‹ < > fourmis de la Suisse notices anatomiques et physiologiques, architecture, distribution géographique, nouvelles expériences et observations de moeursChapitre 70 sur 139 · PRET · texte numérisé non relu

PRET

mangés en grande partie par les fusca. J'ai pourtant remarqué un certain nombre de ©

rufibarbis écloses dans la fourmilière ; elles ne sont pas tiraillées par les fusca.

J'ai vu constamment cette année des amazones de ma fourmilière partir individuellement et aller à de grandes distances (jusqu'à 50 pas de leur nid) en marchant par saccades. J'en ai vu qui inspectaient au nombre de 4 ou de 5 des nids de F. fusca situés

à plus de 30 pas du leur ; elles en cherchaient les ouvertures et examinaient soigneusement

les alentours, Ces faits me prouvent de plus en plus que les ? amazones vont étudier chacune pour son compte la situation des nids à esclaves aux environs du leur, et que c'est ce qui permet à l'armée de se diriger avec ensemble, et de prendre une décision à un moment donné.

J'observai pour la première fois cette année chez mes amazones un fait très curieux :

les esclaves fusca se mirent à tirailler çà et là individuellement des $ amazones avant

ou après leurs expéditions. Ainsi une fusca prenait une amazone par un membre, et l'entraînait loin du nid. L'amazone résistait peu, souvent même se repliait à moitié, Parfois la fuüsca devenait violente et mordait l'amazone en recourbant son abdomen, L'amazone patientait un certain temps. Deux issues se présentaient suivant les cas : 1° Parfois ‘la fusca finissait par déposer l'amazone à quelque distance du nid ; aussitôt cette dernière

ÈS NS , , « , 17 " “ x OT Se

cherchait son chemin pendant un instant, puis s'élançait vers le nid où elle arrivait avant la fusca. Cependant cette dernière la rattrapait quelquefois pendant qu'elle cherchait son chemin, et la portait encore plus loin, mais le résultat final était le même, 2° D'autres fois

la fusca se montraïit trop tenace et trop violente. Alors l'amazone impatientée se recourbait

__ brusquement et saiïsissait la tête de son esclave entre ses mandibules ; ordinairement la

fusca lâchait aussitôt prise. Mais quelquefois elle résistait à cette injonction et s'obstinaït à mordre, ce qui lui coûtait cher, car l'amazone lui perçait la tête avec ses'‘mandibules, et se débarrassait ainsi d'elle comme d'une ennemie, en la tuant. Je vis une fois une amazone tiraillée par 6 ou 7 de ses esclaves dont elle finit par se débarrasser en en tuant une. Ces tiraillements devenaient donc de vrais combats à froid comme ceux dont nous avons parlé

ailleurs (V, 2 ; VI, 6, etc.). Il faut avouer que voilà de singuliers faits; ils sont heureusement

fort rares. Avec un peu d'imagination on en ferait des révoltes d'esclaves comprimées par la force, les menaces et les exécutions des maîtres. Mais ce serait une grande erreur. Ces phéncmènes se passaient pendant un temps très chaud et très sec, Les fusca, obsédées probablement par la horde paresseuse, altérée et trop nombreuse des amazones qui venaient constamment demander à boire, et ne pouvant lui suffire, furent prises d'impatiences

individuelles qui les poussèrent à chercher un moyen de s'en débarrasser. Les tiraillements

cessèrent en effet complètement après la pluie. Mais les amazones étaient trop coriaces pour pouvoir être mutilées à froid par les fusca, sincn elles l'auraient certainement été, Le fait le plus curieux est, à mon avis, la décision que prenait finalement l'amazone d'enfoncer ses mandibules dans la tête de l'escläve qui décidément ne voulait pas lâcher, et de! revenir ensuite paisiblement à la feurmilière où les autres fusca ne la recevaient pas plus mal pour

- cela, Cet acte peut venir de ce qu'ici c'est le plus faible qui attaque le plus fort, mais je

l'attribue surtout au fait que les amazones ne peuvent absolument pas supporter d'être prises par les jambes, et que leur instinct les pousse lorsqu'elles le sont à percer la tête de leur adversaire, ce qu'on peut observer dans presque toutes leurs expéditions. Peut-être

ri <°

Huber avait-il affaire à un cas analogue au précédent lorsqu'il raconte avoir vu des amazones revenant à vide d'une expédition manquée être mal reçues par leurs esclaves qui les tiraillèrent,

J'cbservai une Îoïs ou deux, après le retour des expéditions, le même fait singulier que j'ai signalé dans l'expérience VIII, 34, c'est-à-dire deux amazones se demandant mutuellement à manger, et se suçant la bouche l'une l'autre, Je crois être arrivé deux où trois fois cette année à provoquer artificiellement le départ de mes amazones. Souvent, par de très beaux jours, l'heure de l'expédition passait, je ne sais pourquoi, sans qu'elles partissent ; au lieu de se mettre à courir, elles se perchaient sur les brins d'herbe autour de l'entrée de leur nid et ne bougeaient plus. Quand je vins alors répandre l'alarme parmi elles, en passant mon doigt sur elles, cette alarme fut prise par celles qui étaient dans le nid pour un signal de départ ; toute l'armée sortit, se répandit sur le dôme et partit bientôt pour une expédition.

Enfin j'ajoute que la prospérité de ma fourmilière amazone s'est manifestée cette année par la production d'un grand nombre de ©, et que j'y ai trouvé en outre un hermaphrodite et trois 5 (femelle-aptère d'Huber, ergatogynes). É

Le 5 juillet, je visitai près de Genève, avec M. Frey-Gessner, une grande fourmilière amazone-fusca. Une première armée était déjà en marche ; il s'y forma bientôt dans le gazon deux têtes qui se séparèrent à angle très aigu, et divisèrent toute la bande en deux colonnes qui bientôt marchèrent à côté l'une de l'autre, à quelques centimètres de distance. Elles attaquèrent toutes deux la même fourmilière fusca, et revinrent divisées comme elles étaient allées, jusqu'au point où elles s'étaient séparées en allant. Avant que cette armée fut de retour, une seconde armée un peu moins forte partit de la même fourmilière amazone dans une direction opposée, et alla piller une autre fourmilière fusca. Les © de la première armée qui arrivait ne se joignirent pas à la queue de la seconde armée qui partait, et rentrèrent dans le nid pour n'en plus ressortir de la journée.

Le 8 août, l'armée d'une fourmilière amazone-rufibarbis, après avoir été piller une petite fourmilière rufibarbis à une faible distance, partit de nouveau de son nid dans une autre direction, Elle marchaït à la débandade, de sorte que des © quittaient encore le nid alors que la tête était déjà à 30 pas de chez elle, À ce moment je remarquai à quelques décimètres en avant des premières amazones de l'armée un certain nombre de F. rufibarbis perchées sur des brins d'herbe et tenant des larves dans leurs mandibules, Je m'approchai, et je découvris le dôme du nid des rufibarbis ; maïs il était couvert de F. sanguinea qui s'étaient emparées du nid, en avaient chassé les habitants, et emportaient chez elles les larves et les nymphes, dans une direction opposée à celle d'où venait l'armée amazone. Celle-ci fut bientôt arrivée, culbuta les sanguinea sans le moindre effort, mais ne trouva plus rien dans le nid qui était, paraît-il, déjà entièrement dévalisé, Les amazones se mirent alors à poursuivre les sanguinea qui fuyaient de tout côté à leur approche. Maïs ces dernières étaient très disséminées et se cachaient dans l'herbe : aussi l'armée amazone n'alla-t-elle guère qu'à deux ou trois mètres au-delà du nid des rufibarbis, et revintelle, chez elle découragée de ne rien trouver. Je suivis alors la file des sanguinea qui me conduisit, dans une direction opposée à celle du nid des amazones, jusqu'à 80 pas du nid des rufibarbis. Là se trouvait seulement le nid des sanguinea qui y rentraient à chaque instant

sf. hace

ES, S'iat t Of dis tr.

PARCS ATET"

nb dt SE Se si dd dd

- avec des larves et des cocons pillés. Les amazones auraient eu de la peine à aller jusque-là pour arracher le butin à ces premiers voleurs arrivés avant elles.

Mon frère a été témoin avec moi de cette singulière expédition, la seule où j'aie vu les deux sortes de fourmis esclavagistes se rencontrer d'une façon fortuite dans une fourmilière de l'espèce esclave.

Formica sanguinea :

Fourmilière mixte en appareil. Oeufs féconds pondus par des

1. Le 18 avril 1868 j'allaï chercher près de Morges une fourmilière de F. sanguinea

et je la fis entrer dans mon grand appareil (C) où j'avais mis de la terre. Elle me présenta

une foule de faits curieux que je tâcherai d'énumérer le plus brièvement possible.

J'avais fait entrer dans l'appareïl une fourmilière de Solenopsis fugax qui vécut quelque temps dans les parois des cases, maïs les sanguinea amincirent énormément ces parois et les Solenopsis finirent par disparaître {Bull. de la soc. suisse d’entom. Vol. III, n° 3, P 115).

E ne pus remarquer de © féconde parmi mes sanguinea, et cépendant le 2 mai il y avait une quantité d'œufs dans l'appareil. Mes prisonnières mangeaient beaucoup de

. miel, s'emparaient des insectes que je mettais dans leur mangeoire, et les emportaient dans

l'appareil où elles les déchiraient ; puis elles léchaient les sucs de leur corps qu'elles rejetaient ensüite dans la mangecire, Le 21 mai beaucoup de petites larves étaient écloses, Je donnai ensuite à mes sanguinea des larves et des cocons de F. fusca, L. niger, L. flavus, etc. de sorte que je ne pus plus faire dès lors d'observations très positives sur leurs propres larves. Bien plus, le soir du même jour je mis dans un sac des sanguinea prises dans deux fourmilières du Zurichberg avec leurs larves (car j'avais fait le 20 avril le voyage de Vaux à Zurich}, et je plaçai ce sac en communication avec l'appareil. Il y eut d'abord de violents tiraillements, mais sans emploi du venin. Puis bientôt le contenu du sac fut déménagé dans l'appareil, et le lendemain il y avait alliance presque complète. Les esclaves des trois fourmilières étaient des fusca qui s'allièrent aussi entre elles et aux sanguinea. Le 23 mai j'ôtai le sac qui était presque vide ; l'alliance était consommée, et ma fourmilière avait doublé, Dès lors les petites larves de mes premières sanguinea, qui étaient en retard sur celles des nouvelles, se mirent à grossir rapidement et je ne pus bientôt plus du tout distinguer les unes des autres. Le 3 juin beaucoup s'étaient mises en cocon. On voyait aussi beaucoup de cocons © de sanguinea et de fusca, ainsi que de pratensis ; j'avais donné ces derniers la veille à mes sanguinea. Il y avait de plus une nymphe nue * de l'une ou l'autre de ces espèces. La mangeoïire était remplie d'ouvrières qui cherchaient en vain à sortir, et passaient leurs antennes par les trous du treillis. Le 6 juin, je mis encore dans la mangeoire beaucoup de cocons #, © et « fusca, cinerea, rufibarbis, rufa, niger èt caespitum. Tous furent pris avec une égale avidité par les sanguinea. Le 10 juin je vis qu'elles avaient mangé et mangeaient encore plusieurs de ces nymphes, après les avoir sorties de leurs cocons. Le 13 juin une ou deux & rufa étaient écloses. Le 14 juin je leur donnai un certain

Page 1