Le Musée des Arts, à Saint-Pétersbourg, conserve un sac
FOLS CÜUOAMiS.
Quelques jours plus tard, ayant appris, par les gens de l'impératrice, que la malheureuse n’était réellement pas malade, et que c’était un tour de son époux, le tsar fit comparaître ce dernier en sa présence et, après avoir obtenu ses aveux, lui administra lui-même un sévère châtiment1.
Pierre portait constamment sur lui un couple d’étuis, dont l’un était garni d’instruments de mathématiques, pour examiner et vérifier les dessins et les plans qu’on lui présentait, relatifs à des édifices et des constructions de tous genres ; l’autre était une trousse de chirurgien, car il ne se contenta pas d’ètre dentiste, il voulut aussi s’ingérer de chirurgie.
Un jour, il enleva vingt livres d’eau à une femme hydropique, qui succombait peu après; l’infortunée avait eu beau se débattre, sinon contre l’opération, du moins contre l’opérateur, elle avait dû céder devant une volonté formelle. Étaitce le remords d’avoir hâté sa fin, le tsar fit à sa victime l’honneur posthume d accompagner son convoi funèbre.
Toujours avide de connaissances, sa vivacité, son inquiétude d’esprit s’affirmaient en toute
plein de dents arrachées par le royal praticien. {Cf. Waliszewski, 143.)
1. D’après le témoignage de Velten, chef des cuisines de Pierre le Grand.
Pierre le grand
circonstance. Arrivé à Dresde le soir, après une journée de voyage où il avait accablé son entourage de questions, il n eut pas plutôt dîné qu’il voulut être conduit au musée de la ville. Il y fit son entrée à une heure du matin, visita la galerie à la lueur des torches et ne se retira qu’au jour.
Sa curiosité était universelle, inlassable.
A Copenhague, il demande à voir le cabinet d’histoire naturelle du roi, qui passe pour recéler la plus belle et la plus grande momie qui fût alors en Europe. 11 prie celui qui la lui montrait de la lui céder. « Sire, lui répond l’honorable fonctionnaire, comme je n’ai pas le droit d’en disposer, je vais en référer à mon souverain. »
Celui-ci n’ayant pas voulu accepter la proposition faite, le tsar, piqué de ce refus, médite sa vengeance. La veille de son départ, il se rend au musée et, après avoir observé différentes raretés, il dit tout à coup au conservateur :
— « Ainsi c’est bien entendu ; vous ne voulez pas me céder votre momie ?
— Sire, la chose n’est guère possible. »
Alors, pinçant fortement le bout du nez de la
momie, le tsar le lui arracha, et satisfait de l’avoir mutilée, se retira sans mot dire.
Cete curiosité insatiable entraîna parfois Pierre
le Grand hors des limites du tact et de la mesure. La tsarine, Marthe Apraxine, veuve de Féodor, étant venue à mourir à Page de 51 ans, il voulut vérifier de ses yeux un bruit populaire, sur certaine maladie du mari de la défunte, qui aurait contraint celle-ci à conserver des mœurs austères. En conséquence, il fit lui-même l’autopsie du cadavre et en tira, paraît-il, des conclusions satisfaisantes pour la vertu de sa belle-sœur1.
Les biographes contemporains ont rapporté qu’il se plaisait à conserver quelques sujets vivants, de l’espèce humaine, entre autres un homme affligé d’une infirmité monstrueuse, des enfants mal conformés, etc. Sans doute croyait-il servir la science par ces exhibitions. N’avait-il pas, d’ailleurs, témoigné de cette passion scientifique, en achetant la collection de Ruyscli, comme il avait acquis celle de l’apothicaire Seba, qui avait réuni tous les animaux connus, tant de terre que de mer, probablement à l’état de squelettes, sans quoi ils eussent été passablement encombrants ? Ce sont ces deux collections qui formèrent le premier fonds du musée de l’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg.
Pierre avait assigné à leur usage un v aste bâtiment en pierre, isolé sur les bords de la Néva,