BOUFFONS. ANTIQUITÉ
Au musée Egyptien du Louvre, on peul voir le [)orlrail du dieu Mes ou Cas : originaire de la Clialdée ; il a été importé de la Phénicie. Sur les tombeaux, où il figure, il est gros, à jambes courtes, à nez épalé: c'est une véritable caricaluro ayant bien l'expression grotesque que les artistes ont coutume de donner aux bouffons.
De l'Orient, l'usage passa en Grèce et de là à Rome. C'est aux heures des repas que ces bouffons apparaissaient, pour égayer les convives. 11 n'y avait pas de banquet complet sans quelques conteurs de facéties burlesque?. « Après les danseurs, nous dit M. Gazeau, les faiseurs de tours, les singes savants, lesjoueuses de cerceau, les cubistetères qui marchaient la tête en bas, les pieds en l'air, venaient les bouffons, ycAtoTOTro'.o'., hommes qui font rire dans la société.
Cette coutume persista à travers les âges, ainsi que nous l'apprend Erasme «... «J'affirme, dit-il, qu'un festin sera franchement insipide, s'il lui manque l'assaisonnement de la folie. Je n'en veux
Elle est envoyée aux humains par la divinité, ou par quelque bon ou mauvais génie. Tant qu'un aliéné est inoffensif, les musulmans le vénèrent et le chérissent comme un favori d'Allah : s'il est furieux, c'est un mauvais génie qui l'agite et le possède : ils le respectent encore, mais ils songent à se mettre à l'abri de ses fureurs. Les idiots, les imbéciles ont la plus large part dans leur vénération et leurs hommages respectueux dont l'intensité est, comme on le voit, en raison directe de la dégradation qui pèse sur l'intelligence d'un individu.
d'autre preuve que celle-ci : Si parmi les convives il ne s'en rencontre pas au moins un capable de les mettre en gaieté, par sa folie native ou artificielle, on payera quelque boutfon ou bien on attirera quelque parasite ridicule qui sache chasser le silence et la tristesse loin des buveurs, à force de balourdises désopilantes ! Quoi ! toujours se farcir l'oslomac des plus fins morceaux et de friandises de toute espèce, et les yeux, les oreilles, ne prendraient pas part à la fête ! Et les rires, les jeux, les plaisanteries n'auraient pas de place au festin ! Je ne puis souffrir une telle lacune, c'est pourquoi j'apprête un autre genre de service. Toutes ces joyeuses cérémonies qu'on célèbre autour de la table, sont-ce les sept Sages de la Grèce qui les ont inventées? Sont-ce eux qui vous ont montré à tirer au sort le roi du festin, à jouer aux dés, à porter des santés, à chanter et à boire à la ronde, à danser et vous ébaudir ? Non, vraiment, c'est encore moi qui les trouvai pour le salut du genre humain. La vie est ainsi faite, que plus on y met de folie, plus on vit : la tristesse, c'est la mort. Sans les plaisirs que je procure, je le répète, rien d'aussi pénible que l'existence, elle ne saurait échapper à l'ennui, son trop fidèle suivant... ».
Cette coutume d'avoir des individus dont la mission spéciale et exclusive était d'amuser
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011 Ira tollniioni dans les mœurs romaines ((ne lions voyons les [tins illnstres citoyens de la grande Ilépnblique s'entourer de bonlfons, s'en l'aire môme une société el imiter leurs débauches et leur libertinage. 11 suffit de rappeler les orgies de Sylla et d'Antoine, qui après la seconde bataille de Philippes, entrait dans les villes avec toute une troupe de farceurs asiatiques qui surpassaient en bouffonneries et en plaisanteries grossières les gens de même espèce qu'il avait amenés d'Italie '.
Les noms de quelques-uns de ces bouffons nous ont été conservés: mais aucune n'égale en renommée Ésope le Phrygien, que Lucien et Planude n'ont pas craint de faire rentrer dans la catégorie de ces individus.