LE GRAND-DUC PAUL PETROVITZ
Avant Pierre le Grand, les femmes ne paraissaient ni à la cour ni dans la société, pas même à la table de leurs maris : un ukase de Pierre leur donna rang dans l’humanité. Mais on fut, au début, obligé de recourir à la violence, pour les contraindre à sortir de l'isolement où elles paraissaient se complaire. Le résultat de cette réforme ne se fit pas attendre : tour à tour, dans le même siècle, se succédèrent six impératrices, qui ont régné despotiquement sur un empire qui venait à peine de les tirer de la servitude.
Quand les femmes régnent , les hommes gouvernent. , aphorisme qui pourrait se traduire : quand les femmes tiennent le pouvoir, leurs amants l’exercent. Seule, peut-être, Catherine II s’en affranchit dans quelque mesure ; mais, comme
ÉDUCATION DE PRINCE
l'a dit un prince russe1, « chacun de ses favoris, de quelque courte durée qu’ait été son règne, en échange des millions reçus, a gratifié la Russie d’un honteux exemple de plus ».
A l’exemple de Zorich, les joueurs se sont multipl iés. Potemkin a introduit le luxe sans frein, la recherche de la table, la cupidité, l’avidité sans bornes. Avec Korsakow, la débauche s’est donnée libre carrière. Lanskov fut cruel avec délices et
eut de nombreux imitateurs ; sous le règne de Momonoff, le favoritisme le plus éhonté s’est impudemment étalé.
Pour ce qui est de l’Impératrice, elle aimait l'adulation à l’excès ; voulait-on lui plaire, on n avait qu’à la flatter; quelque grossier qu’il pût être, elle respirait toujours l’encens avec délices. Voluptueuse et ambitieuse, tels furent les deux traits principaux de son caractère.
Ayant longtemps souffert dans son orgueil, elle se revancha du sort. Tandis qu’elle n’était que grande-duchesse, elle avait eu à subir pas mal d’avanies. Lorsque, après neuf ans d’union stérile, naquit l’enfant qui reçut le nom de Paul — le futur tsar Paul Ier — Catherine fut contrainte de s’en séparer aussitôt. « Dès qu’on eut enveloppé mon fils de ses langes, a-t-elle conté dans