espèce. F. exsecta
1. L'initiative individuelle est peu de chose chez cette espèce, comme chez les F. rufa, maïs les © ont beaucoup plus soin de leur vie et emploient une tactique particulière
» par aucun auteur, et cependant il suffit pour l'observer de faire combattre des F. exsecta (ou » pressilabris) avec d'autres Formica. On voit alors les F. exsecta s'avancer en troupe assez serrée, où les ® sont en mouvement continuel, mais ne s'écartent jamais les unes des autres sans revenir aussitôt en arrière, Elles sautent en mordant à droite et à gauche, maïs elles évitent toujours d'en venir directement aux prises avec un ennemi, à moins qu'elles n'arrivent à le saisir de manière à ne pouvoir être mordues elles-mêmes sur le dos. Elle attrapent ainsi des F. pratensis deux ou trois fois longues et six fois fortes comme elles en sautant sur leur dos, ou en prenant la base d'une de leurs antennes ou de leurs pattes. Mais elles excellent surtout dans l'art de se jeter deux ou trois à la fois sur un ennemi en le prenant chacune par une extrémité et en tirant de toutes leurs forces en sens inverse les unes des autres pour éviter d'être mordues, Elles amarrent ainsi au terrain une grosse © pratensis, car elles sont habiles à se cramponner avec leurs pattes. C'est alors que se montre le trait
pour préserver leur corps très délicat des mandibules ennemies. Cette tactique n'est décrite’
NE
vraiment caractéristique de cette espèce : sitôt qu'un ennemi est ainsi amarré, une © exsecta
ou même deux à la fois se postent sur son cou qu'elles cherchent à couper ou plutôt à scier avec leurs mandibules. La constance de cet acte est remarquable et donne un caractère tout spécial à ces combats. Mais alors les $ qui amarraient l'ennemi au terrain lâchent très souvent prise, surtout si elles sont menacées, et la © occupée au cou y reste seule, Celle-ci ne lâche presque jamais prise, et l'on voit dans un combat entre exsecta et pratensis une foule de ces dernières courant avec une petite exsecta cramponnée à leur cou qu'elle cherche à couper. Si la pratensis est de la taille de l'exsecta ou seulement un peu plus grosse, elle ne tarde pas à s'arrêter, et à être prise de convulsions, sa chaîne nerveuse étant coupée ; maïs si une petite exsecta a affaire à une grosse pratensis, il est rare qu'elle parvienne seule à la décapiter ; il lui faut le concours de plusieurs camarades. Une exsecta saisie sur le dos par une pratensis est ordinairement écrasée en un instant, J'ai vu des F. exsecta employer le même procédé envers des Camponotus ligniperdus, et arriver ainsi à en occir plusieurs.
L'échancrure de l'occiput permet à la F. exsecta une forte extension de la tête, extension
qui doit lui être utile dans ses décapitations d'ennemis, La F. exsecta ne fait point de chemin battu, quoique elle ne sorte presque pas individuellement, mais elle marche en colonnes nombreuses qui vont exploiter les arbres, etc. Elle est extrêmement active à construire son nid et à soigner ses larves, Elle se nourrit surtout de la liqueur des pucerons. Dès qu'une fourmilière de cette espèce est un peu grande, elle colonise. Cet instinct de vivre en colonies est des plus caractéristiques ; nous en avons parlé dans l'architecture (constructions hors des nids). La F. exsecta ressemble à la F. rufa par la brusquerie de ses mouvements, par sa bonne vue, par la grande union entre toutes les 8 d'une fourmilière, union qui dépasse encore
celle des F. rufa. Elle s'en distingue par son adresse, sa tactique prudente, ses nids fermés 14
sur le dessus du dôme où elle ne se tient qu'en fort petit nombre,
2. Les deux races de cette espèce ont presque exactement les mêmes mœurs. Les seules différences sont dans l'architecture, les caractères zoologiques et l'habitat ; nous en parlons ailleurs. On peut dire que la F. pressilabris ‘) est à peu près à la F. exsecta ce que
la F. pratensis est à la F. rufa, et cela presque à tous les points de vue (couleur, nids, habitat, taille). Les © des deux races ont le corps mou et très délicat. Elles ne font pas
d'esclaves, Rien n'est plus facile que de provoquer une alliance entre des F, exsecta (ou pressilabris de fourmilières (colonies) différentes ; il suffit de les mêler. Par contre si on les établit à une certaine distance les unes des autres, elles se battent lorsqu'elles se rencontrent ; l'une des fourmilières finit par s'éloigner de l'autre, et non par se réunir à elle. J'ai fait des expériences à ce sujet avec les deux races.
3. Etablissement d'une fourmilière d'exsecta i. sp. : Le 12 juin 1871 j'apportai une grande quantité de F. exsecta prises dans la grande colonie du Mont-Tendre dont nous avons parlé ailleurs, et je les mis au bord d'un petit bois à Vaux. Elles commencèrent par s'établir dans leur tas de matériaux et par assaillir deux fourmilières de L. niger et une de L. flavus ; elles firent pendant deux ou trois jours le siège des nids de ces fourmis et en
1) La F. pressilabris typique vit en Suède, en Norvège et dans nos Hautes-Alpes, où je l'ai trouvée à Zermatt, Sa © est lisse et luisante, Notre variété des plaines suisses a été appelée, par Emery, var.
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