Cf. Intermédiaire des chercheurs et curieux
Alexandre I"r
(Collection de Tailleur),
FOLS cochonnés
d’aLEXANDRE Ier A NICOLAS II
La mort de Nicolas Ier n’est pas entourée de moins d’obscurité;
A s’en rapporter au récit qui parut en Russie au lendemain de l’événement, il semble que l’on doive, sans hésitation, conclure à une mort naturelle. Les médecins avaient pu être déconcertés par la soudaineté du mal; mais n’est-ce pas à grand fracas que débutent certaines affections aiguës du poumon ? Le frisson unique et, plus tard, les frissons se succédant à courts intervalles, la toux, l’oppression, les points de côté douloureux, n’est-ce pas tout le tableau symptomatique d’une pneumonie, d’une fluxion de poitrine vulgaire? Mais, a-t-on dit, le médecin ne reste pas, en face du malade qui étouffe, simple spectateur de la souffrance : il agit, il ordonne, il soigne, il prescrit, il administre, il lutte enfin contre le mal. Rien ne prouve qu’on n’ait pas fait le nécessaire, et que tous les moyens thérapeutiques ne soient restés impuissants.
Malgré tout, on eut peine à s’expliquer la brusque altération de la santé du tzar, et le peuple, toujours porté à accepter les versions les plus étranges, resta convaincu que le souverain avait succombé à un empoisonnement. Ce bruit prit d’autant plus de consistance, qu’on avait appris la mort du monarque, sans presque savoir qu’il avait été malade.
D’autre part, quelques mois auparavant, un journal, se prétendant bien informé, avait annoncé qu’un des médecins de la Cour aurait prédit à lord Clarendon, alors ambassadeur en Russie, que le tzar mourrait avant deux mois : or, le terme de la prédiction tombait le 2 mars, et c’est ce jour-là même que le tzar succombait ! En fallait-il davantage pour alimenter des soupçons qui ont une si facile tendance à se faire jour, quand disparaissent de la scène du monde les personnages qui y ont occupé une place prépondérante ?
Cette mort à heure fixe était-elle un accident naturel, ou le résultat d’un crime?
Une feuille danoise avait, la première, insinué que le tzar avait été empoisonné et que le coupable ne devait pas être cherché bien loin. L’article causa, en son temps, une sensation profonde. On n’apprit pas avec moins de surprise, car on s’arrête difficilement sur la pente de l’invraisemblable, que l’auteur du forfait n’était autre que le propre médecin du tzar. Le brusque départ de celui-ci fortifia les soupçons, loin de les dissiper. La Cour lui avait délivré, racontait-on, un saufconduit ; et il avait quitté la Russie, pour ne pas laisser à la justice officielle le temps de faire un retour sur sa décision première.
N ICO LA .S 1‘-
(Collection de 1 auteur)
D’ALEXANDRE Ier A NICOLAS II
Mais, du fond de sa retraite, le docteur Mandt entendait l’écho de la vindicte publique et, pour aller au-devant de la calomnie, il crut devoir rapporter dans ses moindres détails les circonstances de la mort du tzar. Il adressa, dans ce but, une lettre à un journal de Cracovie en 1855. Trois ans plus tard, le 20 novembre 1858, le docteur Mandt s’éteignait à Francfort.
Des esprits dont on ne saurait suspecter la libre critique, mais égarés par l’esprit de système, ont voulu, quand même, voir une part de mystère dans la mort de l’empereur Nicolas. C’est ainsi qu’en France, un homme, que la science officielle a toujours tenu en suspicion, mais dont il serait injuste de méconnaître la prescience, parfois géniale, Raspail ne faisait mystère à personne que, pour lui, le tzar avait été empoisonné, qu’il en avait l’absolue conviction.
Une occasion d’asseoir cette conviction sur des témoignages, s’était présentée à Raspail, en 1856. Son récit est assez peu connu pour que nous le reproduisions ici :
Le 27 mars, écrit Raspail, je recevais la visite, pour cause d’infirmité, d’une dame de la cour de Saint-Pétersbourg, qui avait assisté aux derniers moments de son souverain, et qui se rappelait toutes les phases de cette agonie sans maladie. La conversation étant tombée entre nous sur les événements du jour, je l’amenai, avec un
lois COURONNES
certain intérêt, sur les circonstances mystérieuses qui
avaient entouré la mort de Nicolas Ier. Or, chose remarquable, la narration de cette dame concordait de tous points avec celle du docteur; non pas que, de sa personne, cette dame eût assisté aux derniers moments du czar et que, de ce qu’elle m’en rapportait, elle en eût été le témoin oculaire. « Car, ce qui s’est passé, me disait-elle, dans la chambre à coucher de l’empereur, n’a été vu de personne, pas même de sa famille, qui, tout le temps de cette inconcevable agonie, a été forcée de se tenir dans l’appartement du dessus. Les nombreux courtisans, attirés au palais par la nouvelle si inattendue de ce sinistre, n’avaient droit que de circuler en face de l’appartement occupé par la famille, et dans tous les corridors de l’étage audessus duquel se préparait à mourir le czar. » D’après cette dame, il aurait été vrai que le médecin avait prévenu le czar qu’il ne lui restait plus que deux heures à
vivre; et ce docteur aurait invité son souverain à communiquer ses volontés dernières à qui de droit, et à
mettre ordre à ses affaires intimes.
Toujours suivant le même témoin, le czar serait mort d’une lluxion de poitrine, malheureusement traitée par la méthode homéopathique ; et le seul tort du médecin de l’empereur aurait été de ne s’être fait assister par aucun autre médecin d’une autre doctrine, dans un cas dont il avait ainsi, de prime abord, désespéré; aussi, la population tout entière l’aurait-il considéré comme hauteur coupable de la mort de son empereur; mais la famille impériale, convaincue du contraire, lui avait donné un sauf-conduit, pour le soustraire à la fureur du
(Collection de l'auteur).
D’ALEXANDRE Ier A NICOLAS II
peuple ; la cour croyait n’avoir à lui reprocher que quelque chose comme une blâmable négligence, mais rien qui eût le caractère de la culpabilité.
J’eus beau, ajoute Raspail, retourner la question dans tous les sens, en faisant observer à cette dame que ce qu’elle n’avait pas vu pourrait bien nous donner le mot de tout ce que cette relation avait d’inexplicable, la dame maintint son dire, et moi mon soupçon et, de ce jour, nous ne revînmes plus sur ce chapitre ; je gardai mon opinion, et cette dame son secret; mais de mon opinion, j'en ai fait part à tous ceux qui m'ont entretenu de cet événement, qui venait, d’une manière si imprévue, mettre fin à une guerre acculée au pied du mur (sic)...
Nous ne voudrions pas insinuer qu’on s’est joué de la crédulité d’un savant qui, d'ordinaire, étaie son argumentation sur des bases moins fragiles ; mais, quelques garanties qu’elle présente, l’autorité de Raspail ne nous suffit pas en l’espèce. De môme, nous ne signalerons pas, autrement qu’à titre épisodique, la version d’après laquelle la mort du tzar Nicolas serait due à un poison, que le médecin du tzar aurait administré lui-même, sur l’ordre exprès de son souverain.
Ce sont là fables romanesques, qu’il faut décidément reléguer clans le grenier de la légende ; à moins qu’on ne consenle à admettre, et les toxicologues pourraient seuls faire en-
tendre une voix autorisée, qu'il existe un poison capable de laisser à la victime deux heures de répit, de lucidité dans la pensée, et qui, tout à coup, ferait explosion et détruirait en quelques secondes l’organisme le plus résistant. Gomment expliquer autrement que le tzar Nicolas eût trouvé le temps de faire ses recommandations dernières dans la plénitude de ses facultés physiques et intellectuelles, sans qu’à aucun moment ne se soient trahies les tortures, les angoisses de l’homme qui expire à la suite de l’administration d’un poison violent ?
De poison il fut à nouveau question, lors de la mort d’Alexandre III h
1. Quant à Alexandre II, il fut, on s’en souvient peut-être, victime d’un attentat nihiliste. Un officier allemand, ancien attaché à l’ambassade de Saint-Pétersbourg, le comte Richard von Pfeil, a publié ses souvenirs personnels, sur le drame du 13 mars 1881. Sur l’attentat lui-même, ils n’apprennent rien de nouveau ; ils donnent, au contraire, sur la fin de l’empereur, des détails peu connus. Alexandre, lorsqu’il s’était senti frappé, s’était aussitôt écrié : «Vite, vite, à la maison... portez-moi au palais... je veux y mourir... » Puis il avait dit à deux reprises : « Couvrezmoi avec mon mouchoir ! » Le traîneau se mit en marche vers le Palais d’Hiver, laissant sur la neige un sillage de sang; plusieurs personnes, debout sur les patins du traîneau, soutenaient le blessé. Le grand-duc Michel suivait, ayant donné l’ordre d’avertir la famille impériale. La porte du palais, toujours fermée, s’ouvrit avec lenteur; et ce retard fut cause d’une perte énorme de sang; il y eut devant la porte une véritable
D* ALEXANDRE Ier A NICOLAS 11 3H5
C'est, en réalité, a une attaque d’urémie qu’a succombé le père de Nicolas IL
On a parlé d'une tumeur située au-dessous du sein gauche et qui aurait été de nature maligne. N’a-t-on pas dit encore que le tzar Alexandre III était atteint d’une phtisie laryngée, dont il aurait
mare. L’empereur fut enfin porté dans son cabinet de travail, où l’on avait dressé, en toute bâte, un lit. En un instant, la chambre se remplit de princes et de hauts fonctionnaires ; mais l’empereur, les yeux à demi -clos, ne reconnut personne. Son chirurgien, le docteur Kruglewski, et le docteur Markus, lui donnèrent les premiers soins et comprimèrent les artères crurales, pour diminuer l’épanchement sanguin. A ce moment, le médecin-major de la garde impériale entra : « Apportez, dit le docteur Kruglewski, les instruments nécessaires pour l’amputation. » Cette recherche demanda cinq minutes. Un quatrième médecin, le docteur Botkin, survint alors et examina les mouvements du cœur, qui commençaient à s’arrêter. Pour ranimer la circulation on fit successivement la ligature des deux jambes. Puis, pour ramener le sang au cerveau, on décida aussi de comprimer les poignets. En arrachant le gant de la main droite, on s’aperçut qu’il était brûlé à plusieurs places. A ce moment, les mouvements du cœur redevinrent perceptibles, la respiration plus active. Le blessé ouvrit les yeux, sous l’influence de l’éther et de l’eau glacée. Il paraissait se ranimer. Le chapelain de l’empereur profita de cet instant pour lui administrer le viatique. On eut alors une lueur d’espoir; les médecins pensaient pouvoir opérer la transfusion du sang, mais le destin en avait décidé autrement. Les mouvements du cœur se ralentirent tout à coup, la respiration se fit de plus en plus pénible et bientôt s’arrêta. A trois heures trenie-cinq de l’aprèsmidi, le professeur Botkin, s’inclinant devant l’héritier du trône, annonça que l’empereur était mort.
transmis les germes à son fils. Tous ces doutes, toutes ces incertitudes nous permets nt d’inscrire, à la fin de cette étude sur la dynastie des Romanoff, la phrase si souvent rééditée et qui n’a jamais été plus de circonstance :
« Où le roman finit-il ? Ou l’histoire commence-
t-elle ? »
CHRISTIAN VII, ROI DE DANEMARK
Depuis que la monarchie danoise a été mutilée, on peut dire qu’elle a gagné, en prestige et en considération, ce qu’elle a perdu en puissance et en importance; elle est devenue une pépinière de monarques, et l’on en trouve des représentants sur les principaux trônes de l’Europe.
Faut-il rappeler, d’autre part, que les rois de France et de Danemark ont entretenu, depuis plusieurs siècles, les relations les plus cordiales ? Avant de s’appeler Henri IV, Henri de Béarn avait engagé, avec les souverains de Danemark et de Norvège, une correspondance conservée dans les archives du royaume. Un Danois, le comte de Rantzau, est devenu maréchal de France; tandis qu’un Français, le comte de Saint-Germain, fut ministre de la guerre à Copenhague, avant de l’être à Paris.
Notre capitale exerçait déjà le mirage qui attira de tous temps vers elle les chefs d’États étrangers
et les princes royaux, avides de compléter leur éducation ou, plus exactement, de satisfaire leur curiosité.
Christian VII, suivant l’exemple de Pierre le Grand, voulut entreprendre, comme le czar moscovite, un voyage dans notre pays et chez les nations les plus civilisées, sous le prétexte d’étudier sur place les améliorations et les progrès qu’il pourrait, à son retour, introduire dans ses États, mais dans le dessein arrêté de jouir de sa pleine liberté et de s’affranchir, pendant quelques mois, de la tutelle de son précepteur et des embarras du lien conjugal. Malgré les plus tendres instances, il résolut de partir sans la reine, n’acceptant pour familiers qu’un seigneur débauché, le comte de Holck, et son propre médecin, le docteur Struensée, sans préjudice d’une suite de plus de cinquante personnes, dont la plupart ne devaient l’accompagner qu’une partie de la route.
Tandis que ceux-ci reprenaient le chemin d’Amsterdam, le roi se dirigeait vers Hanau et passait une semaine entière, chez sa sœur, la princesse Louise, en fêtes et festins. De là il se rendait à l’invitation du prince d’Orange, son cousin, qui lui fit un accueil empreint de cordialité.
C’est pendant son séjour à Amsterdam que le jeune écervelé, sous la conduite de Holck, fré-
CHRISTIAN VII DE DANEMARK
quenta les établissements les plus mal famés de la ville, et, travesti en matelot anglais, se livra aux plus folles orgies.
Son compagnon de débauche l’enlraina d’abord au Rondeel , « temple consacré au culte de Cypris » , pour employer la chasle expression d’un chroniqueur du temps1. « On assure, ajoute l’indiscret annaliste, qu’il y joua merveilleusement son rôle, excepté sur un seul point. »
Non contents de cette escapade, ils di igèrent leurs pas vers le Pyl , célèbre maison de prostitution, siluée dans le Pylsleeg (ruelle de la Flèche) : là, une foule de beautés vénales entourèrent les étrangers; une d’elles, trompée par la blancheur du teint de l’éphèbe royal et par son air efféminé, l’accusa d’être une dame déguisée, venue pour assister aux mystères du lieu. Elle allait, afin de vérifier le fait, se mettre en demeure de le dévêtir, quand elle aperçut, sous son habit de matelot, une riche veste de soie, un cra* chat et un ruban bleu.
Voyant qu’il ne lui était pas possible de conserver plus longtemps l’incognito, le roi s’enfuit à toutes jambes, suivi de son fidèle Achate, en jetant sur le parquet une po:gnée de ducats, que
1. Les Cours du Nord, ou mémoire? originaux sur les souverains de la Suède et du Danemark depuis 1766; traduits de l’Anglais John Brown, par J. Cohen, t. 1 (Parié, 1820).
I ors COURONNÉS
les filles se disputèrent, laissant ainsi le champ libre aux fuyards.
11 était prudent de ne pas prolonger son séjour dans la cité hollandaise; dès le lendemain, Télémaque, suivi de son singulier Mentor, partait pour Calais, en passant par Anvers et Bruxelles. Un yacht l’attendait dans le port anglais, pour conduire à Douvres le beau-frère de Georges III.
A Douvres, le royal voyageur, dédaignant les somptueuses voitures envoyées à sa rencontre, déclara qu’il se contenterait d’une simple chaise de poste, la préférant aux carrosses de la Cour.
A Londres, l’adolescent royal ne parait pas avoir produit une très favorable impression. Un écrivain, qui a mérité d’ètre comparé, au moins pour l’esprit, à Voltaire, en fait un portrait des moins flatteurs.
Je viens de voir le roi de Danemark, mandait Horace VValpole à un de ses correspondants ; il est si petit, si petit, que l’on dirait qu’il estsortid’un noyau d’amande, comme dans les contes de fées. Il n’est pas mal conformé, quoiqu’il soit si exigu ; il n'a pas l’air malade, quoique son visage soit pale. Il a avec lui un jeune fat, nommé Holck, qui a une assez jolie figure, mais qui ne tardera pas, je crois, à faire la culbute...
Dans une autre épître, il le trouve « gracieux et accessible, mais sans discernement et sans
CHRISTIAN Vil DE DANEMARK
dignité. Plusieurs de ceux qui se sont rendus dans les appartements de Saint-James, pour le voir dîner Pont pris pour une jeune fille habillée en homme. »
Continuant sur ce ton de raillerie, Walpole trouve que ce « grand roi si petit a la fière attitude d’un roitelet et les clairs yeux bleus de sa parenté maternelle. Il pense faire un acte assez original en voyageant, car il ne s’intéresse à rien. Le peuple de Londres l’adore et ce n’est pas sans raison, le roi lui jette l’argent par les fenêtres. »
On lui fit visiter, au pas de course, tout ce qu’il y avait de curieux à voir : Westminster, la tour de Londres, l'arsenal, la banque, la cathédrale de Saint-Paul. Les dîners de gala, les bals se succédèrent ; mais, au sortir de ces fêtes «où brillaient plus de diamants et de lampes que de gaieté1 », Christian s’empressa de courir les tavernes et les retraites des courtisanes de toutes classes, depuis les élégantes du quartier Saint- James jusqu’à celles gitées dans les ruelles obscures de Wap ping, ou dans les caves de Saint-Gilles.
Ces courses nocturnes, dans lesquelles il cherchait les aventures, commençaient d’ordinaire après minuit, et quand les forces du roi se trou-
1. La reine Caroline-Mathilde et le comte Slruensée, par G. -B. de Laürèze; Paris, 1887.
vaient déjà épuisées par les nombreuses cérémonies et promenades que l’étiquette lui avait imposées pendant la journée. Le comte Holck était le plus souvent de la partie, et n’arrivait pas toujours à préserver le roi de familiarités suspectes, voire de horions, qu’on leur ménageait d’autant moins qu’ils les provoquaient.
Son médecin, avec tous les ménagements que la prudence lui commandait envers le favori toutpuissant, ne dissimulait pas à l’imprudent jeune homme les conséquences que pouvait avoir sur sa santé la vie qu’on lui faisait mener; il le mit en garde contre l’emploi des stimulants, dont il usait pour restaurer ses forces de plus en plus défaillantes, mais toutes ses remontrances restèrent vaines : le roi ne voulut rien entendre. Il avait projeté de boire à la coupe des plaisirs jusqu’à la lie ; son voyage en France allait lui en fournir l’occasion.
Aucun souverain du Nord n’était venu dans notre pays depuis Pierre Ier ; aussi l’arrivée prochaine d’un roi de Danemark était-elle considérée comme un événement d’importance. On le disait si prodigue, de manières si séduisantes, que les femmes qu’on appelait du bon ton , mirent en œuvre toutes les ruses, pour paraître à ses yeux les premières. Les unes se rendirent au-devant de
Comte Jean-Feoérig Struensée
Premier médecin et ministre d’Etat de Sa Majesté danoise (Collection de l'auteur).
CHRISTIAN YII DE DANEMARK 375
Sa Majesté dans de superbes équipages à quatre et six chevaux ; les autres vinrent s’installer dans les environs de son hôtel. Quelques-unes à force d'argent, avaient obtenu des tapissiers, de placer leurs portraits dans les cabinets et boudoirs du logement qui lui était réservé, et une demoiselle de l’Opéra eut même l’audace d’envoyer au prince sa figure en miniature î Mais, à croire le mémorialiste qui nous livre ces curieux détails *, tous les charmes de ces nymphes échouèrent contre la sagesse du moderne Télémaque.
Les grands dîners et surtout les fins soupers que lui offrit Louis XV à Fontainebleau et à Versailles, le prince de Gondé à Chantilly, la duchesse de Mazarin à son château de Chiliy, les spectacles qui se succédèrent sans trêve, eurent bientôt raison d’un tempérament fort affaibli par le régime auquel il était soumis.
Un soir, on apprenait que la Majesté danoise était incommodée par une vulgaire indigestion. Le peuple accourut en foule, pour avoir des nouvelles. En revenant un autre jour de Fontainebleau, où il avait rendu visite à Louis XV, Christian fut acclamé ; on criait : Vive le Roi ! Le prince qui ne manquait pas d’esprit d’à propos, se mit à la portière, et de l’air le plus gracieux: