Stoehlin, Anecdotes (témoignage de Pierre Muller
PIERRE LE GRAND
En Hollande, il visita les moulins à huile, et à papier, les scieries de planches, les corderies, les magasins de fer, les fabriques de voiles, de compas, etc. Le plus souvent, il demandait à manipuler les appareils, et il y montrait une adresse qui remplissait d’étonnement les ouvriers les plus exercés.
À Zaandam, une des premières occupations auxquelles il se livra, dès son arrivée, fut d’acheter un grand nombre d’outils de charpentier, qu'il porta lui-même dans la modeste habitation qu’il s’était choisie. Il se mit aussitôt avec ardeur à la besogne, fabriquant des baignoires et autres objets, se rendant sur les chantiers, la hache à la main, prenant plaisir à servir le contremaître, dont il écoutait les moindres avis avec docilité.
Il s’était engagé sous un faux nom, mais il lui était difficile de garder longtemps Y incognito ; on le distinguait toujours à sa haute stature, à un léger secouement de la tète et du bras droit, aussi bien qu’à une petite verrue qu’il portait à la joue droite.
Non content d’apprendre les métiers manuels, de visiter les fabriques et les ateliers, il voulut connaître tout ce que le pays contenait de merveilles en tous genres. Après les artisans, il tint à voir les artistes et les savants.
Au nombre de ces derniers, on lui avait parlé
d’un professeur d’anatomie, qui jouissait d’une notoriété dépassant les limites de sa province. Ruysch s’était acquis cette réputation par son habileté à préparer et à conserver les diverses parties du corps humain au moyen de l'injection. Tous les étrangers ne manquaient pas de visiter son cabinet, comme une des choses les plus remarquables de la Hollande.
Le Tsar fut très frappé de tout ce qu’il vit chez Ruysch ; mais ce qui le remplit d’étonnement, ce fut un corps d’enfant si parfaitement conservé, qu’on l’eût dit vivant, avec le sourire aux lèvres ; le moûarque ne put se retenir de l’embrasser î
Il revint plusieurs fois chez l’anatomiste, assista fréquemment à ses leçons, voulut en prendre de lui en particulier. Il le suivait chez ses malades, et, comme il passait assez souvent la nuit dans un hôtel contigu à l’hôpital où le prince avait exprimé le désir d’entrer, sans passer par la rue qu’encombrait ordinairement la foule des curieux, on pratiqua, dans le mur séparant les deux édifices, une ouverture dont les traces étaient encore visibles il y a quelques années h
Toujours en compagnie du maître qui lui ser-
1. Anecdotes hist. sur Pierre le Grand , par Scheltema ; Lausanne, 1842.
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