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Chalet de Pierre 1er, a Zaandam.
Intérieur du chalet de Pierre
pierre le Grand
vait de guide, le Tsar se rendit au jardin botanique delà ville, où les bourgmestres le reçurent en corps et lui offrirent des rafraîchissements. Ruysch lui donna de précieux conseils, sur le choix des chirurgiens que Pierre désirait emmener en Russie, pour le service de son armée et de sa flotte. Plus tard, le Tsar acheta le cabinet d'anatomie du célèbre professeur moyennant la somme, considérable pour l'époque* de 30.000 florins.
Après avoir appris Part de disséquer avec Ruysch, Pierre le Grand fit inviter le fameux Antoine van Leeuwenhœk à venir le voir à bord, étant ce jour-là resté- dans son yacht, pour se soustraire à la curiosité importune des habitants de l'endroit où il se disposait à atterrir. Il prit plaisir à examiner le microscope du naturaliste, avec lequel il passa plus de deux heures ; il se servit de cet instrument pour faire quelques, expériences sur la circulation du sang chez les poissons.
A Leyde, il tint à voir Pillustre Boerhaave, dont la réputation était arrivée jusqu’à ses oreilles. Il lui fit demander l’heure à laquelle il voudrait lui permettre de visiter le jardin botanique de
1. Ruysch eut, à soixante-dix-sept ans, encore assez découragé pour commencer une nouvelle collection et il réussit à la former après un travail de quatorze années.
F Académie. Boerhaave en laissa le choix au tsar, qui donna ses préférences à la matinée : quelques minutes après l’heure indiquée, 6 heures, il se trouvait au rendez-vous.
Le prince visita d’abord la salle de dissection (, theatrum anatomicum) ; il s’arrêta longtemps à considérer un cadavre, dont les muscles étaient mis à découvert pour être imprégnés de térébenthine. Gomme les personnages qui l’accompagnaient faisaient une moue de dégoût, il les obligea à détacher un muscle du corps en putréfaction avec les dents, afin de s’habituer à vaincre leur répugnance.
Le désir que témoignait le prince de tout apprendre se manifestait en toute circonstance. Les jours de marché, on le voyait ordinairement au Botermctrky où il portait son attention à observer les mille moyens mis en œuvre par les divers marchands, pour atteindre un but unique, celui de gagner de l’argent. Il se divertissait à voir les tréteaux des charlatans et il s’étonnait de l’adresse avec laquelle ces bateleurs arrachaient les dents. Tous les instruments leur étaient bons : le manche d’une cuiller, la pointe d’une épée, etc. II prit fantaisie au tsar de les imiter ; quand il eut appris les principaux de leurs tours, il n’eut plus qu’une idée en tète, celle d’enlever des dents aux gens de sa suite.
Ruysch faisant une démonstration d’anatomie (Par Van Neck : Musée d'Amsterdam).
PIERRE LE QUAND
De retour à Saint-Pétersbourg, l'occasion ne tarda pas à s’offrir à lui d’exercer ce nouveau talent. Un cavalier russe ayant commis une faute grave dans son service, il le fit appeler, pour le traiter à sa façon. Un des amis du militaire réussit à le prévenir du danger qui le menaçait et lui dit d’imaginer, s’il se pouvait, quelque expédient propre, sinon à détourner entièrement, du moins à atténuer le premier choc.
Mais quelle ruse employer ? Notre cavalier était perplexe.
Enfin il a trouvé ! Sans paraître le moins du monde intimidé, il entre dans la chambre de l’Empereur, tenant son mouchoir sur sa joue, comme s’il souffrait d’un violent mal aux dents.
A peine l’Empereur l’a-t-il reconnu, qu’il court à lui, le bâton haut, s’apprêtant à le frapper, quand il voit la tête enveloppée et l’air pitoyable du bonhomme :
Qu’est-ce ? Que t’est-il arrivé ?
— Depuis hier, j’ai une rage de dents que rien ne peut calmer.
A ces mots, le tsar laisse tomber lentement son bras et le bâton qu’il tient ; son regard perd sa dureté et il demande au pauvre diable, sur un ton radouci, s’il n’a pas une dent creuse.
— Elle ne l’est pas encore complètement, dit
J'OÜS COURONNES
le faux malade ; mais elle est gâtée et me cause des douleurs intolérables.
— Qu on m’apporte mes instruments, ordonne le tsar. Et, se tournant vers le patient, qui n’ose protester : « Assieds-toi, je vais t’arracher ta dent ! »
Le cavalier, à demi rassuré, obéit sans mot dire, et le dentiste improvisé enlève, avec quelque brutalité, la dent qu’il soupçonne être la cause du mal*
Un officier use du même subterfuge, pour échapper au châtiment qui l’attend inévitablement. Dénoncé au tsar, pour avoir transgressé ses ordres, il prétexte un mal de dents, pour ne pas se rendre au palais, où il a été convoqué afin de fournir des explications. Le monarque lui fait dire qu’il vienne le trouver sans retard, qu’il lui enlèvera la dent qui le fait souffrir.
L’officier arrive : le tsar se fait montrer par lui l’endroit où il souffre, puis il lui commande de s’allonger par terre ; mais, au lieu de lui enlever la dent creuse, il en attaque une saine et avec une telle force qu’il soulève trois fois le patient. Finalement, il la casse, et renvoie le malheureux, après une réprimande légère, lui disant qu'il était assez puni par les douleurs qu’il lui avait causées.
L’auguste opérateur exerça son adresse dans
PIERRE LE GRAXD
une autre circonstance assez plaisante, sur la femme d’un de ses valets de chambre, qui trouva un moyen original de punir celle-ci de sa galanterie.
S. M. ayant remarqué, dans son antichambre, son serviteur, qui paraissait plongé dans une profonde mélancolie, lui demande la cause de son chagrin.
— « Ce n’est rien, Sire, si ce n’est que ma femme est fort incommodée du mal de dents.
— Je veux la guérir, réplique le tsar sur un ton d’autorité ; tu vas me conduire auprès d’elle. »
Le prince se rend sur-le-champ, avec le mari, chez la prétendue malade, la fait asseoir pour lui visiter la bouche, quoiqu’elle protestât qu’elle n’y avait aucun mal.
— « Voilà bien le malheur, disait le bon apôtre ; elle nie toujours qu’elle souffre, quand on veut la soulager; mais elle se désole, dès que le médecin est sorti.
— Allons, allons, dit l’Empereur, bientôt elle ne souffrira plus ; tiens-lui fortement la tête et les bras. » Alors, tirant son pélican, il arrache à la pauvre femme, malgré ses cris, la dent qu’il jugeait être la cause de la douleur, avec une dextérité et une promptitude admirables1.