‹ Fous et bouffonsChapitre 87 sur 100 · INFLUENCE DE CERTAINS ÉTATS MORBIDES · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE CERTAINS ÉTATS MORBIDES

peuple, (lu bon sens le plus commun, âgée de 24 ans, sujelle à de fréquentes et fortes convulsions qui produisaient des effets bien différents. (Quelquefois elles la laissaient dans une sorte de léthargie complète pendant trois ou quatre jours : d'autres fois il lui restait après l'accès une force d'imagination et de mémoire et une volubilité de langue étonnantes : elle mettait dans ses discours une multitude d'idées fortes et d'images frappantes: elle récitait un grand nombre de morceaux de prose ou de vers français qu'elle n'avait jamais su ; elle parlait même quelquefois en latin, mais rarement et peu. Au bout de quelques jours elle retombait dans son état naturel qui était d'être très bornée et peu instruite ; il n'y avait ni exagération, ni fraude, ni intérêt, ni but: c'était une pauvre fiUo dont les parents affligés, mais honnêtes et fort éloignés de penser à faire du malheur de leur fille un objet de gain pour eux me consultaient sur son état qui avait été suivi et bien attesté par deux hommes très éclairés et très véridiques... »

On trouve dans les observations de Wepfer ', celle d'une jeune fille qui dans des accès de délire spasmodique chantait des chansons qu'elle ne

1. Wepfer Obseroationes rnedico practicœ de affectibiis capitis internis et exteniis^ Tarici 1745. Obsevv. \Vi,p. tJ37.

savait pas auparavant, dans des langues qu'elle igno^ail^

« L'on a des exemples de personnes slupides qui, étant dans le délire, raisonnaient avec justesse, parlaient avec éloquence, faisaient sur les sujets qu'on leur proposait des vers très justes et très naturels. »

Parfois, on a vu une passion vive produire les mêmes transformations. Nous n'en citerons qu'un exemple observé parTissot: «J'ai connu un jeune homme qui âgé de plus de vingt ans paraissait encore si pesant qu'il aurait été le jouet de la société, si sa bonté et sa douceur avaient permis qu'on en fît un jouet. Ignorant autant qu'on peut l'être, il ne parlait que pour dire des choses honnêtes, il est vrai, mais toujours triviales, ou il ne parlait que des choses les plus communes. Il s'attacha à une Espagnole de la figure la plus agréable, mais qui ne savait pas un mot de français et paraissait fort peu soucieuse de l'apprendre. Au bout de trente-cinq jours il pouvait converser en espagnol ; au bout de deux mois il avait lu et relu tout Do7i Quichotte et une multitude de pièces en cette langue. Sa conversation devint absolument méconnaissable ; il y mettait

\. De Saint-André. — .Sa lettre au sujet des maléfices et des sorciers, où il fait voir que les démons n'y ont souvent aucune part. Paris i72j.

INKHiKM'.K liH C.KKTMNS ('IVA'VS MOItlilliKS 2!')3

du fiui, dt) la chaleur, des idées, sa physionomie n'était plus la même, ses facultés engourdies prirent le grand essor. Je le laissai au bout de quinze mois complètement métamorphosé, je l'ai revu au bout de quelques années un homme véritablement intéressant et instruit. »

« Mais, des changemonts de cette espèce, le plus frappant, sans doute, est celui de Quentin : il avait exercé depuis vingt ans la profession de maréchal à Anvers sous le nom de Mésius ; aussi il n'était pas bien jeune quand il devint amoureux de la fille d'un peintre qui la lui refusa et jura de ne la donner qu'à un peintre ; il quitta le marteau pour le pinceau et fut bientôt si bon peintre que le père lui donna sa fille avec grand plaisir ; il parvint à une grande célébrité, et les tableaux qui restent de lui sont encore précieux. » ^

Nous nous arrêterons ici: ce que nous avons dit précédemment, les exemples que nous avons donnés et que nous aurions pu multiplier à Tinfini, suffisent croyons-nous pour justifier l'idée, l'assertion que nous avons émise, à savoir que les maladies aiguës, les maladies du système nerveux en particulier, favorisaient puissamment le développement de l'intelligence. Nous l'avions déjà fait pressentir en parlant des affections rachi-

Page 1