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qui cherchent toujours s'élancent subitement en avant dans le gazon, en suivant une toute autre direction que celle du nid pillé par les B: elles vont ainsi jusqu'à 13 pas du
lieu de l'arrêt. Elles. font alors halte de nouveau, cherchent encore longtemps, et finale-
ment reviennent sans avoir rien trouvé. Pendant ce temps les B ont été déposer leur butin chez elles et retournent au pillage. Les À repassent sur le lieu de leur première halte, sans s'y arrêter cette fois, et prennent pour revenir chez elles le chemin que l'armée
entière a pris pour aller, Elles ne tardent donc pas à rencontrer les B. Les deux corps
d'armée doivent, semble-t-il, être fort étonnés de cette rencontre, car l'un revient à vide, découragé, tandis que l'autre retourne gaiement au pillage. J'observe de près. Les B marchent plus serrées et sont plus nombreuses Lorsque les $ À ont rencontré la tête d'armée des B, elles continuent d'abord à marcher en sens inverse : mais bientôt elles s'arrêtent, l'une plus tôt, l'autre plus tard, font volte-face, chacune pour son compte, et se mettent à
marcher avec les B comme si elles n'avaient fait que cela jusqu'ici, sans hésiter un seul
instant. Le corps d'armée B recueille ainsi en avançant tout le corps À, à mesure que ce dernier revient ; il fait faire volte-face à toutes ses ® l'une après l'autre. Ainsi toute l'armée retourne au pillage, et cette fois les À, éparses parmi les B, n'ont pas l'idée de s'arrêter de nouveau au lieu de la première halte. Le nid des fusca ne fournit plus qu'un assez maigre butin, C'est la seule fois que j'aie observé une pareille rencontre imprévue de deux corps d'armée séparés des mêmes amazones,
Une fois encore, la moîtié de mes amazones seulement avaient trouvé de quoi se charger chez une fourmilière rufibarbis ; les © non chargées formèrent un corps séparé, et partirent du nid pillé pour aller dans une autre direction où elles trouvèrent une seconde fcurmilière qui leur fournit des nymphes et des larves.
Un jour l'armée de mes amazones retournait pour la seconde fois au pillage d'un
nid de fusca. Je me couchai sur le gravier où elle passait, et j'étendis mon bras sur le
sol, devant elle. La tête hésita, fit en partie le tour de l'obstacle, jusqu'à ma main ; mais bientôt un certain nombre d'amazones gravirent mon bras, et presque toute l'armée les suivit, franchissant aïnsi directement l'obstacle. Cependant une partie des amazones s'étaient répandues le long de mon corps, et s'étaient glissées sous moi, Lorsque je me relevai, elles se trouvèrent subitement à l'air libre, mais séparées des autres et du bon chemin. Elles ne surent pas retrouver leur chemin (les autres étaient presque toutes en avant), s'avancèrent dans une direction complètement fausse, cherchèrent longtemps en vain, et finalement revinrent chez elles à vide ; elles venaient pourtant de faire cette route le même jour, mais elles s'écartèrent du gros de l'armée à cause d'un obstacle imprévu, ce qui les dérouta tout à fait lorsque l'obstacle fut tout à coup levé.
J'ai cherché cette année à faire une statistique des expéditions de ma fourmilière amazone pendant la saison où elles ont lieu. J'ai été malheureusement empêché d'en voir une partie, ce qui rend la statistique incomplète ; les chiffres approximatifs que j'ai obtenus ont cependant leur intérêt, et permettent certaines conclusions. Les observations sont faites dès le 29 juin (jour de la première expédition de l'été) au 18 août. Les expéditions qui ont eu lieu à partir du 18 août font défaut. Dans cet espace de temps j'ai dû m'absenter plusieurs fois, et mes amazones ont pu sortir alors sans que je les aie vues ; c'est cependant l'exception. J'observai en tout 30 après-midi pendant lesquels mes amazones firent des expéditions.
Il y eut quelques autres jours d'orage et même de très beau temps pendant lesquels elles restèrent chez elles. Dans ces 30 après-midi, l'armée entière partit en tout 44 fois de son nid (un jour p. ex. 4 fois de suite). Sur ces 44 expéditions, il y en eut 4 où l'armée se divisa en deux corps, 6 où elle revint sans avoir trouvé de fourmilière (pour cause d'erreur de chemin, ou de fatigue), trois où elle ne découvrit que des fourmilières qui ne possédaient point de cocons ni de lärves, 6 dont elle rapporta un maïgre butin, 25 dont elle rapporta un ample butin. Sur les 8 corps formés par la division en deux de l'armée, laquelle. eut lieu quatre fois, un ne trouva rien, 7 attaquèrent des fourmilières ; sur ces 7 derniers, 4 ne firent qu'un maigre butin, 3 firent une ample récolte, Donc il y eut en tout 41 attaques de fcurmilières ; sur ce nombre, 19 sur des fourmilières rufibarbis (dont 3 où les amazones revinrent absolument sans rien), 19 sur des fourmilières fusca, et 3 dont je ne vis que le retour. Mais au point de vue des fourmilières pillées, ces chiffres se répartissent autrement, la même fourmilière-ayant été ordinairement pillée plusieurs fois, Sept fourmilières fusca différentes ont été pillées en tout : une 6 fois, une 4 fois, une 3 fois, deux 2 fois, deux 1 fois. Huit fourmilières rufibarbis différentes ont été pillées en tout : une 5 fois, deux 4 fois, deux 2 fois, quatre 1 fois. Restent les trois expéditions dont je ne vis que le retour, mais où 1 amazones rapportaient des nymphes et des larves.
‘Les dénombrements que je fis dans les derniers temps de l'armée de mes amazones m'ayant tous donné un nombre supérieur à 1000 fourmis‘) (le plus souvent aux environs de 1100), je puis admettre que lorsqu'elle revenait amplement chargée d'une expédition, elle devait rapporter en moyenne 1000 cocons ou larves, ce qui ferait déjà 25,000 d'après le chiffre indiqué plus haut. Dans les cas de maigre butin, je puis compter qu'en moyenne un tiers de l'armée (et cela pour le moins) était chaïgé, ce qui fait en tout 2000 cocons : ou larves de plus. Viennent encore les 7 corps séparés dont chacun représente la moitié de l'armée et dont trois rapportèrent un ample butin ; cn peut donc compter pour eux en tout environ 2300 cocons ou larves. Nous avons donc en somme environ 29,300 cocons ou larves pillés dont à peu près 13,000 de rufibarbis, 14,000 de fusca (d'après la répartition des cas de maigre butin et d'ample butin suivant ces formes) et 2300 de provenance inconnue (probablement de fusca). Si nous ajcutons à ce chiffre la quantité probable de butin rapporté des expéditions que je n'ai pas vues, et de celles qui auront eu lieu après le 18 août, nous devons arriver à un chiffre peu éloigné de 40,000 cocons ou larves pillés cette année par mes amazones. Il est vrai que l'été a été exceptionnellement chaud et sec ; jamais je n'ai vu les amazones faire autant d'expéditions, Cependant en admettant que le nombre indiqué se réduise à 20,000 ou 25,000 dans une année ordinaire, il n'en resté pas moins très grand, et cemble devoir représenter le chiffre des esclaves dans une fourmilière amazone. C'est peut-être la vie souterraine des F. fusca qui nous fait croire à l'ordinaire leur nombre moins grand dans les fourmilières amazones, car il est assez peu probable qu'elles mangent des nymphes de leur propre espèce lorsqu'elles ne sont pas élevées en captivité dans un appareil. Hâtons-nous de faire cbserver ici qu'il y a une grande anomalie dans notre fourmilière, car elle est actuellement presque uniquement amazone-fusca, et son armée a cependant pillé, avons-nous vu, 13,000 cocons de rufibarbis! Ces cocons de rufibarbis seront probablement
1) Certainement ce nombre a dû aller au commencement jusqu'à 1500,
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