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Du ChA\\\\i, L'Afrique sauvage. Paris

2. Niembouai se trouve dans le pays des Ashangos, par 1° 58'o4' de latitude sud et il» 56' 68" de longitude est.

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un ((lin de l;i l'nnH, so cacliaiL une douzaine de l>eliles Imites où demeure celle rlrange Lribu. Elles sont disséminées sans ordre et n'occupent dans leur ensemble qu'un espace fort étroit. La forme de ces huiles est la même que celle que j'ai décrite lorsque nous nMiconlr;\mes près d'Yengé un village d'Obongos abandonné par ses habitants'. De même ici nous n'aperçûmes en avançant aucune espèce de créatures vivantes, et, en effet, le village était désert. Les cabanes sont si légères et les habitants d'humeur si changeante que ceuxci sont toujours prêts à se déplacer. Les habitalions nous parurent horriblement sales; tandis que mes hommes etmoi nous nous occupions d'en visiler l'intérieur, nous nous sentîmes tout à coup assaillis par une telle armée de puces qu'il nous fallut bien vite battre en retraite. Si les habitants avaient déserté leur logis, c'est, à coup sûr, qu'ils en avaient été chassés par ces insectes.

» Laissant là les cabanes abandonnées, nous

1 . Les cabanes étaient ti-fts basses, de forme ovale comme des tentes de bohémiens. La partie la plus élevée au dessus de l'entrée avait quatre pieds de haut, la plus grande lon- {2:ueui' était aussi de quatre pieds- De chaque côté on voyait trois ou quatre petits morceaux de bois propres à servir de couchette à. un couple de Lilliputiens. Les cabanes étaient construites avec des branches d'arbres flexibles, courbées en berceaux et fixées en terre à chaque bout; elles étaient recouvertes de grandes feuilles. Du Ghaillu, ouvr. cité,j). 223.

poursuivîmes notre chemin à travers la forêt et bientôt, à la distance d'un quart de mille environ, nous rencontrâmes un autre village d'Obongos, composé comme le premier d'une douzaine de huttes mal construites et disposées au hasard sur la surface d'une petite clairière. Ces demeures étaient bâties depuis peu, car les branches d'arbres dont elles étaient faites, avaient encore leurs feuilles toutes fraîches. Les petits trous qui leur servaient de portes étaient bouchés par des branches d'arbres récemment détachées avec le feuillage et plantées en terre.

>) Nous prîmes les plus grandes précautions pournous approcher afin de ne pas effaroucher les timides habitants. Mes guides Ashangos tenaient à la main un cordon de perles en signe de leurs dispositions amicales. Mais tant de soins furent perdus ; car les hommes au moins étaient déjà décampés avant notre arrivée. Nous courûmes aux huttes, où nous découvrîmes trois vieilles femmes avec un tout jeune homme, qui n'avaient pas eu le temps de s'enfuir comme les autres, sans compter quelques enfants cachés dans l'une des cabanes.

» Mes guides Ashangos firent tout ce qu'ils purent pour apaiser les frayeurs de ces tremblantes créatures, disant que je n'étais pas v(3nu pour leur faire du mal, mais pour leur apporter des

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perles. Si je parvins cnliii ;i iu';ipproclier d'elles, c'esl que la terreur avait paralysé leurs mouvements. Je leur donnai des perles et je leur lis dire par uies guides que nous reviendrions le lendemain avec une provision de perles plus considérable, afin d'en attribuer à toutes les autres femmes, et qu'il fallait qu'elles fussent là pour nous recevoir. .Vu bout de quelques instants, une dos vieilles avait perdu toute sa sauvagerie et commençait mêmt; à se moquer des hommes qui s'étaient enfuis à noire approche. « Timides, nous dit-elle, comme les écureuils des forêts qui crient : que ! que ! » El en imitant ces cris, elle tortillait son petit corps avec des contorsions à mourir de rire.

» Quand je pris mon ruban de toile pour la mesurer, ses frayeurs recommencèrent. Elle s'imaginait peut-être voir une espèce de serpent que je voulais enrouler autour d'elle, et elle se mit à trembler de tous ses membres. J'avais beau lui dire que je n'avais pas l'intention de la tuer, il fallut lui faire un autre présent pour la calmer une seconde fois. A la fin, je pus venir à bout de mon opération. Je mesurai aussi le jeune homme ; c'était un adulte et probablement un bel échantillon de sa race... Le lendemain je retournai à leur village et je n'y trouvai cette fois qu'une vieille femme et deux enfants. Je n'étais pas venu

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classez bonne heure, les oiseaux étaient dénichés. Heureusement, la femme était une de celles que j'avais vues la veille... La mère des enfants était cachée dans la hutte près de laquelle ils se trouvaient blottis. Mes Âshangos l'appelèrent en lui disant de ne pas s'effrayer. On m'apprit alors qu'elle avait perdu son mari quelques jours auparavant, quand elle habitait encore le village abandonné que j'avais trouvé sur mon chemin. Elle avait sur le front une large raie d'ocre jaune, .le donnai quelques perles à la pauvre femme et je m'en allai.

» A ma visite suivante, je trouvai le village complètement désert: pas plus de femmes cette fois que dhommes, ou du moins les femmes en nous entendant venir, étaient allées se blottir au fond de leurs cabanes. Quand j'entrai dans le village on n'entendait pas le moindre bruit ; des branchages étaient placés au seuil de toutes les cabanes pour nous faire croire que les habitants étaient tous allés dans les bois. Mon guide Ashango se mit alors à crier: « Nous avons des perles à vous donner, où êlcs-vous? » Pas une voix, pas un souffle ne répondit. Il n'y avait pas cependant à s'y méprendre puisque nous avions vu de loin les femmes courir aux hutles. Je me dirigeai donc vers celle de la vieille que je connaissais déjà, j'écartai les branchages et appelai. Pas de ré-

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poiise. L'obscurilô élait si épaisse à riiilùrieur (jiic jo ne pouvais rien voir. J'entrai et je trébuchai sur la vieille... Se voyant découverte;, elle se hâta de sortir, en prétendant qu'elle dormait profondément et que je l'avais réveillée. Puis elle appela les autres femmes : « Ce n'était pas, leur (lit-elle, un léopard qui devait les manger, mais elles ne devaient pas s'effrayer. »

» Je fis plusieurs visites successives à ce village et parvins à mesurer cinq femmes: une seule me laissa prendre mesure de son \isage. Cette opération ne fut pas possible avec les autres. Je voulais d'abord, pour calmer leurs frayeurs, mesurer devant elles un de mes guides Ashangos, mais celui-ci s'y refusa avec presque autant de crainte que les femmes. La moyenne de la taille des femmes que j'ai mesurées est de quatre pieds cinq pouces anglais ({""Si.)

» La couleur de ces Obongos est d'un jaune sale : leurs yeux ont une expression farouche dont je fus vivement frappé. Leur extérieur, leur mine, leur couleur, leurs habitations, tout chez eux diffère essentiellement des Ashangos au milieu desquels ils vivent. Ces derniers, du reste, ont grand soin de renier toute parenté avec eux. Il ne se conclut pas de mariage entre les deux tribus. Mais il est certain que les Obongos se marient entre eux, les frères avec les sœurs, pour

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conserver leur race autant que possible. Leur petit nombre et l'isolement dans lequel ces pauvres créatures sont condamnées à vivre légitiment ces unions consanguines, mais, en même temps, par un entraînement fatal, cette obligation qui leur est imposée par leur situation devient la cause de leur dégénérescence physique.

» Les Obongos sont doués d'une dextérité remarquable pour prendre les bêtes fauves au piège et pour pêcher dans les rivières. Ils vendent à leurs voisins le gibier et le poisson qui excèdent leur consommation personnelle et reçoivent en échange des bananes, des outils de fer, des ustensiles de cuisine et tous le? articles fabriqués et ouvragés dont ils ont besoin. La forêt qui avoisine leurs villages est pleine de trappes et de traquenards ; aussi est-il fort dangereux de s'y aventurer ; dans les sentiers mêmes, il y avait une trappe pour les léopards, les cochons sauvages et les antilopes.

>;• Les Obongos sont un peuple essentiellement nomade qui se transporte d'un endroit à un autre à mesure que le gibier devient rare. Pourtant ils ne s'aventurent pas très loin et ne franchissent pas le territoire d'Ashango. On les appelle les Obongos d'Ashango comme ceux qui demeurent au milieu des N'javis s'appellent les Obongos >"javis ; de même pour les autres tribus. On dit

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qu'il \ a (les Obongos ù l'Est, aussi loiti ([uc s'élendeiU les connaissances géographiques des Ashangos. Pareille aux bohémiens d'Europe^ celte race se distingue toujours des populalions parmi lesquelles elle campe, bien qu'elle soit toujours confinée entre les mêmes limites pendant une suite de générations. Les Obongos ne l'ont pas de plantations ; leur nourriture végétale dépend de ce qu'ils trouvent dans les bois ; racines, baies, noix ou fruits sauvages. Mais leur appétit pour la nourriture animale est plutôt d'une bête carnassière que d'une créature humaine. Un jour, une vieille femme, dont j'avais gagné le cœur par des cadeaux de perles, se décida à venir à Niembouai sur la simple promesse que je lui fis de lui donner un os de chèvre ; je lui avais demandé si elle avait faim et sans me répondre elle avait exhalé un souffle profond de son estomac pour me faire comprendre qu'il était vide... »

Sans vouloir entrer dans de plus longs détails sur ces races d'hommes il faut cependant rappeler la relation très complète que le Docteur G. Schweinfurth a donné de son voyage en Afrique ' sur la petite nation des Akkas.

1. G. Schweinfurth, Au cœur de V Afrique (186S-'871), voyages et découvertes dans les régio?is inexplorées de l'Afrique centrale, ti-ad. par Mme H. Loreau. Paris, ISTÎJ.

Akkas

« Les Akkas semblent appartenir à une série de peuples nains qui offrent tous les caractères d'une race aborigène, et qui, sous l'équateur, se rencontrent d'un village à l'aulre. Ce ne sont pas des Pygmées dans le sens de l'ancien mythe ; pas davantage des nains difformes pareils à ceux qu on exhibe chez nous pour de l'argent. Tous les voyageurs qui se sont dirigés vers le centre de l'Afrique ont reçu de nombreux témoignages relatifs à l'existence de ces petits peuples.

» La couleur des Akkas est d'un brun mat assez clair, celui de café brûlé... Entre les Akkas et les Mombouttous leurs voisins immédiats, il y a peu de différence quant à la couleur de la peau : je peux dire toutefois qu'en général les Akkas ont le teint un peu terne. Tous ceux que j'ai vus avaient peu de barbe et la chevelure courte et laineuse. Sous le rapport de la teinture, leurs cheveux peuvent être comparés à la filasse d'un vieux câble ; et pour la couleur, ils sont à peu près de la môme nuance que celle de la peau... D'après les spécimens que j'ai eus sous les yeox et parmi lesquels mon petit Nsévoué, je le répèle, un des types les plus purs de la race, les Akkas ont la tête grosse et hors de proportion avec le cou

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milice cLraible ([iii la su[)[)orlt'. t;iu'/ cuv la roinic (lo répaulc dilVère étraiii^emcnt de ce ([u'elle csl, chez la pliiparL des nègres, ce ([ni tieiiL sans doute au développement anormal de l'omoplate . Les bras sont longs ainsi que le corps qui est d'une longueur disproporlionnée. La poitrine, plaie et'resserée dans le haut, \a s'élargissant jus- ([ii'à l'énorme panse qui fait ressembler les Akkas, si âgés qu'ils soient, au\ enfants Égyptiens ou Arabes. Le dos est fortement arrondi ; l'épine dorsale est tellement souple, qu'après un repas copieux le centre de gravité se déplace la parlio lombaire de l'échiné se creuse et alors, vu de profil, ce dos figure à peu près la courbe d'un C. Les genoux sont gros et noueux, les autres articulations de la jambe saillantes et- anguleuses et les pieds tournés plus en dedans que ceux des autres Africains. L'allure serait difficile à qualifier : C'est, un balancement accompagné de soubresauts qui se propagent dans tous les membres : Nsévoué n'a jamais pu porter un plat sans en répandre plus ou moins le contenu. En revanche les mains sont d'une délicatesse remarquable sans être effilées comme celles des héroïnes de romans. Ce que j'admirais le plus chez mon pauvre Nsévoué étaient ses jolies mains, et je l'ai si longuement étudié que le moindre détail de sa petite personne est resté gravé dans ma mémoire,

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» Mais ce qui surtout caractérise la race, c'est la tête: forme et physionomie. Bien que dans riiistoire on n'ait jamais vu la dégénération d'un peuple entraîner comme conséquence la diminution de la taille, il est possible néanmoins que les particularités signalées plus haut soient le résultat de modifications apportées à la manière de \ivre. Mais ce qu'il serait difficile d'admettre, c'est que les conditions d'existence, climat, nourriture et autres, pussent faire rétrograder la forme du crâne. Co dernier est large, presque sphérique et présente un creux profond à la racine du nez. La mâchoire se projette en museau d'autant plus accusé que le menton est fuyant... Ils ont l'œil bien fendu et largement ouvert et d'énormes oreilles, contrairement aux autres peuplades de la même région qui se font remarquer par la petitesse et la forme élégante des leurs... Le jeu des sourcils, l'extrême vivacité des yeux, les gestes rapides de mains et de pieds, dont s'accompagnent toutes les paroles et des hochements de tôle perpétuels, contribuent à rendre l'aspect de notre petit peuple infiniment drôle...

» Sous le rapport de l'acuité des sens, de la dextérité et de la ruse, les Akkas sont bien audessus des Momboultous. Leur finesse toutefois n'est que la manifestation d'un mouvement intérieur qui leur fait trouver du plaisir dans la mé-

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chancolc. Ns('h'011C aimait ;i voir souffrir : il torliirail les animaux, i.'uii de ses aimiseint'iils ])articuljers était, peiidaiU la nuit, di; lancer aux chiens ses fli^ches dangereuses. Las de la guerre ([uenous firent les Niams-Niams, tandis que nos Nubiens étaientsous lo coup d'une épouvante qui les mcLlait hors d'eux-mômcs, il jouait avec les tôtes des Obongos décapités ; et lorsqu'il me vit faire bouillir ces crânes, sa joie n'eut plus de bornes, il courait et criait en gambadant: Badinka ?ioîj«? (Badinka est un surnom dérisoire) Badinka Jii hè ko to ! « où est Badinka ? Badinka est dans la marmite ! )>

Un peuple chez lequel se rencontrent de telles dispositions excelle naturellement dans l'art d'inventer et de placer des pièges, de surprendre lo gibier et de le poursuivre...

« Les Akkas vivent en bonne intelligence avec leurs puissants voisins qui les regardent plutôt comme des êtres bienfaisants. Mais cette bonne entente est due à l'absence du bétail. Si les Mombouttous avaient des troupeaux, leurs bêtes deviendraient le gibier des Akkas, le but des javelines et des flèches de ce petit peuple dont cette chasse ferait la joie, et il aurait dans les pasteurs des ennemis implacables.

» En résumé, tous ceux qui s'occupent d'ethnologie doivent de la gratitude au roi des Mom-

bouttous, pour les soins dont il entoure les précieux débris de cette race primitive qui va s'éteignant ; race dont il a permis de constater l'existence en attirant auprès de lui une de ces tribus, et en la conservant jusqu'au jour où Ton a pu pénétrer au cœur de l'Afrique. »

Le colonel Chaillé-Long, dans le voyage qu'il fît au centre de l'Afrique en 1874-1873, put voir et étudier les Akkas et confirma tout ce que nous venons de rapporter.

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