‹ Fous et bouffonsChapitre 59 sur 100 · BOUFFONS. FRANCK · texte numérisé non relu

BOUFFONS. FRANCK

poirdii facquin. Enfin lo fait sus roiinroir sonner [tar plusieurs foys. Pnys, en maiesté présidenlale, tenant sa raaroltc au poing, comme si feust ung sceptre, et aflublant en teste son chaperon de martres singesses à aureilles de papier fraisé à poincis d'orgues, toussant préallablement deux ou troys bonnes foys, dist à liaulte voix : — La court vous dict que le facquin qui ha son pain mangé â la fumée du roust, civilement ha payé le roustisseur au son de son argent '. Ordonne ladicte court que chacun se retire en sa chascunière, sans despens, et pour cause.

Cette sentence du fol parisien tant ha semblé équitable, voyre admirable, aux docteurs susdictz, qu'ily faut doubte, en cas que la matière eust esté au parlement dudict lieu, ou en la Rote à Rome, voyre certes entre les aréopagites décidée, si plus iuredicquement eust esté par eulx sententiée. Pourtant aduisez si conseil voulez d'ung fol prendre. »

Si l'histoire présente des lacunes dans la nomenclature des bouffons, il ne faut pas croire que cette charge restât jamais sans titulaire, car à une époque oii la culture de l'esprit était pour

I . Bocchoris, selon Plutarque, rendit un jugrement semblable contre la courtisane Thonis, qui réclamait, en argent, le prix de ses faveurs qu'un jeune homme s'était procurés en imagination,

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airij-i dire nulle el où les sciences, les letlres, les beaux arts étaient le partage de quelques privilisés, les princes et leurs fidèles cherchaient des distractions plus matérielles: alors le fou était l'ornement obligé de toutes les fêtes.

Ce n'est réellement qu'à partir du règne de Charles V (1364-1380), quel'on trouve des documents précis sur les bouffons.

Dans les archives de la ville de Troyes, en Champagne, se trouve une lettre de Charles V, oii ce prince marquant au maire et aux échevins la mort de son fou, lui ordonnait de lui envoyer un autre suivant la coutume. L'usage en était déjà établi et la Champagne avait apparemment l'honneur exclusif de fournir des Fous à nos rois du temps de Charles Y.

Le texte de ce docurai'ut e<t trop curieux pour ne pas être cité :

<( Charles, par la grâce de Dieu, roi de France, à leurs seigneuries les maires et échevins de notre bonne cité de Troyes salut et dilection.

Savoir faisons à leurs dessus dictes seigneuries que Thévenin nostre fol de cour, vient de trespasser de celluy monde dedans l'aultre. Le Seigneur Dieu veuille avoir en gré l'ame de luy qui oncques ne faillit en sa charge et fonction emprès nostre royale Seigneurie et mesmement ne voult si trespas^er sans faire quelque joyeuseté et gentille

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farce (le son métier. Pouniuoy nous avons ordonné que Iny serait dressé marbre funéraire représentant le dict sire avec épilaphe condigne.

« Ores, comme par le trespassement d'icelluy la charge de fol en nostre maison est de faict vacquaiite avons ordonné et ordonnons aux bourgeois et vilains de nostre bonne villes de Troyes, qu'ils veuillent pour droict à nous acquis déjà depuis longues années nous bailler un fol de leur cité pour récréer nostre majesté et les seigneurs de nostre palais.

« Ce faisant, feront droict à nos royaux privilèges, et pour récompense seront lesdicts bourgeois et villains à tout jamais nos féaux et amés subjects. Ce tout sans délais ni surcis aulcuns : car voulons que ladicte charge ne reste un plus longtemps vacquante.

« En nostre palais de Paris, le 14 Janvier de rincarnalion 1372 \

Ce qu'il y a de remarquable, c'est que ce monarque a qui on a donné le nom de Sage, qu'il méritait, a fait élever deux tombeaux à deux de ses fous, dont l'un fut inhumé dans l'Église Saint-Germain l'Auxerrois à Paris, et l'autre dans l'Église Saint-Maurice de Senlis. « Ce tombeau

1. Cette pièce a été reproduite par M. A Assier dans son livre intiluléw Légendes delà Cliampagne, » d'aprèsles mémoires de Dreux du Radier. (Hist. des fous en titre d'office 1767.)

consiste, dit Sauvai, dans une tombe de pierre liais de 8 pieds 1/2 de long et 4 1/2 de large. Au milieu est couchée une figure en habits longs, de laquelle les pieds sont dalbâlre de rapport avec le visage. Elle est coiffée d'une calotte terminée d'une houppe, elle a un capuchon, deux bourses sont sur son estomac et une marotte à la main. Autour du tombeau sont taillées avec une délicatesse et une patience incroyables, quantité de petites figures dans des niches. On y lit cette épitaphe : « Ci gîstThévenin de Saint-Léger, fou du Roi notre sire, qui trépassa le XI Juillet, l'an de Grâce MCCCLXIV. Priez Dieu pour l'àme de Li '. »

Charles V eut encore trois fous et même une folle, Artaude du Puy, attachée à la maison de la reine Jeanne.

Son fils qui sous le nom de Charles VI lui succéda sur le trône de France eut des bouffons dès sa plus tendre enfance. A 8 ans, il en avait un nommé Jehan. Maître à 12 ans de cette puissance sans limites qui jeta souvent dans le délire les plus fermes esprits, Charles VI avait à 24 ans épuisé tous les plaisirs, toutes les émotions, depuis celles de la débauche jusqu'à celles du champ de bataille. Sa constitution était minée: son esprit

1. Sauvai (1620-1670) a laissé 9 vol. in-fol. manuscrits d'où l'on a tiré : Histoire et re'herche sw les antiquités de Paris, publiée longtemps après sa mort, eu 1724, 3 vol. in-fol.

itori'TONS. FUANc.i': 1H;{

déjà allaibli, parle terrible accideiil ([ui lui ôlail '-iirveiui dans un bal masqué oii il faillit brûler vif dans ses maillots d'éloupes enduits de poix, reçut le coup de grâce lors de l'événement qui lui arriva dans la forêt du Mans qu'il traversait pour aller châtier le meurtre du connétable 0. de Clisson. (le choc violent dérangea sa raison ébranlée ; le roi était fou. Eu proie à une noire mélancolie, abandonné de presque tous, on conçoit que Charles ait été entouré de bouffons qui devaient essayer de le distraire. Plusieurs en effet furent attachés à sa personne. Le plus connu d'entre eux est un nommé Hainselin « qui, nous dit Gazeau, semble s'être donné beaucoup de mouvements pour arracher son maître à ses humeurs noires, car les comptes de l'hôtel de Charles VI font mention de sommes attribuées un jour à l'achat d'une chemise, ledit Hainselin ayant lutté et déchiré la sienne pour amuser le roi, et un autre jour, et à l'acquisition de quarante-sept paires de souliers pour la seule année de 1404. 11 est vrai que vers la même époque, le bouffon d'Isabeau de Bavière, Guillaume Fouel, usait en six mois, cent trois paires, tant bottines, sollers, (souliers, comme chaussures semellées.) Il faut croire que nous avons affaire ici à une série de fous particulièrement agités ! ».

« Les membres de la famille royale avaient .

d'ailleurs tous autour d'eux quelques porteurs de marottes: Jean, duc de Berry, frère de Charles V, le plus dissipé, le plus fastueux des fameux oncles de Charles VI, mort en 1416, fut conduit solennellement à sa dernière demeure par ses fous vêtus de deuil... » \

Charles VII se conforma à l'usage et eut un fou en titre; la reine, Marie d'Anjou avait à son service une folle nommée Miclion.

Mais ces personnages durent jouer un rôle bien insignifiant et se borner au strict devoir que leur imposait leur charge, car on ne trouve sur leur compte aucun récit, aucune anecdote.

Le farouche Louis XI ne semble pas avoir eu grand goût pour les fous. Cependant il en eut au moins un qui fut digne d'un tel maître. Il élait d'un caractère méchant, emporté, vindicatif : Brantôme nous en rapporte plusieurs traits '.

« Entre plusieurs bons tours des dissimulations, faintes, finesses et galanteries que fit ce bon roy en son temps, ce fut celuy, lorsque par gentille industrie il fit mourir son frère le duc de Guyenne, quand il y pensoit le moins, et lui foisoit le plus beau sembler de l'aymer luy vivant et le regretter après sa mort ; si bien que personne ne s'en aperçut qu'il eust fait faire le coup, sinon parle moyen

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