Sectaires de l’Église russe
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le patriarche leur ayant interdit de s'expatrier sous peine de mort; il était, en outre, défendu à ceux qui se mariaient en Russie, de voir leur future avant la première nuit.
Pierre Ier partageait, sinon toutes, au moins quelques-unes des superstitions de son peuple: c’est ainsi qu'il attribuait tant d’efficacité au son des cloches que, lorsque Catherine accoucha de Pierre Pétrowich, nommé tsarewitch à la place du prince Alexis, il courut, au milieu de la nuit, à la cathédrale de la forteresse de Saint-Pétersbourg, pour les mettre en branle ; mais comme il avait donné les ordres les plus sévères, pour qu’on ne laissât pénétrer qui que ce soit dans l’édifice, il se heurta, sans pouvoir la vaincre, à l’obstination de la sentinelle, fidèlement attachée à sa consigne.
En matière de religion, il montra quelque inconséquence dans ses façons d’agir. Tout en se moquant des pratiques, il ne manquait pas de faire célébrer chacune de ses victoires par un service qui ne durait pas moins de cinq heures et, pour Pultava, celui-ci fut prolongé de deux heures : il tenait à honorer convenablement le Dieu des armées.
Dans les églises qu’il fréquentait le plus habituellement, des troncs étaient placés, pour re-
PIERRE LE GRANP
cueillir les amendes qu’il infligeait aux assistants surpris en flagrant délit d’attitude inconvenante, causant ou dormant. Au cou vent de Saint- Alexandre Newski, on a conservé un carcan de fer, que la
au prochain dimanche, ils entendaient la messe, attachés par le cou à un des piliers du temple1.
Pierre était trop autoritaire, pour laisser au pouvoir religieux une suprématie quelconque sur le pouvoir civil ; comme tous ses sujets, les popes devaient plier devant sa volonté, soumise elle» même à ses caprices.
Partout ou il se trouve, il entend que rien ne lui résiste. Cette nature exubérante a besoin de se dépenser; le bruit, le mouvement lui sont indispensables.
Tantôt il apprend à jeter des bombes et à grimper au haut des mâts; tantôt, il construit un yacht tout entier, de la poupe à la proue, sans vouloir se faire aider dans sa besogne.
Il a des impulsions brusques, qui ne souffrent aucune résistance, il quitte tout à coup le service divin, pour aller s’enivrer jusqu’au lendemain en joyeuse compagnie. Il veut toujours avoir autour de lui ses « fous », auxquels il passe
1» Mémoires de Scherer, III, 238 (citation Waliszewski).
toutes les fantaisies, meme les plus cruelles : ne s’avisent-ils pas, un jour, de tuer des soldats, en guise de divertissement? Quand on lui rapporte le fait, il ne s’en montre aucunement ému et passe condamnation.
En voyage, il oublie souvent son incognito, surprenant ses hôtes par l’imprévu de ses Saillies, par ses plaisanteries, plus ou moins déplacées, ou par ses allures fantasques.
L’EJ ecteur de Brandebourg ayant dépêché auprès de lui son maître des cérémonies, homme du monde accompli , savant et poète par surcroît, il fonce sur lui, arrache sa perruque et la jette dans un coin.
- — « Qui est ce personnage ? » demande-t-il.
On lui explique les fonctions que celui-ci remplit. — « C’est bien, réplique-t-il, qu’il m’amène une fille ! »
Le lendemain, croisant dans la rue une dame de la cour, il l’apostrophe brusquement, la contraint à s’arrêter. Il prend la montre qu’il voit à son corsage, regarde l’heure — et tourne les talons.
C’est déjà l’être bizarre qui remplira d’étonnement, et aussi de frayeur, les peuples occident a u x q u ’ i I v a v i s i t e r .
Actif ou plutôt remuant, il a de brusques sautes d’humeur, se montrant tantôt gai et laissant écla-
PIERRE LE GRAND
ter une verve rabelaisienne, tantôt mélancolique et abattu.
Les accès de violence alternent, chez lui, avec des moments de joie débordante. Un soir qu’il soupe avec l’Electeur, un des servants laisse tomber une assiette; aussitôt Pierre de se lever en sursaut, les traits hagards, les yeux convulsés. Il tire son épée et en distribue des coups au hasard. Quand on lui a fourni l’explication de ce bruit insolite, il réclame impérieusement le châtiment du coupable ; il ne se déclare satisfait, que lorsqu’on a donné le fouet, en sa présence, à un pauvre diable, condamné pour une autre peccadille L
Ch ez l’E lectrice Sophie de Hanovre, qui avait fait un séjour de deux ans à la Cour de Versailles et passait pour la plus jolie et la plus spirituelle femme de son pays, il fait montre d’une sauvagerie qui pouvait bien n’être que de la timidité constitutionnelle.
Au souper qui lui est offert, il commet mille incongruités, embarrassé de sa serviette, dont il ignorait l’emploi, mangeant malproprement, obligeant tout le monde à demeurer quatre heures à table pour boire, se levant chaque fois pour qu’on portât des toasts à sa santé.