‹ < > fourmis de la Suisse notices anatomiques et physiologiques, architecture, distribution géographique, nouvelles expériences et observations de moeursChapitre 80 sur 139 · F. (Serviformica) fusca et voisines · texte numérisé non relu

F. (Serviformica) fusca et voisines

Elle se distingue des autres par ses nids presque toujours de terre pure, ou de bois

pur, par sa taille moins grande, son agilité, son adresse, ef une activité moins collective des 8.

Grâce à leur manque de tactique d'ensemble, à l'initiative presque uniquement individuelle des 8, les fourmilières ennemies des races de cette espèce peuvent vivre à de très petites distances les unes des autres sans se faire de guerre en règle ; tout se borne à des escarmouches qui n'intéressent que quelques $. Pour la même raison, et grâce à leurs nids plus cachés, elles peuvent exister aussi à de faibles distances des fourmilières des autres espèces du genre, mais elles sont souvent alors exposées aux incursions de ces dernières,

Une espèce voisine sert en effet quelquefois d'esclave à d'autres espèces du genre ainsi qu'au

P. rutescens.

1. esp. F. gagates. Vie cachée ; elle se nourrit presque exclusivement de pucerons. Je l'ai vue cependant parfois s'emparer de chenilles vivantes et les tuer, Elle rappelle les

C. aefhiops et lateralis, ainsi que le L. fuliginosus dans son allure mesurée, comme celle de

la F, picea, point saccadée comme celle des autres Formica. Un peu moins timide que l'espèce suivante, surtout lorsqu'elle se sent en nombre, elle sait aussi combattre avec un peu plus d'ensemble, Dans deux combats que je provoquai entre Camp. aethiops emarginatus et F. gagates, ces dernières eurent la victoire, à nombre égal. :

2. esp. F. fusca. Timide ; c'est la forme qui est le plus souvent esclave, surtout sa race grise, glebaria, et sa var. rougeâtre, rubescens. Elle chasse plus que la précédente ; elle

sait attaquer les Lasius niger et flavus, et s'emparer des © et des ( d'autres espèces à

l'époque de l'accouplement pour s'en nourrir. Elle sort de son nid par des ouvertures cachées. Elle ne sait pas se défendre avec ensemble, et les & vont individuellement à la recherche des pucerons cu à la chasse. Ses fourmilières sont moyennes à l'ordinaire, quelquefois petites, rarement en colonies. Nids souvent dans les troncs, surtout ceux de la F. fusca sens strict qui est noire et vit dans les Hautes-Alpes sous les pierres.

3. esp. F. cinerea. Elle se distingue de la précédente par ses grandes fourmilières en colonies, par ses nids minés et ouverts, par sa vie au grand jour, en plein soleil, et par une audace individuelle très grande. Elle lui ressemble par son manque complet d'ensembie dans la défense du nid (p. 313 et 314, attaque de rufescens), tandis que plusieurs $ savent icrt bièn se réunir pour attaquer des insectes. Elle est d'une agilité incroyable, et très carnassière, ce qui ne l'empêche pas d'avoir aussi ses pucerons sur des plantes.

4, esp. F. rufibarbis. Elle se distingue des deux précédentes par un ensemble beaucoup plus grand dans la défense de son nid, ce qui est surtout sensible lors des invasions qu'y font les P. rufescens (VIIL 12). Quoique servant souvent d'esclave à la F. sanguinea., elle a beaucoup de rapports de mœurs avec elle, Comme la F. fusca 1. sp., elle a des fourmilières moyennes, quelquefois petites, et elle fait rarement des colonies qui sont toujours de peu d'étendue, Son agilité égale celle de la F. cinerea. Comme elle, elle vit au grand jour, cependant un peu moins, et ses nids sont souvent un peu plus fermés. Elle est encore

plus carnassière et plus audacieuse que la F. cinerea, quoique cela ne paraïsse pas autant à

cause de son abondance moïns grande en un même lieu. Elle va individuellement voler des . L. flavus jusque dans leur nid. Lorsqu'on dépose un gros tas de F. rufa avec leurs cocons en un lieu quelconque aux environs duquel se trouvent des F. rufibarbis, on voit des 8 rufibarbis arriver, en s'aidant des brins d'herbe comme les T'apinoma, jusqu'au milieu des rufa, et leur voler des nymphes qui sont pourtant entourées de centaines de défenseurs. Rien de plus curieux que de suivre une de ces &, Dès qu'elle rencontre une $ rufa, elle fait un saut de côté et se glisse ainsi au milieu de ces redoutables adversaires tantôt en s'effaçant derrière un grain de terre, tantôt en grimpant sur un brin d'herbe, toujours alerte et sachant échapper à cette nuée d'ennemis qui l'entourent, Si une © rufa saisit une de ses pattes, elle fait la morte, et dès que la rufa lâche prise pour mieux mordre, elle s'enfuit. Lorsqu'elle a trouvé au milieu des rufa, après avoir fureté dans tous les coins, un cocon mal gardé, elle s'en saisit et s'enfuit au plus vite. Si une rufa l'arrête en attrapant le cocon, elle ne lâche point prise, mais continue à tirer; la rufa, toujours maladroite, semble croire souvent que c'est une de ses compagnes qui tient ce cocon, ou bien c'est pour mieux le prendre qu'elle lâche prise ; bref, la rufibarbis arrive presque toujours à le lui arracher. Cette audace est incroyable et témoigne d'une adresse infiniment supérieure à celle des F. rufa.

J ai vu de F. Rs arriver jusqu'au bord du dôme d'un gres nid très peuplé de F. pratensis d'où partaient cinq ou six chemins bourrés de fourmis, Mettez une ® rufibarbis prise délicatement lorsqu'elle court dans un pré (ce qui n'est pas facile), au milieu d'un dôme fourmillant dé F. rufa ou pratensis ; s'il fait un beau temps chaud vous la verrez toujours s'échapper saine et sauve. J'ai vu des F. rufibarbis © attraper en quantité des

mouches du genre Bibio pleines de vie, lors de leur accouplement. Ce qui distingue la

F. rufibarbis, ccmme les autres races de cette espèce, des F. sanguinea, rufa et exsecta, ainsi que de leurs races, c'est son manque de tactique, d'ensemble. Elle ne sait pas former de troupes où une © puisse répandre promptement un signal ou donner une direction.

: Les formes intermédiaires entre ces espèces ont des mœurs intermédiaires (p. ex. F. cinereo-rufibarbis).

5, esp. F. picea. Elle se distingue par sa vie dans les tourbières ou dans les marais, par ses nids en matériaux très fins, bâtis comme ceux de la F. rufa, par son allure très rapide, mais jamais saccadée. Bien plus petite que la F. gagates, elle est encore plus lisse et plus luisante qu'elle,

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