‹ Fous couronnésChapitre 23 sur 39 · Gazette anecdotique , 1880, II · texte numérisé non relu

Gazette anecdotique , 1880, II

2. L’on vint dire, un jour, à Catherine, que son buste, en marbre de Paros, soigneusement conservé sous une cloche de cristal, dans un des appartements de l’Ermitage, venait d'être trouvé fardé. On chercha beaucoup à l’irriter contre cette insolence, et à en faire rechercherles auteurs, pour les punir sévèrement de cette insulte à la majesté impériale. Catherine II, sans paraître ni indignée, ni surprise, se contenta de dire: «C’est apparemmentquelque page, qui a voulu me railler de l’habitude que j’ai de mettre du rouge. Il n’y a qu’à faire laver mon buste. » Mémoires secrets sur la Russie, par le major Masson, 410.

3. Hist. de Catherine //, impératrice de Russie , par J, Castéra; Paris, an VIII, t. III ; 179 ; note 1,

E!le essayait de se tr mper sur la gravité de son état, sans y complètement réussir: « Je suis gaie et leste comme un pinson, mandait-elle à Grimm, le 15 février 1794. Juscj ’ici, je me porte très bien. » Et elle imagin it des divertissements nouveaux, elle organisait une expédition pour ramener à la Cour le comte Strogoriuf, qui, souffrant et attristé, s’était muré dans sa maison de camp gne, aux environs de Pétersbourg.

Bien qu’elle n’en laissât rien paraître, e le était tourmentée de pressentiments, lui indiquant que sa fin était proche.

Certain soir, une comète se détacha du ciel au-dessus de sa tête, pour venir tomber dans la Néva ; elle ne douta pas que c’était un avertissement d’En Haut. Les esprits superstitieux ne manquèrent pas d’en tirer un sombre présage: remarquant que la citadelle et les tombeaux des souverains se trouvaient vers les lieux où l’étoile avait paru tomber, ils chuchotèrent, en tremblant, — « car mort et Impératrice sont deux mots qu’on ne peut prononcer ensemble, en Piussie, sans blasphème et sans danger » — que les jours de Catherine étaient comptés.

Le séjour du roi de Suède à Saint-Pétersbourg, les fêtes qui l’avaient accompagné, les mortifications qui en furent la suite pour la tzarine régnante, hâtèrent le fatal dénouement.

l'agonie d’une impératrice

Durant six semaines, Catherine avait été en représentation. S’efforçant de paraître toujours jeune et bien portante, elle refusait de se servir de chaise à porteurs, pour se faire transporter d’un étage à l’autre du palais, bien qu’elle éprouvât une difficulté grandissante à monter les escaliers. Ses jambes, de plus en plus œdématiées, lui refusaient leur service; elle s’obstinait, néanmoins, à rester debout et à marcher.

L’hyd ropisie poursuivant son œuvre, son membre inférieur devint d’une grosseur presque difforme; « ses jambes, toujours enflées et souvent ouvertes, étaient tout d’une venue avec son joli pied, qu’on avait admiré jadis ».

A tout venant, elle demandait un moyen de guérison, assurant de sa gratitude qui la délivrerait de la servitude du pansement quotidien. Son bouffon, d’autres disent un médecin de ses gardes, qui avait toujours des drogues à proposer pour toutes sortes de maladies, lui dit un jour, à une revue :

— « Matowska 1 (mère), si vous voulez être guérie promptement, il ne tient qu’à vous, rien n’est plus facile.

’ — Voyons, parle, que faut-il faire ?

1. C’est l’expression que le peuple employait, pour parler à l’Impératrice.

— Vous frotter, matin et soir, les jambes avec de l’eau de mer.

— Et tu crois que mes plaies se fermeront ?

- — Avant quinze jours, j’en réponds sur ma tète.

— Et bien!... Je veux en essayer. »

Dès le lendemain, Catherine envoyait chercher un tonneau d’eau de mer, en dépit des conseils de son premier médecin, qui l’adjurait de ne pas s’en servir.

— « Je vous en supplie, lui dit il, ne fermez pas

ces plaies; il faut vivre avec son ennemi; l’hu-

meur qui sort entretient votre santé; il y aurait de l’inconvénient à la faire rentrer.

— Ne vous tourmentez pis, répliqua Catherine. Il n’y a de bien que ce que vous imaginez ; tout ce qui vient des autres ne vaut rien h » Et, dès le lendemain, elle commençait ses lotions.

Une amélioration parut s’ensuivre. L’Esculape improvisé clama son triomphe et reçut de magnifiques présents. Mais il avait chanté tio'p tôt victoire. Huit jours ne s’étaient pas écoulés, que les jambes de l’Impératrice étaient revenues dans leurétat naturel ; les veilles, le mouvement qu’elle s’était donné, produisirent une aggravation, qui apparut bientôt à tous les yeux.

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