‹ < > fourmis de la Suisse notices anatomiques et physiologiques, architecture, distribution géographique, nouvelles expériences et observations de moeursChapitre 72 sur 139 · SENTE RE ER ARS CNE QE LOS EE RE AE PRES MATE PS EL · texte numérisé non relu

SENTE RE ER ARS CNE QE LOS EE RE AE PRES MATE PS EL

Hu TAN cn à NU UES NM Eh ee

| “et des pratensis essayèrent un contre- enr et se mirent à rapporter des sanguinea ? vers l'appareil ; mais ce mouvement eut le dessous, car aucune des autres espèces ne voulut | y prendre une part active. Les çj rufescens furent aussi portés dans le nouveau nid. Les 9:40 1 É exsecta firent ensuite le métier de sentinelles et restèrent seules dès lors à défendre l'entrée

du nid. J'enlevai les fragments de l'appareil entièrement évacués.

RC 2% Le 9 avril 1869 je retrouvai mes fourmis à l'endroit où je les avais laissées en automne, sous les feuilles de la même Salvia. Mais je fus fort surpris de trouver un paquet d'œufs au milieu d'elles, car il n'y avait pas de © fécondes. Ce fait méritait d'être étudié. Le 15 avril je pris tout le nid avec une pelle, et je le mis dans un sac; puis j'établis une arène de gypse en communication avec un appareil de fer-blanc (système D), ef je sortis une à une toutes les fourmis du sac en les examinant soigneusement avant de les mettre dans l'arène. Toutes ces fourmis étaient des 8 ; il n'y avait plus une © parmi elles, pas . même une © vierge. Il n'y avait plus de rufa, ni de pratensis, ni de rufibarbis, ni de . rufescens. Il y avait surtout des sanguinea, puis des cinerea %, des fusca 8, des exsecta 8, | :. et enfin deux 5 rufescens. À côté de cela un assez grand nombre d'œufs en petits paquets. re . Quelques Solenopsis fugax © se trouvaient entre les mottes de terre, ainsi qu'une © féconde À de cette espèce. Mes fourmis s'établirent le même jour dans l'appareil avec leurs œufs. pa » Chose curieuse, à peine y furent-elles que les tiraillements de l'année précédente recom- 4 mencèrent ; mais bientôt je vis des sanguinea se tirailler aussi entre elles ; évidemment ce: - n'était pas grave. Une sanguinea mordillait le thorax d'une autre ; celle-ci l'ayant entraînée, ‘40 la première replia pattes et antennes et resta ainsi sur le dos de la seconde, Le 7 mai de ne. petites larves étaient sorties des œufs. Je vis le même jour une opération que je soupçonnaïis A “ avoir déjà dû se passer auparavant, car le nombre des œufs avait diminué : Une sanguinea 4 prit un œuf, disposa un de ses bouts du côté de la bouche, et l'y fit disparaître en moins d'une É minute (on sait que ces œufs sont très mous, et leur contenu liquide). Le 13 mai les 1,148 È

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et

larves avaient grossi ; les œufs me semblaient plus nombreux. Le 22 mai plusieurs larves + avaient dépassé la taille des plus grosses larves 8, D'autres plus petites étaient en paquets. Il n'y avait presque plus d'œufs. Le 29 mai plusieurs larves avaient disparu, probablement : | mangées, Le 31 mai deux larves s'étaient mises en cocon. Peu de jours après je vis des 0 larves entourées de grains de terre et commençant à filer leur cocon. Je crus d'abord que ; ë ces grains de terre s'étaient pris par hasard dans leurs fils, mais je m'aperçus bientôt que . c'étaient les © sanguinea qui déposaient cette terre autour des larves. Ces faits devinrent de plus en plus fréquents : au bout de quelques jours je vis jusqu'à quatre ou cinq larves placées les unes sur les autres, et dont chacune était entièrement entourée de terre. Parmi ces laives, quelques-unes étaient encore petites et maigres. Une fois enfermées par les © Pi . dans ce cocon artificiel, la plupart se mettaient à filer en dessous un véritable cocon ; les VE sanguinea les déterraient alors et nettoyaient le cocon. J'en vis cependant qui ne se ne filèrent pas de coque et furent déterrées malgré cela. Aucun des cocons de mes fourmis | | n'était assez petit pour être de 8. Leur forme étroite et la teinte noirâtre qu'ils prirent plus * tard montrèrent qu'ils étaient de «ÿ. Il y avait encore beaucoup de petites larves à la fin de mai, mais il n'y avait plus d'œufs, Il était certain que les œufs d'où étaient provenues ces . dernières petites larves avaient été pondus dans l'appareil où ils ne pouvaient l'avoir été que par une ou plusieurs $. Or j'avais remarqué dès le commencement deux ou trois ?

sanguinea qui avaient l'abdomen très gros, et chez nel on voyait la membrane intermédiaire entre les segments : elles me parurent être toujours les mêmes. Le 10 juin, un nouveau paquet d'œufs fraîchement pondus se trouvait dans l'appareil. Donc tous ja doutes qui eussent pu me rester étaient levés : les & étaient bien les pondeuses, Reste à . savoir si elles avaient été fécondées par les qui étaient dans l'appareil l'année précédente, ou si nous avons affaire à un cas de parthénogénèse. Je ne me charge pas de. décider. Malheureusement je ne pus voir éclore ces derniers œufs, car ma fourmilière où . le nembre des © avait peu à peu beaucoup diminué alla dès lors en périclitant, Je vis . des ® ouvrir de leurs propres cocons, ef en manger la nymphe sous mes yeux. (De Geer avait déjà vu des fourmis manger leurs propres larves), Elles mangèrent aussi leurs der- . niers œufs avant qu'ils fussent éclos. Cependant les petites larves étaient devenues grosses : | mais peu d'entre elles arrivèrent à se mettre en cocon, Le 19 juin j'observai une larve de : moyenne taille qui paraissait muer ; elle n'eut pas la force d'ôter sa peau jusqu'au bout. C'est évidemment à cette circonstance que je dus m'en apercevoir, car c'est la seule fois. que j'aie cru être témoin de la mue d'une larve de fourmi. Ce fait demande donc à être confirmé, ce à quoi je n'ai pas réussi jusqu'ici. Le 5 juillet un nouveau paquet d'œufs étail dans l'appareil : il ne tarda pas à disparaître comme le précédent. Le 27 juillet, presque tout était mort; il ne restait que quelques cocons dans un piteux état. Je vis alors un « frais éclos qui me parut être de sanguinea, maïs qui périt dans l'appareil sans Ë que j'eusse pu le prendre. Les © laissèrent périr tous les autres cocons, et le 5 août Le lâchai dans le gazon celles qui restaient. Je ne suis pas le premier qui ait vu pondre des fourmis $. Denny (Ann. a. mag. af nat. hist. Il ser. 1. 240) et Lespès (Annales des sc. nee , IV série, Tome XIX. Zoologie. 1863) ont obtenu des œufs d'ouvrières. Mais Lespès assure que ces œufs sont toujours inféconds, qu'ils se fanent et n'éclosent pas. Je viens de montrer que ce n'est au moins pas toujours le cas. Lespès avait-il pris les précautions nécessaires ?

XI > 5 2 Tapinoma erraticum

Nous avons dit quelques mots des allures singulières du genre Tapinoma (tableau. des espèces et des races). Voici quelques observations se rapportant au T. erraticum, fourmi | dont ne parlent ni Huber, ni Ebrard. <

1. Cette fourmi, extrêmement agile, se rencontre le plus souvent par individus isolés qui courent en relevant un peu l'abdomen et en étendant au vent leurs deux longues antennes filiformes qu'ils agitent dans tous les sens avec un air d'inquiétude. Si l'on suit . une de ces fourmis dans le gazon, on la voit monter et descendre les brins d'herbe ls? uns après les autres : elle s'arrête souvent, et quelquefois on voit ses deux antennes se. concentrer subitement sur un point; c'est une goutte qu'elle a trouvée et qu'elle lèche. Plus loin elle découvre un cadavre de grosse fourmi ou d'insecte, le saisit aussitôt et. l'empcrte dans son nid. Dès qu'un danger la menace, elle tourne son abdomen du côté. de l'ennemi en restant un instant immobile, puis s'enfuit. Si on la prend entre les doigts, elle répand une odeur très forte et caractéristique, mais passagère, qui paraît être celle d'un. éther compcsé. J'ai souvent trouvé beaucoup de Tapinoma dans les cadavres d'oiseaux ou de

chats déjà en putréfaction auxquels elles ne craignaient pas de goûter. Lo den combat ; a lieu entre de grosses fourmis, on peut presque être certain de voir arriver des Tapinoma qui se promènent au-dessus de la scène en passant d'un brin d'herbe à l'autre, et si l'on fixe son attention sur l'un d'eux, on le voit souvent chercher à droite et à gauche jusqu'à ce qu'il ait trouvé une fourmi morte ou mourante ; il la saisit alors par une patte, la hisse sur un brin d'herbe, et l'entraîne de feuille en feuille jusqu'à ce qu'il soit loin du champ de bataille ; il reprend alors la voie terrestre et la porte dans son nid, On peut être témoin de ce fait dans la plupart des combats entre grosses fourmis, du moins en Suisse, dâns la plaine.

2. Les T. erraticum changent très souvent de demeure. Je ne puis en donner la raison. Il n'y a aucune fourmi qui sache déménager avec une rapidité pareille, Ils ne vont quelquefois qu'à deux ou trois décimètres de distance de leur premier nid, mais : d'autres fois à plusieurs mètres. Lorsqu'on les voit, on dirait une armée de P. rufescens revenant du pillage chargée de nymphes. Il est très rare, en effet, que les ? se portent les unes les autres ; elles vont toutes en courant, serrées les unes à côté des autres. Il y en a deux à quatre de front, et presque toutes portent des nymphes nues, car dans ce genre la larve ne se file jamais de cocon. Si l'on revient deux heures blu tard, on __ ne trouve ordinairement plus rien ; le déménagement est terminé. À peine une ou deux À courent-elles encore entre les deux nids. Les © et les savent suivre les & à la file dans ces migrations.

be 3, Je n'avais jamais vu combattre de T. erraticum, et je voulus voir comment ils . s'y prenaient, En ayant trouvé une assez grande fourmilière dans le gazon, en septembre 1867, je mis sur le nid même une grande quantité de Tetramorium caespitum (fourmi à aiguillon, mais de même taille) pris au centre d'un nid populeux. À mon grand étonne- ment je vis les deux espèces.se mêler sans avoir l'air de lutter, mais les Tetramorium très agités se roulaient par terre à tout moment, tandis que les Tapinoma s'arrêtaient et faisaient manœuvrer leur abdomen en tout sens ; en même temps une odeur de Tapinoma se de plus en plus forte se faisait sentir. Vivement intrigué, je me mis à suivre attentivement un Teframorium ; voici ce que je vis en employant Lo pour mieux distinguer les mouvements de ces petits êtres : le T'eframorium marchaït avec les mandibules ouvertes : je le vis bientôt s'approcher avec un air menaçant d'un Tapinoma ; aussitôt l'abdomen de ce dernier fut dirigé contre la tête du T. caespitum, et je remarquai un liquide bulleux, semblable à de l'eau de savon, qui sortait de l'extrémité de l'abdomen du T. erratiéum, sans être éjaculé. Le Tetramorium rebroussa chemin brusquement. Dès-lors tout me fut expliqué, et je remarquai aussitôt une foule de scènes particulières qui m'avaient échappé 4 jusque là. Je vis un Tetramorium se jeter tout à coup sur un Tapinoma, mais il reçut au même instant le liquide dont nous venons de parler sur la tête ‘)]. Aussitôt il frotta vivement sa tête contre le sol, se salit de boue, fit quelques pas en arrière, puis roula par terre 4 en se tordant d'un air gravement malade, Un autre resta comme mort après avoir reçu

: > 2 une décharge sur le thorax. Je vis bientôt beaucoup de Tetramorium dans cet état. En. É

1) Il s'agit là + la sécrétion des glandes anales des Dolichoderinae dont nous avons parlé à la JIIme Partie (1).

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suivant un Tapinoma, je le vis asperger plus de dix ennemis de suite sans que sa provision , |

parût s'épuiser ; mais il fallait chaque fois que le bout de son abdomen touchât le corps du Tetramorium, sinon ce dernier fuyait sans avoir de mal. Ce qu'il y a de remarquable dans ces faits, c'est d'abord le grand avantage que l'extrême mobilité de leur abdomen sur le pédicule donne aux Tapinoma, et en second lieu la propriété qu'ont ces fourmis de faire sortir leur sécrétion sans se cramponner au corps de leurs ennemis, et dans quelque direction que soit leur abdomen. La plupart des autres fourmis sans aiguillon doivent ordi-

nairement recourber leur abdomen entre leurs pattes et faire un violent effort pour en

exprimer le venin. Cette différence s'explique par la conformation de l'anus (ouverture du

cloaque) et des glandes anales qui est toute autre chez les Dolichoderinae que chez les

Camponotinae. Or les Bothriomyrmex et les Dolichoderus (Hypoclinea) font sortir leur

venin comme les Tapinoma. De plus l'action de la sécrétion des glandes anales des Tapinoma

TETE Perl

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et son odeur sont très particulières, On comprend donc pourquoi les Tetramorium ne pou-

aient faire usage de leur aiguillon ni de leurs fortes mandibules. Cependant les Tapinoma, probablement effrayés par le fait que leurs ennemis étaient plus nombreux qu'eux, et que … leur provision de venin commençait à diminuer, songeaient à s'enfuir quoique pas un d'eux . n'eût été tué. Tout à coup je vis trois ouvertures se former presque en même temps dans la

terre qui couvrait le nid, et trois colonnes de T'apinoma sortir de là, se dirigeant chacune en rangs serrés dans une direction différente. Quelques © fécondes et plusieurs ' marchaïent

au milieu des $ qui portaient les larves et les nymphes. Les Teframorium qui avaient

beaucoup souffert ne cherchèrent pas à les inquiéter. Les trois colonnes allèrent chacune

s'établir dans une touffe d'herbe, à un décimètre environ du nid. Il suffit d'un quart d'heure ee

pour que toute la fourmilière eût évacué son domicile, Je me convainquis par plusieurs |

essais que le dégagement de l'odeur d'un Tapinoma ® ou © se fait toujours ua avec la sortie de la sécrétion des glandes ile en petites bulles blanches au bout de l'abdomen.

4, J'eus dès lors souvent l'occasion de voir des F. sanguinea dans leurs excursions

par petites troupes tomber sur des T. erraticum qui déménageaient, et je fus témoin des scènes les plus comiques, Une © sanguinea s'approchait et s'élançait sur les erraticum pour

en saisir un ; aussitôt cinq ou six abdomens venaient caresser sa tête, et la grosse fourmi se

retirait en faisant les contorsions les plus singulières. Cependant les sanguinea résistaient mieux que les T. caespitum, vu leur grande taille ; elles revenaient souvent à la charge, et écrasaient parfois un T'apinoma entre leurs pinces. Ce qui provoque la défaite des ennemis

des Tapinoma, c'est surtout le fait que l'ébullition de la sécrétion dont ils sont frappés

transforme cette sécrétion en matière résineuse. Ainsi les antennes des dits ennemis ont leurs organes de l'odorat bouchés, ce qui fait perdre la carte à l'insecte entier!

5, Meïnert pensant que l'odeur du L. fuliginosus vient des glandes métathoraciques, a

je fis une petite expérience pour m'assurer de ce qui en‘est chez les T. erraticum et. nigerrimum (Nyl). J'avais remarqué que ces fourmis conservées à l'alcool, même pendant

plusieurs années, tout en n'étant pas du tout odorantes lorsqu'on les laissait intactes, le.

redevenaient tout à coup pour quelques minutes si l’on écrasait leur abdomen entre les doigts. Je pris un certain nombre de ces © vivantes et leur coupai l'abdomen Je mis les abdomens dans l'alcooï, et je gardai vivantes pendant plusieurs heures les fourmis ainsi

mutilées, Au bout de ce be je les chicanai en vain ; elles ne répandirent plus d'odeur ; je les écrasai et il en fut de même. Les abdomens, par contre, sortis de l'alcool, dégagèrent une forte odeur de Tapinoma dès que je les écrasai.

5 6, Le 19 mars 1868 je résolus d'établir une fourmilière (A) de T. erraticum dans

un petit appareil de fer-blanc (système D), Je n'avais pas encore inventé les arènes de

4 gypse et je mis mes T'apinoma sur une île, dans un bassin, avec un petit tube de caoutchouc

pour leur permettre d'aller dans l'appareil. Ils avaient déjà commencé à y aller ; beaucoup :

se trouvaient dans le tube, lorsque le mouvement s'arrêta. Il n'y avait presque pas de fourmis dans l'appareil. J'attendis plus d'une heure ; puis je conçus des soupçons, et j'enlevai

le tube qui se trouva être plein d'eau et bourré de Tapinoma noyés ne donnant plus signe de vie ; parmi eux était leur seule © féconde. C'est alors que j'eus l'idée de faire une

arène de gypse dans laquelle je mis aussi des fourmis noyées, Je fus agréablement surpris de voir alors les & s'approcher de ces dernières et les lécher. Peu à peu les noyées revinrent presque toutes à la vie, y compris la ©, et se remirent presque! aussitôt au travail.

Toutes ces fourmis se réunirent en deux ou trois monceaux, les & s'étant blotties les unes sur les autres. Mais la migration dans l'appareil recommença bientôt activement et me montra des faits nouveaux, propres aux Tapinoma. Une recruteuse sortait-elle

de l'appareil, on la voyait s'avancer légèrement vers l'un des monceaux de 8 en se

brossant les antennes. Puis tout-à-coup elle s'élançait au milieu de ce tas de fourmis

immobiles en les bousculant à droïîte et à gauche ; on eût dit qu'elle cherchait à les

réveiller, Après avoir traversé le monceau, elle recommençait ce manège en sens inverse ;

É: j'en vis qui le répétèrent quatre ou cinq fois de suite. Après cela, la même ? retournait

vers l'entrée de l'appareil, mais lentement, et en touchant à chaque pas le sol du bout

de son abdomen (je ne puis dire si elle y déposait un peu de son venin odorant).

Une seule recruteuse parvenait rarement à mettre ainsi une petite partie du monceau à sa suite; mais quand deux ou trois © travaillaient à la fois, elles réussissaient souvent à mettre tout le tas en mouvement. Elles rentraient alors dans l'appareil suivies d'un

certain nombre de fourmis, tandis que les autres s'éparpillaient puis finissaient par

reformer un monceau. Mais outre ce moyen aussi expéditif que singulier de montrer le chemin à leurs compagnes, les recruteuses en avaient un autre. Elles saisissaient les plus endormies par le cou, par le thorax ou par une patte et les entraînaient. Les

fourmis ainsi traîtées se défendaient d'abord vivement, cramponnaient leurs pattes au

sol, et menaçaient, les recruteuses de) leurs mandibules ; mais elles cédaient le plus souvent au bout d'un instant, repliaient leurs pattes et leurs antennes tout en conservant

le corps étendu, et se laissaient porter ainsi dans l'appareil. D'autres fois les recruteuses

impatientées de leur résistance les abandonnaïent, Je vis une © saisie de cette manière par une patte s'accrocher avec ses mandibules à la patte d'une troisième © qui se mit à la menacer. La recruteuse ayant bientôt lâché prise, les deux autres se querellèrent encore un instant avant de se quitter. Le déménagement se termina ainsi en peu de

temps. Quelques paquets d'œufs qui se trouvaient avec les © furent aussi portés dans

l'appareil. Les Tapinoma eurent bientôt fait dans la terre de l'appareil deux ou trois grandes salles auxquelles le verre servit de paroi des deux côtés. Le lendemain je découvris une belle fourmilière (B) de Tapinoma erraticum, avec

rte

plusieurs © ; les ? y étaient beaucoup plus nombreuses et en général plus grandes que chez la première. Je la pris en entier et la mis dans l'arène de gypse. Ces nouvelles venues ayant envahi l'entrée de l'appareil, il s'engagea un combat très vif entre les deux fourmilières, Les ouvrières À, se sentant plus faibles et ne sachant où s'enfuir, se retirèrent dans leurs cases où elles s'emprisonnèrent elles-mêmes en faisant des murs de terre du côté de l'ennemi, entre les deux grandes faces vitrées dé l'appareïl. Les B s'établirent paisiblement dans la partie antérieure de l'appareil, après que celles d'entre elles qui eurent découvert les premières cet emplacement y eurent conduit les autres de la même manière que cela avait eu lieu pour les A. Mais comme elles voulaient aussi se faire des cases, elles se mirent à démolir à cet effet les murs de celles des À. Je les vis faire ainsi plusieurs fois des brèches dans la prison de ces dernières ; un combat de courte durée eut lieu chaque fois ; une ou deux À furent entraînées, puis tuées par les B, tandis que les autres se hâtaient de refaire un mur plus en arrière en prenant pour cela de la terre vers le fond de l'appareil.

Cette singulière position des fourmis À dura, chose presque incroyable, jusqu'au 7 mai, c'est-à-dire pendant un mois et demi. Enfermées complètement pendant tout ce temps dans un espace qui devenait de plus en plus petit à mesure que les travaux des B les forçaient à reculer leur mur, elles avaient fini par être acculées tout à fait au fond de

l'appareil. Comme les fourmis B disposaient seules de l'entrée du nid artificiel, et par.

suite de la mangeoiïire que j'y avais adaptée, les À n'eurent absolument rien à manger pendant tout ce temps. Je ne vis cependant mourir que le petit nombre d'entre elles qui furent faites prisonnières par les B, lors des combats provoqués par chaque brèche pratiquée dans le mur. Je fus témoin de plusieurs de ces petits combats : souvent il n'y eut que des menaces de part et d'autre ; les © se montrèrent les dents de chaque côté de la brèche, puis les À refirent le mur. L'abdomen de ces dernières devint d'une petitesse qui témoignait de leur disette et contrastait singulièrement avec les abdomens gonflés des B. Malgré cela les À conservèrent leur © et une partie de ses œufs ; elles trouvèrent même moyen de nourrir quelques larves, évidemment aux dépens de leur propre corps. Le 6 mai je mis mon appareil au soleil. Les larves des B qui étaient sorties de l'œuf vers le milieu d'avril avaient beaucoup grossi, et ces fourmis occupaient presque tout l'appareil. Les À acculées dans un des angles du fond n'avaient plus qu'un faible mur de terre pour se protéger, Plusieurs brèches furent faites, quelques combats assez vifs eurent lieu, mais le mur fut encore réparé. Le lendemain je remis l'appareil au soleil ; le matin déjà la situation était très tendue; je vis plusieurs brèches faites par les B, j'aperçus des À. entraînées et tiraillées ; une mêlée générale devenait imminente, Je dus alors m'absenter pendant quelques heures. Quand je revins, toutes les cases communiquaient entre elles par de larges passages, la prison des À avait disparu, toutes les fourmis étaient mêlées,

et on ne voyait plus aucun combat, aucun tiraillement. Le soir je ne trouvai que quatre:

ou cinq cadavres de & dans la mangeoire. L'alliance était consommée entre les deux fourmilières ; il n'y eut plus même de tiraillements entre les © qui ne se séparèrent jamais dès lors (comparer avec V).

J'avais donné plusieurs fois aux B de grosses larves © ou © de leur espèce prises dans des fourmilières naturelles plus précoces qu'elles ; elles les mangèrent toutes. Je vis scuvent les © fécondes porter des œufs ou des larves comme de simples &,

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Le 19 mai la plupart des propres larves de mes Tapinoma (B<+-A) avaient atteint la taille des & ; mais il y en avait de plus petites, et je remarquai de nouveaux paquets d'œufs HAtchentent pondus. Le 20 mai et les jours suivants toutes les grosses larves se : changèrent en nymphes 8 sans se filer de cocon ; aucune d'elles ne dépassa la taille des & . Le même jour, et déjà un peu auparavant j'avais trouvé dans toutes les fourmilières 4 naturelles que j'avais cuvertes beaucoup de grosses nymphes © et «, à côté d'un plus É- petit nombre de larves et de nymphes #, Dès lors les T. erraticum de mon appareil conti- - nuèrent à élever pendant tout l'été une foule de larves 5, mais jamais une seule larve © ni d. Bien plus, ils mangèrent, en partie sous mes yeux, toutes celles que je leur donnai, et qui provenaient de fourmilières naturelles de la même espèce. Comme il est extrêmement pro- - bable que dans le nombre des larves il s'en trouvait de (ÿ, sinon de , il me paraît presque - certain que mes T'apinoma avaient su les distinguer et les manger. La différenciation entre » et À doit avoir lieu pendant la période de larve, celle entre © et «; déjà dans l'œuf, mais - l'époque paraît varier, et les & n'ont vraisemblablement pas le pouvoir de déterminer à … volonté la formation du sexe chez la larve. Du reste le fait que mes Tapinoma mangeaient les nymphes © et (' de leur espèce que je leur donnais parle par analogie pour un acte » semblable exécuté sur leurs propres larves. Enfin nous retrouverons un fait anaogue chez les Bothriomyrmex, genre voisin des Tapinoma. Le nombre des ouvrières de mon appareil augmenta beaucoup pendant l'été, grâce aux nouvelles écloses, Elles mangèrent toujours fort bien les insectes que je leur donnai à côté du miel, sans mépriser ce dernier. Dans l'appareil, je voyais à chaque instant une © revenant de la mangeoire avec l'abdomen gonflé être assiégée par 7 ou 8 de ses compagnes qui la frappaient toutes à lai fois de leurs “ antennes. Elle dégorgeait à chacune, l'une après l'autre, une goutte de liquide, exactement comme le font les autres fourmis. Ce fut le 3 juin que je vis les premières jeunes $ écloses, Jusqu'au 17 juillet, je n'observai rien d'intéressant. Les © gardèrent dans leur étroite prison - toute la vivacité qui leur est propre à l'état de nature ; elles s'amoncelaient ordinairement les . unes sur les autres, tenant leurs nymphes et leurs larves entre leurs mandibules,

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: Le 17 juillet je voulus faire une expérience en leur faisant respirer un peu de chlo- = roforme : malheureusement, par maladresse, je laissai couler quelques gouttes de ce liquide dans Pépareil lui-même, Aussitôt les ©? du devant de l'appareil, noyées dans le chloro- . forme, cessèrent tout mouvement ; je me hâtai d'insuffler de l'air par le tube de sortie, + mais malgré cela, les # du fond finirent aussi par lâcher leurs nymphes, et tombèrent pour la plupart ; je ne remarquai pas d'agitation chez elles au premier moment. Les plus robustes restèrent debout, sans marcher, mais en se brossant les antennes d'une manière continue, Je ne cessai pas de faire un courant d'air, et je vis bientôt les © du fond se 4 ranimer : au bout de vingt minutes elles reprirent les nymphes éparses. Les © fécondes qui avaient mieux supporté la crise que les ? s'unirent à elles. Mais ces fourmis, quoique

travaillant de nouveau avaient une allure très lente, Les © de la partie antérieure de

l'appareil étaient pour la plupart encore comme mortes, trois heures après l'accident ; Jes autres étaient cependant bientôt venues au milieu d'elles, le chloroforme s'étant entiè- . rement évaporé. Le lendemain je mis l'appareil au soleil. Je remarquai d'abord que toutes mes fourmis avaient conservé, et conservèrent malgré une chaleur intense, une singulière lenteur dans leurs mouvements. Je vis ensuite que le nombre des © actives avait augmenté ;

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il fallait donc qu'un certain nembre d'entre elles se fussent remises après une narcose de plusieurs heures, Je remarquai du reste en même temps la confirmation de ce fait: parmi les $ qui gisaient sans pouvoir marcher, la plus grande partie remuaient les pattes et les antennes, mais, chose curieuse, ce mouvement semblait limité aux articulations des scapes avec la tête et des.hanches avec le corps et les cuisses. De plus, presque toutes ouvraient et fermaient leurs mandibules en remuant la tête. Elles mordaient tout ce qui se présentait ; je leur vis saisir les pattes de leurs compagnes qui passaient et y rester accrochées. Tous ces mouvements avaient un caractère convulsif, Je vis cependant quelques-unes de ces fourmis se réveiller tout à coup sous mes yeux de leur léthargie, se relever et aller courir avec les autres. Les jours suivants, le nombre des fourmis sans mouvement et de celles qui

n'avaient que des mouvements convulsifs ne diminua plus ; ces dernières moururent même

peu à peu tout à fait, et furent emportées par leurs compagnes dans la mangeoire, Beaucoup de nymphes avaient péri et furent aussi rejetées, Les fourmis conservèrent pendant longtemps une allure aussi lente que le premier jour. C'est à peine si le 23 juillet elles étaient un peu plus alertes. Elles ne recouvrèrent jamais la vivacité qu'elles avaient avant leur accident, Je les gardai cependant en assez bon état jusqu'au 17 août, époque où je leur donnai la liberté, Il est à remarquer qu'elles conservèrent toujours, jusqu'à la fin, un venin très fortement odorant, malgré leur captivité et la nourriture que je leur donnai (miel et insectes) ; la plupart de celles qui restaient étaient certainement nées dans l'appareil. J'avais gardé ma fourmilière prisonnière pendant cinq mois.

7. Je crois que les observations qui précèdent donnent en gros les traits saillants des mœurs de cette fourmi dont les habitudes ne sont décrites nulle part. Elle a un cachet très particulier qui la distingue nettement des Camponotinae. Je n'ai jamais vu combattre les Tapinoma autrement que je ne l'ai décrit plus haut (3 et 4), si ce n'est lorsqu'ils combattent entre eux. Ils ont l'air moins éprouvés que les autres fourmis par la sécrétion des glandes anales de leur propre espèce, et se battent avec beaucoup d'acharnement entre fourmilières différentes.

Nous avons décrit ailleurs la construction des nids des Tapinoma et certaines parties de leur anatomie,

Bothriomyrmex meridionalis

Cette espèce, la seule en Suisse du genre, est une découverte récente. Il n'existe pas à ma connaissance la plus petite donnée sur sa manière de vivre. Je vais rapporter le peu que j'en ai vu.

1. C'est en soulevant les pierres du versant méridional du Petit-Salève que j'ai trouvé pour la première fois un certain nombre de fourmilières de Bothriomyrmex. Leur habitus me les fit d'abord prendre pour une espèce nouvelle du genre Plagiolepis, Leur démarche lente, leurs pattes courtes, leur manière de rester à côté les uns des autres sur le dessous de la pierre soulevée, et de ne s'enfuir qu'en se suivant à la file me rappelait vivement l'allure analogue de la P. pygmaea, mais aussi celle du Lasius flavus. Ils ne répandaient aucune odeur quand je les dérangeais, Cependant leur manière de remuer

leur abdomen était analogue à celle des Tapinoma ; je les vis aussi faire sortir lentement

trouvai pas de ? courant hors du nid, mais je n'aperçus pas non plus de pucerons dans le nid. Je ne sais donc pas encore de quoi ils se nourrissent à l'ordinaire, J'en établis

assez longtemps. Voici ce que j'ai vu de plus intéressant :

2. Les antennes des © de cette espèce sont continuellement animées d'un mouvement

régulier de vibration qui a l'air indépendant de la volonté, et que je n'ai vu chez aucune autre fourmi, C'est l'antenne entière (le funicule et le scape) qui vibre dans une direction -à la fois de haut en bas et d'arrière en avant. Les oscillations sont petites, mais très rapides. Il est rare qu'on voie une © arrêter pendant un moment cette vibration ; je l'ai

vu cependant plusieurs fois, ce qui montre la possibilité du fait (de même que nous pouvons arrêter un moment notre respiration, acte qui se fait à l'ordinaire sans que notre volonté - consciente s'en mêle). Lorsque les © sont immobiles dans leur nid, entassées les unes sur les autres, rien n'est plus bizarre que de voir vibrer ces centaines de petites antennes qui ont l'air de cils vibratiles vus sous le microscope, Lorsqu'elles marchent, ce mouvement

une antenne en la prenant entre des pinces, cela dérange la vibration de l'autre antenne, vibration qui devient intermittente et faible, mais qui reprend dès qu'on lâche prise, Les antennes des Bothriomyrmex exécutent du reste, tout en vibrant, exactement les mêmes mouvements volontaires que celles des autres fourmis, Je n'ai pas remarqué que la tempé- rature eût une influence appréciable sur ce mouvement de vibration que j'ai même observé -chez des individus à ldemi-morts. Je n'ai aucune idée de l'utilité que peuvent avoir ” ces oscillations perpétuelles des antennes. Le fait est que cela donne à cette espèce un habitus tout particulier.

3. Le Bothrimyrmex est, avec la Myrm. Latfreillei, la fourmi la plus pacifique, la plus inoffensive que je connaisse, Il ne cherche point à assaillir une fourmi ennemie, même lorsqu'elle est à la porte de son nid ; il ne se défend que mollement, en se servant de son abdomen et de son venin exactement comme le Tapinoma. Il est extrêmement mou et délicat ; le plus petit effort suffit pour le tuer. La lenteur de sa démarche est

étonnante ; il court encore beaucoup moins vite que le Plagiolepis pygmaea. J'ai eu l'occasion d'observer pendant plusieurs jours une fourmilière artificielle de chacune de ces deux espèces à côté l'une de l'autre,

4, Les & de cette fourmi ne savent pas se porter les unes les autres. Elles sont par contre très habiles à se suivre à la piste. Lorsque j'en mis une grande fourmilière dans une arène de gypse communiquant avec un appareil, les premières © qui découvrirent l'entrée de ce dernier revinrent au milieu des autres ; il s'établit presque aussitôt une file de ® qui portèrent leurs œufs directement dans le nouveau nid, sans faire le plus petit écart, Toute la fourmilière se mit à la suite et il suffit de fort peu de temps pour terminer le déménagement, Une fois dans l'appareil, ces fourmis s'y répartirent en trois ou quatre monceaux, les unes sur les autres, tenant leurs nymphes entre leurs man-

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