chemin, mais à l'idée qu'elles ne trouveraient plus rien dans le nid pillé, et ce furent probablement les amazones qui avaient été les dernières au pillage qui empêchèrent les autres de continuer leur chemin, Une belle fourmilière rufibarbis se trouvait tout près du lieu d'arrêt de l'armée ; j'attirai les amazones vers elle, comme dans le cas précédent. Le combat fut très violent et très meurtrier ; les amazones n'arrivèrent que peu à peu, mais elles tuèrent presque la moitié des rufibarbis :). Elles s'emparèrent du nid ; puis elles formèrent, à la façon des sanguinea, une chaîne non
interrompue d'allantes et de venantes, car chaque © chargée, à peine de retour chez elle (au
nid des amazones), déposait son cocon et repartaiït aussitôt pour le pillage. Les amazones
pillèrent ainsi de fond en comble le nid des rufibarbis. Cependant celles de ces dernières qui
avaient survécu y rentrèrent aussitôt après le départ des pillardes et y demeurèrent, car 13 jours plus tard les amazcnes vinrent spontanément les piller de nouveau, et firent encore un ample butin dans leur nid. à
Le 7 août, jour très chaud, mes amazones partent à 4 heures et 5 minutes ; alles vont, en décrivant une courbe, jusqu'à 27 pas de chez elles. Là elles s'arrêtent dans le gazon et cherchent longtemps ; bientôt deux groupes se forment dans l'armée ; l'un (A) cherche à une place, et l'autre (B) à une autre. Tout à coup les amazones du groupe B s'élancent vers une cuverture qu'elles ont trouvée dans la terre desséchée, et y pénètrent en masse, C'est un nid de F. fusca. Le groupe À n'est pas averti, car il y a trop peu d'amazcnes éparses dans le gazon sur l'espace qui le sépare du groupe B ; il continue à chercher ; à peine quelques © sont-elles prévenues et viennent-elles une à une rejoindre les B. Déjà ces dernières ressortent chargées de cocons et reviennent chez elles. Les À
1} Ebrard cite un cas analogue et dit (l. c. p. 16) que les amazones font un carnage horrible des mineuses (rufibarbis).
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