LES VÉRITABLES NAINS EXISTENT-ILP
Ces récils nous amènent donc à rechercher si les véritables nains que l'on peut appeler Patholor/iqiies existent, et nous ne pouvons omettre de signaler cette question intéressante à plus d'un titre et qui jusqu'à présent d'ailleurs a été discutée sans grand succès, l'observation n'ayant jamais été d'accord avec la théorie.
Pour mériter la qualification de véritable naiii^ le sujet doit remplir plusieurs conditions : « Il faut, dit le docteur Martin, qu'il présente dans toutes ses parties de justes proportions, de telle sorte que si son corps a été arrêté dans son développement par une cause qui échappe à la vue, et dont un examen attentif est incapable de rendre compte, il n'ait cependant éprouvé aucune allé-
LKS VKIUlAltLKS NAINS KXIS IKNT-ll.S 8*1
ration ni dans la vi^ucni-, ni dans les i'acultrs in- It'lloctuclles el morales, ni dans la sanlé, ni dans la vie, ni surtout dans les aptitudes régénératrices.
Or, lorsqu'on explore atlentivement l'histoire des nains qui se sont fait remarquer par Tliarmonie de leurs proportions, et ceux-là, bien que rares, existent cependant, on se heurte toujours à quelque point défectueux qui se traduit soil par l'impuissance, soit parla nécessité de s'allier à un être bien constitué et dont l'énergie compensera leur insuffisance, s'ils cherchent à avoir une descendance, car entre eux il y a infécondité absolue et ce caractère à lui seul suffirait pour nous autoriser à affirmer qu'il ne s'est jamais rencontré un véritable nain.
Il suffit de rappeler les expériences de Catherine de Médicis, qui dans un but inconnu ayant, à plusieurs reprises, essayé de faire des mariages entre nains et naines, ne parvint jamais à les faire reproduire entre eux: l'Électrice de Brandebourg qui se consacra aux mômes soins ne fut pas plus heureuse : >'atlialie, sœur du czar Pierre I" échoua également dans ses tentatives...
Bien qu'il soit légitimement permis d'élever des doutes sur l'existence du nain tel que nous venons de le supposer, il faut reconnaître cependant que l'on trouve parfois des êtres qui peuvent se rap-
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procher de ce type. Mais dans ces cas encore, ceux qui sont donnés en exemple, et surlesquels on a basé la réalité de leur existence, appartiennent le plus ordinairement à la classe des rachitiques que nous avons décrits dans les pages précédentes et sont chélifs, malingres et stériles le plus souvent.
Nous disons le plus souvent et non toujours, ainsi que le veut le D'' Martin. Les exemples de nains ayant eu des héritiers ne sont pas absolument rares.
Dernièrement encore, le D' Closmadeuc, communiquait à la Société de chirurgie, dans la séance du 2'j juin, l'observalion d'une opération césarienne pratiquée sur une femme de vingt-trois ans, naine, et atTeciée d'un rétrécissement excessif du bassin. L'enfant, à terme et bien conformé vivait : au cinquième jour, la mère se portait bien.
Il n'est pas de praticien s'occupant d'accouchements, qui n'ait eu l'occasion de voir et d'accoucher des femmes de petite taille, pouvant passer pour naines, et n'étant en somme, comme la précédente, que des rachitiques '.
Compris de la sorte, le nanisme peut donc engendrer et concevoir, et cette explication ne coii-
1. Voy. Cliai'penticr, Traité pratique des accouchements, l. II.
i.i:s vi';i;iiM!i.i;s nains iaisikn i-ii.s S7
Irinlit en rien l'opinion que mms signalions qiuMqiios lignes plus haut.
L'iiisloire nous a conservé leà noms du |>('inln' liibson, allaclit' à la personne de Charles 1" en qualité de nain, et plus spécialement de page do la garde-robe. Il épousa la naine de la reine llenrioUe-Marie, Anne Shcpherd, qui était exactement de la même taille que lui (l^lo). Mislress Gibson vécut jusqu'il l'àgc de quatre-vingt-neuf ans, après avoir donné le jour à neuf enfants dont cinq arrivèrent à l'âge d'homme sans hériter de la courte stature de leurs parents. Gibson mourut âgé de soixante-quinze ans.
Un autre nain, Wybrand Lolkes, hollandais de naissance, doublement remarquable par son intelligence et l'exiguitéde sa taille (0, 65 cent.), se maria avec une femme d'une stature fort ordinaire, et eut trois enfants dont un, qui mourut à l'âge de vingt-trois ans, avait cinq pieds et sept pouces de haut. Le Magasin pittoresque de 1839 a reproduit son portrait accompagné de la légende suivante: « Mynheer Wybrand Lolkes, le célèbre homme en miniature, de la Frise occidentale, et madame Lolkes, son épouse, qui ont eu trois enfants, tous vivants et baptisés. »
Le voyageur russe Gmelin, professeur de chimie et de botanique, a vu dans la Sibérie un nain d'environ deux pieds (0'"648), âgé déplus de cin-
qualité ans, qui élait marié en secondes noces et avait cinq enfants \ivanls. Ce nain était écrivain de la douane à Krasnoïarsk, vaquait à sa profession avec beaucoup d'intelligence et mangeait et bu\ait plus qu'un homme de taille naturelle.
Tom-Pouce, que tout le monde a connu, ayant épousé en 1864 la petite naine Lavinia AVarren, eut de cette union un enfant qu'il perdit étant à Nowicli, en 1866, enlevé en quelques heures par une congestion cérébrale.
Ces quelques exemples suffisent pour confirmer l'adage <c Texception fait la règle. »
La dissemblance de ces nains avec les nains vrais, tels qu'on les comprend théoriquement, est encore bien plus frappante lorsqu'on en fait l'objet d'un examen plus rigoureux.
Reportons-nous à ceux qui, grâce à la sculpture et ù la peinture qui a reproduit leurs traits, ont passé à la postérité: Que trouvons-nous? Des êtres laids, bossus, à jambes cagneuses, à membres disporlionnés, à ventre gros... Des rachitiques en un mot.
Telles sont, dès la plus haute antiquité, les idoles de Phtah, toujours représenté comme petit, à jambes torses, à bras longs, à tête plus volumineuse, quand elle n'est pas remplacée par un tète d'éjjervier ou de scarabée.
Tel est encore celui dont on a pu voir la statue
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011 IS78 au Trocadéro ^ : c'est une slaluoUe on piorre Irmivoo à Saqqarali et faisant parlio du musée Houla((, « Cm nain, dit, M. Maspero, îi ([iii iinus empruntons les liij;nes suivantes, iKupiit vers la fin de la V" ou le commencement de la VI" dynastie.
» ... Il était assez petit: sa statue mesure à peine 30 cenlimôtres de hauteur et les dimensions de la tête montrent qu'elle était probablement de demi-grandeur naturelle. L'artiste à qui Khnownhotpou (c'est le nom du personnage) avait confié le soin de perpétuer son image a rendu avec beaucoup de fidélité la tournure et la physionomie du modèle. On trouverait difficilement ailleurs une œuvre qui reproduisît plus exactement, sans exagérer, les caractères propres aux nains. La tête assez grosse, comme il convient, est allongée et flanquée de deux grandes oreilles.
» L'expression de la figure est lourde et niaise, l'œil ouvert étroitement et relevé vers les tempes, la bouche mal fendue. La poitrine est forte et bien développée, mais le torse n'est point on proportion avec le reste du corps. L'artiste a eu beau s'ingénier à en dissimuler la partie inférieure sous le couvert d'une vaste jupe blanche,
1. La galerie de l'Egypte ancienne au Trocadéro, p. 51, n" 1. — Exposition organisée parMariette Bey.
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on sent malgré tout qu'il est trop long pour les bras et les jambes. Le ventre est porté en avant et les hanches se rejettent en arrière pour faire contrepoids au ventre. Les cuisses n'existent guère qu'à l'étal rudimentaire, et l'individu entier, porté qu'il est sur de petits pieds contrefaits, semble être hors d'aplomb et prêt à tomber face contre terre...
» La statue de Khnoumhotpou est jusqu'à présent la seule statue de nain grand seigneur que les tombeaux nous aient rendue. Les nains ne manquaient pas cependant en Egypte, mais ils appartenaient presque tous à la classe des jongleurs et des bouffons. Les Pharaons et les princes de leur cour avaient, pour ces êtres difformes, la même affection que les rois et les nobles du moyen âge chrétien ou musulman, et leur maison n'aurait pas été complète s'ils, n'y avaient pas attaché un ou plusieurs nains d'aspect plus ou moins grotesque. Ti en avait un qu'il a fait peindre avec lui dans son tombeau. Le pauvre hère lient dans sa main droite une sorte de grand sceptre en bois, terminé en forme de main humaine, et conduit en laisse un lévrier presque aussi haut que lui. Ailleurs le nain est représenté accroupi sur un tabouret, auprès du maître, à côté du singe ou du chien préféré. Les tableaux de Beni-Hassan nous en ont fait connaître deux
HiS VÉlllI AliLi;S .NAINS KXISTKN I-ILS 1)1
(liii étaient attachés à la personne du prince Minièli: l'un d'eux est assez bien proportionné dans sa petitesse, mais l'autre joint à l'exiguïté de la taille l'avantage d'être pied-bot.
» Le Ciel égyptien n'échappait pas plus que les Pharaons à la manie courante et contenait plusieurs nains dont doux au moins avaient un rôle important, liisa qui présidait aux armes et à la toilette, et le P/ilah qu'on a longtemps appelé sans raison le Phtah embryonnaire...
» Peut-être Khnoumliolpou joignait-il à sa fonction d'intendant de la garde-robe la charge de bouflbn de cour ; peut-être était-il de haute naissance et préservé par son origine des ennuis auxquels leur difformité exposait les nains de basse extraction ' ».
Tel est encore le nain qui figure au premier plan du tableau de Deveria, la iiaissance de Henri IV, au musée du Louvre, et ceux que l'on voit dans les tableaux de Raphaël'-, Mantegna^, Yéronèse^, le Dominiquin ^, Yelasquez, J. Slradan... etc.
Le plus connu de tous, Bébé, le nain du roi