‹ Fous couronnésChapitre 5 sur 39 · Mémoires de Pollniiz , 1791, cités par Waliszewski, U II · texte numérisé non relu

Mémoires de Pollniiz , 1791, cités par Waliszewski, U II

Pierre I"'

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(Collection de l’auteur

PIERRE LE GRAND

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toutes les fleurs, sans prendre garde aux vénéneuses. Le fameux Boerhaave, entre les mains de qui il se mit, ne fut pas heureux dans sa cure ; la maladie que Pierre contracta en Hollande devint le principe de sa mort, par la rétention d’urine et la pierre qu’elle lui causa L On a prétendu même, que l’impératrice, après avoir partagé le lit de son mari, contracta le « gros mal » à son tour, ce qui n’est pas pour surprendre.

S'il s’en fut tenu aux relations normales mais il semble qu’il ait, lui aussi, comme Frédéric II, plus tard, fréquenté la secte d’Epicure; en termes moins équivoques, qu’il ait été un inverti sexuel. Menchikoff n’avait pas conq uis par d ’autres moyens la faveur dont il jouissait auprès de son maître; on a également parlé d’un lieutenant, fort joli garçon, qui servait à ses plaisirs.

Pierre le Grand ne couchait jamais seul; quand Catherine, ou quelque autre femme, ne partageait pas sa couche, il était dans l’habitude de permettre à ses denschicks , c’est-à-dire ses pages, de se mettre à ses côtés; mais il fallait qu’ils restassent bien cois toute la nuit, car, pour peu qu’ils vinssent à remuer et a réveiller le tsar, celui-ci ne manquait pas de les bourrer d’importance.

1. La Rassie au dix-- huitième siècle : Mémoires inédits, avec introduction de Galitzin, 127.

A la campagne et en plein air, ses denschicks lui servaient tantôt d’oreillers, tantôt de dossiers. En 1722, il s’avisa de faire peindre un de ses favoris dans un état complet de nudité. Il avait, au dire d’un de ses biographes, des « accès de fureur amoureuse », dans lesquels tout sexe lui devenait indifférent.

Ce ne sont pas les seules distractions auxquelles il se soit livré. A l’instar d’autres souverains, Pierre a eu ses bouffons et ses « fous ».

A la Cour de Russie, on en comptait de quatre espèces : les fous par infirmité naturelle ; les fous condamnés à la folie, pour avoir manqué de sagesse dans l’exercice de leurs fonctions ; les -fous par simulation, jouant l’inconscience 'pour échapper au châtiment qu’ils avaient encouru ; ceux, enfin, à qui le tsar infligeait le port de la marotte, pour avoir fait preuve d’une trop grande ignorance.

Pierre avait tenu à introniser lui-même le chef de cette légion d’êtres disgraciés et falots. Cette promotion donna lieu à une suite de cérémonies burlesques.

Boulions et arlequins cumulaient et mêlaient leurs dignités et leurs attributions carnavalesques avec des titres portés par des personnages graves : l’un faisait les fonctions de chef de

h erre le grand

l'amirauté, l’autre de garde des sceaux, etc. Pour accroître le prestige de ses fous, peut-être aussi pour tourner en dérision la papauté catholique, Pierre leur avait procuré à tous, — ils n’étaient pas moins de 60 — le cordon de l’Éperon du pape, qu’ils devaient porter à la troisième boutonnière.

Dans les derniers temps de sa vie, le tzar tomba dans une mélancolie profonde, que les médecins cherchèrent à combattre, en ordonnant des divertissements et des mascarades. On décida, en conséquence, d’organiser une élection d’un Pape des Fols.

Cette parodie de la cérémonie d’investiture du pape romain eut lieu dans une maison au haut de laquelle on avait établi un carillon, muni de deux cloches de bois, deux cloches de plomb et soixantequatre cloches de pierre. La chambre d’élection était meublée d’un trône à six marches ; sur les degrés, un tonneau était commis à la garde de suppôts de Bacchus, qui avaient toute licence de s’enivrer et en usèrent sans ménagement pendant huit jours. Autour du trône étaient disposées, en rang serré, treize chaises percées, occupées par treize disciples de Bacchus.

Dans l’autre chambre, où devait se tenir le conclave, on avait dressé quatorze loges, séparées par des nattes ; au-devant de chaque loge, pendait

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