‹ Fous et bouffonsChapitre 60 sur 100 · Brantôme, 1. 1, pp. 30-31, édit · texte numérisé non relu

Brantôme, 1. 1, pp. 30-31, édit

BOUFFONS. FllANCE 485)

(le son toi, qui avait cslô au dict frère, et il l'avoil retiré avec luy après sa mort car il esloit plaisant. Estant donc un jour en ses bonnes prières et oraisons à Cléry, devant Noslre-Dame, qu'il appelloit sa bonne patronne, au grand autel et n'ayant personne auprès de luy, sinon ce fol qui en esloit un peu éloigné, et duquel il ne se doubtoit qu'il t'ust si fol, fat, sot, qu'il ne pust rien rapporter, il l'entendit comme il disait, u Ali ! ma bonne dame, ma petite maîtresse, ma grande amye, en qui j'ay eu toujours mon reconfort, je te prie de supplier Dieu pour moy, et estre mon advocate envers luy, qu'il me pardonne la mort de mon frère que j'ay faict empoisonner par ce meschant abbé de Saint- Jean». (Notez encore qu'il l'eut bien servy en cela, il appelait meschant ; aussy faut-il appeler tousjours telles gens de ce nom). Je m'en confesse àtoy, comme à ma bonne patronne et maistresse. Mais aussy qu'eusse-je sceu faire? Il ne foisoit que troubler mon royaume. Fais moy donc pardonnez, ma bonne dame, et je scays ce que je tedonneray. »

Je pense qu'il vouloit entendre quelques beaux présents, ainsy qu'il estoit couslumier d'en faire tous les ans force grands et beaux à l'église.

<( Le fol n'estoit point si reculé, ny despourvu de sens, ny de si mauvaises oreilles, qu'il n'entendist et restinst fort bien le tout ; en sorte qu'il

le redit à luy, en présence de tout le monde à son disner, et àaustres, luy reprochant ladicte affaire, et lui répétant souvent qu'il avait faict mourir son frère. Qui fust estonné ? Ce fust le roy. (Il ne faict pas bon de se fier à ces fols qui quelques fois faict distraits de sages et disent tout ce qu'ils sçavent, ou bien le devinent par quelque instinct divin.) Mais il ne le garda guères : car il passa le pas comme les autres, de peur qu'en réitérant il feust scandalisé davantage.

« Il y a plus de cinquante ans que moy estant fort petit, m'en allant au collège à Paris, j'ouis faire ce conte à un vieux chanoine de là qui avoit près de quatre vingts ans ; et depuis ce conte est allé de l'un à l'autre par succession de chanoine comme depuis me l'ont confirmé de cette mort. »

Sous Charles VIII les fous sont peu connus: sa femme Anne de Bretagne, qui joignait les qualités de l'esprit à la beauté, avait introduit à la cour un ton fort sévère. Les bouffons ne pouvaient et ne devaient pas y jouer un grand rôle ; cependant il était d'étiquette qu'il y en eut au moins un, si Ton s'en rapporte au dire de Monteil, « le bon roi Charles VIII a bien traité ses fous et même ceux des autres '. »

l.A. Monteil, Histoire des Français des divers états, t III.

BOUFFONS. CAHXKTTK 187

Renaissance

Le moyen âge se mourait : Le monde arrtHé pendant deux siècles dans les bas fonds qu'il a trouvés au bout de sa route se remet en marche : Le réveil de la raison s'étend sur tout et sur tous : poètes, artistes, philosophes, docteurs, repronnenl le rang qu'ils avaient depuis longtemps perdu : Les mœurs se policent, le goût devient plus sévère; les fêtes de la cour plus élégantes et tout brille d'un éclat inaccoutumé. A cette époque commence la série vraiment célèbre et populaire des bouffons de cour. Le premier que nous trouvons appartenait à Louis XII sous le nom de Caillette, ce fou est connu surtout par le récit d'une aventure oii il joue un rôle bien en rapport avec sa position '.

« Les pages avoient attaché l'oreille à Caillette avec un clou contre un poteau, et le pauvre Caillette demeurait là, et ne disait mot: car il n'avait point d'autre appréhension, sinon qu'il pensait être consigné là pour toute sa vie. Il passe un des seigneurs de la cour, qui le void ainsi en conseil avec ce pillier, qui le fit incontinent dégager de

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