‹ Fous couronnésChapitre 11 sur 39 · LIN · texte numérisé non relu

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'pierre le grand 137

Pierre le Grand créa également un jardin botanique, où il planta beaucoup d’arbres à essences ; des pharmacies.

Un moment, il s’était mis en relations avec le célèbre Leibnitz, qui lui soumit une liasse de mémoires, sur les sujets les plus divers ; le savant lui apporta, certain jour, un appareil en bois pour le bras du tsar, souffrant d’une attaque de paralysie locale. La tradition a attribué à l’illustre Allemand, qui se vantait d’appartenir à la race slave, une part considérable dans l’établissement de P administration collégiale en Russie, mais il semble que l’autocrate n'ait prêté qu’une oreille distraite aux propositions du philosophe et que le courtisan et le solliciteur aient masqué à ses yeux l’homme de génie.

Pierre était, du reste, d’un caractère défiant et ne redoutait rien tant que d’être trompé. Dès qu’il apercevait une supercherie, il la déjouait sans retard.

Un jour qu’il s’était absenté, pour aller visiter les travaux d’un canal situé à quelque distance de Saint-Pétersbourg, on vit le peuple se porter en foule vers une église, située à côté de la nouvelle ville, sur le bruit qui s’était répandu qu’une image de la mère de Dieu y avait versé des larmes. Ce prétendu miracle fit croire à ces naïves gens,

que la Vierge éprouvait de la peine d’être dans cette contrée, qu’elle s’en voulait retirer, ce qui était pour le pays un redoutable présage.

Le grand chancelier, prévenu, essaya de disperser la foule; mais devant la résistance qu’elle lui opposa, il crut de son devoir de prévenir en hâte son maître. Il dépêcha donc un courrier à Pierre, pour l’informer de l’événement. Le tsar partit aussitôt pour rentrer à Saint-Pétersbourg et se rendit sans délai à l’église, où il fut reçu par les prêtres qui le conduisirent à l image miraculeuse.

Le prince n’aperçut point de larmes; mais il apprit, de plusieurs spectateurs, qu’ils en avaient déjà vu souvent couler et qu’immanquablement, le phénomène 11e tarderait pas à se reproduire.

Alors le tsar considéra de nouveau, assez longtemps et avec une attention plus soutenue, l’image pieuse et, remarquant dans les yeux de l’icone quelque chose qui lui parut suspect, il voulut en faire l’examen le plus scrupuleux.

Sans rien laisser paraître de ses impressions, il ordonna à l’un des popes de descendre l’effigie sainte, de l’endroit élevé où elle était, et de l’apporter, à sa suite, dans son palais. Là, en présence du grand chancelier, des principaux seigneurs de sa cour et des dignitaires ecclésiastiques, il scruta avec la plus grande minutie l’ob-

PIERRE LE GRAND

jet qu’il pouvait maintenant tourner et retourner en tous sens. « Il trouva d’abord — nous suivons le récit de l’intendant de la Cour — de très petits trous dans le coin des yeux, que l’ombre formée par i 'enfoncement qui les termine rendait presque

imperceptibles. L’Empereur retourna l’image,

ôta la bordure supérieure du cadre, enleva de sa propre main la seconde toile qui le couvrait par derrière et jouit du plaisir de voir réaliser ses soupçons, en découvrant la source mensongère des larmes de cette pauvre image (sic). »

C’était une petite cavité aux environs des yeux, pratiquée dans l’épaisseur de la planche ; il s’y trouvait encore quelques gouttes de l’huile qu’on y avait mise précédemment et le tout était recouvert par une espèce de doublure.

— « Voici le trésor ! s’écria Pierre le Grand ; voici la source des larmes miraculeuses ! » Alors il fit approcher tous ceux qui étaient présents, pour donner plus d’authenticité à sa découverte, et les assurer par leurs propres yeux de l’artifice de la fourberie.

Pour faire bien comprendre le mécanisme aux assistants, le prince leur dit qu’il était tout naturel que de l’huile figée se conservât longtemps sans couler, dans un lieu frais, jusqu’à ce que la chaleur lui rendit sa fluidité ; qu’il leur avait montré les trous au tra\rers desquels elle

filtrait, en forme de larmes, par les coins des yeux, ce qui arrivait toutes les fois que la flamme des lumières qu’on mettait devant était proche et avait échauffé l’air qui l'environnait.

Puis, s’adressant à l’assemblée qui l’entourait : « Vous avez tous vu, dit-il, la source des prétendues larmes de l’image de la Vierge; publiez partout et faites connaître au public ce que vous avez vu et dont vous êtes maintenant convaincus. Détruisez l’effet de cette imposture et qu’elle soit exposée à une dérision générale. Pour moi, je garde cette image, très ingénieusement fabriquée, pour la déposer dans mon cabinet des arts. »

Le tsar ne s'en tint pas là ; il mit tout en œuvre pour découvrir l’auteur de cette machination et, Payant découvert, il le châtia avec rigueur, afin que l’exemple en fût salutaire.

Autant il était ennemi du fanatisme, de la superstition et personnellement indifférent aux cérémonies du culte, autant l’impiété publique le choquait, l’irritait. « Les impies, avait-il coutume de dire, sont la honte d’un État ; ils ne peuvent être tolérés, parce qu’en sapant la base de la religion, ils ridiculisent la sainteté du serment, sur laquelle sont fondés tous les biens de la société. »

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(Collection de l’auteur).

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Il réitéra néanmoins les défenses déjà faites aux prêtres, de ne pas entretenir la superstition du peuple, en ne lui permettant d’adorer que saint Nicolas, seul patron de la Russie, et ce, sous les peines les plus rigoureuses.

L'abus que le peuple faisait des saints était tel, que si quelqu’un avait été heureux dans une en¬

treprise, ou que les champs de son' voisi'n eussent rapporté plus que le sien, celui qui se croyait déshérité du sort empruntait son saint à qui semblait plus fortuné que lui, et l’attachait à sa charrue, pour se procurer la même bénédiction.

On aura une idée des préjugés de la nation russe, au temps de Pierre Ier, par ces quelques faits véridiques, qui nous sont fournis par un mémorialiste digne de créance1.

Le Russe, quand il avait le hoquet, faisait le signe de la croix et disait que son âme était invi¬

tée à aller dîner en paradis.

Les Russes, en général, et principalement les Raskolniki 2, croyaient que 1 usage du tabac était un péché, parce qu’il provient d’une racine amère, que saint Jacques représente sous l’emblème de la colère et de la haine ; ils regardaient comme un crime irrémissible d’aller dans un autre pays,

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