‹ Fous couronnésChapitre 18 sur 39 · CV 7 ' S · texte numérisé non relu

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occasions qu’on reconnaît ses vrais amis. Le devoir d’un officier holsteinois étant, selon son serment, de défendre la maison ducale contre tous ses ennemis, croyant ma femme seule, j’ai accouru à son secours ».

Propos de fou, ou propos d’ivrogne ? Gomme il avait peine à se tenir sur ses jambes, on fut promptement fixé, mais, quand il se ressaisit, il lui échappa un mouvement d’humeur. Il eut beau recueillir ses souvenirs, il ne se rappela pas avoir eu, depuis bien des mois, un rapprochement avec sa femme. « Je ne sais pas trop si cet enfant est à moi et s’il faut que je le prenne à mon compte », lâcha-t-il devant ses familiers. On se hâta de rapporter le propos à Catherine ; sans vouloir s’en montrer émue, elle ne laissa pas d’en être inquiète. Elle comprenait enfin le danger de sa position : lorsque le grand-duc deviendrait empereur, n’était-il pas à craindre qu’il la répudiât, en désavouant ses enfants ?

La partie était périlleuse. Catherine était depuis peu tombée en disgrâce auprès de l’impératrice Elisabeth, dont, heureusement pour sa rivale, les jours étaient comptés. La tsarine morte, Pierre III lui succédait de droit, et dès lors, son épouse pouvait s’attendre à toutes les humiliations, de la part d’un homme qui ne les lui avait jamais ménagées. Elle avait vu juste : à peine Pierre fut-il

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investi du pouvoir suprême, qu’il traita sa femme avec le mépris le plus marqué.

Le nouvel empereur redoublait, au contraire, d’égards pour Mlle Vorontsoff, plus que jamais en faveur. Il l’avait créée maîtresse des filles d’honneur. Elle avait son appartement à la Cour. Et cependant, c’était, au dire de ceux qui l’approchaient 1 , une fille sans esprit; « quant à la figure, c’est tout Ce qu’on peut voir de pis : elle ressemble de tout point à une servante tV auberge clé mauvais aloi ».

Catherine était trop clairvoyante pour ne pas pressentir le danger qu elle courait ; n’avait-elle pas à craindre que l’Empereur, s’il parvenait à avoir un enfant mâle de sa maîtresse, déclarât bâtard le fils que lui avait donné Catherine, et renvoyât celle-ci ? Si elle ne prévenait, par une initiative hardie, le coup dont elle était menacée, si elle ne profitait pas d’un mouvement d’opinion qui s’annonçait comme nettement favorable, quel sort lui serait réservé ?

(1) Dépêche de M. de Breteuil.

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